REMARQUES GÉNÉRALES
Avant de finir ce rapport nous croyons devoir offrir quelques remarques générales sur un sujet que la politique de la compagnie a tenu dans l’ombre et qui, à cause de cela, est peu connu.
La compagnie de la Baie d'Hudson appuie ses prétentions sur trois titres distincts: le premier est la charte accordée par Charles II, pour toujours, en 1670 ; le second est le baïl originaire qui lui fut accordé pour les territoires indiens en 1821 conjointement avec la compagnie du Nord-Ouest du Canada ; le troisième est le titre de l'Ile de Vancouver. Par le premier, elle réclame le droit au gouvernement, à la juridiction et au sol sur tout lepays arrosé par les rivières qui tombent dans la Baie d'Hudson ; c’est au moins sa théorie, bien qu’elle l’ait abandonnée au sud delafrontière sud actuelle du Canada aux lacs des Pluies et des Bois et le long de la 49e parallèle au sud de laquelle les rivières ci-dessus prennent leur source. Par le second, elle réclame le droit exclusif de commerce depuis les Montagnes Rocheuses à l’ouest jusqu’au Pacifique, et depuis les sources de la rivière Mackenzie jusqu’à l’océan Glacial. Ce dernier titre ne lui est pas contesté ; mais son bail expire en deux ans et c’est le renouvellement de ce bail pour vingt-etunans qu’elle s’efforce d’obtenir maintenant.
L’on a vu, en traitant la question des frontières. que le pays situé autour de la Rivière-Rouge et du lac Winnipeg, etc., qu’elle réclame en vertu de sa charte, appartient absolument au Canada. L’on doit faire observer que c’est sur le.droit abstrait et non sur la valeur du territoire, que l’on a insisté ; mais la dernière est malheureusement aussi peu connue que le premier par suite des moyens pris par la compagnie pour. la cacher, car la sagesse et la prévoyance de l’homme ont rarement. organisé une politique plus savante pour atteindre un but désiré que celle adoptée par les deux compagnies à l’époque de leur union, en 1821.
.… Avant cette union la compagnie canadienne de pelleteries employait des milliers d’hommes appelés voyagewrs au transport de son commerce.
…… En. s’efforçant .de déprécier les services rendus. par la compagnie du Nord-Ouest, durant la guerre de 1812, à la prise de Michilimacinac, etc., lord Selkirk fait allusion à cette compagnie comme formant le Corps des voyageurs,
mais refuse de reconnaître les services, importants de cette compagnie qui, cependant, comme il l’admet, sauvèrent en : grande partie le Canada”; il refuse de les reconnaître parce que ces voyageurs n'étaient pas constamment employés par la compagnie et qu’ils rendirent ces services à une époque où la compagnie n’avait pas besoin d’eux. En supposant tout cela vrai, si cette compagnie et ce commerce n’avaient
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pas existé comme aujourd’hui on m’eût pas trouvé un pareil corps d'hommes prêts pour l’action à l’heure du danger.
. Siles mêmes circonstances de commerce eussent continué d’exister jusqu’à aujourd’hui, la colonisation eut suivi la route de ce commerce et les relations continuelles entre ce pays et les plaines fertiles de l’ouest nous eussent placés aussi loin devant nos voisins américains que nous sommes derrière eux aujourd’hui pour le colonisation de ce pays:
Mais la politique des compagnies unies a été si admirablement dirigée dans tous ses détails, qu'une impression erronée sur le pays et sur tout ce ‘qui le concerne s’est graduellement emparé de leésprit publie ; il est étonnant avec quel tacte l’on peut quelquefois produire de pareilles impressions sans cependant rien dire de contraire à la vérité. : T’appellation seule de terriloires de lu Baie d'Hudson, appliquée par exemple aux territoires dela Rivière-Rouge, porte en elle-même une fause impression, car les eaux du Mississipi, de la Rivière-Rouge, de l’Assiniboine et du Missouri, s’entrelassent les unes aux auires, et conséquemment l'appellation de territoire du golfe du Mexique serait aussi exacte que la première ;et cependant quelle autre idée elle donnerait du climat! De plus on ne fait presque jamais mention des parties du territoire de l’ouest, propres, à un haut degré par le sol et par le climat, à la colonisation, sans parler en même temps, sous-une forme où sous une autre, de la glace que la compagnie rencontre véritablement en faisant le commerce à huit cents milles frane nord par la Baie d'Hudson. :
L’on trouvera un admirable échantillon de cettepolitique, calculée pour produire des impressions erronées dans la lettre de sir J. H. Pelly à lord Glenelg, en date du 10 février, 1887 : : !
‘“ Durant plusieurs années avant la conquête du Canada les français
“avaient pénétré par le St. Laurent jusqu’à la frontière :de la Terre-de ‘ Rupert; mais il n’y ayait point eu de compétition entre les trafiquants
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Demon ‘des deux pays, dans les terriloires de la Baie d'Hudson, avant la cession du ‘# Canada à la Grande Bretagne.”
“ Après cette époque le plus grand capital et l’activité des sujets anglais conduisirent à une ‘“ concurrence d’abord sur les frontières, ensuite dans l’intérieur, et enfin à lw formation d’une “ compagnie comprenant tous | les individus-engagés alors dans le commerce. qui.se faisait sur les “ les bords et à l’ouest du lac Supérieur; cette compagnie prit le nom de Compagnie du Nord-Ouest $€ de Montréal.” = :
Ce paragraphe, si on le dissèque, est significatif; où sont les frontières de la terre.de Rupert, si les français, dont les forts se trouvaient tous autour du. lac Winnipeg, ne les avaient pas atteintes ayant la cession du Canada à la Grande Bretagne ? ceci est une importante corroboration des vues exprimées dans ce rapport sur la question des frontières. :
Il peut être très-vrai qu’ilrn’y a pas eu de concurrence, jusqu’à cette époque, dans les, territoires de la compagnie de la Baie d'Hudson, parce que cette compagnie n’ayait jamais laissé les rivages de la Baie pour monter vers l’intérieur etque les français n’avaient pas laissé leurs établissements sur le lac Winnipeg pour descendre dans la Baie. Il est possible que le second paragraphe que nous venons de citer soïit vrai aussi en substance ; mais il est rédigé de manière à laisser au lecteur impression que la concurrence venait des habitants du Canada, s’avancant au-delà des lieux qu’ils occupaient auparavant; tandis que C’était la compagnie de la Baie d'Hudson qui, pour la première fois, montant à l’intérieur des rivages de la Baie, avait été la cause de cette concurrence, d’abord sur les frontières
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della terre de Rupert, puis dans l’intérieur, sur le lac Winnipeg, le Saskatchewan, ete., où les canadiens français avaient longtemps joui d’un commerce sans-concurrence. ;
Tels sont le système et la politique suivis par la compagnie pour créer des impressions erronées, dans le but de les soustraire à la yue, sur les parties . ouest-de cette province, les plus belles portions peut-être de l'Amérique du Nord. La compagnie procède encore, aujourd’hui de la mêmé manière, car; elle n’a donné à ce pays nulle intimation de son intention de demander le renouvellement du baïl. des territoires, indiens, bien qu’il n’eût pas été déraisonnable de s’attendre à une conduite différente de la part d’une compagnie qui exerce d’aussi grands priviléges dans les pays, assujettis au gouvernement canadien. Elle ne parait pas non, plus avoir pris les moyens de faire connaître sen. intentiôn de demander le renouvellement de ce bail aux habitants de ces contrées dont.ces démarches doivent le plus affecter les. droits et les intérêts. Sion lui eût permis de trayailleren silence comme elle le désirait et comme ne le voulut pas le gouvernement impérial celui-ci, méritant par là les remercîments et la reconnaissance du pays, elle eut seule été entendue dans sa propre cause et le peuple. d'ici et des territoires plus éloignés eussent appris avec surprise le résultat. de ses démarches. ê
Le Canada n’a pas de querelle à vider avec la compagnie de la Baie d'Hudson et ne demande pas que l’on agisse avec rigueur,envers elle. Il serait également ruineux pour elle et pour les pays, sur lesquels s'exerce légalemet ou illégalement. son action, que de mettre un terme subit à ses opérations ; mais on est dans l’erreur de supposer que.le.gouvenement, de ces pays soit une tâche si extraordinairement difficile. L’état d’anarchiequi prévalait dans ces pays durant la guerre que se faisaient les deux compagnies était la conséquence même de cette luite, lorsqu’iln’yavait pas d'autre espèce d'autorité que celle qu’elless’arrogeaientellessmêmes:cètte anarchie ne procédait pas de l'esprit tbulent et ingouvernable de la population indigène. Au contraire, du moment qu’une autorité reconnue se montra pour contrôler les deux compagnies on lui donna de suite obéissance implicite dans toute l'étendue de ces vastesterritoires,;et après cela, aucun desdeuxpartis n’eût pu trouver de partisans pour attaquer ses adversaires. Cet acte d’autorité eut lieu lorsque le gouvernement retira toutes les commissions de là paix qu’il avait données aux principaux personnages des deux compagnies, qu'il nomma deux commissaires spéciaux (dont l’un était membre du conseil exécutif du Bas-Canada,) et qu'il lança une proclamation au nom du prince régent en obéissance à une dépêche de lord Bathurst du 6 février, 1817, qui ordonnait-la restitution mutuelle de toutes les places et de la propriété prises durant la lutte, à la partie qui les avait originairement possédées, et donnant liberté entière de commerce aux deux parties jusqu’à ee qu’on en eût autrement décidé. Quelque pénible que fut cette restitution dans plusieurs cas, lorsque l’esprit de parti, envenimé par la perte de plusieurs vies, était arrivé au plus haut degré d’excitation, on la fit cependant sans
délai.
Ce qu'il y aurait donc de mieux à faire serait de soumettre au gouver:
nement impérial la convenance d’annexer au Canada les territoires indiens,
en bien démontrant que ce serait là le seul moyen de conserver longtemps ces pays à la Grande-Bretagne. Il faut que ces pays soient colonisés ct ils le seront. Mais par qui le seront-ils? voilà toute la question. Si nous ne