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au jour; car, comme nous le lui avons déjà dit, Rome et le Pape ne sont pas la même chose ; l’infaillibilité de celui-ci ne prouve absolument rien en faveur de celle-là. Donc les stigmates, que doivent imprim”r les grands mots d’ineptie et de blasphéme, n’ont pas de fronts sur lesquels ils puissent légitimement se reposer parmi les propagateurs et défenseurs du système chrétien.
M. l’abbé Chandonnet, au lieu de jouer sur les mots pour avoir maille à partir avec des hommes qui le laissent parfaitement en repos, eût infiniment mieux fait de réserver toutes ses colères et ses notes infamantes pour ceux qui s’acharnent à préconiser un auteur que le tribunal de l’Index a censuré et qui est encore sous le coup de la censure. A propos, nous aurions beaucoup à dire sur les premières conférences de M. l’abbé Chandonnet, les seules qui aient été imprimées et publiées, et que d’obligeants amis ont eu la complaisance de nous faire parvenir. Mais ce n’est ni le lieu ni le temps d’aborder ce sujet; nous ajournons. Quw’il nous suffise pour le présent de dire en résumé qu’on se sent pris de froid au cœur, quand on lit ces conférences. Lui, prêtre et prêtre récemment arrivé de Rome, où d’ordinaire se fondent les glaces de légoïsme et de l’amour-propre, aurait dû parler avec cette vivacité de la foi, avec cette chaleur de la charité chrétienne qui malheureusement semblent se refuser à lavoir pour organe.
Mais revenons à Rome et entrons dans quelques détails pour bien faire comprendre à M. l’abbé, s’il est possible, que nous sommes en droit de parler, comme nous avons fait, de cette place forte, et même de dire plus encore que nous n’avons dit, sans qu’il puisse légitimement nous accuser de soutenir que là la victoire du christianisme est plus douteuse el moins entière. Ce qui a donné lieu à accusation que M. l’abbé porte contre nous, c’est que nous avons dit qu’à Rome il existe un élément, le paganisme littéraire et artistique, qui met en danger les mœurs et surtout la foi des jeunes gens, et que Satan, habile comme il est, en profite pour grossir et fortifier son parti. Comme M. l’abbé fait ici mine de regimber, nous lui demanderons ce qu’il entend par victoire pleine et entière du christianisme, puisqu'il donne à croire que nous soutenons une thèse qui ne se concilie pas avec l'existence de cette victoire.
A son défaut, nous donnerons les explications nécessaires ;
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M. l'abbé, pour une cause ou pour une autre, se garde bien de définir. Il y a victoire pleine et entière du christianisme, quand, malgré les eflorts des tyrans et des bourreaux, la vérité s'affirme telle qu’elle est, même par la bouche de faibles enfants ; quand la morale évangélique transforme des hommes égoïstes, orgucilleux, grossiers et charnels en des martyrs de chasteté, de pauvreté, d’humilité, d’obéissance et de charité; il y a victoire pleine et entière du christianisme, quand de malheureux enfants d'Adam, bien qu’engendrés dans la corruption et la dégradation, reproduisent en eux les miracles de sainteté de la vie du Christ, et mènent sur la terre une vie qui tient plutôt de l’ange que de l’homme. En un mot, la victoire pleine et entière du christianisme, c’est toute la vérité et la vérité seule affirmée, au péril des biens et de la vie; c’est la mise en pratique des préceptes et des conseils évangéliques, malgré toutes les résistances intérieures et extérieures.
Maintenant, faut-il, pour que cette victoire soit pleine et entière, que tous les hommes sans exception, et les Romains en particulier, adhèrent à la vérité telle qu’enseignée par l'Eglise, seule dépositaire de la vraie doctrine, et qu’ils personnifient en eux toutes les vertus dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple et le précepte ? Assurément non, cette victoire n’est dite pleine et entière qu’eu égard au mal qu’elle fait disparaitre sur toute la ligne, et non pas parce qu’elle soumet tous les hommes ; elle atteint le mal dans son universalité, et luniversalité da mal peut se trouver dans un seul homme ; mais elle n’atteint pas tous les fils d'Adam. Voilà pourquoi Jésus-Christ a dit: “11 y en a beaucoup d’appelés, mais peu d'élus.” Ce qui veut dire que le mal existera toujours à côté du bien, qu’il s’incarnera dans une portion de l’humanité, comme le bien s’incarne dans l’autre, et qu’il agira avec puissance à Rome comme ailleurs. Donc, à
Rome, la vérité sera toujours affirmée dans toute sa plénitude : on y verra toujours se réaliser des prodiges de vertu, ce qui lui suffit ; mais aussi, d’un autre côté, le père du mensonge pourra toujours y faire entendre sa voix et le mal pourra y exercer d’aftreux ravages. .
Que M. l'abbé Chandonnet veuille bien le remarquer : qui dit victoire, qui dit règne du Christianisme, ne dit pas par cela même
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