‹ Réponse aux objections contre le PithecanthropusChapitre 8 sur 11 · VII. — SIGNIFICATION DES CAS = SIMILAIRES ET ABERRANTS · texte numérisé non relu

VII. — SIGNIFICATION DES CAS = SIMILAIRES ET ABERRANTS

Quand on aura fini par trouver, à force de chercher, quelques triniloïdes dans les races humaines actuelles, la question se pré-

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sentera comme se présente aujourd’hui la queslion de la race quaternaire de Spy aux yeux de M. Houzé.

« Je reviens, dit-ilt, au crâne de Néanderthal : repoussé de partipris par quelques paléontologistes, il a été d’abord traité de pathologique par M. Virchow, puis quand d’autres découvertes ont prouvé que les caractères que présente ce crâne se retrouvent sur d’autres sujets, le professeur berlinois a fini par dire à notre collègue Fraipont qui lui montrait les ossements de Spy : « Ils ne sont pas pathologiques et l’on peut rencontrer dans la rue des gens qui présentent tous leurs caractères! »

« Nous sommes d'accord avec M. Virchow; mais ces gens que nous rencontrons dans les rues ont des ascendants que l’on suit à travers les âges jusqu'à l’époque quaternaire... Je suis de plus en plus convaincu que le type de Hallstadt n’est que le type de Néanderthal modifié par l'évolution.

« Si donc les crânes de Cannstadt et de Néanderthal ne sont pas quaternaires, ils sont les descendants des hommes de Spy et de la Naulette. Or, ceux-ci ont été mieux datés que les crânes allemands : la géologie, la paléontologie et l'archéologie, représentée par MM. Dupont, Lohest, de Puydt et Fraipont, ont démontré qu’ils sont contemporains du mammouth et paléolithiques. »

Eh bien! quand on aura trouvé, dis-je, parmi les Australiens ou autres sauvages, voire même dans les races européennes quelques crânes plus ou moins triniloïdes, on pourra reproduire ce passage en changeant quelques mots, et la question sera présentée comme il conviendra.

Il est vrai qu’on aura plus de peine à trouver des crânes triniloïdes que des néanderthaloïdes, parce que si ces derniers se trouvent quelquefois (bien rarement) dans la rue, les crânes triniloïdes ne s’y rencontrent guère, leur réalisation accidentelle ou régressive étant plus difficile. Il faudra chercher dans les hospices ou dans les brousses australes, dans le rebut des races, un spécimen de submicrocéphalie comparable au crâne de Trinil. Ce crâne ne peut plus avoir comme similaires que des cas aberrants, et il possède l’avantage d’être daté par la géologie et la paléontologie tout comme les crânes de Spy, avantage qui n’est pas moins précieux pour le Trinil que pour les quaternaires de Belgique.

. À la Société d'Anthropologie de Bruxelles, mars 1895. Après la lecture du travail de M. Fraipont, déjà cité.

Nous avons aussi des demi-microcéphales dont la capacité cranienne descend parfois au niveau de celle de Spy. Le musée Broca en possède une petite collection. Mais ces demi-microcéphales ne sont pas du tout triniloïdes, ni même néanderthaloïdes. Ilsemble que pour être triniloïde chez nous, aujourd’hui, il faille être complètement microcéphale, ce qui n’était pas nécessaire à l’époque pliocène.

Dans la race australienne, il ne serait pas étonnant que l’on trouvât quelques rares crânes plus ou moins triniloïdes parmi les individus d'intelligence inférieure à la moyenne de leur race et de forte ou moyenne taille. On pourra leur appliquer ce que dit M. Houzé des Néanderthaliens actuels du type de Hallstadt. Tous . les hommes actuels ne présentent pas, en effet, le degré moyen d'évolution de leur race. Il n’est pas certain que les retardataires aient eu des ascendants également retardataires, comme cela est supposé dans le passage reproduit ci-dessus, car des accidents peuvent entraver l'évolution individuelle et entraîner ainsi une infériorité morphologique rappelant celle de phases anciennes de l’évolution ethnique. Sur ce point, d’ailleurs, il est probable que je suis d’accord avec mon contradicteur qui est un partisan convaincu de la théorie transformiste et l’a montré dans d’autres occasions.

On sait combien peu sont embarrassants pour cette théorie ces cas de survivance ou de retour accidentel qu’elle a classés de la façon la plus satisfaisante. M. Houzé n’en semble pas moins considérer les ressemblances, même partielles, de quelques dents et de quelques crânes avec les pièces de Trinil, comme si ces ressemblances pouvaient faire échec aux conclusions de M. Dubois et aux miennes. Or, dans l'hypothèse de l’existence d’une race pithécanthropique à Java, les ressemblances en question, fussent-elles rencontrées fréquemment et indiscutables, ne seraient pas plus difficiles à expliquer que celles dont Virchow s’est fait une arme contre la race quaternaire du Néander et de Spy.

On rapproche des pièces de Trinil le volume de la couronne d’une exceptionnelle trouvée à Londres, l’écartement non moins exceptionnel des racines d’une autre dent trouvée à Bruxelles, la visière frontale exceptionnelle d’un crâne suisse, l’aplatissement exceptionnel d’un crâne australien ou autre, etc. Quand bien même deux et trois caractères pithécoïdes ainsi rencontrés coexisteraient chez un même individu d’une race actuelle quelconque,

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cela n’infirmerait en rien la qualité pithécanthropique de l’individu de Java, pas plus que les anomalies musculaires si fréquemment rencontrées sur des cadavres européens ou nègres n’infirment la théorie de l’origine simienne de l’homme. Cette théorie se prévaut, au contraire, de ces ressemblances partielles. Avec des anomalies musculaires rencontrées dans l’espèce humaine, dit Testut, on pourrait presque faire un singe. On pourra de même, avec des anomalies dentaires et craniennes rencontrées sur divers hommes modernes, reproduire les dents et le crâne de Trinil avec une facilité d'autant plus grande, comparativement, que la phase de l’évolution humaine représentée par l'individu de Trinil est déjà rapprochée de l’humanité connue.

Dans mes précédentes publications sur le P. E., j'avais indiqué d'avance pourquoi les conclusions de M. Dubois ne pouvaient être infirmées par les spécimens humains isolés plus ou moins approchants des pièces de Trinil, puisque théoriquement linsuffisance de nos collections doit être le seul obstacle à la reconstitution de tous les degrés successifs de l’évolution humaine depuis l’époque néo-tertiaire. Je crois avoir même insisté sur limportance des recherches faites dans le but de trouver des spécimens modernes très rapprochés de celui de Trinil, car de tels spécimens tend:aient à Jétablir par la réapparition du type P. E. la qualité d’ancêtre, et non seulement de précurseur, attribuée à la race de Trinil.

Ce ne serait point inutile, car d’après quelques appréciations de zoologistes éminents, on peut s’attendre à voir se produire une opinion diamétralement opposée à celle que je viens de combattre et à la mienne : à savoir que lindividu de Trinil représenterait une espèce anthropoïde supérieure n’ayant rien de commun avec l'espèce humaine. Il est fort possible que l’opinion de Kraüse reparaisse prochainement avec quelques modifications.

Si ma longue réponse ne parvient pas à entraîner la conviction du distingué professeur de Bruxelles, j’auraitout au moins le plaisir de me trouver d’accord avec lui pour combattre cette manière de voir. Peut-être aurait-elle avantage, par l’exagération même de la divergence qui nous sépare, d'orienter ses réflexions vers le point de vue que je crois être le meilleur.

En terminant ses criliques, il a exprimé « la crainte de prêter le flanc, par une série d’hypothèses inutiles et dangereuses à la cri-

tique des créationnistes! ». Il s’est mis, certes, sérieusement à l'abri de ce côté.

Mais les critiques des créationnistes ne sauraient être plus terribles que les siennes. Après avoir subi sans dommage, de la part d’un évolutionniste, une douche aussi glaciale, le pithecanthropus, puisque tel est son nom, sera biende force à braver quelques intempéries.

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