‹ Réponse aux objections contre le PithecanthropusChapitre 5 sur 11 · V. — CRANE. — CAPACITÉ RELATIVE. — SEXE · texte numérisé non relu

V. — CRANE. — CAPACITÉ RELATIVE. — SEXE

Signification de la divergence des opinions. — Au sujet du crâne les objections de M. Houzé ne portent pas plus que les précédentes, et plusieurs sont plutôt des critiques de forme pour le moins inutiles. Par exemple :

«La divergence des opinions devient, dit-il, pour M. Dubois etM.Manouvrier, une raison tendant à faire admettre qu'il s’agit réellement d’un être intermédiaire. L’argument n’a pas plus d'influence sur ma détermination que les considérations géologiques. Dire que les particularités ana-; tomiques sont intermédiaires parce que M. X... est d’une opinion diffé-

rente de M. Y... cela constitue un caractère d’un nouveau genre pour la détermination d’une espèce. »

Est-ce qu’il s'agissait là d’un argument ? Comme si M. Dubois et moi n'avions pas eu recours à une démonstration anatomique | Mais les arguments anatomiques n’empêchent pas de mettre en relief, en montrant la divergence des opinions d’anatomistes aussi éminents que Kraüse et Waldeyer d’une part, W. Turner et Cunningham d’autre part, jusqu’à quel point la calotte cranienne de Trinil était plus difficile à classer que celles de Spy. Cette divergence était de nature à frapper les personnes peu familières avec la craniologie. Elle eût pu donner à réfléchir à M. Houzé lui-même et attirer plus fortement son attention sur les caractères du crâne de Trinil assez pithécoïdes pour donner lieu à une pareille divergence.

Pour les crânes de Spy, au contraire, il n’y à eu et ne pouvait y avoir aucune hésitation. C’est une différence bonne à noter à côté des arguments directs qui n’ont pas fait défaut.

Si M. Houzé y tient, il pourra trouver dans ma deuxième étude un certain nombre de desiderata que je n’ai pas cherché à dissimuler. Mais pour peu qu’il veuille étudier à son tour la question aussi laborieusement que moi, il se convaincra que la disparition des imperfections de mon travail ne motiverait aucun changement dans la conclusion générale. |

Le crâne pliocène de Trinil est très inférieur morphologiquement aux crânes quaternaires de Spy. Par certains caractères importants au point de vue de l’évolution morphologique du crâne, il s'élève à peine au-dessus de la forme anthropoïde. Voilà ce qui n’est pas niable.

Capacité cranienne. — Par sa capacité cubique il s’éloigne de la microcéphalie tératologique puisqu'il cube de 900 à 1,000 c. c., et cependant il s’en rapproche par sa forme ; je reviendrai sur ce point. Par sa capacité cubique il s’abaisse au niveau des crànes les plus petits qu’on ait rencontrés exceptionnellement dans les races sauvages réputées les plus inférieures et qui proviennent d'individus de taille inconnue, probablement très faible. Etant donnée la taille à peu près moyenne indiquée par le fémur de Java, il s’agit donc d’un caractère-limite pour l’espèce humaine. M. Houzé n’admet pas cette expression qui signifierait selon lui une sorte de continuité avec la capacité cranienne des singes. Je

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le maintiens car le mot limite possède en statistique la signification que je lui donne ici. Une capacité cranienne de 900 à 1,000 c. c. correspondant à un poids encéphalique d'environ 800 grammes, c’est ce que l’on a pas encore trouvé chez un homme de taille et d'intelligence normales. Tant qu’on ne connaît pas la taille d’un individu possédant un cerveau si petit, cet individu ne peut ètre pris en considération.

C’est pourquoi j'ai dit que la capacité du crâne de Trinil confrontée avec la taille indiquée par le fémur correspond chez nous à l’imbécilité. Chez les Australiens peut être une adaptation intellectuelle passable pour la race est-elle compatible avec un encéphale de 800 grammes, en cas de petite taille ; nous n’en savonsrien, en tous cas les Australiens ordinaires ont beaucoup plus; mais ce poids pourrait être très convenable pour une race intermédiaire voisine de l’homme.

M. Houzé invoque ici le défaut de précision des évaluations etil cite volontiers les écarts possibles dans le sens qui lui plait. Si l'erreur est en plus elle peut être aussi en moins, ou vice versd ; et nous devons raisonner dans cette question selon les probabilités les plus fortes ; non selon les plus faibles.

Mais M. Houzé « est étonné, dit-il (p. 31) que les auteurs perdent leur temps à évaluer le volume d’un corps qui n’a pas de forme géométrique et dont ils n’ont qu’un fragment incomplet. »

Il cite le crâne du Néanderthal qui selon Huxley aurait eu une capacité probable de 1230 et, selon d’autres, 300 ec. de plus. « Un écart de 300 ec. conclut-il prouve que j'ai raison de repousser toute évaluation. » — Nullement; en pareil cas on cherche la cause de la divergence, et ici on la trouverait dans un défaut du procédé d’évaluation de Huxley.

En ce qui concerne le calcul de la capacité d’après l'indice cubi- - que J'ai fait observer (2° étude, p. 584), que la conformation du - crâne de Trinil est éminemment propre à faire maJorer par le calcul sa capacité au lieu de la diminuer. De plus le chiffre des centimètres cubes de Broca est toujours plus élevé que celui des centimètres cubes de Floweretde Turner pour un même crâne. Enfinlestrois crânes féminins australiens de Turner dont la capacité cranienne était 998 à 930 provenaient vraisemblablement de femmes de très petite taille. La discussion au sujet de ces extrèmes peut aboutir tout au plus à faire admettre la possibilité que le crâne fossile de

Java n'ait pas appartenu à un individu moins intelligent que les

individus les plus inférieurs des races inférieures actuelles. Aussi ne l’ai-je pas attribué à un anthropoïde mais bien à un homme inférieur dénotant l'existence à l’époque pliocène d’une race qui, selon les plus grandes probabilités, était inférieure au niveau moyen des races actuelles les plus basses.

Capacité relative. Taille. Sexe. — M. Houzé prétend, ilest vrai, que j'ai reconstitué la taille de Pindividu de Trinil d’une manière inadmissible.

« Les recherches de Bertaux, dit-il, démontrent que les écarts peuvent être de 8 et même de 16 centimètres; dans ces conditions il vaut mieux s'abstenir pour les cas individuels.

« Ce qui justifie pleinement les doutes que je viens d'émettre, c'est que M. Manouvrier, en janvier 1895, donne comme taille probable 1 m.657, et en octobre cette taille s’est abaissé à 1 m. 60! Et M. Dubois dans son mémoire de Batavia, dit 1 m. 70! l

« Toutes ces contradictions prouvent combien le médecin légiste doit être réservé quand la justice lui demande des renseignements. »

Avant M. Bertaux j'ai indiqué les chances d’erreur dans la reconstitution de la taille, et j’ai montré aux médecins légistes à quelles erreurs ils sont exposés sur ce chapitre. J’ai même dressé un tableau à ce sujet; mais j'ai aussi montré dans ce tableau et expliqué par une figure ‘ que s’il est impossible de supprimer les chances d’erreur on a de très nombreuses chances de vérité à 2 ou 3 centimètres près, ce qui, dans la question actuelle n’est même pas nécessaire. C’est user d’un argument vraiment pauvre que d’invoquer ici des divergences de chiffres. M. Dubois, à Batavia, s’est servi d’un tableau certainement vicieux. J’ai indiqué en 1895 la taille moyenne correspondant à la longueur indiquée du fémur de Java, puis après avoir vu ce fémur, j'ai indiqué qu'il appartenait probablement à un macroskèle c’est-à-dire à la catégorie des individus pour lesquels les coefficients moyens de reconstitution sont trop forts. J’ai estimé l’erreur possible en ce cas à 5 ou 6 centimètres. J’ai pu me tromper en moins, mais aussi en plus.

Les chiffres, en pareil cas, indiquent une simple probabilité, évidemment. Est-ce une raison pour s’en passer ? Pas le moins du

1 V. Mémoire sur la détermination de la taille, in Mém. de la Soc. d'Anth. in de Paris, 2 série, t. IV.

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monde; il ne s’agit que de mieux fixer les idées. Parce que le chiffre de taille indiqué est flottant, faut-il ne tenir aucun compte de la longueur du fémur de Trinil? Il ne s’agit pas de savoir si la taille était de 160 ou 165 ou 1"68. Le fémur de Trinil indique une taille beaucoup trop élevée pour un encéphale aussi petit, voilà ce qui importe.

M. Houzé rappelle, d’après un passage de la thèse de M. Rahon, que les variations de la longueur du tibia, par rapport au fémur, sont à considérer dans la détermination de la taille.

Je veux bien supposer que chez l’homme de Trinil le tibia ait

été long par rapport au fémur. En ce cas, notre coefficient fémoral devrait être diminué, mais comme le coefficient tibial devrait alors être augmenté, le résultat pourrait bien rester tel quel. Je rappellerai sur ce point un tableau de mon mémoire sur la détermination de la taille (p. 393) où l’on voit que sur dix nègres, dont j'ai déterminé la taille, j'ai obtenu avec le fémur 1"64 et avec le tibia 170, la taille réelle mesurée étant de 1"662. Qu'il y ait eu erreur en + ou en — pour l'individu de Trinil, ce n’est pas cela qui changerait un : dans la question.

M. Houzé cite deux Australiennes « dont, dit-il, la makroskélie était bien supérieure à celle de nos pays. Pour une taille de 1" 54, Jenny avait une hauteur fémorale de 44. On voit donc que la taille, même probable, ne peut être évaluée au moyen de mesures prises dans les races européennes occidentales. » — Si je cherche l'erreur entraînée par cette makroskélie si supérieure, je trouve que, d’après mes tableaux, on eût attribué à Jenny 1"59. C’eût été mieux que de dire que l’on ne savait pas si cette femme était grande ou petite.

Dans un autre passage, M. Houzé suppose que j'aurais dit, en voyant le fémur de cette même femme : taille élevée. IL voit que J'aurais dit, d’après mes tableaux : probablement 159, Et comme M. Houzé observe que la charpente de cette femme était grêle, je n'aurais pas manqué de la traiter comme une makroskèle, aussi bien que l'homme de Trinil. J'aurais donc donné comme probable un chiffre inférieur de quelques centimètres à 1"59, et j’eusse été d'accord avec la toise! M. Houzé comprendra, par cet exemple choisi par lui, qu’il s’est exagéré considérablement des risques d'erreur dont, au surplus, l'importance était nulle dans un cas tel que celui qui nous occupe, où il n’y avait aucune nécessité à donner un chiffre de taille exact.

Il reste certain que le fémur de Trinil atteste une taille voisine de notre moyenne et excessive pour une capacité cranienne de 900 à 1,000 c. c.

M. Houzé se base sur la minceur de ce fémur, sur sa faible incurvation et sur son obliquité diaphysaire pour admettre comme probable le sexe féminin.

Les dimensions de l’os sont, ici, le seul élément sérieux de diagnostic, car l’obliquité diaphysaire n’a rien d’excessif pour un homme. Or, ces dimensions sont masculines. Je n’ai pu mesurer la circonférence au niveau où je la mesure habituellement, à cause des végétations. Mais j'ai mesuré le diamètre de la tête qui m'a paru être la meilleure des dimensions à consulter pour le diagnostic du sexe dans mes études déja nombreuses de séries d’ossements préhistoriques.

Voici les dimensions que j’ai mesurées directement sur le fémur de Trinil, en suivant ma technique ordinaire :

Longueur en position, 454.5.

Diamètre de la tête, 45.

Trinil : Largeur max-bicondylienne, 78.

Diamètres partie moyenne, 30 + 27.5 — 57.5.

Diamètres du col, 33423 —56.

Voici maintenant des termes de comparaison.

Longueur fémorale correspondant à la taille moyenne française, d’après les mesures de M. Rollet, sur des cadavres de Lyon et d’après mes groupements masculins :

Cadavres masculins, 446 mm.

Cadavres féminins, 408 mm.

La longueur du fémur de Trinil est donc supérieure à la moyenne masculine adulte de mes tableaux!.

Passons aux fémurs préhistoriques que je range habituellement en 3 groupes : le 1er, comprenant les plus masculins; le 2°, les masculins de taille médiocre; le 3°, les féminins.

A. — 30 fémurs de Brueil, ordonnés d’après le diamètre décroissant de la tête fémorale :

Groupe I: 47mm.5à 45. 10 fémurs. Moyenne — 45.

Groupe II: 44% — à415.10 — — —4AÀ2.1.

Groupe IT : 41 — à34. 10 — — —38.55.

(Trinil — 45).

1 Op. cit. Tableaux IT et III.

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Hauteur + largeur du col. Moyennes :

Groupe I — 58.1. Groupe IT — 54.6. Groupe IIT — 52.2.

(Trinil = 56).

Somme des 2 diamètres à la partie moyenne :

Groupe I — 56.3. Groupe Il — 51.6. Groupe IT — 46.6.

(Si = 57.5).

B. — 18 fémurs néolithiques des Mureaux. Moyennes :

Diamètre de la tête : (16 masculins) — 46.5 (51 à 43).

. (2 féminins) — 40.5 (41 à 40).

Somme des ? diamètres (16 masculins). Moyenne = 56.1.

(Trinil — 57.5).

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