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Commissaire.
Gustave Lavallé, menuisier en tauteuils, de la eité de Montr^'^il, étant dûment assermenté, dépose et dit :
Je suis franc^-ais Afté de <|uarante trois ans. Je suis arrivé à 3Ioiitréal depuis le 5 septembre dernier. En arrivant je suis descendu à la maison d enugration. Je suis marié. J'ai laissé ma femme à Paris, avec une i»etite fille de neut ans. Je sius arrivé au nombre des émi^rnmt.s. M. Helle était alors l'agent de l'émigration, je suis demeuré ciiKi j„urs à l'Emigratimi, cinq jours, jus(iu'au moment où j'ai trouvé <le l'ouvrage. Nous sommes arrives trente cinq à Québec, nous étions au moins vingt ciiui ou trente à Montréal.
Je croîs que nous étions tous français. xM. Muller nous a reçus à la gare, a notiv arrivée. Nous sommes arrivés h Montréal, vers une heure de. lapres-midi. Nous étions restés dix sept heures en chemin <le fer, sans manger.
A. M. MoNK.
En arrivant ici, nous avions bien faim. La table était servie, lorscpie nous sommes airivés, savoir, de thé sans sucre, parceque M. Belle avait défendu expressément de donner du sucre aux émigrants qui arrivaient C'est la cuisinière qui nous a dit cela, sur la remarciue qiui je lui fis. Je me SUIS plaint à M. MuUor (jui en a envoyé chercher en dehors île la maison Le sucre n'est arrivé qu'après que nous nous fussions retirés de table. On nous a aussi donné du pain et du beurre et je ne puis dire si l'on nous adonné de la viande. Le beurri! était prescpie absent du pain. Nous étions plus mal nourris que les soldats qui n'ont que treize sous par jour. Le dîner se composait ordinairement de bouilli, de soupe, de pommes de terre et d'ean. Je n'ai pas aimé cette cuisine et je n'ai pas aimé les aliments parcequ'ils étaient mal apprêtés, rien qu'à les voir, c'était dégoûtant pour moi.
Quant au coucher, nous étions couchés sur des paillasses infectes et remplies de vermine. La paille avait lair d'y être depuis longtemps. On ne pouvait la remuer, c'était comme du fumier. On ne nous donnait aucune couverture sur ces paillasses. Le dortoir dans lequel nous étions couchés, était dans un hangard dans la cour, il y pleuvait. Nous étions obligés de changer nos lits de place, ponr éviter d'être mouillés.
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Je ne suis jamais allé dans la chambre de bain, pour m'y laver, , j allais seulement pour eu tirer de l'eau ; la chambre do bains était très malpropre, à l'exception de cet apartement, je ne suis pas allé dans les autres parties de la maison ; les lieux d'aisance étaient inhabitables, h cause de leur malpropreté. Il y avait deux compartiments, un pour les hommes et l'autre pour les dames. Mais on pouvait fort bien, de celui des dames, voir ce qui se passait dans celui des hommes.
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A mon arrivée à Montréal, il ne me restait que deux sous. Pour faire transporter mes colis, j'ai été obligé d'emprunter deux francs, pour pouvoir les retirer. C'est M. Bossange, agent d'émigration pour li Canada, à Paris, qui nous a dirigés sur Montréal.
J'ai trouvé de l'emploi huit jours à peu près après mon arrivée, chez M. Thompson, meublier, de Montréal. On m'y donne, depuis j\ peu près trois mois, dix piastms et demi par semaine.
Lors de mon arrivée à l'émigration, j'ai vu lui pacpiet défait, avec une petite brouette d'enfant dessus. Ce pacpiot était au pied de l'escalier, dans l'intérieur. Ce qui a attiré mon attention sur ce paquet, c'est qu'il était là depuis plusieur ; jours. Au moins quinze jours après, j'ai revu ce môme paquet dans la cour à l'intempérie. Ce qui m'a fait porter plus d'attention à ce paquet, c' st qu'un de mes amis avait réclamé un sac qu'il avait iierdu et qu'il a perdu depuis. D'après la description que m'a donnée, hier soir, M. Bi-uu, je suis porté à croire que le paquet en question était celui perdu par M. Brun.
Transqnestionné.
Par M. Belle.
Je n'ai pas notifié M. Muller, qu'il y avait un paquet qui traînait dans la cour. M. Muller était encore, alors, à la maison d'émigration, lorsque j'ai vu ce paquet, pour la dernière fois, dans la Cour.
La poursuite, déclarant n'avoir pas d'autre témoin T; faire entendre avant lundi prochain, la présente enquête est ajournée h lundi, le vingtquatre mars courant, à 3 heures P. M.
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Et le témoin déclare sa présente déposition vraie. Et il a signé.