‹ Réponse aux dernières attaques dirigéesChapitre 3 sur 7 · M RES = LS · texte numérisé non relu

M RES = LS

fortiori cette seconde l’est-elle, puisqu'elle enchérit encore sur la première.

Reste la troisièrne interprétation que, de toute nécessité, il faut admettre comme séule véritable, si les deux premières, dont il vient d’être question, ne le sont pas. Nous avons fait voir jusqu’à quel point l’expression qui, en ce cas, habille la pensée de M. l’abbé Chandonnet, est impropre et fautive ; mais il y a plus ; M. Pabbé ne dit là absolument rien qui réponde à ce que nous avons affirmé dans notre brochure, pour la très-bonne raison que le système païen n’est pas le paganisme pris en son sens absolu. Il n’y a pas rigoureusement parlant paganisme à Rome, c’est vrai ; mais, d’un autre côté, il est incontestable que si l’on n’y rencontre pas publiquement organisée l’idolâtrie toute crue des anciens Romains, on y trouve pour sûr le paganisme littéraire et artistique. La preuve, sil en faut une, a été donnée par nos adversaires eux-mêmes, par M. l’abbé entr’autres. On se rappelle en effet qu’on fit publier l’an dernier le programme d’études du Collége romain, qu’on prétend être la première des Institutions, l’Institution modèle à Rome. Or, dans ce programme, ce sont presque tous des auteurs païens qui figurent. Que M. l’abbé ose donc dire à présent qu’il n’y a pas de paganisme littéraire à Rome, c’est-à-dire, que l’enseignement ne s’y donne pas presqu’exclusivement au moyen d’auteurs païens. C’est cela seul que nous avons soutenu et certes nous sommes encore prêt à le soutenir.

Si M. l’abbé Chandonnet, pour éviter de tirer les mêmes conclusions pratiques que nous, c’est-à-dire qu’il faut une réforme dans l’enseignement, s’avisait de dire que ce paganisme littéraire n’exerce et ne peut exercer aucune influence mauvaise sur le cœur et l’esprit des jeunes gens, nous lui demanderions de relire le discours qu’a prononcé Mgr. d’Aquila à l’Académie de la Religion catholique à Rome, en septembre, 1864. Il pourra se convaincre par cette lecture que le système païen n'offre de garanties nulle part, pas même à Rome.

Si, malgré cela, il reste encore incrédule, nous lui rappelleront un fait très-certain dont il a dû entendre parler, Jui pour qui la Ville Eternelle ne semble pas avoir de secrets. (C’était avant la révolution de 1848. Pie IX, qui venait de monter sur le trône

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une réforme dans l’enseignement. Comme le P. Ventura avait

déjà émis des idées sur ce grave sujet, le Pape le fit venir au Quirinal, puis lui demanda un exposé complet de son système. Le savant théatin développa alors et longuement toute sa thèse qui n’est autre que celle de Mgr. Gaume. Pie IX l’écouta avec un très-vif intérêt et une satisfaction des plus marquées. ‘ C’est ‘ très-bien, lui dit-il ; j’adhère parfaitement à toutes les idées que “ vous venez d'émettre. Allez donc, retournez à votre couvent, ‘ puis rédigez-moi un projet de bulle qui renferme toute la sub- “ stance de la thèse qui concorde si bien avec ma manière de “voir. Quand votre travail sera terminé, vous me l’apporterez ‘et je l'examinerai.”

A ces dernières paroles de Pie IX, le P. Ventura surpris, s’excusa ; il voulut décliner l’honneur que lui faisait Sa Sainteté ; il allégua que d’autres plus habiles pourraient bien mieux que lui exécuter un pareil travail. Mais Pie IX insista ; il lui enjoignit même de rédiger de suite ce projet de bulle. Le P. Ventura se mit donc à l’œuvre et, au bout de quinze jours, il avait tout terminé et remis entre les mains du Pape qui, après l’avoir remercié avec affection, lui dit: Je vais maintenant examiner la chose avec attention puis dans quelque temps d'ici je vous manderai de nouveau.

Plusieurs semaines se passèrent et le P. Ventura n’entendit parler de rien. Enfin, trois mois s’étant écoulés sans plus de nouvelles de son projet de bulle, il prit la résolution de se rendre au Quirinal et de savoir, s’il était possible, la cause de ce silence prolongé. Pie IX ne lui en fit pas mystère ; il lui dit que ses idées étaient bien encore les mêmes, mais qu’il avait jugé qu’il fallait attendre des circonstances plus favorables pour la publication de cette bulle. ‘Les esprits, ajouta Pie IX, ne sont pas “ assez préparés, à Rome surtout où la méthode, suivie par les Jésuites et à laquelle ils tiennent beaucoup, est toute païenne. ]1 faut attendre et déblayer le terrain. Je conserve votre projet “ de bulle et j'en ferai usage quand les circonstances le per- ‘“ mettront.”

Voilà un fait bien certain, il est plus que significatif, il dirime la question. Comme on doit raisonnablement supposer que le

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Pape sait «u moins aussi bien que M. Pabbé Chandonnet ce qui se fait à Rome, il est donc indubitable que la méthode païenne y est en vigueur et que de plus le Pape actuel, comme ses prédécesseurs, ne la voit pas d’un bon œil, il ne fait que la tolérer. Aussi a-t-il toujours fortement encouragé ceux qui ont préché la croisade contre le paganisme dans l’éducation, notamment Mer. Filippi et Mgr. Gaume. Ce dernier même écrivait l’an dernier à l’un de ses amis une lettre dont nous nous faisons un devoir de donner l'extrait suivant : “ Permettez-moi de tout attendre de ‘ votre dévouement à notre grande et sainte cause (la réforme “ chrétienne de l’enseignement). Je la nomme ainsi pour bien “ des raisons, entr’autres parce que le St. Père me faisait écrire, il ‘n’y a pas encofe bien longtemps : DITES-LUI DE NE PAS 5€ ‘ DÉCOURAGER, QUE LA CAUSE QU'IL DÉFEND EST LA CAUSE DE ‘6 Dieu.”

I faut plusieurs douzaines de paragraphes, écrits dans le style ct avec la force d’argumentation de celui que nous examinons pour effacer une seule de ces paroles de Pie IX.

Demandons-nous-le maintenant : où veut donc en venir M. l'abbé Chandonnet avec tout ce fatras de choses embrouillées et inexactes ? Sied-il à un philosophe, à un canoniste, à un théoogien d'écrire, comme il fait, sur des questions très-importantes dans un style de pythonisse ? Il y a tant de belles et bonnes choses à dire que nous ne comprenons pas pourquoi M. l’abbé, qui se pique d’avoir fort à cœur les intérêts de la vérité et du bien, se consume en efforts inutiles. Cependant, ce n’est pas assez dire ; les efforts que fait M. l’abbé ne peuvent aboutir qu’à enseigner des erreurs et des erreurs fort dangereuses, puisque, comme nous l’avons fait voir, sa manière de dire peut très-naturellement donner à entendre que la grâce est toujours efficace à Rome, ce qui est contraire à l’enseignement catholique. Que M. l’abbé s’en souvienne : Voilà à quoi l’on s’expose quand on est trop occupé à fricasser de nuageux arguments afin de renverser une thèse qui doit rester debout, parce qu’elle est vraie. Il vient de laisser choir dans l’ornière sa réputation de savant homme, car il prouve, clair comme le jour, qu’il ne sait pas même ses éléments. Tant pis pour lui, si, les sachant, il parle comme s’il les ignoraït, il est encore plus coupable.

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