‹ Réponse aux objections contre le PithecanthropusChapitre 7 sur 11 · VI. — FORME DU CRANE · texte numérisé non relu

VI. — FORME DU CRANE

Insuffisance de la considération isolée des divers caractères morphologiques. — Circonférence horizontale. — Bosse et crête occipitales. — -Pour atténuer la portée des faibles dimensions du crâne de Trinil, M. Houzé, si sévère lorsqu'il s’agit du cubage approximatif, et si complaisant pour ses propres évaluations volumétriques sur le vivant, dit qu’il a mesuré sur le moulage la circonférence horizontale mazima de ce crâne et qu’ila trouvé480 mm. ; chiffre supérieur, ditil (p. 29) à la moyenne de deux Javanaises modernes des crania ethnica — 474 mm. D’après ce que l’on sait des poupées javanaises, je doute qu’on trouve dans toute l’île de Java une femme ayant un fémur de la taille de celui de Trinil; ce dernier serait déjà beau pour un homme javanais.

Et puis M. Houzé néglige de dire si les dimensions verticales du crâne dont la circonférence horizontale est indépendante et qui sont précisément celles qui pèchent le plus sur le crâne de Trinil étaient aussi réduites sur les deux erânes de Javanaises. Elles ne l’étaient pas. Le diamètre basio-bregmatique inscrit dans le tableau consulté par M. Houzé égalait le diamètre transverse — 132. Et la capacité cranienne, inscrite dans le même tableau (crania ethnica, p. 447) atteignait 1,335 ce. c., plus de 300 c. c. que chez l’homme de Trinil. Cela montre le peu de valeur des comparaisons faites d’après une seule mesure considérée isolément. Mais passons.

En mesurant la circonférence maxima, du crâne de Trinil, M. Houzé à dù éprouver une certaine difficulté bien intéressante et

1 Sur l’interpr. de ta quantité dans l'encéph. (Mém. de la soc. d’Anthr., Paris. 2. II).

bien digne d'attirer l’attention d’un craniologiste aussi expert que lui. Il a beau dire « circonférence maxima » pour rester dans la formule régulière; ce n’est pas la circonférence maxima qu’il donne car celle-ci est bien supérieure à 480 mm. Mais si on veut la mesurer on s'aperçoit que le ruban couvre la crête occipitale. Or, comme normalement, ladite circonférence vraiment maxima passe par les bosses occipitales situées au-dessus de la crête, M. Houzé a été obligé de prendre son maximum là où ce maximum se trouve normalement, et non pas là où il se trouve sur le crâne de Trinil. C’est ainsi qu’on obtient, en effet, 480, le ruban passant tout près du lambda.

Disposition bien remarquable, je le répète, car elle caractérise, en dehors de quelques déformations, les crânes dont la crête occipitale monte à un niveau extraordinaire tels que le crâne bestial du Turkestan aux crêtes de gorille figuré dans ma deuxième étude et des crânes microcéphales. Au-dessus de la crête occipitale, sur le crâne de Trinil, il n’y a pas de bosse occipitale... C’est ainsi qu'il faut entendre un passage de mon mémoire où j'ai dit que la bosse occipitale fait défaut. On pourra examiner à ce sujet la figure 2, ci-après, où les lignes nn... font ressortir les faits en question. Cette disposition est pithecoïde au plus haut degré. Quand elle existe chez l’homme, elle résulte clairement de ce caractère sur lequel on a discuté plus haut, à savoir un développement musculaire exagéré par rapport à la capacité cranienne. J’ai du reste indiqué l’importance de ce caractère du crâne de Trinil dans ma deuxième étude.

L'absence presque absolue de courbure pariétale n’est pas un caractère moins important, lié aussi à l’exiguité du développement encéphalique par rapport à la base du crâne et au développement général du corps.

Il en est de même de la faiblesse extrème de la courbure et de la forme aplatie de la calotte.

Aplatissement du crâne. Néanderthaloïdes et Triniloïdes. — A ce sujet, M. Houzé fait observer (p.29) « qu’il se trouve des crânes néanderthaloïdes dont l’aplatissement est plus considérable encore. Et il cite trois crânes, l’un irlandais, le second suisse et le troisième australien signalés dans les crania ethnica comme présentant une platycéphalie plus accusée et des arcades plus proéminentes que Néanderthal.

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Mais il s’agit du crâne de Trinil, dont la platycéphalie est reconnue par M. Houzé (p. 29), plus accusée que celle des deux cràânes de Spy et de Néanderthal. Or, à la page qu’il indique, de Quatrefages et Hamy ont donné un dessin du profil du fameux crâne irlandais (fig. 26) sur lequel on voit bien une énorme glabelle, mais qui forme à peine visière, à peu près comme celle de la femme australienne dont il a été question plus haut. Il est vrai que sur le profil du même crâne reproduit dans la figure suivante (fig. 27), on voit une visière énorme, tandis que le profil superposé de Néanderthal en est complètement privé. Evidemment l’un de ces dessins du même crâne irlandais est inexact, et c’est probablement Île second (fig. 27) qui donne tout au moins un faux profil au Néanderthal. On s’explique l’erreur, du reste, en admettant que le dessinateur après avoir fait sa superposition aura pris une glabelle pour l’autre.

En réalité, le crâne irlandais paraît être un peu plus platycéphale que le Néanderthal, mais tous deux le sont moins que le crâne de Trinil et s’éloignent encore plus de celui-ci par leur courbure pariétale, cependant faible, et par la situation de leurs bosses occipitales au-dessus de la crête occipitale. Sous ce dernier rap- -port, le crâne irlandais ne diffère en rien des crânes modernes les plus ordinaires.

A ne considérer que la platycéphalie seule, c’est un caractère assez Commun parmi les crânes parisiens modernes pour que J'en aie pu former, il y a une dizaine d’années, toute une série parmi les crànes des catacombes. Peut-être s’en trouverait-il parmi eux, de plus aplatis que le crâne de Spy lui-même. Mais tous ces crànes sont si peu comparables à celui de Trinil dans leur ensemble et par leur genre d’aplatissement que l’idée de les comparer au crâne de Trinil serait un véritable solécisme craniologique.

Du crâne de Berne il n’y a, dans les crania ethnica que la norma verhicalis montrant une belle visière frontale. Du crâne australien de Bondi à la glabelle énorme, le profil ne montre pas le moins du monde une platycéphalie exagérée; au contraire. Son diamètre vertical est moyen par rapport à la longueur et très grand par rapport à la largeur. C’est même écrit dans les crania ethnica où se trouve la note suivante : « Le diamètre basilobregmatique l’emporte sur le transverse de 6 mm. et les indices de hauteur-longeur et de hauteur-largeur atteignent 71.59 et 105. »

L'exemple ést donc assez malheureusement choisi.

Tous ces crânes signalés partout avec tant de soin n’ont dû qu’à des caractères devenus exceptionnels leur forme néanderthaloïde. s’agit aujourd’hui de trouver des triniloides, ce qui est plus difficile, car le crâne de Néanderthal et ceux de Spy ne méritent même pas le nom de triniloïdes; et quand on en aura trouvé à force de chercher cela n’atténuera pas plus la valeur du crâne fossile de Trinil que les meilleurs crânes néanderthaloïdes n’ont atténué la valeur du Néanderthal. Cette question reviendra un peu plus loin.

M. Houzé admet que le crâne de Trinil se rapproche le plus du crâne n° 1 de Spy et qu’il présente tous les caractères de la race quaternäire de Néanderthal et d’un des types australiens. Oui, mais en les exagérant, ce qui s’accorde parfaitement avec l'opinion suivant laquelle le crâne de Trinil représente, non pas la race de Spy ou une race australienne, mais une race plus arriérée encore en même temps que plus ancienne.

Notre honoré contradicteur fait observer, d’accord (p. 20) avec M. Rudolf Martin et d’autres, que les contours du crâne de Spy n° 4 et de celui de Trinil sont très analogues. Cette analogie résulte de ce que l'infériorité des deux crânes est de même nature; celle du second n'étant que l’exagération du premier. Et si la forme du crâne de Spy n’est point pathologique, l’analogie signalée tend à montrer, par sa perfection même, que la forme bestiale du crâne de Trinil ne résulte pas de causes pathologiques.

Je placerai ici une rectification personnelle. Diverses considérations à propos de la ressemblance parfois extrème de la courbe médiane de Trinil et de celle des anthropoïdes m'avait paru démontrer (29 étude p. 615), que la race de Trinil serait issue . d’une race ou espèce de très petite taille. Mais, sur l’observation du Dr Papillault, j’ai reconnu que, d’après ma propre théorie, cette preuve doit être considérée comme nulle ainsi que j'en ai informé M. Houzé. C’est un passage d’ailleurs très accessoire, à supprimer dans ma deuxiême étude.

Saillie des apophyses orbitaires externes. — M. Houzé accorde (p. 42) que la visière frontale de Trinil est plus accusée et sa platycéphalie plus prononcée. Mais il ajoute « que les apophyses orbitaires externes de Spy sont plus saillantes et l'allongement antéro-postérieur plus considérable, »

S'il s’agit de l’allongement antéro-postérieur du crâne, ce n’est

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point un caractère d’infériorité; il s’agit donc, sans doute, de - l'allongement antéro-postérieur des apophyses orbitaires externes. Or cet allongement, malgré le volume beaucoup plus grand du erâne de Spy et la taille plus robuste qu’il indique, me paraît être au contraire beaucoup plus prononcé sur le crâne de Trinil. Quant à la saillie latérale des apophyses orbitaires externes de Trinil, un dessin de M. Houzé, (fig. III, p. 26) semblerait indiquer en effet qu’elle est beaucoup moins forte relativement que celle de Spy. Mais ce n’est qu’une trompeuse apparence. M. Houzé dit (p. 27) que, sur l'original, les apophyses orbitaires

de Spy paraissent moins accusées à cause du diamètre frontal minimum qui est plus grand. C’est vrai, mais cette supériorité du frontal minimum de Spy qui atteint 16 mm. est encore plus cause de l’excès de saillie des apophyses de Spy par rapport à celles de Trinil sur la figure citée. Car, cette supériorité de 16 mm., indépendante des apophyses, n’en prolonge pas moins le diamètre biorbitaire externe du crâne de Spy de 146 mm., et produit ainsi la fausse apparence en question. Sur l’original les apophyses de Spy paraïitront, pour tout œil non prévenu, les moins saillantes parce qu’elles le sont effectivement moins, relativement.

Le fait est aisé à démontrer par des chiffres.

Spy Trinil

F Diamètre frontal minimum. 104 0 88 B — Biorbitaire externe (1/2 —61,5). Total 1235 106 (1/2 — 53)

Différence. 19.5 18

Cela en ne tenant pas compte de l’usure manifeste de l’apophyse restante de Trinil.

Calculons quand même le rapport de B à F — 100 et nous obtenons comme saillie relative des apophyses orbitaires relativement à la largeur frontale : pour Spy 117.7; pour Trinil 120.4.

L’impression produite par l'original est done conforme à la réalité, tandis que la figure II de M. Houzé ferait croire à l’opposé de la réalité.

La différence des diamètres frontaux n’en fait pas moins paraître à l’œil les apophyses orbitaires de Spy moins saillantes qu’elles ne le sont absolument. Mais cette illusion, renferme ellemême une importante vérité, car elle résulte du fait mème qu’il s’agit de considérer : à savoir que malgré sa largeur frontale

beaucoup moins grande, le crâne de Trinil a des apophyses orbitaires externes à peu près aussi saillantes que le crâne de Spy n° 4.

Je dis à peu près à cause des chiffres obtenus. Mais ces chiffres atténuent évidemment la réalité, car l’apophyse restante de Trinil est incomplète : il lui manque au moins 2 mm. Ce seraient donc 4 mm. à ajouter au diamètre biorbitaire externe, qui deviendrait ainsi supérieur, même absolument, à celui de Spy.

Largeur frontale comparée à celle de la race de Spy. — K n’est pas possible, malheureusement, de comparer à l’aide de mesures précises toutes les particularités de la région orbitaire du frontal de Trinil et de traduire par des chiffres son développement excessif et extraordinaire par rapport à l’exiguité du crâne et de la largeur frontale.

Cette largeur frontale elle-même, si elle n’est pas à la limite de l’espèce humaine grâce à l’existence de crânes exceptionnels dans toutes les races (comme je l’ai dit dans ma 2° étude, p. 589), ne vient guère à l’appui du rattachement proposé par M. Houzé de l’homme de Trinil à la race de Néander et de Spy.

En face du frontal minimum de Trinil — 88 mm.

nous trouvons pour le crâne de Spy n°1 . . 104 pour le crâne de Spy n° 2 . . 109 pour le Néanderthal . . . . 109

et ces 3 derniers crânes ne doivent pas à la brachycéphalie cette belle largeur frontale ni l’élévation résultante de leur indice frontal. En vérité les crânes du Néander et de Spy deviennent presque de beaux crâänes quand on les compare à celui de Trinil. L’infériorité de ce dernier est si évidente qu’à vouloir la nier on perdra son temps.

Je trouve même cette infériorité excessive sous certains rapports. Par la brièveté et l’aplatissement de sa région pariéto-occipitale le crâne de Trinil descend au-dessous de certains jeunes anthropoïdes. Cet exès d’infériorité n’empêche pas que par lensemble de sa forme, le crâne de Trinil ne représente le stade morphologique des anthropoïdes très jeunes, stade durant lequel ces animaux se rapprochent de l’homme par d'importants caractères cräniens, beaucoup plus qu’à l’âge adulte.

M. Houzé, après avoir cité ces lignes extraites de la Revue scienüfique, les critique de la façon suivante :

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« Je ne puis admettre, dit-il, aucune comparaison possible entre la calotte de Java et le crâne des jeunes anthropoiïdes; chez ceux-ci les arcades sourcilières sont à peine ébauchées, le front est plus bombé ; je n'ai jamais constaté chez aucun anthropoïde jeune une visière frontale comparable à celle de Trinil qui, au contraire, par sa saillie, par son énorme projection se rapproche comme Néanderthal, comme Spy, comme certains Australiens du bourrelet proéminent du chimpanzé adulte. Par la platycéphalie, la proéminence pithécoïde de leurs arcades sourcilières, les crânes de Trinil, de Néanderthal, de Spy et des Australiens s’éloignent des anthropoïdes jeunes et se rapprochent de la rudesse, de la bestialilé de ces primates à l’âge adulte » (p. 38).

Tous mes lecteurs auront compris que la ressemblance morphologique dont j'ai parlé porte sur la forme générale du crâne, l’enveloppe de l’encéphale, et non, évidemment, sur la saillie des formations exocraniennes caractéristiques de l’âge adulte aussi bien chez l’homme que chez les anthropoïdes.

De plus, M. Houzé ne s’est pas aperçu que sa propre exagération dépassait de beaucoup celle qu’il m’attribuait, puisqu'il ne craint pas de rapprocher la forme des crânes de Trinil, de Néander, de Spy et des Australiens de celle des Anthropoïdes adultes eux-mêmes. Je ne suis pas allé si loin, même pour le crâne de Trinil. Malgré son infériorité notoire par rapport aux crânes de Néander et de Spy, ce cràne s’éloigne encore, par l’ensemble de ses caractères des crànes d’anthropoïdes adultes, et c’est pourquoi il est à peu près au niveau morphologique des jeunes anthropoïdes, plus rapprochés de l’homme.

J’ai analysé cette supériorité des jeunes anthropoïdes dans un travail déjà ancien !; c’est pourquoi j'ai cru inutile d'insister sur la distinction à faire entre la forme générale du crâne et les formations exocraniennes de l’âge adulte.

La saillie de la visière frontale, l'élévation de la crête occipitale et sa fusion avec la crête pariétale inférieure sont d’ailleurs assez précoces chez le gorille et le chimpanzé pour atteindre, dans ces espèces, un caractère de bestialité non moins prononcé que chez l’adulte de Trinil, avant la sortie des grandes canines. Le crâne de jeune chimpanzé qui est représenté dans mon travail (R. S. fig. 58) mettait ce fait bien en évidence. Les contours superposés

1 Sur la modificalion du profil encéphalique et endocranien dans le passage à l’élat adulle chez les anthrop. et crez l’homme. (Bull. Soc. d'Anthr. de Bordeaux. T. I, 188%).

dans la fig. 10 de ma 2° étude et dans la figure ci-après montrent à la fois le rapprochement qui existe entre la forme cranienne du chimpanzé jeune et celle de Trinil, puis la supériorité des crânes du Néander et de Spy.

M. Houzé (p. 57) me fait dire, à propos de la reconstitution graphique du profil de Trinil « qu’on ne parvient pas à orienter convenablement la calotte » (Revue S. p. 294). — « Ce n’est pas étonnant, ajoute-t-il, puisqu'on ne possède aucun plan d’orientation. » Je ne parviens pas à retrouver à la page indiquée les paroles qui me sont attribuées. J'ai dit seulement que l’on a beau donner à la calotte de Trinil des orientations diverses et la faire pivoter autour de son axe biauriculaire pour lui donner un air plus humain ou plus simien, on se heurte à des incompatibilités diverses. C’est-àdire, clairement il me semble, que la forme intermédiaire du profil de Trinil ne résulte pas de l’orientation adoptée et que, par conséquent, celle-ci n’était pas en cause. Je disais aussi, dans le même paragraphe, que les incertitudes des approximations « ne pouvaient modifier notablement la forme générale du crâne proprement dit ni son orientation » et que malgré l'attribution des caractères occipitaux franchement humains, malgré l'orientation humaine que j'avais adoptée, je n’avais pu donner au crâne de Trinil une apparence convenablement humaine. On voit combien la citation de Houzé reproduisait peu exactement mon opinion.

Cela dit, essayons une fois de plus de montrer s’il est légitime de mettre, comme on dit, dans le même sac le plus inférieur des crânes de Spy et le crâne de Trinil. La figure ci-dessous montrera en même temps une certaine gradation qui n’est pas sans intérêt.

Les profils superposés ont été obtenus avec le stéréographe de Broca. Pour le crâne de Spy n° 1, je me suis servi d’un moulage très obligeamment donné par M. le professeur Julien Fraipont. Pour les autres crânes j'ai utilisé mes dessins antérieurs.

La direction de la figure est sans importance : les divers profils sont fixés à une ligne commune 00 ? passant par l’ophryon (pris à l'endroit où le front cérébral commence à faire saillie audessus de la visière) et par la crête occipitale supérieure. Jai dû adopter ce dernier point de repère (qui est l’enton pour beaucoup de craniologistes) parce que le véritable inion, point externe correspondant à l’endinion, n’a pu être fixé avec une précision suffsante sur les crânes de Trinil et de Spy.

Avec celte orientation commune pour les quatre profils superpo-

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sés, les différences et les ressemblances qu'il s’agit de montrer res-

-sortent parfaitement, surtout laccentuation de laplatissement

depuis le crâne néolithique très bien développé de Cro-Magnon jusqu’au crâne de jeune chimpanzé. Le moindre aplatissement frontal de Spy comparé à celui de Trinil, laccentuation très supérieure de la courbure pariétale et de la bosse occipitale de Spy par

cro=M SPY HE.

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Ù [ | L KO à ï ’ = d n ya L l l | Fig. 2.

rapport à celles de Trinil ressortent aussi bien. Le profil du Néanderthal serait sensiblement paralèle à celui de Spy.

Les lignes pointillées » sont simplement paralèles entre elles et tangentes à la portion la plus reculée des différents profils. Or cette portion la plus reculée, pour le chimpanzé et pour Trinil, c’est la crête occipitale (à cause de la situation relativement élévée de celle-ci et à cause de l'absence de bosse occipitale au-dessus de cette crête). Le crâne de Trinil, toutefois, tend vers la forme humaine. Mais pour les profils de Spy et de Cro-Magnon, la ligne n est tangente à une région homologiquement différente et ne touche plus la crête occipitale. La circonférence horizontale de ces crânes passe, comme d'ordinaire chez l’homme, sur la bosse occipitale.

Je dois maintenant rappeler ici une remarque faite dans ma

2e étude /p. 598) relativement à une cause d’erreur dans les superpositions de ce genre. Cette cause d'erreur consiste dans la noncoïncidence fréquente de la protubérance occipitale externe et de linion qui devrait être le point de repère adopté. Or l’inion du chimpanzé étant situé plus bas que la crête occipitale, la courbe sagittale du chimpanzé se rapprocherait un peu de celle de Trinil. Cette dernière serait aussi légèrement redressée pour la même raison, mais à un degré moindre. Il en serait de même pour le crâne de Spy si, comme il est très probable, son inion est situé aussi un peu au-dessus de la crête occipitale. En somme les deux profils interne et externe se rapprocheraient ainsi des deux autres (en distance) mais les différences figurées n’en subsisteraient pas moins pour cela. Ce sont les distances seulement qui se trouvent accrues, ce qui n’a aucune importance. Quant aux différences mises en relief par les lignes n, l'orientation d’après les inions véritables ne ferait que les rendre plus sensibles au lieu de les atténuer, comme il est aisé de s’en rendre compte.

Le squelette de Bruxelles. Hypothèse d'une déformation pathologique du crâne de Trinil. — Ayant moi-même, antérieurement à la critique de M. Houzé, signalé l'existence d’une hyperostose sur le crâne de Trinil, et formulé un soupçon au sujet d’une altération pathologique possible de la forme de ce crâne (2° étude), il ne peut m'être désagréable de voir se produire un fait tendant à faire supposer que le crâne de Trinil a pu être atteint d’une hyperostose quelconque.

M. Houzé, qui considère avec raison les crânes de Spy comme normaux et qui fait remarquer l’analogie du crâne de Spy n° 1 avec le cräne de Trinil, n’en considère pas moins ce dernier comme pathologique. Il s’appuie pour cela sur l’heureuse rencontre, faite par lui à Bruxelles, d’un sujet, d’un vulgaire tuberculeux, dont le fémur présentait à Ja région poplitée des ostéophytes très développées, analogues à celles du fémur de Trinil. Le crâne de ce sujet présentait des anomalies diverses, dont « une synostose sagittale prématurée avec un rétrécissement transversal consécutif. » Le sujet était un dégénéré, d'intelligence obtuse, atteint de bégaiement. Tous ses os présentaient des excroissances ostéophytiques aux extrémités épiphysaires. Il serait, en conséquence, infiniment probable « que toutes les parties du squelette de Trinil présentaient des anomalies. »

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C’est exagérer un peu la valeur de cette observation. Elle ne nous oblige pas le moins du monde à c:oire que tout individu présentant des ostéophytes fémorales en sera criblé et ne possédera pas un crâne normal. J'ai à côté de ma table de travail un squelette français adulte de petite taille dont le fémur gauche possède à la région sous-trochantérienne un large paquet d'ostéophytes beaucoup moins saillantes il est vrai que celle du fémur de Bruxelles, mais plus étendues en largeur; cela n’empêche pas l’ensemble du squelette d’en être indemne, et le crâne est absolument normal et bien conformé. La dentition était seulement défectueuse.

Sur le squelette Maori du Muséum que j'ai signalé dans ma 2 étude comme ayant un énorme épaississement de la partie postérieure de la région poplitée, le crâne est également normal. Sans doute cela ne prouve pas que le crâne de Trinil soit normal, mais cela peut concourir à nous rappeler que des altérations squelettiques même très considérables peuvent exister sans que la forme générale du crâne en soit atteinte.

De la précocité relative du développement encéphalique résulte

-que la synostose des sutures n’entraîne point de déformation sensible à moins qu’elle ne survienne à un âge où le développement du cerveau est encore très incomplet. Si le crâne de Bruxelles est tant soit peu scaphocéphale ou présente tout au moins une dolichocéphalie un peu excessive, c’est que la synostose sagittale supposée consécutive au même processus que la lésion fémorale, s’est produite avant l’achèvement de la croissance cérébrale. M. Houzé ne nous renseigne pas suffisamment sur la déformation crânienne, mais il est à présumer que si la forme générale du crâne de son sujet eût été tant soit peu extraordinaire il n’eût pas manqué de la décrire et même de publier un dessin.

Si le processus hyperostotique a eu lieu seulement vers l’âge de 18 à 20 ans, il a pu entraïner à la région cranienne des hyperostoses multiples sans que la forme générale du crâne, la seule qui importe 1c1, ait été sensiblement altérée. Si le sujet était un dégénéré, d'intelligence obscure et bègue, il pouvait aussi être atteint de troubles du développement céphalique indépendants de ses hyperostoses.

Ces réflexions ont été faites, sans doute, par le savant professeur de Bruxelles puisqu'il n’a pas insisté, en somme, outre mesure sur l'hypothèse d’une déformation cranienne par synos-

tose prématurée, pour l’homme de Trinil. S'il eut attribué à une telle cause l’infériorité du crâne de Trinil il n’aurait pas eu besoin de chercher tant d’autres raisons défectueuses pour atténuer cette infériorité et ses conséquences ; il n’aurait pas fait remarquer lanalogie de la forme cranienne de Trinil avec celle de Spy; il n'aurait pu conclure en rattachant à la race du Néander et de Spy, représentée par des crânes qu’il considère comme ncrmaux, un crâne dont la forme serait purement pathologique.

S'il en est ainsi, Je suis à peu près d’accord avec lui, car je ne nie pas que son squelette à ostéophytes ne soulève l’hypothèse

d’un processus pathologique sur le crâne de Trinil, hypothèse

précédemment émise par moi en raison de l’hyperostose métopobregmatique de ce cràne.

Je crois même nécessaire de revenir sur cette hypothèse au point de vue de la question des synostoses. Il importe en effet, de ne pas se borner à la constatation d’un état pathologique; il faut essayer, par l’analyse, d'en apprécier la gravité et les conséquences. Un médecin ne porte pas le même pronoslic en cas de coryza et en cas de choléra.

Je persisle à considérer l’hyperostose comme autorisant un soupçon au sujet de la régularité parfaite de la forme cranienne de Trinil. Après avoir formulé ce soupçon je lai écarté à cause des crânes qui présentent une exostose tout à fait analogue au niveau de la suture métopique sans être déformés pour cela.

L’hyperostose frontale est bien faite pour confirmer la relation soupçonnée par M. Houzé entre les hyperostoses fémorales de son squelette Bruxellois et les hyperostoses craniennes. Mais j'ai dit . pourquoi cette crête métopique n’indique pas nécessairement un rétrécissement frontal par synostose prématurée. On sait, en outre, que les synostoses prématurées des sutures se produisent communément sans qu'aucune crête en résulte. De plus, l'hyperostose métopique de Trinil a pu être favorisée par l’intensité du travail d’ossification au niveau de sutures encore jeunes. Il m'a paru même, en examinant la région bregmatique du crâne de Trinil, que les sutures de cette région sont encore visibles dans cette région ou l’hyperostose atteint son maximum.

La raison principale qui s’oppose à l'admission d’une synostose métopique prématurée, c’est la forme absolument normale de la courbe transversale du front sur le crâne de Trinil. De chaque côté de la crête médiane, l’os frontal reprend sa forme régulière,

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très légèrement convexe, au lieu de présenter l’obliquité latérale - que présentent toujours les crânes rétrécis par une synostose métopique prématurée.

Les bosses frontales, en outre, présentent un écartement convenable et parfaitement proportionné à la largeur du front. Elles ne sont pas fusionnées en une seule. La bosse gauche est suffisamment distincte. La droite n’existe, il est vrai, que virtuellement, par la place qu’elle occuperait. Son affaissement est le résultat de la plagiocéphalie légère, mais bien sensible à l’œil, du crâne de Trinil.

S'il y a eu des synostoses prématurées sur le crâne de Trinil, ce qui est une hypothèse, on ne trouve aucune des déformations typiques déterminées : soit par la sagittale (scaphocéphalie) soit par la coronale (acrocéphalie), soi par la synostose métopique (trigonocéphalie ou fusion des deux bosses frontales). Reste la synostose de la suture lambdoïde, trop rare pour que nous en connaissions aussi bien les conséquences ; mais en lui appliquant la loi de Virchow on peut supposer qu’elle produirait précisément la platycéphalie par réduction de la région pariéto occipitale dans le sens . antéro-postérieur, réduction qui constitue l’un des caractères les plus remarquables du crâne de Frinil.

Jusqu'ici cela va bien, mais il faut chercher l’agrandissement compensateur d’une partie du crâne sous la poussée du cerveau gêné dans sa portion pariéto-occipitale. C’est ce que nous ne trouvons pas sur le crâne de Trinil qui ne présente aucune exagération dans un sens quelconque.

Il aurait pu y avoir seulement une déformation presque insensible, du genrede la dolichocéphalieanormale quej’ai décrite comme étant due à une synostose à peine prématurée de la suture sagittale !. En pareil cas il y a seulement une diminution légère de l’un des diamètres du crâne et une augmentation légère d’un autre, et la déformation résultante consiste en une simple altération du type ethnique sans monstruosité. Dans l’espèce, le crâne de Trinil aurait subi un léger raccourcissement dans le sens antéro-postérieur avec unlégeraplatissement compensés par un léger accroissement en largeur de la région pariétale postérieure. Son indice céphalique se trouverait ainsi un peu accru aux dépens de l’in-

! Manouvrier et Chantre : La dolichocéphalie anormale par synoslose prématurée de la suture sagiltale et rapports avec la scaphocéphalie (Soc. d’Anth. de Lyon, 1886).

dice vertical et de la longueur de la portion rétro-obélique de la courbe sagittale. |

Au moyen de cetle accumulation d’hypothèses, faites pour la plus grande gloire du squelette bruxellois, j'arriverais donc à expliquer pathologiquement pourquoi le crâne de Trinil présente avec exagéralion linfériorité morphologique du crâne de Spy. Reste à savoir s’il n’est pas beaucoup plus rationnel de rattacher Pinfériorité du crâne de Trinil à une accentuation des causes qui ont donné lieu normalement à la forme de Spy, plutôt que d'y chercher une combinaison complaisante d'accidents pathologiques simulateurs.

Parmi les possibilités relatives à la synostose prématurée des sutures il en est une dont je n’ai pas parlé plus haut : c’est la possibilité d’une synostose généralisée. J’en connais un cas sur un crâne adulte encore jeune et d’un volume au dessous de la moyenne sans microcéphalie. Sa forme n’est pas très altérée, sauf un léger degré d’acrocéphalie, ce qui n’est guère le cas du ecràne de Trinil. Mais ce qui est très particulier, c’est le nombre et la profondeur excessifs des empreintes endocraniennes des circonvolutions, même à la partie supérieure de la voûte où ces empreintes manquent ordinairement. Rien d’analogue n'existe sur le crâne de Trinil dont la surface endocranienne aujourd’hui débarrassée à grand peine de sa gangue rocheuse par M. Dubois est parfaitement normale.

Il y a donc de très fortes raisons opposées à l'hypothèse (greffée sur une autre hypothèse) que je viens de faire pour tenir compte de l’éventualité possible d'une synostose prématurée des sutures du crâne de Trinil.

Prétendues déformations posthum?s. — La plagiocéphalie du crâne de saurait être attribuée à une déformation posthume, car elle est d’une régularité parfaite en tant que plagiocéphalie. Comme toujours, celle-ci est moins marquée en avant qu’en arrière et présente les renflements et affaissements habituels au lieux d’élection: Ainsi que j'ai pu le constater, grâce à l’obligeance de M. Dubois qui m'a montré la pièce originale débarrassée de sa gangue, le crâne de Trinil est exempt de toute déformation posthume. J’ai vu assez de déformations de ce genre pour repousser formellement l’assertion émise sur ce point par M. Houzé.

Après avoir dit qu'il faut recourir à toute une série d’hypo-

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thèses pour dire qu’il s’agit d’un être intermédiaire, sans s’apercevoir qu'il s'appuie lui-même sur des hypothèses de valeur plus contestable, il a recours à des suppositions non moins gratuites qu'ingénieuses pour attribuer à des actions mécaniques subies post mortem des caractères en harmonie parfaite avec l’ensemble du crâne et mème des banalités craniologiques.

Il attribue à une altération posthume, {p. 30), la crête pariétale inférieure ou temporo-occipitale sur laquelle j'ai insisté dans mes deux études. Mais cette crête existe au même endroit avec la même direction, la même forme, les mêmes connexions sur des crânes humains dont un est figuré dans ma deuxième étude. (Crâne du Turkestan). Son explication est des plus faciles d’après la craniologie élémentaire, tandis que son attribution à une action mécanique posthume ne repose sur aucun exemple. Je n’ai jamais rien vu d’analogue parmi les déformations posthumes. Si l’on attribue à l’usure de la table externe du crâne, usure nulle à cet endroit, une disposition simulant si bien une disposition anatomique, on fait preuve d’une bien grande bonne volonté.

Au sujet d'un autre caractère important du crâne de Trinil, M. Houzé dit : Nous constatons que la région ptérique droite a subi une pression assez considérable pour subir un enfoncement manifeste » (p. 30).

Ce que l’on constate, ce n’est point que le crâne a subi une pression ni que cette pression a déterminé un enfoncement; cela c’est de l'hypothèse; on constate la dépression, voilà tout. Et cette dépression, qui est seulement un peu plus profonde ou plus large que sur des crânes européens modernes bien conformés serait accompagnée d’une dépression semblable du côté opposé si le cräne n’était brisé trop haut. En mesurant non avec un ruban (à cause de la plagiocéphalie), mais avec un compas, la distance transversale de la crête métopique à la cassure du crâne du côté gauche, et en portant ensuite cette distance symétriquement à droite, on aboutit à un point où la dépression rétro-orbitaire n’est pas encore sensible. M. Dubois fera, je crois, une autre remarque à ce sujet, pour montrer la régularité de cette dépression qui lui paraît plus importante qu’à moi.

Un autre caractère du crâne de Trinil est considéré comme factice par M. Houzé. C’est la fossette occipitale médiane externe. Il considère que cette fossette profonde est une anomalie et ne se rencontre pas chez les anthropoïdes. « On dirait, dit-il (p. 25), qu’au lieu

de la surface exocranienne on aperçoit le moulage endocranien ; cette fossette serait alors la protubérance occipitale interne mise à nu par les mêmes causes mécaniques que celles qui ont agi sur le frontal et la fosse temporale droite; ce qui justifie cette manière de voir, c’est la minceur de l'os, qui semble réduit à une simple pellicule adhérente à la matière compacte qui remplit l’endocrâne ». Explication superflue autant qu'ingénieuse, et que détruit l'examen de la pièce originale. Il s’agit, en somme, d’une fossette normale dans l'espèce humaine et à peine plus profonde qu’un grand nombre d’autres existantes sur des crânes modernes très réguliers. Sa profondeur paraît seulement un peu augmentée sur le crâne de Trinil par une usure externe. C’est aussi une erreur de croire que ladite fossette ne se rencontre pas chez les anthropoïdes. M. Dubois m'a montré un crâne de gibbon sur lequel on en voit une très belle au même endroit.

J'ai utilisé cette fossette pour déterminer la situation du trou occipital (2° étude). Dans ma première étude, j'ai simplement indiqué par une courbe la position que J’attribuais au basion, d’après des essais faits sur un certain nombre de crânes. Ce n’était donc pas un « basion fantaisiste », comme le dit M. Houzé (p. 30), c'était un basion approximatif et donné comme tel. Et si M. Houzé a jugé ce basion trop haut ou trop bas, c’est nécessairement d’après une appéciation mentale que je pourrais à mon tour qualifier de fantaisiste, sans faire plus d’efforts de démonstration.

La fossette occipitale m'a permis de déterminer avec une approximation assez justifiée tout au moins la position de lopisthion et celle du basion. La capacité calculée du crâne y a-t-elle gagné ‘ou perdu quelques dizaines de centimètres cubes? Cela est fort indifférent. Que ce soit 900 ou 1,000 c. c., peu importe, pour l'usage qui en a été fait. C’est toujours un chiffre trop faible pour un homme de la taille indiquée par le fémur. Un homme de cette taille, possédant un tel crâne, serait au niveau le plus bas que puisse présenter à l’état normal la portion la plus arriérée des races humaines les plus inférieures.

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