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anéantissement du germe fatal déposé dans le cœur de l’homme chrétien ; il ne dit pas non plus anéantissement du grand adversaire de lPhomme, de PEsprit du mal. Ce terrible ennemi, quoique terrassé, vit encore à côté du christianisme ; il dresse parfois fièrement la tête et fait effort pour se débarrasser de ses chaînes. L'histoire des quatre derniers siècles surtout est là pour nous prouver qu’il devient de plus en plus redoutable dans ses attaques, et si M. Pabbé leût quelque peu consulter, cette histoire, il ne parlerait pas comme il fait aujourd’hui. De plus, il aurait vu, s’il se fût donné la peine de prêter attention à ce qui se passe sous nos yeux, qu’actuellement même l’Esprit du mal agit encore à Rome avec une énergie terrible.
L'ancien paganisme, il est vrai, et nous lPavons déjà dit, fut complètement vaincu à Rome ; il disparut même et laissa le christianisme roi et maitre de la place : le christianisme régna et fut constitué à l’état social. Mais un jour, au réveil de ce qu’on appelle la belle littérature de l’antiquité, de la philosophie et des arts des anciens Grecs et Romains, le paganisme reparut à Rome sous la forme littéraire, artistique et philosophique. C’étaient des restes, inanimés si l’on veut, de la grande prostituée, mais qui n’en exhalaient pas moins une odeur pestilentielle et morbifique. Aussi soufllèrent-ils l’esprit de vertige et de révolte à ceux qui voulurent les caresser avec trop d’ardeur et sans prendre assez de précautions. C’est depuis la résurrection du paganisme sous cette forme qu’on a vu, dans la Ville Eternelle et par toute Europe, se manifester le mal avec une énergie qui rappelle ses anciennes fureurs.
A Rome même, on a vu depuis lors, et notamment en 1848, des scènes révolutionnaires qui ont absolument le même caractère féroce, sauvage et anti-chrétien que celles qui marquèrent les jours de la France de 93. A Rome encore, on a vu à la même époque des sectes impies se former et s’agiter au sein des ténèbres, sectes qui fomentent et excitent toutes les révolutions et qui de plus font profession du paganisme le plusréel possible, puisque leur religion est la pure démonolâtrie. Eloquente conformité ! Le paganisme littéraire a redit les louanges adressées à Satan que l'antiquité grecque adorait sous les noms de Jupiter, de Bacchus, de Vénus, etc. ; il a célébré comme des héras et des saints ces prétendus
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grands hommes de l'antiquité que St. Paul nous dit devoir être éternellement marqués du sceau de la réprobation, parce qu’ils n’ont pas voulu reconnaitre le vrai Dieu et qu’ils se sont abandonnés à toutes les infamies ; et voilà qu'aujourd'hui, pour ces sectes impies qui grouillent dans les cloaques de Rome, Dieu c’est le démon, les saints sont les damnés.
Comme il est ici besoin de détails, nous pourrions bien dire ce que nous savons personnellement des abominations qui chaque jour souillent la métropole du monde chrétien ; mais nous aimons mieux laisser parler un auteur autorisé, Bresciani, qui nous dira de quelles iniquités se rendent coupables à Rome les monstres affiliés aux sociétés secrètes,
‘ Le foyer, dit-il, où se concentrait l’iniquité, était situé derrière la Lungara. Là, dans ces coins retirés et solitaires, ils se réunissaient toutes les nuits, et prénaraient, tramaient les séditions, les conjurations et les assassina ; là, ils jetaient le sort pour désigner les exécuteurs des victimes de la secte ; là, on disait aux incendiaires : va, toi, et mets le feu à ce magasin à foin; ettoi, à tel grenier ; et toi, à tel magasin; car ce sont des infâmes que les frères de la Suisse ont résolu de châtier. Aux empoisonneurs, on intimait l’ordre d’aviser aux moyens d’empoisonner telle femme, qui avait été témoin de leur réunion, et qui était trop bavarde ; de mettre un peu de morphine dans les confellis, au dans le vin, pour certaines filles, prises dans leurs filets, et qui ne pouvaient plus cacher leur honte; par ce poison subtil, elles tombaient en langueur, elles étaient portées à l’hôpital par leurs parents, et, peu de jours après, elles mouraient dans le paroxysme d’une fièvre ardente. Là, se trouvaient les presses, d’où sortaient eertaines feuilles infernales, qui apparaissaient, à la grande stuptfaction des gens de bien, affichées pendant la nuit aux coins des rues de Rome, et dans lesquelles on excitait le peuple aux plus perfides actions. Là, se cachaient les dépôts d’eau de rage et d'esprit de vitriol, pour faciliter leurs desseins et leurs projets. Là, était l’autel de Satan, qui s'élevait en rival auprès des temples du Tout Puissant; là, le démon était adoré comme divinité suprême ; là, il recevait les encens et les prières ; là, on célébrait des mystères obscènes ; là, on lui offrait des sacrifices monstrueux.
Autour de cet autel, douze courtisanes éhontées dansaicnt chaque
nuit, et, en qualité de prêtresses, célébraient le sacrifice exécrable. Pourrai-je le dire? ma plume ne reculera-t-elle pas d’horreur ? Ces créatures sortaient le matin, se donnant le maintien de la piété et de la dévotion; elles s’approchaient de la table sainte, de l'agneau sans tache, et, après avoir reçu la sainte Eucharistie dans leurs bouches immondes, elles baissaient la tête sous leurs voiles, y déposaient les saintes espèces, et s’en servaient la nuit dans leurs abominables assemblées.
“ L’autel préparé, le feu allumé, l’encens répandu sur le feu, elles plaçaient les saintes hosties dans une coupe, s’en approchaient, le poignard à la main, invoquaient le démon en lui donnant tous les noms divins, et en lui disant: Toi, notre Dieu et notre Seigneur, reçois hommage du corps et du sang de ton plus cruel ennemi. Voici le Christ à tes pieds, fais-en ce que tu veux. Tu l'as déjà crucifié par les bras des juifs, et tu as bien fait : Pinfâme voulait te ravir ton royaume. Maintenant, tu te sers de nous, chrétiens, pour l’outrager ; nous le renonçons, nous l’abjurons, nous le regardons comme notre esclave. Il menace de l’enfer ceux qui ne croient pas en lui; nous le croyons, et nous ne craignons pas son enfer. Ce Dieu lâche et vil s’est enfui dans les hauteurs du ciel, mais par ses prêtres, nous l’avons sur la terre, nous l’avons dans nos mains. Maintenant, qu’il expie son insolence, pour avoir osé prêcher l’obéissance, la pauvreté et le pardon des injures. Mort aux prêtres, mort au Christ! Puis, saisissant les saintes hosties, chacun des conjurés, à l’envi, les
transperçait de son poignard, les brisait et les jetait sur le feu de.
Pautel, en holocauste au démon.
‘ Ces horribles sacriléges se commettaient chaque nuit à Rome, sur ce Janicule où Saint Pierre fut crucifié en témoignage de son amour et de sa fidélité à Jésus-Christ, Notre Rédempteur ; sur cette terre arrosée de tant de légions de martyrs, près de la Chaire auguste de la vérité, près d’un Pontife, qui, prosterné devant le Christ, implorait la miséricorde divine pour Rome, et pour tous ces impies, dont la présence souillait la métropole du monde chrétien.” Après avoir fait cet horrible tableau, Bresciani renvoie à une note où on lit ce qui suit :
On a fait grand bruit en Italie de cet horrible tableau. Beau-
écrable. horreur ?
en de la ainte, de haristie us leurs
la nuit
le feu,
approlui don- Dieu et ton plus u veux.
jen fait :
sers de s l’abjude l’ennous ne fui dans s sur Ja xpie son té et le l Puis, envi, les
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à Rome, age de npteur ; s de la rosterné ome, ct
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, Beau-
coup en ont été scandalisés ; on la qualifié de tragédie. Mais les recherches de la justice ont découvert la maison où se commettaient ces sacriléges, et plus d’un de ces loups e$t encore en prison. On a trouvé un second repaire du même genre, et on sait que l’auteur ne dit pas la centième partie des œuvres exécrables qui ont été commises dans ce lieu infernal.”
Nous faisons cette citation avec d’autant plus de plaisir qu’elle met plus en relief une grande vérité contenue dans la tradition catholique : l’existence des deux Cités du bien et du mal, leur antagonisme et leur parallélisme. Il y a tout lieu de croire que M. l'abbé Chandonnet n’avait pas couvert son auguste chef du bonnet de docteur en théologie quand il a composé sa tirade sur Rome, car elle a une allure toute pindarique et n’exhale pas la moindre odeur théologique.
Maintenant, pourquoi prendrait-on l’épouvante, parce que les abominations, dont l’horrible tableau vient d’être retracé, se passent au sein même de Rome ? Ne sait-on pas que Rome est le centre de la foi, la pierre fondamentale de l’édifice qu’est venu construire le Dieu fait homme, et que, par conséquent, elle doit être aussi le centre des opérations du grand adversaire de l’'Homme-Dieu, de celui qui fut homicide dès le commencement. [l y a parallélisme en tont dans la Cité du bien et dans la Cité du mal. Le diable, a dit Tertullien, est le contrefaiseur, et le grand singe de Dieu ; il lui fait la guerre, opérant sur le même terrain que lui et en parodiant toutes ses œuvres. M. labbé aurait dû savoir cela même avant de faire le voyage de Rome ; que faut-il donc penser de lui, quand, après deux ans d’études théologiques en cette ville, il semble l’ignorer encore ?
Il est donc impossible de le nier, c’est tout Justement parce que Rome est la place forte du Christianisme, que Penfer dirigera contre elle tous ses noirs escadrons et ses plus fortes machines de guerre. Plus habile capitaine qu’Annibal, dont M. l’abbé doit connaître l’histoire, satan sait depuis longtemps que pour harceler un enn:mi avec chance de succès, il faut aller Pattaquer chez Jui, dans son château-fort. La lutte est donc inévitable à Rome ; cependant, elle ne peut prendre un caractère vraiment sérieux qu'autant que l’ennemi du salut trouvera dans son sein même un élément qui le favorise. Malheureusement, il a été servi à sou-
hait depuis quatre siècles ; cet élément, il l’a trouvé et il en a tiré le plus grand parti possible : c’est le paganisme littéraire et artistique. Que Rome vomisse de son sein cet élément délétère et alors elle verra diminuer de beaucoup la somme des maux qui pèsent sur elle.
Pour résumer ce chapitre, nous dirons : c’est un fait, il y a paganisme littéraire à Rome, un élément mauvais et pernicieux ; comment donc pourrions-nous faire injure à la Rome des Papes, par cela seul que nous constatons ce que tout le monde voit, même nos adversaires ? Un autre fait dont nous n’avons jamais voulu faire usage avant aujourd’hui, c’est-à-dire l’existence du paganisme réel, vivant et agissant au sein de Rome, la démonolâtrie, ne justifie-t-il pas pleinement tout ce que nous avons pu dire ? Enfin, s’il nous faut produire d’autres pièces justificatives, nous dirons que des voix, bien plus autorisées que la nôtre, n’ont pas parlé de Rome,:'à propos de paganisme, avec ce scrupule pharisaïque que M. l'abbé aimerait à nous voir professer. On sait en effet que l’opinion de la plupart des commentateurs de la Sainte Ecriture, rapportée fort au long par Cornelius à Lapide, est que, vers la fin des siècles, Rome doit être reconstituée comme elle était en plein paganisme et que c’est dans son sein que s’organisera la dernière persécution contre la Sainte Eglise de Dieu, persécution plus terrible que toutes celles qu’elle a déjà subies. M. Pabbé avouera que ce n’est pas peu dire et que si nous avons mérité d’être qualifié d’inepte et de blasphémateur pour avoir prétendu qu’il y a paganisme littéraire à Rome, le dictionnaire le mieux fourni ne renferme pas de qualificatifs qui soient assez injurieux pour les apposer aux noms de ces savants commentateurs.
Que M. Pabbé se tire de là comme il pourra. Quant à nous, nous n'avons qu’à lui souhaiter de réfléchir avant de parler, afin qu’il ne parle désormais qu'avec connaissance de cause.
Ce qu'est le paganisme.—Machinations de M. l'abbé Chandonnet,.
Tout fier du creux et astucieux paragraphe que nous venons de faire passer au laminoir, M. l’abbé Chandonnet lui donne un
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complément tout court que voici et qu’il entonne après avoir mis un soupir à la clef. Le voici: Oh! celui qui parla ainsi de ‘ Rome, a pu voir peut-être, mais assurément n’a connu jamais ni ‘“ Rome ni les Romains. J1 n’a pas compris pourquoi ia croix ‘“ qui domine tout a respecté plus d’une œuvre de la nature ou de ‘ l’art et n’a détruit du paganisme que le mal.”
Inclinez-vous humbles mortels, devant M. l'abbé qui n’hésite pas à dire, quoique sa modestie en souffre, qu’il connaît mieux que: personne Rome et les Romains. D’autres que lui ont pu voir la Ville Eternelle et ses habitants, mais ils n'avaient pas cette intelligence, cette pénétration qui caractérise le coup d'œil du savantissime confabulateur. A lui le regard d’aigle! à lui Pintuition ! En effet, comment pourrait-on nier la puissance de vision de cet œil qui prend le milieu où vit le Pape pour le Pape lui-même ? Assurément que, si pour bien connaître Rome et les Romains, il faut les identifier avec le chef de l'Eglise, personne Jus ici ne les a encore connus, et M. l'abbé nous arrive de Rome avec des aperçus plus que nouveaux. Rome, surtout à l’époque actuelle, est un mot qui dit beaucoup; M. labbé le sait et il l’exploite. Mais ce mot dans sa bouche perd de sa valeur et de son autorité ; c’est le mot loi dans la bouche du pharisien.
Il nous accuse de ne pas avoir compris pourquoi la croix, qui domine tout, a respecté plus d’une œuvre de la nature ou de Part et n’a détruit du paganisme que le mal. M. l'abbé sait-i: bien ce qu’il dit? Nous ne lui demandons pas de parler en vrai philosophe, en vrai théologien, ce serait trop exiger ; nous ne lui demanderons que ceci: qu’il parle avec précision ; qu’il fasse usage de termes dont il connsît parfaitement la signification. Que signifient, en effet, ces œuvres de la nature que la croix a respectées ? Qu’entend-il par là? Veut-il parler des montagnes, des côteaux, des fleuves et des vallons? Qu'est-ce que cette nature qu’il nous donne ici comme force productrice ? Œuvres de la nature! voilà une
expression qui ne signifient pas grand’chose ; elle porte le vague et l’indéterminé dans ses flanes, Que veut donc dire ici M. abbé? Il nous est bien permis de le lui demander, puisque nous ne pouvons pas supposer qu’il ait pris une plume et se soit mis à écrire pour le seul plaisir d’enfiler des mots les uns à la suite des autres, sans s’occuper s’ils traduiraient ou non une idée. Vu
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le sujet qu’il traite, ce qu’il y a de plus probable, c’est que par cette expression, œuvres de l1 nature el de l’art, il a voulu parler du vrai, du bon et du beau naturels. Mais alors que ne l’a-t-il dit? Quel plaisir trouve-t-il donc à se bercer ainsi dans une phraséologie nuageuse ?
S’il est question du vrai, du bon et du beau naturels dans le dernier passage cité de M. Chandonnet, et cela doit être, si ce qw’il écrit signifie quelque chose, nous sommes d’accord avec lui pour affirmer que la Croix les a respectés, qu’elle les respectera toujours et qu’il ne peut pas en être autrement. Nous n’avons jamais soutenu le contraire non plus. Mais autre chose est le vrai, le bon et le beau naturels et autre chose est le paganisme.
L’eût-on jamais cru cependant ? Eût-on même pu le regarder
comme possible ? Un savant, un docteur trois fois coiffé, un philosophico-canonico-théologien, tel que M. lPabbé, confond le vrai, le bon et le beau naturels avec le paganisme ! La chose est indubitable et indéniable, car il dit que La croix n’a détruit du paganisme que le mal. Ou les mots ne signifient plus rien, ou M. l'abbé dit ici clair comme le jour que le paganisme, en tant que paganisme, s’est manifesté sous certains rapports et en certaines de ses parties comme n'étant pas le mal. La conséquence est qu’il faut admettre que le paganisme, sous cette manifestation et en ces parties, est et ne peut être que le vrai, le bon et le beau selon l’ordre de la nature.
Or, cela est faux, et même absolument. En effet, qu'est-ce que le paganisme ? Le paganisme ? C’est le mal sans aucun mélange de biens ; c’est le péché organisé à l’état social et religieux, le péché paré de tous les charmes séducteurs de la littérature. Voilà ce qu'est le paganisme dans son essence, et M. l'abbé fait preuve d’une grande ignorance lorsqw’il dit que /a croix a respecté quelque chose du paganisme. Il y a même plus : le blasphême qu’il nous a imputé, c’est lui qui s’en rend coupable, matériellement sans doute, puisqu'il ne comprend pas les termes qu’il emploie et que par conséquent il ignore qu’il fait la croix protectrice du péché.
Que debout, à côté du paganisme et mêlées à lui, on rencontre des vérités naturelles, des vertus naturelles, bien qu’en petit nombre, rien de plus vrai, de plus incontestable, Mais ce bien,
que par lu parler ne l’a-t-il ane phra-
s dans le tre, si ce | avec lui espectera s n’avons >se est le ganisme.
regarder oiffé, un nfond le chose est étruil du rien, ou , en tant ss et en a CONSÉ- Jus cette > vrai, le
st-ce que mélange gieux, le térature.
abbé fait à respecté asphême atérielleaes qu’il x protec-
encontre en petit ce bien,
ce vrai, ce beau naturel, qu’on rencontre chez les païens, ne fait nullement partie du paganisme, ne lui appartient pas et lui a jamais appartenu. C’est l'héritage commun de l'humanité, héritage qui est devenu Île bien propre de la Sainte Eglise, puisque l’ordre surnaturel, dont elle maintient l’existence ici-bas repose nécessairement sur l’ordre naturel,
Ainsi donc, M. l’abbé fait synonymes en quelque sorte les termes paganisme et nature, et cependant il y a un abîme entre eux. Puis, partant de ces fausses notions il formule cette abominable proposition que lu croix a respecté quelque chose du paganisme.
C’est ici le lieu et le temps de dire à M. l'abbé Chandonnet qu’il ferait acte de charité envers lui-même, s’il s’observait un peu plus qu’il ne fait sur un point assez grave : sa manière de dire le compromet fortement ; car, outre le défaut de connaissances qu’elle nous force de constater chez lui, elle laisse de plus percer la mauvaise foi. Il n’est guère probable en effet, que tout un long paragraphe, tel que celui qu’il a consacré à la réfutation de notre brochure et que nous venons d’examiner, ait été tissé d’un bout à l’autre avec des phrases à double et même à triple sens, sans dessein préconçue. M. labbé a voulu combattre la vérité et il l’a combattue ; mais, pour ne pas porter l’odieux d’une pareille trahison, il s’est ménagé des échappatoires, advenant le cas où quelqu'un s’aviserait de le dénoncer. Grand amateur et admirateur de la belle et sainte antiquité, il a cru ne pouvoir mieux faire que d’essayer une petite imitation des ruses de l’oracle de Delphes, lequel construisait ses phrases de façon que chacun y trouvât ce qui concorderait avec ses opinions et ses intérêts.
On s’est toujours défié, et avec raison, des hommes qui cultivent l’amphibologie ; marcher en leur compagnie ne fait certes pas honneur. Si loin qu’on reporte ses regards en arrière, on les retrouve tels qu'aujourd'hui; l’histoire ecclésiastique nous les donne tous comme des perturbateurs de l’ordre, des apôtres de Perreur. Pour n’en citerqu’un, Arius, qui fut un fameux héré. siarque, s’évertuait à composer des phrases à double sens; il n’usa pas de moyen plus efficace pour propager sa funeste doctrine; il réussit à merveille en dépit d’un saint Aïexandre. Qu’à ce
De sgmere me
pouvoir magique de la phrase à double entente, vienne s’ajouter l'influence de quelque Eusèbe de Béryte, qui soit adulateur, courtisan fiefté, très-habile à s’insinuer dans lesprit des hommes haut placés, comme cela eut lieu du temps d’Arius, la vérité est persécutée et l'erreur en usurpe tous les droits.
La phrase à double sens n’existe que pour servir l’esprit de mensonge, ÆEt comment pourrait-il n’en être pas ainsi? Celui qui parle ou qui écrit pour défendre la vérité ne l’a-t-il pas en horreur? Ne regarde-t-il pas comme souverainement important d’être le plus clair, le plus précis possible? Il veut être compris, et il le veut absolument ? il parle donc en conséquence. Que M. l'abbé Chandonnet réfléchisse sérieusement là-dessus ; il y a de quoi lui inspirer des craintes, d’autant plus que chacune des significations que peuvent avoir les phrases de son insidicuse tirade contre nous implique erreur et parfois erreur grave.
Toutes ces pauvretés, toutes ces petites ruses de sophiste, qu’il nous à fallu passer en revue et examiner de bien près, M. l’abbé en fait étalage pour appuyer le jugement qu’il a porté contre notre brochure : elle n’est jas digne de passer par le feu, nous-dit-il. C'est assurément la prendre sur un haut ton; malheureusement, ces phrases à toupet dissimulent toujours une reculade. M. l’abbé ne s’est pas senti de taille à aborder de front les arguments que nous avons fait valoir, et, à défaut de raisons acceptables, qu’il aurait dù donner pour lutter avec décence, il se jette dans la déclamation et quelque chose de pire encore. Qu’il répète tant qu’il voudra que notre brochure n’est pas même digne de passer par le feu, il n’est pas un homme réfléchi qui accepte sa sentence, sielle n’est pas bien motivée. Comme elle ne se trouve pas dans ces conditions favorabies, nous n’insisterons pas davantage là-dessus.
M. l'abbé Chandonnet ajoute que cette brochure est bien honteuse aujourd’hui sans doute d’avoir élé mise en face de la lettre d’un évéque. On nous a toujours assuré qu’un des moindres soucis de
M." ‘es de respecter l'autorité, et puisqu'il faut le dire, Per 0 copale en particulier. Comment se fait-il donc qw’il ei ee nous venons de lire? Ah! c’est que la prétendue lettre me n’est que le résultat de ses habiles machina-
tions, ainsi que celle de son ami, M. l’abbé Benjamin Pâquet.
s’ajouter lulateur, hommes rérité est
esprit de si? Celui il pas en nportant compris, +. Que s; il ya cune des sidicuse ste, qu’il T. l’abbé té contre us-dit-i].
sement, T. l'abbé lents que les, qu’il dans la pète tant le passer entence, ouve pas ivantage
honteuse tre d’un oucis de t le dire, onc qu’il rétenduc nachina- Pâquet.
sl
Voilà la grande raison pour laquelle notre brochure doit être fort honteuse de se trouver en présence de cette lettre,
Aux personnes qui seraient tentées de croire que nous exagérons, nous dirons : prenez, voyez et lisez ce qui va suivre. Vous pourrez ainsi vous convaincre par vous-mêmes que Mgr. de Tloa, aujourd’hui archevêque de Québec, n’a guère fait autre chose que signer une pièce fabriquée par ces deux Messieurs, qui abusaient de sa confiance.
Comme l'accusation que nous portons ici contre Messieurs les abbés Chandonnet et Pâquet est très-grave et très-sérieuse, nous allons prouver, et même surabondamment, que nous avons plein droit de la formuler et que de plus nous parlions avec parfaite connaissance de cause quand, l’année dernière, nous disions ce qui suit à Mgr. de Tloa : ‘ Vous avouerai-je toute ma pensée, Monseigneur ? Plusieurs passages de votre circulaireïm’ont porté “à croire, et j'ai accueilli cette pensée avec bonheur, qu’ils ‘ étaient inspirés par d’autres que par vous-même.” Un peu plus loin nous disions encore : “ Ah ! Monseigneur, je ne saurais m’em- ‘ pêcher de m’écrier ici, avec le sentiment de la plus profonde ‘ douleur : Qu’on abuse étrangement de la confiance et de la ‘ bonne foi de Votre Grandeur ! ”
Oui, Messieurs les abbés Chandonnet et Pâquet ont iudignement trompé un prince de l'Eglise, et ils ont mis en œuvre des moyens que réprouve toute âme, tant soit peu honnête, pour satisfaire leur vengeance, leur orgueil et arriver ainsi à leurs fins. Les documents qui le prouvent ne sont autres que deux lettres écrites de la main mème de M. Pabbé Chandonnet à son ami et confrère, M. l'abbé B. Pâquet. (Ces lettres, nous ne soupçonnions pas même leur existence, quand elles nous furent remises par quelqu'un entre les mains de qui elles étaient tombées d’une façon tout-àfait providentielle. Nous les citerons par parties et nous ferons accompagner les citations des commentaires convenables.
Correspondance de M. l'abbé Chandonnet avec M. l'abbé Pâquet.— Il lui dit de pousser par tous les moyens possibles. — Ineffabilités à propos du système paien.
La brochure intitulée Méthode Chrétienne n’eut pas plutôt été publiée que M. Pabbé B. Pâquet se sentit malade. Il en écrivit de suite à M. Pabbé Chandonnet. J1 n'avait rien de solide à opposer à cette brochure ; mais elle lui déplaisait ; il se dit donc qu’il fallait trouver un moyen quelconque de la faire condamner à Rome. M. Pâquet tenait d'autant plus à faire subir cette humiliation aux partisans de la méthode chrétienne d’enseignement que déjà, lorsqu'il était à Rome, il les avait rangés parini les individus de lespèce bovine. JL faut, écrivait-il quelque temps après son arrivée à Rome, écorner les chrétiens. Le suave thélogien !!!
M. l’abbé Chandonnet fit à propos de la Méthode Chrétienne, une réponse à M. l’abbé Päquet. Elle porte la date du 17 Octobre, 1866, et s’ouvre ainsi relativement à la question des classiques.
‘ J’ai recu la brochure. Mon Dieu ! Est-ce possible de pousser ‘ aussi loin l’amour pour le bien et de s’attaquer autant aux per- ‘“ sonnes...... Il est entr’autres une allusion que je ne saurais ‘ comprendre. Quel est donc l’article flamboyant en question et ‘ à qui devrais-je l’attribuer ? Enfin, pour en venir à la pratique, ‘je me suis rendu, sur ton avis, chez Mgr. Mansi. Je l'ai trouvé ‘“ convalescent, relevant des fièvres pernicieuses. Donc tout est ‘là. Rien n’est fait et de sitôt rien ne se fera. Alors je me suis ‘“ rendu au collége romain avec la ferme détermination de pousser ‘jusqu’au bout ET PAR TOUS LES MOYENS POssiBLes. Le Père ‘ Tedeschini m’a laissé entrevoir des espérances, le Père Caretti “ surtout. Donc le premier s’est chargé de voir les PP. Perronc ‘et Tarquini, tous deux consulteurs de l’Index. Le P. Perrone « a dit peu de chose. Maïs le P. Tarquini assure que si je lui ‘“ mets entre les mains des propositions qui condamnent la pré- “ sence des auteurs païens dans les études classiques, il se char-
uet.—
lutôt été n écrivit
solide à dit donc ndamner te humignement Jarini les ne temps aave thé-
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tion des
| pousser aux persaurais estion et pratique, ai trouvé tout est me suis 2 pousser Le Père e Caretti Perrone Perrone si je lui it la prése char-
‘ gera de les déférer au St. Office, lequel répondra non pas dans ‘“ le sens d’une approbation positive de l’un ou de Pantre système, ‘“ mais de telle sorte qu’il soit constant que l’Eglise ne désapprouve pas plus le système paien que le système chrétien. Il me semble que toute la question est là. Alors, je me suis donné L’INFERNAL travail de relire toutes les brochures que tu connais,
pas
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Ca
pu cinq propositions qui me paraissent embrasser tout le gaumisme présent et future, et que moi, licencié en théologie dans vingt jours, je traiterais sans balancer d’erronées et d’injurieuses à PEglise.”
Faisons ici une pause, car il y a matière à d’amples commentaires. M. l’abbé Chandonnet est prêtre et, à ce titre, il est spécialement chargé par Dieu, dont il est le représentant, de défendre les intérêts de la vérité et de n’avoir d’amour que pour elle. Or, est-ce bien cet amour qui perce dans ce que nous venons de lire ? N'est-ce pas plutôt la passion, le funeste esprit de parti? M. la’bbé l'avoue ingénument dans les épanchements de l’amitié ; il n’est pris que d’un seul désir: faire censurer le gaumisme, qu’il soit bon ou mauvais, peu importe. Ilest bien déterminé, comme il dit, à pousser jusqu’au bout et par {ous les moyens possibles. Cet étrange aveu de malhonnêteté surprend et afllige quand on le trouve dans la bouche d’un homme qui devrait au moins respecter son caractère sacré, s’il ne se respecte pas lui-même. Malgré notre répugnance, nous devons le signaler, car il importe de savoir tout d’abord qu’elle est la règle de conduite d’après laquelle se dirige M. l’abbé Chandonnet dans les discussions ou dans les circonstances qui se rattachent à ses intérêts. Dans toute la suite de ses lettres, nous le verrons parfaitement d’accord avec la règle qu’il s’est posée : il n’a nullement été scrupuleux sur le choix des moyens.
Il ajoute que pour avoir gain de cause, il faut mettre entre les mains des consulteurs de l’Index des propositions, émises par les partisans de la méthode chrétienne, qui condamnent la présence des auteurs païens dans les études classiques. Or, jamais les partisans de la méthode chrétienne n’ont émis de semblables propositions: il se sont uniquement bornés, comme on sait, à demander qu’on fit aux auteurs chrétiens une part plus large que celle qui
ee
Ca e
et j'ai rédigé en latin aussi clairement et précisément que je lai
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leur a été faite jusqu'ici dans l’enseignement classique, et, de plus, que les auteurs païcns, mis entre les mains des élèves, fussent parfaitement expurgés. Demander lexpurgation de ces auteurs, ce n’est pas demander leur exclusion; M. l’abbé doit le savoir. Quoi qu’il en soit il passera outre et il s’assujétira, avec grande dépense de forces, à l’infernal travail, comme il dit si gentiment, de relire toutes les brochures en faveur de la méthode chrétienne, pour se donner le plaisir de leur faire dire ce qu’elles ne renferment pas. C’est à ne pas y croire; cependant les plus incrédules sont bien obligés d’admettre le fait, puisque M. l’abbé lavoue lui-même sans prendre de détours. Ne dit-il pas en eflet que les cinq propositions qu’il a rédigées, renferment non-seulement le gaumisme actuel, mais encore le gaumisme futur? Or, pour embrasser autant, ces fameuses propositions ne sont plus et ne peuvent plus être le résumé de la doctrine des brochures : il n’y a rien de plus évident.
Notons encore que M. l’abbé ne peut s’empêcher de laisser instinctivement échapper l’aveu que le système païen, l’idole à laquelle il est prèt à tout sacrifier, est en baisse ; tous les vœux qu’il forme, en effet, se réduisent à celui-ci pour le présent : faire dire à l’église qu’elle met le système païen et le système chrétien sur un pied d'égalité. Puis donc que M. l'abbé Chandonnet reconnaît que tout ce que Rome pourrait dire de mieux en faveur du système paien, ce serait de le ‘éclarer aussi bon que le système chrétien, pourquoi s’acharne-t-il avec tant de fureur contre ce dernier? Quoi! il avoue que ce serait une bonne fortune pour le système paien, si l’église ne le désapprouve pas plus que le sÿstème chrétien, et il ose aujourd’hui qualifier d’ineptes et de blasphémateurs les partisans de la méthode chrétienne ! Quelle conscience! Quelle logique !
Mais voici ce qui est au-delà de tout ce qu’on aurait cru possible de la part de M. Pabbé. D’après ce qui vient d’être exposé, l'Eglise n’a pas condamné et ne peut même pas condamner le système chrétien, puisque le vœu suprême, le vœu le plus ardent de M. l'abbé, c’est que l'Eglise voie le système païen d’aussi bon œil que le système chrétien. Eh bien ! malgré cela, il a le triste courage d’ajouter, quelques lignes après, en annonçant qu’il a formulé cinq propositions, lesquelles, à son avis, renferment tout
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ce que veulent et prétendent les gaumisles présents et futurs : ‘“ Moi, licencié en théologie dans vingt jours, je traiterais sans balancer ces propositions d’erronées et d’injurieuses à l'Eglise.” Peu importe ici la valeur intrinsèque de ces propositions, telles que formulées par M. l’abbé ; peu importe leur conformité ou leur non-conformité avec celles qu’ont émises les défenseurs du système chrétien ; il suffit qu’elles soient à ses yeux le résumé parfait de ce système, pour que pareille phrase soit une outrage à l’autorité et à la sagesse de l'Eglise. Et en effet, M. l’abbé ne se dresse-t-il pas ici devant nous comme personnage supérieur à l’Eglise, et plus éclairé qu’elle, puisqu’ayant admis qu’elle ne condamnera pas et ne peut pas condamner le système chrétien, lui, LicEeNcrÉ EN THÉOLOGIE DANS VINGT Jours, n'hésite pas à dire qu’il le condamnerait avec apposition de notes infamantes ? Quelle licence théologique ! Il y a dans tout cela un orgueil aussi immense qu'ilest sot, et rien que d’y penser fait frémir. Deus superbis resistil.