‹ Réponse à une incroyable attaque de la Bibliothèque Nationale touchant une lettre de Michel deChapitre 8 sur 18 · POST-SCRIPTUM · texte numérisé non relu

POST-SCRIPTUM

12 féTrier ji85i.

Basilb. — Bone Deusl se compromettre; susciter une méchante affaire, à la bonne heure! et, pendant la fermentation, calomnier à dire d'experts; concedo.

Bartholo. ~ Singulier moyen de se défaire d*un homme! Basilb. ~ La calomnie, monsieur ! tous ne savez guère ce que TOUS dédaignez. J'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plates méchancetés, pas d'horreurs, pas de contes absurdes, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien; et nous avons ici des gens d'une adresse.*... !

{Le Barbier de Séville, acte II, scène yiii.)

'avais cra poavoir m'en tenir à l'écrit qui précède et qui était imprimé, attendant Theure de l'audience pour être mis en lumière. Ce qui va suivre expliquera comment j'ai dû reprendre la plume» et justifiera la vivacité de la première partie» rédigée sous l'impression de vagues rumeurs Qui m'arrivaient^ déjà de tout cAtéy des diffamations concertées ^ntre moi par mes adversaires. Leurs déloyales attaques dans la Biblioth^qke de VÉcole des Chartes étaient le bruit précurseur de ces diffamations (1). Tous les efforts imaginables avaient été tentés pour me débarrasser promptement de l'affaire du Montaigne et pour la faire venir au grand jour de l'audience avant les vacances de 1850. Malheureusement, tantôt l'avocat de l'administration de la Bibliothèque avait à plaider devant une autre chambre quand l'affaire était

(!) Pour réparer une omission commise à la page 39, je donne ici l'indication du numéro de la Bibliothèqye où se trouvent ces attaques : c'est le numéro de janvier et février 1860, p. 270-271.

appelée à la première; tantôt survenait un autre incident. Bref, de remises en remises, on fut acculé aux vacations» et, à mon grand désespoir, les plaidoiries furent rejelées à la session de 1851.

De sérieux intérêts m'appelaient en Allemagne : le procès seul m'avait jusque-là retenu. Je partis sur-le-champ pour Munich, Vienne, Dresde et Berlin, chargé de dépêches du ministre des Affaires étrangères. Ce fut alors que mes adversaires, qui sentaient la faiblesse de leur cause, s'ingénièrent pour venir au secours de leurs prétentions mal assises, s'efTorçant de mettre à profit mon absence et de faire diversion, en leur faveur, en me suscitant une méchante affaire, comme le conseille Basile, par voie de calomnie à dire d^expertê.

Il ne s'agissait de rien moins que d'opérer une descente de Justice chez moi. L'enlèveipent de mes papiers et de n^es collections, le triage dans ces collections, toujours à dire d^ experts, des pièces qu'on afGrmerait à priori, avec l'autorité dont nous avons vu de curieux exemples (p. 40-54), pouvoir provenir de la Bibliothèque : tout cela eût été un coup de matlre. On ne risquerait rien tant que je serais absent ; on nagerait en pleine eau ; on pourrait à plaisir prendre, ôler, remettre. Dût-on ne rien trouver, l'avanie du moins serait faite, mon nom serait adroitement compromis devant l'opinion publique. Certes, l'occasion était bonne, aujourd'hui que cette opinion est si vivement prévenue, en matière de soustractions, par l'affaire Libri ; occasion introuvable, en effet, pour ceux qui ont juré i* exterminer les collecteurs quels qu'ils soient, comme on exterminait au bon temps ce qu'on appelait les accapareurs sous la Convention (1)* Mes collections ont été

(i) M. Hauréau a dit plusieurs fois à un de mes amis qu'il travaillerait à exterminer tous les eolleottnrs, mot qui n'est pas à dédaigner dans la bouche de l'auteur de la Montagne. Voir, dans ce livre, les pages 7, 29, 37, 41, 44, 46, 244. Qutlqvestuns de oes passages sont cités dans notre écrit, pages 67 à 69. En vpici qfà, ne le sont pas :

« N'importe, je dirai toujours qu'il n'en faut pas moins prononcer Vanathème de

la guillotine sur tous ceux qui, placés haut dans la République, auraient le crâne si baa et les dévouements si étroits qu'ils pussent oublier un instant le salut du peuple, pçnr quelques petites voluptés de famille, «t le plaisir de se sejfy^ à l'dise, tranquilles et bien heureux, i» (P. 7.)

« Les amis de l'égalité avaient donc grande et pénible chose à faire pour eA fiujr vite avec ces intrigants de second ordre, qui tous les jours relevaient plus fîèreinent la tête, à chaque fois plus hideuse, plus sale de bourbe et de fumier. Les jffiçqsf^tiqns s^a^lfffiM

trop montrées par moi à tout venant» et trop citées pour ne pas avoir allumé la jalousie des délateurs. 11 faudrait abolir le cœur humain pour détruire Tenvie. W^^ Pernelle a raison :

Les envieux mourront, mais non jamais l'envie*

(Tartufe, act. V, se. m.)

Malheur donc à ces collections raiodestes qui ont ploi de renom que de valeur! M. Naudel, dans son ardeur bouillante attisée par M. Haoréau et ses petits alliés querelleurs» ne saurait attendre que je sois là pour lui en présenter les clers sur un plat d'argent ; il veut abattre la muraille et entrer fièrement par la brèche, a la façon do cardinal de Richelieu* Ainsi cette démarche odieuse d'une descente chez un absent» M. Hauréau et M. Naudet (ces gens-li n'ont rien de sacré) osaient la réclamer formellement. Je les nomme tous deux» parce que je suis sûr de ce que j'avance : mes renseignements viennent de source certaine et la plus élevée. — Il est bien entendu que la détermination tramée entre l'administrateur et consorts fut gardée secrète» et que le conseil d'administration» autrement dit le Conservatoire de la Bibliothèque, trop digne pour y donner son adhésion» n'en fut nullement avisé. •— Battu de toute part aux vents de la clameur publique indignée» M. Hauréau sentait qu'il fallait» pour se maintenir» gagner à tout prix le procès civil du Montaigne: guerre déloyale s'il en fut; mais tout semble autorisé envers les collecteurs d'autographes» mis hors la loi à la Bibliothèque nationale.

de cet âge purgèrent la France; eHes vinrent détruire tous fes vestiges du vieil homme pour faire place au nouveau. » (P. 29.)

« Sa vie (celle de Cottol^d'Berbois, qui se plaignait des lenteurs de la guillotine et !nvcanta le» boucheries de la place des Brotteaux), sa vie fut active et ferme; il ne recula jamais lorsqu'il fallut sévir... C'était un de ces maîtres-bougres^ qui firent si grande épouvante à toute faction des accapareurs; colosses puissauls de nerfs, terribles d'awlace' jusqu*à l'antique frénésie des temps romains, grands hommes pour démolir avec Tépieu lourd; dTaiileurs de cœut sensible et doux et de mœurs d'honnête homme. » (P. 39-40.)

« Le lendemain, on le conduisit donc à l'échafaud. — Ainsi les Gracques moururent... Ainsi Ton immola Sidney, Banievelt; ainsi finirent tous ceux qui se sont rendus redou* tables par un courage incorruptible. Les grands hommes ne meiMint point dans leur Rt. » (P. Î58.)

Ce ami homme est B4d)espierrel

Ils ne mouraient pas tous, mais tons étaient frappés^

comme les animaux de La Fontaine : pauvres bonnes gens qu'une coterie étoufferait volontiers entre deux manuscrits, et qu'apparemment on songe à régénérer par la Terreur. (La Montagne, p. 30.) Mes adversaires voulaient donc faire de l'éclat avant le procès civil, et l'on se flattait qu'en versant à pleines mains l'avilissement sur un absent, le scandale d'une descente de Justice réagirait sur le succès du procès. Tel était le but. ^- Quels furent les moyens?

Comme je pouvais revenir d'un jour à l'autre, il fallait se hâter : on fut pressant dans ses démarches. Et d'abord, moi qui, en fait de collections, ai beaucoup acheté et échangé, et n'ai jamais fait de vente, on me transforma en une espèce de maquignon d'autographes. Revenant sur cette vente de mars 1847, dont j'ai parlé page 114, et sur laquelle tout avait été dit, M. Naudet, soufflé par M. Hauréau, répandit le bruit que c'était moi qui l'avais faite pour mon propre compte, bien qu'il fût de notoriété que le véritable vendeur était le célèbre bibliophile, éditeur, avec M. de Monmerquéy des Historiettes de Tallemant des Réaux, à savoir : le marquis de Ghéteaugiron, alors consul de France à Nice; bien que lui, M. Naudet, sût pertinemment, depuis 1849, quel était ce vendeur. Pour que la vente en question eût l'air suspect, on y signala une douzaine de lettres que l'on dit avoir été soustraites au Cabinet des manuscrits. On en désignait une douzaine pour faire nombre, mais on n'affirmait sur preuves par catalogues que pour quelques-unes, détournées, disait-on, en 1838 ou 1841^ c'est-àdire il y a dix à treize ans* — Or, apparemment sur celles-là, comme sur les autres, on démontrait le détournement d'une façon aussi satisfaisante que le fameux vol des lettres de Louis XI, de Malherbe et de Gabrîelle d'Estrées, détaillé pages 40 à 54. — Dès le moment qu'on m'attribuait la propriété des pièces de la vente, il en résultait, suivant la logique de mes agresseurs, qui n'est pas celle de Port-Royal, qu'à tout le moins j'avais été le receleur. En un mot, dans la langue de M. Hauréau et de son adjoint M. Naudet, possession et soustraction étaient synonymes. Que ne m'accusait-on tout de suite de m'être sauvé avec les tours de Notre-Dame dans mes poches I En pareil cas, un fameux chancelier avait indiqué la conduite à tenir. Aussi ne manqua*t-on pas de dire que j'avais suivi son conseil, et,

pour appuyer la demande en perquisition judiciaire, déclara-t-on hardiment à la Justice que f étais en fuite I

Et le tintamarre de maintes cervelles paléographiques appela sur moi, comme sur un contumace célèbre, toutes les yengeances dé la loi. — Voilà qui Ya bien .

Grâces à un magnifique attelage d'arguments empoisonnés et de preuves malhonnêtes et mensongères (je prouverai cela plus loin), M. Hauréau et M. Naudet rattachèrent tant bien que mal une fraude collatérale à l'affaire civile, et tentèrent de circonvenii* le procureur de la République, H. Lascoux.

Ainsi, la calomnie marchait comme un incendie, et, tâchant à se jouer de la haute sagacité du magistrat, le sollicitait violemment d'une démarche dont sa dignité révoltée eût eu plus tard à gémir.

M. Lascoux, un des grands amateurs d'antiquités du Périgord, est aujourd'hui membre d'une commission des Catalogues près la Bibliothèque nationale, avec M. Taschereau, après l'avoir été encore à la Bibliothèque, d'une autre commission, en 1848, avec M. Ravenel du Cabinet des livres, et le même M. Taschereau. Soit à la société de l'Histoire de France, soit au palais Hazarin, il est souvent en contact avec des gens qui se sont faits mes ennemis ; en un mot, lui qui ne m'a jamais ni vu ni entendu, vit dans un milieu qui m'est hostile. Eh bien! ces relations mêmes furent pour lui un motif de plus de peser les faits avec une raison plus circonspecte et plus impartiale : tant il est vrai que l'amour de la justice et de l'équité n'est, en autres termes, que l'amour de l'ordre et de la vérité dans le cœur d'un vrai magistrat. Aussi, malgré la faveur qui s'attache tout naturellement, auprès du ministère public, à toute réclamation faite au nom de l'État , M. Lascoux trouva la demande exorbitante et ne voulut point s'y associer. Un magistrat éminent, à l'esprit juste et au cœur noble, M. le procureur général de Royer, aujourd'hui garde des sceaux, était malheureusement indisposé ; ce fut H. Lascoux qui eut, comme c'était son devoir, à rendre compte de l'incident au garde des sceaux d'alors, M. Rouhèr. Celuici, esprit modérateur, ne trouva pas mieux justifiée l'audacieuse demande de l'administration de la Bibliothèque, et voulut en conférer avec son collègue du ministère des Affaires étrangères, M. le général de Lahitte, sous les or-dres duquel j'étais alors placé. La prétendue fuite d'uii homme qui laissait

derrière soi an établissemeot de quarante années» femme, enftnbi» amis, affaires : tout le passé et tont le présent, — parut d'abord, dans son entier ridicule, au Général qui savait mieux que personne ce qu'il m'avait enyoyé faire en Allemagne. Mes agresseurs avaient oublié qu'en matière de plaisanterie, si le conte n'est pas vrai, encore faul-il qu'il soit bon ; celuinû était par trop naïf. La nature de la première imputation prémunissant contre les autres, prévint Tindignité d'une mesure sommaire et draconienne dont l'application eût fait demander si la Justice est instituée po^ la protection des honnêtes gens ou pour les menus plaisirs de quelques pédants, envieux ou ambitieux, à tout le moins vindicatifs.

Notes que la requête officielle présentée au parquet par H. Naudet, requête que j'ai lue, était une planUe contre inconnu, ayant seulement pour objet de demander que le libraire chargé delà vente de mars 1847, et dont l'adminish*atenr reconnaissait la bonne foi, fût appelé à faire connaître les acquéreurs des pièces prétendues soustraites, afin que ces pièces fussent réintégrées à la Bibliothèque nationale. De. mon nom pas une syllabe. Mais en même temps qu'il remettait cette plainte contre inconnu, lui et M» Hauréau portaient de vive voix devant la Justice et semaient partout sous main une accusation directe contre moi. Ce n'est pas tout, ils appelaient à la rescousse pour les faire entendre à l'appui de leur réolamaiion, non pas de loyaux conservateurs ou employés titulaires de la Bibliothèque, connaissant, pour y avoir pris part, toutes lea relations que j'ai pu avoir avec le Cabinet des manusorits , '^***- mais des étrangers à la Bibliothèque, mais ceux-là même qu'un jour, poussé è bout de patience, j'ai eu l'occasion de combattre sur leur propre terrain, touchant un écrit de Rabelais, et dont l'amour-^propre ne m'a pas plus pardonné leur défaite que leur jalouâe ne me pardonne mes colleetiottft, qu'ils n'ont jamais vues. Ce serait le cas de modifier en leur honneur le vers si fameux : « Tmtcme animiê ccalestibus trcs/ »

Les rages envieuses, avides de démolition et de bruit, prirent ici. le manque de l'intérêt général. On cria sur les toits au crime ; on commentas augmenta ^ envenima.

Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage,

a dit Martine, le gros bon sens des Femmes savantes (act, v» se. 5). Ga bourdonnement, dont une coterie et quelques oisifs de la grande ville

s'étaient faitd les échos» parvint aux oreilles de plusieurs magistrats éle^ tés de mes amis. Dans leur indignation, ils se rendirent spontanément an*près du procureur de la République, —'non certes pour lui parler de l'affaire en elle-^mémë : ^^ (des juges savent trop bien qu'une affaire appartient eiclusivemenl aux juges appelés h en connaître), — mais pour lui parler de ma personne qu'on essayait de faire marquer si gratuitement du sceau de la réprobation publique; mais pour lui attester avec l'autorité de leur caractère, que» loin d'être en fuite, j'étais en mission spéciale, cbose d'ailleurs si facile ft vérifier à l'hôtel des Capucines, et que je serais toujours prêt à répondre devant la Justice, dès que je serais, ce qui ne tarderait pas» à portée de le fai^e.

Cependant, de mon côté, je continuais paisiblement unes trâvaut en Allemagne saUS me douter de ces intrigues, que mon retour devait faire retomber de tout le poids de leur indignité sur mes agresseurs, habites seulement à frapper par derrière et dans l'ombre, pour que leurs coups demeurent impunis. •— Mais c'en est assez touchant ces ennemis sdns pudeur qui me diffament avec une mitraille insaisissable d'absurdes an dit. h me borne à i^ppeler la circonstance qui eût dû les retenir, et qui sûrement les a décidés, c'est qlie j'étais absetit ! Molière I ô Beaumarchais 1

A mon retour, après avoir rendu compte à M. le ministre des Affairés éltungères de mon Voyage, j'appris de sa bouche ce qui s'était passé pendant mon absence. J'appris les inventions sur lesquelles MM. Hauréan et Naudet avaient appuyé leur demande de descente dans mon domicile. Je remis a» juge d'instruction, M. Legonidec, chargé de la suite de la réclamalion de la Bibliothèque concernant la vente de mon ami de GhAteaugiron, des pièces trouvées dans ses papiers et constatant d'une façon péremptoire, irréfragable, l'origine des documents vendus. Le ridicule fantôme si maladroitement évoqué contre un absent était évanoui. -^ Un souffle, et la tor^ cbe était éteinte. — ^Mais quoi ! sans l'intervention du procureur de la République et des ministres de la Justice et des Affaires étrangères, le jeu ténébreux d'une intrigue pouvait donc provoquer la mesure sommaire d'une perquisition de Justice chez un citoyen inoffensif absent ! Quoi I sur la seule dénonciation sans preuves, sur les seules suggestions sans base de l'auteur de la Montagne^ on pouvait donc impunément infliger le scandale d'une pareille avanie à mon nom! On pouvait chasser du foyer domestique ma femme et

mes enfante, poar faire place à de soi-disant experts (à la fois experts et dénonciateurs) dont l'insigne étourderie prend le nom d'un port pour un nom d'homme, un faux autographe pour un vrai, un vrai pour un faux, un fac^smUe banal pour un original volé à la Bibliothèque nationale I Et ma plume ne brûlerait pas le papier de paroles indignées ! Quoi I il n'a pas tenu au funeste auteur du plus atroce des livres, qui se croit tout permis pour faire du zèle et conserver la place que ce livre lui a value en 1848, que je ne fusse écrasé, absent, sous le poids de la plus incroyable accusation criminelle! Quoi! pour faire les affaires d'un nouveau venu à la Bibliothèque, il y a combat à outrance contre les honnêtes gens qui possèdent des cabinets ; il faut que, dans le combat, une des deux parties périsse ; il faut qu'à la voix d'un pédagogue, un amateur paie pour tous, et que ce soit moi qui prenne aujourd'hui la place de cet enfant chargé de recevoir les punitions pour le compte de M. le dauphin! — - Eh bien! je ne suis pas de ces hommes qui se laissent fouetter et égorger avec une résignation musulmane : je relève le gant. Honte ! honte ! Je serais devant cette guillotine dont M. Hauréau glorifie la sagesse {la Montagne^ p. 41), que je ne saurais m'en taire I

Quelque subalternes et méprisables que soient les suggestions, les on dit, les manèges, les cabales, les plates intrigues; tout cela, je le sais, finit par former un bourdonnement qui devient clameur, surtout contre un absent : a Calomniez, il en restera toujours quelque chose. x> Néanmoins, j'ai dit le point de fait; il est élucidé : que cela suffise, — car, je le déclare, les imputations soulèvent en moi trop de dégoût et de dédain pour que j'y réponde. Si j'étais le premier venu, on aurait pu m'intimider avec ces grands mots de procureur de la République et de juge d'instruction. Depuis trente-cinq ans que je suis homme d'administration, j'ai appris combien il est d'un bon citoyen de respecter les pouvoirs établis ; a plus forte raison respecté-je la magistrature, cette grande et austère institution seule restée debout au milieu de toutes nos ruines, et que partout j'ai vu l'étranger nous envier. Mon respect pour elle est au niveau de ma confiance. Je la vénère, mais ne la crains pas. Au contraire, je suis de ceux qui cherchent le grand soleil : les voleurs seuls craignent jusqu'aux réverbères.

Revenons à lo vente de mars 1847, qui est' le grand cheval de bataille

'de mes agresseurs et l'objet de Tinstraction anonyme dont j'ai parlé (1). Qae si c'eût été une vente occulte, à la bonne heure, on comprendrait que, Tenant par hasard à la dépister aujourd'hui, et soupçonnant que des pièces réellement dérobées au dépôt qui lui est confié s'y fussent glissées, M. Naudet fit maintenant du bruit. Mais nulle vente n'a reçu, en son temps, plus de publicité. Le catalogue, distribué à cinq cents exemplaires, a été envoyé, longtemps avant la vente, à la Bibliothèque nationale, et nommément à M. Naudet. De plus, des affiches placardées sur toutes les murailles, sur celles même de la Bibliothèque, ont dit et redit la vente. Celle-ci s'est effectuée dans un lieu public, où, suivant l'usage, présidait un officier public. D'où vient donc qu'en 1847, la Bibliothèque, si bien avertie, n'a dit mot? M. Naudet, cependant, était directeur à cette époque, et depuis longtemps, ^ d'où vient donc qu'il a attendu que le vendeur eût quitté cette terre? que les papiers qui se rattachent à la vente eussent pu être détruits? Il est vrai que M. Hauréau, le démon de ce nouveau Socrate, n'était pas encore là pour l'inspirer. Il y a un plaisant mot que jettent en avant les adhérents de M. Naudet :

<c Met-on la main, disent-ils, sur un autographe qui a appartenu à la Bibliothèque, le possesseur vous renvoie tout de suite pour l'origine à un mort : il n'y a plus moyen de poursuivre. C'est comme dans l'affaire de la quittance de Molière, où l'on renvoya à feu Campenon et à feu Dacier! »

Permettez, l'acquéreur avait cent fois raison pour le Molière, au point de vue de la bonne foi, parce que M. Dacier, autorisé par une lettre générale

(i) Par piété pour mon pauvre ami de Ghâteaugiron, j'avais donné à cette vente un soin particulier. Les pièces qu'il m'avait remises au mois de décembre 1846, à mon retour d'Italie, n'étaient pas toutes en très-bon état; je les fis restaurer, rhabiller. Sur la demande du libraire chargé de la vente, j'y joignis, de mon propre fonds, pour la rehausser, quelques pièces de grande curiosité historique, sauf à les racheter moi-même aux enchères, et Châteaugiron me sut de ces petits détails plus de gré qu'ils ne méritaient. Que dirait-U s'il pouvait connaître les tracasseries que mon intervention bénévole m'a suscitées aujourd'hui ? Bien entendu, pas une sevk des pièces revendiquées, pas une seule ne m'appartenait, ainsi que le prouve la liste des pièces données par Châteaugiron pour être vendues. Quant à ce qui concerne mon vieil ami, si réellement quelqu'une de ses pièces provenait du Cabinet des manuscrits, la bonne foi du vendeur, en cette occasion, ne peut faire l'ombre d'un doute. Dans tous les cas, je ne saurais, sur la provenance, accepter les dires de M. Hauréau que sous bénéfice d'inventaire.

da ministre de l'Intérieur, M* de Corbière, en date du 20 janvier 1828, avait vendu 5 francs cette quittance en pleine salle publique de la Bibliothèque^ à M. Campenon. La petite somme qui résultait de ces ventes était appliquée à la dépense de reliure des manuscrits pour laquelle le fonds était fort restreint à cette époque. Et, ici, je suis d'autant plus désintéressé, que je n'ai jamais acheté moi-même à ce genre de ventes; mais plusieurs de mes amis, hommes sérieux et justement respectés, y ont puisé, l'affirment^et doivent être crus. 11 y aurait, d'ailleurs, à soutenir le contraire une insigne mauvaise foi et une notable maladresse, car MM. Duchesne atné, Paulin- Paris et Gttérardv de la Bibliothèque, qui tenaient à tour de rêle le livre de ces ventes, sont là pour en attester, contre les assertions de H. Naudet, la réalité. N'admirez^vous pas ensuite ces sens qui vous attaquent dans votre propriété, qui, de plus, vous diffament, et qui s'étonnent qu'on ne se laisse pas faire? Cependant, de ce qu'on a le malheur d'être vivant, ce n'est peutêtre pas un motif pour qu'on soit criminel, sans bonnes raisons. Cela me rappelle ce Kayserlich fouillant les hommes gisant sur le champ de bataille, et qui, entendant les plaintes des mourants : a Si l'on en croyait ces gensla, s'écria-t-il, il n'y aurait personne de mort. » Eh bieni s'il vous faut absolument des coupables, comme à celui-là il fallait des morts, déterrez alors de vrais coupables, vivants ou morts ; ne dépouillez pas arbitrairement les honnêtes gens, fussent-ils si malavisés ou malicieux que d'être vivants. Estampillez, cataloguez, c'est votre devoir et notre droit. Ne laissez pas tout à l'abandon.

Pour revendiquer ce que vous prétendez avoir appartenu à l'Ëtat, faites vos diligences en temps utile ; veillez au lieu de dormir, ou, qui pis est, de tourmenter et calomnier les honnêtes gens ; rappelez-vous que la prescription, que je n'invoque pas pour moi, mais par laquelle le législateur a prévu la disparition ou l'oblitération des preuves pour ou contre, est un principe de morale et de sécurité publique acquis à tous ; n'attendez pas qu'une pièce Ait reçQ la sanction de la publicité d'une ou deux ventes à l'encan ; n'attendez pas quatre ans comme pour la vente ChAteaugiron , dix^uà ans comme dans l'affaire du Molière, trente ans comme dans l'affaire du Montaigne, et l'on ne sera pas forcé de vous renvoyer à des. morts.

C'est folie De compter sur dix ans de vie.

a dit maître Jean , notre mattre à tous. Il avait dit, deux vers plus haut :

Avant Taffaîre) Le roi, Tâne, ou moi, noos mourrons.

Cette fois c'est Tàne qui a sorvécot et voilà pourquoi une lettre vraie est une lettre fausse^ une lettre fausse est une lettre vraie, un foc rimAe est an original volé à la Bibliothèque nationale, comme on l'a vu pages 55, 54» — - £ Miftpra iene /

Pourquoi donc M. Naudet a-t-il attendu? Eh ! mon Dieu, que Ton consulte Tétrange coïncidence qui existe entre les poursuites et notre afiaire civile aujourd'hui pendante I que l'on consulte la coïncidence entre les bruits diffamatoires et mon absence! là est la réponse. Quand je dis que M. Naudet n'a point réclamé, je me trompe, il avait réclamé en 1849, comme nous l'avons déjà rapporté p. 104, à propos de l'autographe de Gabriel Naudé à Peiresc, qui figurait au catalogue de la vente de 1B47, aujourd'hui incriminé, que le libraire Téchener y avait acheté et qu'il avait mis dans une autre vente. J'avais eu alors l'occasion de m'expliquer avec M. Naudet devant témoin (1), touchant le nom du véritable vendeur des pièces portées à ce catalogue de 1847; j*a vais eu l'occasion de donner également à ce sujet des renseignements à un juge d'instruction commis ad hoc, et procès-verbal en avait été dressé. Le catalogue était entre les mains de ce magistrat» qui me l'a montré. Par ainsi, M« Naudet savait à merveille à quoi s'en tenir sur la vente GhAteangîron, sans que nulle équivoque f6l désormais possible. Aujourd'hui, uéanmoinSy que vient-on nous brouiller de cette vieille histoire, et que veulent dire tant de voix qui s'essoinfQent à l'unisson touchant uu fait dont on tonnaft la fausseté ?

Ce n'est pas tout» la passion étourdit à tel point l'administration de la Bibliothèque» que cell^^i en perd la mémoire. Le croirait^on ? parmi les pièces qu'elle revendique aujourd'hui, figure encore celte éternelle lettre de Gabriel Naudé qui a déjà été l'objet d'une instruction en blanc, avortée en 1849 ; que la Bibliothèque, sans y faire de façons, a insérée dans un de ses

(i) n avait même imposé silence devant moi, dans son cabinet, à un employé de la Bibliothèque, qui m'attribuait [h propriété de la lettre : « Les piècetr de la vente où edto-ei se tiouvait« lui ditHl, u'appartenëtail point à M. F^ »

volumes avec la note d'ioramie qa'on a vae page 115. Celte lettre de Gabriel Naadé à Peiresc, c'est leur épée de chevet. H. Naadet (ne confondons pas), M. Naudel en rêve tout éveillé. Sur la plainte nouvelle, Téchener fnt appelé de nouveau, et s'il n'eût été malade à ce moment, ce qui l'empêcha de répondre à l'appel, il eût été quelque peu étonné qu'on le fit venir pour autre chose que pour lui rendre la pièce confisquée. Voici une lettre de M. Téchener à ce sujet :

« Paris, ce 12 janvier 1861.

« Monsieur,

« Vous me faites Thonneur de me demander ce qui s'est passé au sujet de la lettre de Gabriel Naudé, achetée par moi à la vente de Gharavay, qui était, disait-on, celle de feu de Châteaugiron. Voici, monsieur, les faits tels quMIs se sont passés : cette pièce a été réclamée à la vente de M. Laverdet, et déposée par le commissaire-priseur entre les mains de M. Hatton, juge d'instruction, qui s'est borné à me demander d'où je tenais la pièce.

« Depuis, j'ai appris qu'elle avait été remise à la Bibliothèque nationale; mais cela a

eu Heu sans ma participation et sans que j'aie été consulté en rien par la Justice sur la

question de savoir si je voulais contester cette propriété,

« J'ai l'honneur d'être, etc.

« J. Teghbneb,

« 20, place du Louvre. »

En vérité, où en sommes-nous? Je m'étais jusqu'ici laissé dire que le bon sens d'accord avec la loi voulait que le sort d'un objet déposé en justice ne fût décidé que par un jugement ou par le libre abandon du propriétaire ; aurait-on changé tout cela ? Je suis décidé à n'être curieux qu'avec réserve ; mais en ma qualité de possesseur de collections qui m'ont coûté fort cher, j'ai besoin de savoir s'il est entendu qu'à l'avenir les simples assertions de l'administration envahissante de la Bibliothèque nationale suffiront à faire jurisprudence, et pourront jeter un démenti aux traditions de la loi ; si , comme l'a plaidé hardiment M® Marie* possession équivaut désormais légalement à soustraction; en un mot, si la propriété c'est le vol.

Ainsi donc, d'une part, M. Naudet, qui pour le Montaigne s'était mis à la remorque de M. Jubinal, qui aujourd'hui s'est fait l'adjoint de M. Hauréau, savait que la vente n'était point mienne, et il la donne comme miennel De l'autre, il tient l'autographe de Gabriel Naudé, il le tient depuis plus d'un an, lui-même me l'a montré alors glissé en un volume de la collection Pei-

resc, et par sa premiàre demande» que j'ai lue, il fourvoie la Justice dans une revendication dérisoire I M^^ Dacier faillit, ditron, à s'empoisonner, en se passant la fantaisie du fameux brouet noir antique, je crains que mes érudits de Bibliothèque, en faisant comme elle quelque expérience m anima vili^ n'aient goûté du miel de ce rhododendron , qui , au rapport de Xénophon et de Pline, donnait le vertige. En effet, l'administration de la Bibliothèque nationale n'est plus dans son assiette. Sera-t-il donc permis à M. Nàudet d'exhumer à plaisir une affaire avortée, chaque fois que le mouvement politique et le roulement judiciaire amèneront un nouveau procureur de la Bépublique, un nouveau juge d'instruction ? Faudra~t-il donc renoncer à voir jamais vider le fond di| sac? H. Naudet pourra-t-il donc toujours nous verser la même coupe, nous menacer du même coup de poignard? Gela finit par devenir fastidieux. Gare enfin aux sifflets du parterre !

La pièce de Gabriel Naudé, à Fabri de Peiresc, cette pièce qui vaut un écu, et qui a amené tant d'écritures, ne portait ni timbre ni numéro d'ordre ; mais il y est question de l'envoi d'un imprimé qui se trouve dans un volume des papiers de Peiresc. C'est là-dessus qu'on s'appuie pour justifier la revendication. Mais tant s'en faut que cela prouve péremptoirement que. la lettre en question soit la lettre d'envoi, car cet imprimé est encore envoyé par une autre lettre, et se retrouvait dans le volume du président Agier, d'où Chàteaugiron avait tiré l'autographe. Si j'avais le loisir de passer une à une en revue les dix ou douze pièces que la Bibliothèque nationale a réclamées dans la vente de Chàteaugiron, qui n'a jamais rien volé à personne, et achetait en tout bien tout honneur, peut-être arriverais-je à ébranler sur ses prétentions le Cabinet des manuscrits, lui-même. Dans tous les cas, toutes les pièces composant sa vente ont passé sous mes yeux, et je déclare que pas une seule ne portait le moindre caractère public :. estampille, cote ou pagination spéciale, propre à soulever les scrupules. Quand, à la vente de Laverdet, parut la lettre de Malherbe dont j'ai parlé (p. 112, 113), celle-là même qui a été l'objet d'une insinuation si audacieuse et si maladroite, à la réplique de mes adversaires, dans l'affaire du Montaigne , — je la reconnus sur-le-champ comme ayant appartenu à la Bibliothèque, parce qu'elle avait été indiquée comme manquante dans les volumes sur lesquels j'avais préparé une édition nouvelle, si nécessaire, de la curieuse correspondance de Malherbe» dont on a eu un échantillon» p. 45-53.

Je la reconnns, parce qu'elle portait encore un naméro d'ordre de la main de M. Paalin-Pàris, qui a coté ces volumes en 1858. Or, rien de tont cela ne s^appliqaait à la lettre de Malherbe que fit tendre Ghàteaugiron en 1847. Si elle provenait primitivement des papiers de Peiresc, il est indubitable qu'elle en avait été tirée avant la pagination faite par M. Pflris, antérieurement à mon travail^ et à celui de M. Bazin sur ces précieux papiers (1).

Poursuivons, Je donnerais en cent à deviner ce dont M. Hauréan et H. Naudel se sont encore avisés pour l'usage de procès faits ou à faire. On sait que les manuscrits se sont prêtés de tout temps» au dehors, à la Bibliothèque nationale ; ils se prêtent seulement à des personnes très^-connues» sur an reçu inaeril au livre de prêt. EÀiamen est fait avant la sortie, vérification au retour. On raie au livre le nom de l'emprunteur, et cette radiation tient, comme de juste, lieu de quitus. Aujourd'hui, l'adminisIratiOD de la Bibliothèque prétendrait instituer une responsabilité rétroactive pesant à perpétuité sur l'un des emprunteurs, à son choix, après qu'il aurait rempli les formalités de la restitution. Depuis dix, quinze, vingt ans, vous avez rendu un manuscrit, elle découvre, ou elle suppose le détoumement d'un feuillet qui a pu être enlevé derrière vous par une main infidèle, eu mo<* ment même où vous rendiez le volume, -—alors elle vous montre du doigt, et ettedit à un juge d'instruction : a Voilà mon voleur! » •— Supplément an Code criminel , ou plutôt vrai guet-apens. Décidément il faut en revenir au met m connu : Creio quia abmrdum. ***• En vérité, pour gens si habiles et qui en général n'aiment point à faire le mal à leurs dépens, c'est prêter à rire de soi, et s'avouer bien à court d'inventions. En effet, une fois qu^un vohime avait été rétabli par un emprunteur au Cabinet des manuscrits, il rentrait dans la circulation communet il était prêté de nouveau au dehors, il passait de mains en mains dans la salle publique de lecture pour l'usage des lecteurs tranmintes inconnus ; il y a mieux, il était livré sans nul contrêle à certains pririlégiés placés dans des salkd réservées du Cabinet des manuscrits, notamment la salle Fréret. Comment le pauvre emprunteur d'tf y a treize ou vingt ans, même d'il y a un an» aurail-*il à répondre de tout œ (pie l'incurie des préposés pourrait avoir amené de soustractions.

Eb I mon Dievl les emptuntaurs du dehors sont les derniers à qui attvi-*

(i) Voir à la fin, page iM^ une note sur lea papiers tinsses par F>ihri de

baer leê (Jétonroemenls. N'y a-t-il pas la garantie des vérifications tminédiateSy qai les menaçait d'être saisis en flagrant délit de turpitude» s*ils eussent été assez malheureui pour s'y exposer? — On dira peut-*Atre, car que ne dit*on pas? que les Térifications n'avaient point lieu au retour. Dans ce cas» à qui donc aurait-on le droit d'imputer un détournement, s'il y a en détournement ? Serait-il bienséant que la Bibliothèque se ftt contre le public qui la paye un titre de l'oubli de ses propres devoirs? Et puisque le même soupçon, vraie selle à tous chevaux, planerait sur tous les emprunteurs et lecteurs à la fois, M. Naudet, pour être plus sûr de son fait, n'aurait phs qu'à faire arrêter la ville et les faubourgs, pour intenter à tous et à chacun un même procès & mêmes fins, comme il infligeait naguère un j^rutim cohh muB à toute sa classe, quand il n'avait pu distinguer le vrai coupable de quelque méfait de collège. Une telle prétention, qui blesse le bon sens, ne fait pas moins injure à tous les employés du Cabinet des manuacrtlss-^car, enfin, l'auteur de la Montagne est le seul nouveau titulaire à ce Cabinet; les employés supérieurs chargés, il y a quinze ans, de la rei»ise et de la vérifi«-> cation des manuscrits» sont tous là, gens de devoir alors comme aujeupd'hui : M. Paulin-Pàris, de l'Institut ; M. Lacabane^ professeur à rËoole dea Chartes ; H. Miller, passé bibliothécaire à l'Assemblée nationale , et nombre d'autres. Ils seraient fort surpris sans doute qu'on ftt devant ta Justice aussi boa marché de leur làle et de leur probité. Et cependant, tout absurde et odieux en même temps que soit un pareil système, la Bibliothèque ê*m vOrt^m guerre avec son drapeau de parchemin, sur lequel est écrit ArgunmUeèor, U. Naud«t porte l'épée et Si. Hauréaa la cuirasse, dont heoreusenent le défaut n'est pas difficile à trouver.

La Bibliothèque nationale n'en était pas encore venue aux grands coupa d'estoc et de taille judiciairea contre les pauvres collecteurs d'autographes et de documenta historiques, que déjà les lettres anonymes, les attaques insi-dieuseSf les cakmnies souterraines avaient peu coûté» en dehors de la Bi-bliottlèqnQA à je ne sais queia^ lÎBÛera et recors de la fauaae science, povr essayer cle 1^ exterminer. Que de fois n'a-t-on pas renouvelé à leur propoa cQlte (ameusfi histoire de la dent d'or poussée,, comme chacun sait, à un Qlifwt silési^n, eu 1595. J'en ai eu des exemples personnels d'un haut coi]iAiqu9^ Un jour entre autros» m legs heurMx fait tonner entre mes main» uui àowejT à» C9A( ^ingt lâltreftf U phipart inéditea, de Henri IV» le» ménea

que j'ai depuis commuoiquées au ministère de Tlnstruction pabliqae pour être publiées dans la grande collection des Docummts sur VUstcire de France, et que le Gouvernement, qui les tenait dans ses mains, ne s'est pas avisé de revendiquer, parce qu'elles n'appartenaient pas à l'Etat ; ces autographes, dis-je, du bon Henri, m'échoient de fortune, — vite une lettre anonyme, dont l'auteur a mal écouté aux portes, avertit le ministre de l'Intérieur qu'il faut que les Archives générales avisent, attendu qu'il vient de me tomber un carton d' autographes de Henri P', sans doute enlevées à ces Archives. — Des autographes de Henri P', le fils du roi Robert et de la reine Constance, monté sur le trône en 1031 1!! Plût à Dieul m'écriai-je avec les Archives, sur l'annonce d'une ânerie si miraculeuse ! — La même lettre donnait ensuite l'éveil sur mon entrée en possession d'un énorme dossier de lettres de Louis XVI et de Marie-Antoinette, qui devaievU provenir également des Archives générales, insinuation aussi fondée que la première, car les lettres que je possède de ces augustes victimes de la Montagne^ lettres devenues publiques à force d'avoir été vues chez moi, ne font défaut dans aucun dépôt national, ne sont réclamées par aucun.

A quelque temps de là, mon argent, « en bons louis d'or et pistoles bien trébuchantes , » découvre en Hongrie l'exemplaire du Testament de Lom XVI, envoyé par ce prince à Monsieur ^ depuis Louis XVIII (comment de Hittau il s'était égaré là, je le sais ; mais ce n'est pas ici la question : il suffisait à moi, Français, que la pièce fût authentique). — L'existence de ce document à Pesth avait transpiré jusqu'à l'ambassade de'] France à Vienne ; c'est de compagnie avec le premier secrétaire de cette ambassade que je l'avais enlevé des mains du possesseur et que j'avais gagné de vitesse un grand ministre de l'Empire, qui délibérait pour le faire acheter. Certes, on aurait dû me louer d'avoir fait cette précieuse conquête : eh bien! le bruit n'en est pas plutôt répandu à Paris qu'il se trouve quelqu'un pour proclamer partout, à cette époque d'effervescence oA éclata l'affaire Libri, où M. Taschereau mettait les hommes de l'ancienne administration au pilori de sa Revue rétrospective ^ — que ma conquête ne peut être que le fruit d'une soustraction dans un dépôt public français, et que c'est chose à me revendiquer I II m'est revenu même qu'on en a touché quelque chose ' devujÉt la Justice , à Tappat de la dernière tentative avortée de la Biblio-

thèque! Or, mon délateur est un délateur purement officieux, car nulles archives quelconques ne revendiquent ni ne protestent. Sur quoi donc croit-il ce quMI avance? Sur quoi? Gomme mattre Jacques, il vous répondrait : « Je le crois. •• sur ce que je le crois. »

Une autre fois, je retrouve à Naples une collection de documents impériaux, collection rivale des célèbres album du musée Sainsbury. Le catalogue imprimé de cette vente a~ couru tout Paris; la masse des pièces a été pendant six ans en vente publique chez un libraire, place de la Bourse ; elle a même été offerte aux Archives de TÉtat, et, à cette occasion, M. Letronne» directeur alors, l'a conservée durant plus d'un mois dans son cabinet et en a refusé l'acquisition faute de fonds. — (A la Bibliothèque nationale, on n'a presque jamais de fonds pour faire de bonnes acquisitions ; on en a toujours pour intenter de mauvais procès à nos frais, car c'est l'argent de l'Ëtat qui y passe.) <— A peine la collection est-elle entre mes mains que le même personnage qui m'avait dénoncé pour le Testament de Louis XVI s'en va presser le garde actuel des Archives générales, M. de Chabrier, de la revendiquer, comme si l'État y avait le moindre droit! Àb uno disce omnes.

Ce qui s'est passé pour quelques parties de mes modestes collections est le cas de toute grande collection existant entre les mains d'un particulier : elle excite l'étonnement ou l'envie. Devant les cabinets de portraits ou de curiosités de M. Grawfurd, du général d'Espinoys, de M. de Bruges, de Af . du Sommerard, de M. Sauvageot, de M. le marquis de Biencourt; devant les collections considérables d'autographes de sir Thomas Philipps, du marquis de Villeneuve-Trans, du comte d'Hunolstein , le premier mot de tout spectateur a été presque toujours : Où a-t-on eu tout cela? On a eu tout cela avec le temps qui, s'il détruit, sait aussi édifier ; on a eu tout cela par la puissance attractive d'une idée fixe, par la persistance de la volonté pendant trente à quarante années; ce qui n'implique pas, ce semble, qu'on soit un voleur; on a eu tout cela comme la fourmi meuble son grenier d'hiver ; on a eu tout cela sou à sou , comme ces gens à vie économe et sévère qui laissent des sommes fabuleuses après leur mort. Où y a-t-il en tout ceci place pour les prétentions de l'État ?

Avant que la recrudescence des études historiques ne poussât, depuis vingt-cinq à trente ans, un si grand nombre d'écrivains à remonter aux source indigènes ou étrangères ; avant qu'autour de ces hommes studieux

ne tinssent se grouper à Tenvi les collecteurs d'antiquités^ de chartes, d'autographes, de documents de tout genre, la Bibliothèque nationale était conservée par des hommes éminent^ dont j'ai déjà relevé les noms honorés. Ceux-là savaient ce que c'était que livres et manuscrits. Mais ils n'avaient point à devancer le mouvement de l'esprit public et de la mode, et leur attention spéciale ne se portait pas sur les autographes proprement dits. De qui la Bibliothèque a-t-elle reçu l'impulsion et l'émulation sur ce point ? de qui a-t-elle appris à s'inquiéter de ce genre de richesses? de qui à les classer? à les faire valoir? De ces mêmes collecteurs d'autographes qu'aujourd'hui elle poursuit avec la flampie et le fer, mais à qui le Gouvernement n'en emprunte pas moins des documents pour ses publications. Procès, insultes, calomnies, rien ne coûte à l'Administration actuelle de la Bibliothèque. Pour les procès, l'État (c'est-à-dire vous et moi, nous tous, le pays en un mol) est là qui paie ; quant aux insinuations calomnieuses, elle est en

fonds.

Lurida prsterea fiunt quaecunque taentur

Arquati. QLiUCREt., IV, 333.)

Il y a là une injustice révoltante. La Bibliothèque nationale est comme ce fou d'Athènes qui s'était mis dans la fantaisie que tous les vaisseaux abordant au Pirée étaient à lui. Cependant aux causes de dissémination des autographes que j'ai énumérées plus haut, il y en aurait cent autres à ajouter encore. Ainsi, par exemple, les archives du département des Affaires étrangères, si riches et si bien classées, et dont je puis parler, parce que je les connais bien, ne datent guère dans leurs suites régulières qu'à partir des dernières années du règne de Louis XIV, parce qu'avant le marqjuis de Torcy, qui réglementa cette partie du service, les ministres et tous les agents du roi à l'extérieur gardaient par devers eux les originaux des lettres qu'ils avaient reçues. Il en était de même dans tous les autres départements de l'administration française. De là ces archives de famille, qui, à différentes époques, ont versé tant de papiers publics dans la circulation. Que sont les collections précieuses de Béthune, acquises par la Bibliothèque nationale, et dont les premières bases furent les papiers du célèbre négociateur Philippe de Béthune, frère de Sully? Que sont-elles, sinon une correspondance diplomatique autour de laquelle sont venues se grouper des lettres de tous les héros et des dieux du temps? Gomment tant de lettres de

flooferains se sont-elles égarées dans les collections de Daural et des Dopuy» si ce n'est à la faveur de l'insouciance alors régnante de l'État en ma* tière d'archives? Sans ces collecteurs, qui sont les vrais conservateurs, il ne faut pas se dissimuler que presque tous ces documents» aujourd'hui si précieux» seraient détruits et « auraient fondu comme beurre» » suivant Texpression de Montaigne.

En résumé» ainsi que je l'ai dit et redit» aucune des pièces que revendi* que» depuis trois ans» la Bibliothèque» ne porte le caractère public» et presque tons ses catalogues sont muets ou incomplets sur ces pièces. Elle use du procédé que j'ai indiqué» page 115 : elle confisque et se retire dans sa gloire sans rien prouver. Qui ignore cependant que le jour où un fonds nouveau est entré au Cabinet des manuscrits avec ses catalogues» le Cabinet n'en a jamais fait le récolement par le menu? Telle pièce» dont le propriétaire» usant de son droit» aura disposé ou qui se sera égarée avant la cession du fonds à la Bibliothèque» sera néanmoins demeurée indiquée au catalogue ; qu'elle paraisse dans une vente, dans deux ventes» M. Naudet la laissera passer sans rien dire : à une troisième vente» il fera saisir. Les amateurs qui achètent en ventes amiables» et le plus souvent en ventes pu* bliques» ne sauraient connaître» quand leur collection est un peu considérable» l'acte de naissance de chacun de leurs autographes : ils ont acheté honnétemeol, cela leur suffit. Que si ces autographes fussent revêtus d'estampilles comme le fameux exemplaire du Triumphe de très-hatUe et très^-puù^ êonte dame V. , Royne du puy d'amours, composé par l'inventeur des menus pkdsùrs hannestes (Lyon» Fr. Juste» 1539, petit in-8^» fig. en bois) » livret singulier, en prose et en vers» attribué à Jehan Lemaire de Belges» et plus vraisemblablement à Martin d'Orchesino» et dont il n'y a plus que deux exemplaires connus; acheté k la vente du comte d'Hoym pour la Bibliothèque du roi, volé à cet établissement au bon temps de la Montagne, vendu en Angleterre» et enfin tombé dans la possession du célèbre bibliophile an* glais» sir Richard Heber» à la vente duquel un amateur de Paris en a fait l'acquisition» malgré l'estampille, indiquant sans équivoque la propriété publique» oh I alors» à la bonne heure» M. Naudet aurait le droit de se récrier. Que si encore ces autographes fussent revêtus d'estampilles grattées comme l'était ce fameux exemplaire des vingt volumes du Recueil des histo^ rims des Gm^ et de la FroÊice (un beau livre en vérité)» par dom Mart.

Bouquet, cédé en 1849, par M. Naudet lui-«méme, et assurément de trèsbonne foi, à notre intelligent libraire, M. Franck, comme il eût pu me le vendre à moi-même, M. Naudet pourrait de la main droite se saisir la main gauche comme V Avare, et il ferait justice. — Il n'en est pas ainsi, encore une fois, & l'exception du Descartes cité p. 58, des autographes qui ont paru jusqu'ici en vente publique, et que la Bibliothèque a prétendu ou prétendrait aujourd'hui revendiquer; ils n'étaient revêtus d'aucun soupçon d^es*tampille. De grâce, apprenez-nous donc à reconnaître, je ne dis pas un li* vre, — l'histoire du dom Bouquet me prouve que vous qui voyez si vite la paille estampillée dans l'œil de votre voisin, vous n'avez plus la même JQS-> tesse de regard pour vous-même ; mais apprenez-nous donc à reconnaître entre mille un autographe suspect.

Maître Jean de La Fontaine disait, en pensant à M. Naudet :

Prenant tout, pour le faire court, En véritable homme de eour.

En effet, M. Naudet touche & tout, se substitue & tous. Il domine les couronnes et les trônes, comme autrefois il régnait sur les climats grammairiens. En veut-on un curieux exemple ? Paulo majora eanatruus. Il s'en prend aujourd'hui à Louis XIV, le grand roi! Ce prince avait fait présent à son grand-mattre de la vénerie d'un beau manuscrit à vignettes du fameux livre en prose emphatique de Gaston Phœbus, comte de Foix, si connu sous le titre de ; Phéhus des déduiz de la chasse des bestes sauvaiges et des oyseaux de proye. Le roi avait pris ce manuscrit des dernières années du xiv* siècle ou des premières du xv^dans sa bibliothèque, i. e. à la Bibliothèque royale, et y en avait mis un autre à la place. De mains en mains, le précieux ouvrage était arrivé dans la maison d'Orléans, et, après le sac du palais de Neuilly par la populace ivre, en février 1848, il s'est retrouvé, heureusement intact, parmi les débris de la Bibliothèque du roi Louis-Philippe* M. Naudet l'a fait saisir (il n'y avait plus de roi) sur le motif qu'il avait été volé par Louù XIV au préjudice de la Bibliothèque royale, comme si, à l'époque où régnait Louis XIV^ il y avait distinction entre le domaine privé et le domaine de l'État, comme s'il y avait une liste civile réglée par des chambres I M. Hauréau n'aurait pas mieux dit. Louis XIV taxé de vol par M. Naudet! cela est fait pour consoler dea

Kl

urbanités dont j'ai pris ma part. Ayant de crier haro contre les honnêtes gens et de les mettre hors la loi sur le seul chef qu'ils possèdent des autographes, comme en recueillaient jadis Montaigne (1) lui-même, Daurat» Peiresc, Dupuy, Colbert, Balnze, Béthune, de La Mare, Gaignières et tant d'autres béats que nous imitons de loin, la Bibliothèque nationale ferait sagement de se mieux renseigner. Elle ne s'exposerait pas à voir retomber sur elle la honte des avanies que, dans sa marche tortueuse, elle a essayées contre un honorable possesseur de cabinet. Et pourquoi tant de bruit, après avoir échoué dans sa demande en perquisition de justice ? Pour l'unique satisfaction qu'elle n'a pas davantage obtenue, de faire mettre mon nom sur le dossier anonyme, de me placer, ne fût-ce que pour un jour, par l'effet d'un simple mandat de comparution, dans la position d'un inculpé, et d'en faire ensuite grand éclat à l'audience civile. La salle des Pas-Perdus, au Palais, était pleine du vacarme des révélations terribles que la Bibliothèque devait faire éclater à l'audience. Â chaque remise de l'affaire, j'avais les oreilles étourdies des espérances des amateurs de scandale, et la clameur des mêmes projets me revenait de toute part , et dans le monde, et au Cabinet des manuscrits, et au ministère de l'Instruction publique. Mais on avait compté sans la Justice. Mon retour ayant appelé l'examen, la production de la liste des autographes que Chàteaugiron m'avait chargé de faire Tendre, et sur laquelle ne manquait pas une seule des pièces revendiquées» fit balayer tout l'échafaudage des calomnies. Les adhérents de M. Naudet nous reprochaient de n'opposer à leurs revendications que des inorts. Ici encore il y avait un mort, mais un mort qui avait parlé. Le coup était manqué cette fois. Mais le siège de mes adversaires était fait : il leur fallait à toute force du scandale. Leur avocat, M^ Marie, s'en fit l'organe dans la discussion touchant le Montaigne. Â la première audience, il prit un ton de modération qui , à l'audience des répliques, se démasqua tout à coup*

(1) a Vrayment cela partiroit d'une mauyais« nature d*avoir à mespris les pourtraicts mesmes de nos amis et prédécesseurs, la forme de leurs vestements et de leurs armes.

Ten conserve Fescriture, le seing » {Essais, 1. II, ch. xyiii.) Montaigne, qui disait

deux lignes plus loin, qu'avec <& son écriture, il empescheroit peut-estre que quelque coing de beurre ne se fonde au marché, » admirerait yraisemblablement avec quelle piété je dispute aujourd'hui, à la pointe d'un procès, une feuille de sa main, relique sauvée par le fils de la beurrière de Lyon. (Voir p. 81.)

-^^*-***^''^'^^'- V-fi-^^ •" ■~.^.-z^:rc-

Affectant d'ignorer qu'on avait totalement échoué dans les poursuites, que, malgré toutes les délations acharnées,, je n'avais yamoft^ été un instant Fobjet d'une instruction personnelle, et que les pièces par moi fournies avaient fait évanouir jusqu'au moindre préteite d'action judiciaire, on jeta au Tribunal et au public le récit d'une action criminelle exercée cônire moi à propos de cette venCe de Chàteaugiron qu'on m'attribua : -*- mensonge 1 car M. Naudet lui-même n'avait pas osé prononcer mon nom dans sa plainte écrite, et n'avait présenté qu'une réclamation générale et contre inconnu; -^ on parla de revendications civiles, mensonge I car rien de pareil n'a été et ne peut être introduit ; —- on isola de la vente Chàteaugiron cette éternelle lettre de Gabriel Naudé pour en faire perfidement un chef à part et me l'attribuer encore, pour se donner la joie d'une mise en scène scandaleuse, pour exploiter avec mauvaise foi l'affaire Libri contre un homme qui, ni de près ni de loin, n'a aucun rapport avec cette affaire : — mensonge! — On battit les buissons pour répandre finalement sur moi l'opprobre des plus odieuses calomnies et mettre sur le compte des faits acquis à ma charge les rêveries de l'imagination de l'auteur de la Montagne et les insolentes tentatives de ses amis et complices. *— Une pièce de Malherbe a été dérobée, en pleine salle publique, au tome II des papiers de Peiresc, dans la première quinzaine de novembre 1838, M. Faulin-Pàris le constate par une note inscrite sur la pièce voisine de celle qui a été coupée avec brutalité aux dépens de plusieurs autres. Le 17 du nqême mois, ce même volume m'était confié pour la préparation d'une édition nouvelle des lettres de Malherbe; la note existait déjà. Je restituai le volume le 26. Eh bien I on ose m'attribuer par insinuation directe le détournement de la pièce volée, quand elle n'y était déjà plus alors que le volume a passé par mes mains, -^ quand c'est moi qui plus tard, trouvant la pièce annoncée dans un patal0gii9 de vente, en prévins le premier la Bibliothèque, et déterminai à restitution l'honorable possesseur, quand des lettres de ce possesseur, ancien député et conseiller d'État, de M. Paulin-Pàris et des autres intéressés, établissent ces faits d'une manière irréfragable I En vérité, il serait par trop commode de souiller de fange les gens honnêtes et inoffensifs, de faire passer sur eux la roue d'une voiture, et, après les avoir écrasés, de s'esquiver adroitement, icpmme ce moine profanateur et assassin qui, après avoir donné son coup de poignard, s'en allait placidement chanter la sainte mesge. « Nous avoqs pu

nous tromper^ diront hypocritement mes agresseurs; nous sommes administrateurs; nous n'agissons pas pour notre compte personnel. » Eh bien I vous dirai-je, quand on a l'honneur et le bonheur d'être à la tête du premier dépôt littéraire et scientifique du monde, il faut savoir se respecter soi-même en respectant les autres. Il y a autre chose à conserver encore que les livres et les manuscrits.

Vous être réfugié sous le manteau de l'intérêt public pour diffamer et calomnier, voilà ce qui rend votre conduite plus odieuse et plus coupable. Si» pour violer à l'aise et impunément les réputations et flétrir l'honneur d'autrui, il ne s'agissait que d'être administrateur, on s'inscrirait exprès pour se faire nommer. Je dis diffamer et calomnier, parce qu'en 'effet vous avez commis tout cela ; parce que vous avez eu le triste courage de tromper, par un faux exposé, la religion du ministre pour être autorisé à poursuivre; parce que vous n'avez pas reculé devant la demande réitérée d'une descente de Justice chez la femme et les filles d'un absent, et que, pour obtenir cette incroyable mesure, vous avez osé alléguer que l'absent était en fuite, quand on pouvait si facilement s'assurer qu'il était en mission du gouvernement ; parce que, pour obtenir la faculté de lui courir sus, vous avez allégué une vente faite par lui de pièces détournées de la Bibliothèque, alors que vous saviez pertinemment, pour en avoir parlé avec lui, pour l'avoir d'ailleurs appris d'une précédente instruction, que celte vente, anonyme comme le sont les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des ventes non après décès, était celle d'un autre dont vous connaissiez le nom.

Votre conduite a été plus coupable, parce que vous n'avez indiqué à la Justice, pour déposer contre l'absent sur des faits touchant la Bibliothèque, que des étrangers à la Bibliothèque, qui sont les ennemis personnels et déclarés de votre adversaire, et qu'en même temps vous avez soigneusement évité de faire entendre les titulaires, les hommes spéciaux, personnellement chargés de lui remettre des manuscrits, de les vérifier au départ, de les vérifier au retour. Tant d'assurance étonne chez des conservateurs payés pour conserver, et qui ne conservent pas. Ils laissent dépouiller l'État, et ils croient avoir gagné un bill d'indemnité quand, s'apercevant trop tard qu'on les a volés, ils s'élancent tout à coup dans la rue et prennent à la gorge le premier passant, lui redemandant leur cassette. Je mets ici de côté mon ressentiment individuel : toute cette affaire que mes agresseurs ont essayé d'é-

lever à la hauteur d'une affaire criminelle, est devenue trop grave aujourd'hui pour la renfermer dans les bornes d'une question de personne ; — mais comme ami des lettres, comme ami de l'honneur de notre grand dépôt national, je crois pouvoir le déclarer en toute conscience, tant de bruit n'est qu'un scandale insensé et intéressé. Ce scandale encore une fois tournera à la confusion de ceux qui ont la main si leste à intenter de mauvais procès, dont la charge ne retombe jamais sur eux. Trop heureux s'ils savent y trouver une leçon de circonspection pour l'avenir !

Maintenant, sot prata bAerurU. Viennent de nouvelles attaques de mes agresseurs, aujourd'hui démasqués, ils me trouveront prêts à leur arracher les masques nouveaux qu'ils pourraient prendre.

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