‹ Réponse aux objections contre le PithecanthropusChapitre 6 sur 11 · C. — 23 fémurs du dolmen d’Épône · texte numérisé non relu

C. — 23 fémurs du dolmen d’Épône

Diamètre de la tête. Moyennes :

Groupe I — 46.3. Groupe II — 42.6. Groupe III - — 38.4.

(Trinil — 45).

Somme des diamètres, partie moyenne (26 fémurs). Moyennes :

Groupe I — 59.5. Groupe IT — 54.4. Groupe IT — 50.3.

(Trinil — 57.5).

D. — Fémurs néolithiques de Chälons-sur-Marne.

23 fémurs masculins entiers. Moyennes :

Diamètres de la tête — 46.5. Max. — 50. Min. — 43.

(Trinil = 45).

Longueur en position — 441.3. Max. — 475. Min. — 421.

(Trinil — 454).

10 fémurs féminins entiers. Moyennes :

Longueur en position — 406.3. Max. — 437. (Trinil — 454).

Diamètre de la tête — 40.8. Max. — 42.5. Min. — 39.

(Trinil — 45).

E. — Fémurs d’Andresy. (Époque mérovingienne).

13 fémurs masculins entiers. Moyennes :

Longueur en position — 440 mm. 6. — 7 féminins — 403.3.

Diamètre de la tête :

Masculins : de 52 à 43. — Féminins : de 41.5 à 39.

2 de sexe douteux — 43.

Ces chiffres suffisent pour montrer que, dans les collections diverses de fémurs préhistoriques que j'ai étudiées, un fémur tel que celui de Trinil n’eût jamais figuré dans le tiers représentant le sexe féminin, ni même dans le tiers représentant les hommes de taille médiocre et les individus de sexe incertain, mais toujours dans le tiers supérieur sous le rapport de la longueur, et même

sous le rapport du diamètre de la tête et de la somme des deux diamètres à la partie moyenne.

Ce fémur n’eût jamais été classé comme féminin; il eût toujours été classé parmi les masculins les plus nettement caractérisés.

Si l’on veut en faire un fémur féminin, la virago de Trinil aurait, en ce cas, tous les droits à une capacité cranienne de quelques centaines de centimètres cubes de plus, si elle n’eût pas été d’une race où l'intelligence moyenne ne comportait qu'un volume encéphalique relativement minime.

Mais, avec sa taille et sa robustesse loutes masculines, comme on vient de le voir et avec son encéphale de 800 grammes environ, avec la face simiesque indiquée par ses dimensions dentaires, elle avait tous les droits à cette visière frontale énorme et ces orbites en lorgnette qui sont la conséquence morphologique d’une capacité cranienne relative extraordinairement faible.

M. Houzé me rappelle que, dans les races inférieures, les caractères sexuels sont souvent très peu accusés et que Broca a noté cette tendance chez les préhistoriques La vérité, c’est que, dans ces races, la région frontale revêt plus souvent que chez nous, chez les femmes, des caractères masculins, de sorte que pour un crâne isolé le diagnostic du sexe est parfois difficile pour un observateur non familiarisé avec la race dont il s’agit. Pour pousser la comparaison à l’extrème, le frontal d’un gorille femelle a des caractères qui, dans l’espèce humaine, seraient déclarés masculins; mais comme le frontal du gorille mâle est encore plus masculin, on n’hésite guère dans le diagnostic du sexe. De même, je ne rencontre pas plus de difficultés dans ce diagnostic, lorsqu'il s’agit de races préhistoriques ou sauvages, que lorsqu'il s’agit d’Européens.

La visière frontale de lAustralienne décrite par MM. Houzé et Jacques, en 1883-1884, n’est pas du tout à comparer avec celle de Trinil. I] y à une glabelle très proéminente, il est vrai, qui paraît plus proéminente encore par un effet de perspective, le sujet inclinant un peu la tête du côté de l’objectif. Mais cette glabelle n’a point de face supérieure comme sur le crâne de Trinil. Ce qui la fait paraître énorme, c’est la situation très reculée en arrière de l'insertion des os ou du nez jointe à l’inclinaison du front et à l'effet de perspective. Il n’y à point là de visière du genre de celle de Trinil. L'autre femme a aussi le nasion enfoncé, mais avec une

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glabelle se continuant avec le front le plus droit, le plus vertical qui se puisse voir. Les deux hommes n’ont également pas de -wisière frontale. Voilà ce que je vois dansles planches de M. Houzé. J'ai vu à Édimbourg, à Londres et à Paris des crânes australiens bien inférieurs à ceux-là sans avoir jamais rencontré, si mes souvenirs sont fidèles, une visière frontale atteignant celle de Trinil. C’est encore celle du Néanderthal qui s’en rapproche le plus, à ma connaissance, mais j'ai dit ce que J'avais à en dire dans ma 2e étude. J'ai figuré un autre crâne humain qui dépasse peutêtre un peu sous ce rapport le crâne de Trinil; c’est celui d’un microcéphale féminin, mais de la forme la plus bestiale.

Si le sexe féminin présente généralement des saiïllies sus-orbitaires moins accusées c’est parce que, généralement, il possède une taille inférieure et, par suite, un encéphale relativement plus volumineux par rapport au squelette. S'il arrive qu’une femme ait un encéphale extrêmement petit par rapport à son squelette, elle peut avoir par ce fait une visière frontale en dépit de son sexe, parce qu'elle présente alors des conditions opposées à celle deson sexe et qui exagèrent parfois les conditions masculines. C’est ce qui a eu lieu pour la microcéphale Margaretha Mæhler, et à un degré un peu moindre pour la prétendue femme de Trinil. Femme ou homme, l'individu de Trinil possédait un encéphale non microcéphalique bien que très petit. Mais comme il possédait une masse squelettique voisine de notre moyenne, son encéphale était d’une exiguité relative extrême même pour une race humaine inférieure, et c’est ce qu’auraient pu attester sa visière frontale et sa forme cranienne générale alors même que nous n’eussions pas vu le fémur ni pu évaluer avec une approximation suffisante la capacité du crâne.

M. Houzé suppose (p. 30) « que j'ai perdu de vue que Néanderthal et Spy étaient de petite taille (4 m. 613 et 1 m. 59) ». Il veut bien se fier ici aux chiffres obtenus par M. Rahon d’après mes tableaux, mais c’est le cas de tenir compte de la grosseur relative des os indiquant ici avec probabilité une microskélie très accusée. Du reste M. Houzé reconnaît qu’on peut être petit et très vigoureux. Tel était certainement le cas du Néanderthal et de Spy. Le fémur de Spy est très court, mais il est énorme et j'ai insisté, dans mon mémoire sur la quantité dans l’encéphale, sur l’importance supérieure, à ce point de vue, des dimensions transversales. C'est pourquoi je considère les crânes du Néanderthal et de

Spy, malgré le chiffre absolu (approximatif) de leur capacité comme des crânes relativement petits par rapport à la masse active du corps. Sous ce rapport, je les considère comme moins éloignés hiérarchiquement du crâne de Trinil qu’on ne pourrait le croire d’après la différence des grandeurs absolues.

Sur ce chapitre, M. Houzé, véritablement en quête d’objections, dit encore que je suis beaucoup trop absolu en disant qu’une forte saillie sus-orbitaire accompagne une charpente vigoureuse. Et il cite &« un de nos savants les plus distingués qui présente des arcades sourcilières énormes, un front plus aplati que Néanderthal et des membres d’une gracilité excessive. Et il n’atteint pas 4 m. 55. » Jai vu aussi quelques exceplions de ce genre (sans visière) surtout parmi les individus à crâne aplati par déformation, mais pourquoi veut-on que j'interprète les caractères du crâne de Trinil d’après les exceptions et non d’après la règle 2 Revenons maintenant sur la signification de la capacité cranienne.

On trouve quelques individus, dans toutes les races dont la capacité cranienne descend à 1,000 c. c. et même un peu plus bas. Broca plaçait bien au-dessus de 850 grammes la limite du poids encéphalique compatible avec une intelligence normale et M. Topinard, après avoir discuté cette question considérait définitivement comme anormaux les poids encéphaliques inférieurs à 1,000 grammes (El. d’Anth. gén. p. 556) qui correspond à une capacité cranienne de 1,150 c. c. environ. Il avait tort, car si l’on n’a pu recueillir que 2 ou 3 cas (suspects) d'intelligence normale coexistant avec cette faible capacité dans les races européennes, il est probable que dans certaines races inférieures la limite normale pourrait descendre de 100 à 200 c. c., car il faut tenir compte de l’exiguité relative de la correspondance intellectuelle normale dans certaines tribus sauvages et, d’autre part, de l’exiguité de la masse du corps dont il n’a pas été suffisamment tenu compte dans la détermination de la limite en question. Pourtant le nain Bébé, le seul dont la capacité cranienne soit connue comme inférieure était un imbécile, et le nain d'intelligence normale dont j'ai mesuré la tête possède une capacité cranienne très supérieure à 1,000 c. c. Sans entrer ici dans un examen plus compliqué de la question que j'ai traitée ailleurs, je crois pouvoir dire qu’une capacité crânienne de 900 à 1,000 c. c. est encore un caractère-limite dans l’espèce humaine, c’est-à-dire qu’une telle capacité sans une réduction extraordinaire de la masse du corps implique

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une infériorité intellectuelle à la limite de ce que l’on pourrait appeler une intelligence humaine normale. Chez nous ce niveau - intellectuel constitue déjà l’imbécilité entendue comme intelligence extrèmement faible, sans tomber dans l’idiotie proprement dite qui est franchement pathologique.

Là dessus M. Houzé cherche à réhabiliter la petitesse du crâne. Il prétend avoir rencontré plusieurs microcéphales qui étaient intelligents et qui avaient une taille au-dessus de la moyenne. Il cite comme exemple, deux membres d’une société savante de Bruxelles très distingués, deux savants submicrocéphales, bien que très grands. Il donne avec précision leur taille : 14" 85 et 1" 90, mais non leur poids encéphalique, ni leur capacité, ni leurs dimensions céphaliques. Il dit seulement qu'ils avaient la tête toute petite, ce qui me laisse quelque doute, je l’avoue, car je sais qu'avec une taille de 1" 85 ou 1" 90 il faut avoir une bien grosse tête pour que celle-ci ne paraisse pas très petite. Je m’y suis trompé maintes fois bien que j'aie mesuré beaucoup de têtes vivantes, et je ne m'y fie plus.

Je connais, aussi, du reste, plusieurs hommes qui ont produit des œuvres scientifiques très utiles et très méritoires avec un cerveau de volume médiocre, inférieur certainement à la moyenne. Ceci ne m'étonne en rien, car je crois qu’on peut rendre à la science de très signalés services, et à plus forte raison devenir professeur, avec une intelligence très modeste pourvu qu’elle ait été convenablement cultivée et qu’elle soit suffisamment spécialisée. J’ai publié, en outre, un travail ! ou j'ai indiqué les raisons multiples pour lesquelles on est obligé d'admettre qu’il y a des qualités fort importantes en dehors de celles qui sont liées à une supériorité cérébrale quantitative. Je n’ai pas négligé les raisons histologiques présentées par Ramon y Cajal et que rappelle à son tour M. Houzé. Je n’avais nul besoin de ces raisons pour admettre, avec ce dernier, « qu’on peut ne pas être un imbécile avec une faible capacité cranienne ». Le tout est de savoir jusqu'où peut descendre cette faible capacité compatible avec un degré tolérable d’intelligence. En Europe un poids encéphalique non sénile de 1000 gr. correspondant à 1150 c. c. de capacité cranienne est considéré comme un minimum même pour les petites tailles. II est

1 Essai sur les qualités intellectuelles considérées en fonction de la supériorité cérébrale quantitative (Revue de l’École d’Anthr. de Paris, 1894.)

probable que cette limite s’abaisse avec la moyenne intellectuelle de la race, car l’imbécilité est toujours relative. Sur 24 hommes australiens, Turner dont le procédé de cubage donne des chiffres inférieurs à ceux du procédé de Broca, a trouvé un minimum de 1044 c. c. sur 12 femmes, il a trouvé 3 crânes de 998 à 930 sans que la ‘taille de ses femmes soit connue. M. Houzé cite un crâne australien sur 5 avec une capacité de 1070 pour une taille également inconnue, « ce qui fait, dit-il, 20 0/0 de très faibles cubages ». L'individu de Trinil descend, lui, à la limite avec cette condition aggravante que son fémur indique une taille à peu égale à notre moyenne masculine. C’est donc un cas limite, même pour la race australienne.

Et il se trouve ainsi que cet unique représentant de sa race à la malechance de présenter un crâne criblé de caractères-limites.

À propos de la microcéphalie, M. Houzé a fait une petite digression pour opposer à ma définition la sienne. J’ai défini la microcéphalie une anomalie par arrêt de développement, essentiellement caractérisée par une insufiisance encéphalique quantitative et entraînant lidiotie ou l'imbécilité. M. Houzé m'oppose qu'il a exprimé à son cours, en 4895, l'opinion que la microcéphalie est une anomalie caractérisée par la petitesse du crâne. Il refuse en conséquence de faire entrer les caractères physiologiques dans la définition sous le prétexte que, parmi les microcéphales, les uns sont intelligents, les autres imbéciles, d’autres idiots.

Mais c’est une simple conséquence de sa propre définition, purement étymologique.

C’est précisément cette définition, la première qui s’est présentée et qui a longtemps eu cours, que je me suis appliqué à réformer vers 4883. Je savais aussi bien qu'aujourd'hui que micros signifie petit. Mais l’adjectif microcéphale avait été appliqué à des cas tératologiques et plus spécialement à ces cas, après le mémoire de Karl Vogt; — cet adjectif, employé en outre sans la distinction purement anatomique et nécessaire du volume absolu et relatif de l’encéphale, était usité généralement comme un véritable substantif. Dès lors il était peu scientifique de désigner sous un même nom des êtres aussi opposés que des idiots monstrueux et des savants. Je fis donc intervenir, ce qui est éminemment utile en anatomie, des notions physiologiques. Je donnai une définition tenant compte de l'insuffisance physiologique, d’ailleurs étroitement liée, comme je l'avais montré dans un mémoire anté-

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rieur {, à des faits anatomiques oubliés dans la définition de . M. Houzé : à un abaissement extrême du poids relatif du cerveau et à des caractères morphologiques consécutifs du crâne. Je compte m'occuper bientôt de la submicrocéphalie qui, seule, présente des transitions vers l’état normal anatomiquement et physiologiquement. Des hommes normaux peuvent avoir un cerveau petit (jusqu’à un certain point) suivant leur taille. Cette petitesse n’a pas besoin d’être désignée par un nom spécial et sort, en tout cas, de la catégorie tératologique universellement désignée

sous le nom de microcéphalie.

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