P'. DE LA FIBRINE
Pour obtenir la fibrine qui existe dans le sang, nous avons employé le procédé suivant. Immédiatement après sa SQrtie de la veine, le sang encore liquide est versé dans une cuvette
(1) Archives gênêiafes de médecine (tomes IX et X), 3* série.
à travers les mailles du linge, et éprouver plu« tard lej^énomfene de la solidification au milieu de la masse sanguine qui s'est écoulée pendant le filtrage. Or, Texpérience, cent et cent fois répétée, prouve que jamais un semblable phénonàène ne se présente. Il n'y a donc plus de fibrine dans le liquide qui est passé à travers le filtre, elle s'est donc toute coagulée pendant le battage, elle est donc restée tout entière sur le linge, le procédé n'est donc pas inexact.
Que penser maintenant des efforts que fait M. Mandl (/oc. cii. , tome ix, pag. 295 et suiv.), pour démontrer que, dans tous les cas où les observateurs ont constaté une diminution notable dans le chiffre de la fibrine , cela tenait à ce qu'une partie de cet élément du sang avait échappé à leur analyse. Il est bien évident que ce n'est pas a un retard apporté, dans le phénomène de coagulation de la fibrine que cette diminution est due , puisque nous venons de démoiitrer que , dans la masse ^nguine défibrinée par le procédé du battage, il ne restait.pas la moindre trace de corps spontanément coagulable. M. Mandl , il est vrai , ajoute ( loc, cit., tome x , page 198) ; .
«* Nous avons entendu parler d'une absence apparente de » la fibrine , quand elle est r^idue incoagulable par la pré- ** sence des sels. »
D'etbord nous répondrons à M. Maiidl qu'il n^t nullement démontré que , dans les cas où nous avons constaté une diminution de fibrine, les sels du sang étaient en plus forte proportion. Et puis cet habile micrographe a-t-il donc oublié qu'il a donné lui-même la propriété de se coaguler spontanément comme le seul caractère à l'aide duquel la fibrine peut être distinguée de l'albumine ; que là où , pour une raison ou pour
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étranger aux resàouroes d'une science dont il entreprend de critiquer les procédés?
Mais savez-vous comment M. Mandl a été déterminé à nous adresser une pareille objection ! c'est parce que les auteurs ne sont pas d'accord sur la quantité d'eau que la fibrine perd en se desséchant. Cela prouve tout bonnement que ces chimistes ont opéré sur des portions de fibrine inégalement chargées d'eau ; mais cela ne dépend pa^l du tout de la difficulté qu ils auraient rencontrée pour a,mener cette substance à un état de dessiccation complète. C'est donc à tort que M. Mandl croit signaler une source (Terreurs intarissable dans une opération fort simple et qui doit conduire à des résultats de la plus grande exactitude.
Pour extra.ire la fibrine du sang, nous avons eu recoure en général à l'agitation de ce liquide avec un balai. Il arrive cependant quelquefois que, soit parce que la saignée coule trop lentement , soit pour toute autre cause , on est obligé de renoncer à ce procédé. Voici comment on opère en cas pareil : on abandonne le sang à lui-même jusqu'à ce qu'il ait éprouvé le phénomène de la coagulation spontanée ; on place le caillot dans un nouet de linge fin à mailles serrées ; on le malaxe dans l'eau avec précaution pour chasser le sérum et une grande partie de la matière colorante ; puis on lave à l'ordinaire , sous un filet d'eau , la totalité de la fibrine qui est restée sur le linge. On peut dans cette opération remplacer le linge par un tamis de soie (1). Quoique ce procédé
(1) Dans ces derniers teinps, l'emploi du tamis pour extraire la fibfiiie du sang, a été présenté comme un procédé nouveau. Mais à une époque déjà assez éloignée de nous, Fourcroy s'en servait précisément dans la même opération.
parce que M. Denis a mal choisi ses filtres, s'ensuit-il que le procédé soit ihfidèle en lui-même? Parce qu'il y a par le monde des hommes qui commettent des erreurs en se servant de mauvais microscopes, s'ensuit-il qu'il faille à tout jamais renoncer à l'emploi de cet instrument? Que M. MandI se rassure donc, du moment où un observateur voudra prendre toutes les précautions convenables, il ne verra plus de lambeaux s'échapper à travers les mailles du filtre, et il n'y aura pas un atome de fibrine soustrait à l'analyse. Ajoutons ici qu'avec le tamis de soie une pareille perte est complètement impossible. Nous devons dire encore que plusieurs fois, dans le but de vérifier l'exactitude des deux procédés destinés à fournir la quantité de fibrine, nous les avons simultanément appliqués à deux portions d'un même sang, et que toujours, en pareille circonstance, nous sommes arrivés à des résultats identiques. Nous aimons à croire que cette concordance, qui ne peut être,dans aucim caç, la suite d'une erreur, suffira pour prouveràM.Mandl combien ses objections sont peu fondées. Avant d'en finir avec les procédés destinés à faire apprécier la quantité de fibrine, encore un mot sur une opinion personnelle de M. Mandl qui lui a fourni ime nouvelle objection. Tout le monde sait qu'il y a dans le sang des globules blancs plus gros que les globules rouges et ponctués à leur surface. Jusqu'ici les opinions des auteurs sont loin d'être fixées sur la nature de ces globules, d'ailleurs fort peu nombreux. Mais M. Mandl, lui, est convaincu que ces globules blancs sont fibrineux. Les preuves qu'il en a fournies sont loin d'être déterminantes, mais enfin telle est sa conviction personnelle. Partant de cette idée préconçue sur leur nature il dit [loco cit., tom. IX, p. 187).
nous avons ea le soin de dire que ce chiffre 3 était une mcgrenne au dessus et au dessous de laquelle la fibrine de rhomme en santé oscillait dans des limites que nous ayons assignées. Or, M. Denis nous dit [Recherches expérimentales, etc., page 270) :
*« La proportion la plus élevée qu'ait présenté F élément •« fibrineux a été de 4, et la plus fisdble de 2. ••
En parcourant les observations particulières de M. Denis, on constate iÎEUîilement que la fibrine s'y trouve successivement rq)ré$eiitée par tous les nombres intermédiaires entre ces deux extrêmes. Si donc M. Mandl avait lu l'ouvrage de M. Denis il aurait vu que , dans 74 expériences relatives au sang veineux d'individus sains et adultes , cet habile expérimentateur a rencontré pour la fibrine : 3 fois le nombre 2, 9 (expérioiceslG", 52*, 54*); 2 fois le nombre 3, 1 (expmences W et 48^; et enfin 9 fois (expériences 5*, 31", 34", 43% 44% 65', 68e, 62" et 73') ce chiffre 3 que M. Mandl a ainsi rayé, de son plein pouvoir, des recherches de M. Denis.
Mais passons à la nombreuse liste d'auteurs que M. Mandl a cru devoir opposer les uns aux autres. 11 nous permettra d'en faire quatre catégories bien distinctes.
Dans une première catégorie nous rangerons Millier. Ce physiologiste a trouvé 4, 96 de fibrine dans le sang de boeuf, mais il s'agit ici du sang de l'homme seulement; MûUer n'est donc pas en cause. Dans un autre travail nous aurons, nous aussi, à nous occuper du sang des animaux et alors nous serons heureux de nous trouver d'accord avec l'illustre expérimentateur allemand .
Dans une deuxième catégorie nous roicontrons Beraélius, qui fixe à 0,750 le chiffre de la fibrine ; Davy qui l'évalue à
Foiircroy s'exprime ainsi (Système de connaissarwes chimiques, tomev, pag. 132):
•* La quantité moyenne de cette matière (la fibrine), prise M sur six sangs d'hommes différens , s'est élevée dans nos " expériences , à 2,800 (1) . »»
M. Nasse (d'après M» Mandl, /oc. cit.^ page 194) trouve comme moyenne de douze expériences , 2,550 de fibrine.
M. Denis ( /oc. cit. , page 270 ) , dit :
. « La proportion moyenne (de fibrine) est cellede 2,700. «
Enfin tout le monde sait que M. Lecanu a fixé cette proportion moyenne de fibrine à 2,948.
Si à ces chiffres nous ajoutons celui que nous avons d'abord emprunté aux savantes leçons de M. le professeur Dumas, et dont nous avons eu de fréquentes occasions de vérifier l'exactitude , nous verrons que, relativement à la quantité moyenne physiologique de fibrine qui entre dans la composition du ,
(1) M. Mandl pourrait objecter que Fourcroy ajoute : « Sur un plus grand nombre de sangs comparés, le mininfium de sa « proportion est de ],5u et le maximum de 4,30. »
Ce passage ne prouve absolument rien, relativement à la quantité moyenne normale de fibrine que Fourcroy reconnaît dans le sang de Thomme. Car il est évident qu'il devait avoir des raisons pour ne pas faire entrer ces résultats dans son évaluation de la quantité moyenne normale. Et ces raisons sont faciles à deviner : « ce sont , dit-il, des sangs comparés. Ce sont donc des sangs fournis par des sujets qui n'étaient pas dans des conditions physiologiques; peut-être même, parmi ces sangs y s'en irouve-t-il qui n'appartiennent pas à l'espèce humaine. Le silence absolu de Fourcroy , sur les sources qui ont fourni ces sangs^ autorise à le supposer; et nous avons appris à ne pas conclure à la légère de l'espèce humaine aux animaux» en matière de sang, et surtout de fibrine. N'altérons donc pas volontairement l'évaluation de la moyenne normale àe Fourcroy, en y faisant entrer des résultats qu'il a cru lui-même devoir en exclure.
le vrai , et quels sont les faits qui méritent de prendre rang parmi les connaissances définitivement acq\iises. Ne voit-on pas qu'en cherchant ainsi à arrêter les efforts des expérimentateurs qui tâchent de s'ouvrir une voie nouvelle , on enraie en pure perte les progrès des sciences? EstH)n donc en droit de nier l'exactitude des procédés de la chimie inorganique parce que les chimistes de nos jours sont venus corriger les chiffres fournis par leurs devanciers? Est-ce que personne a essayé de jeter le moindre doute sur les immenses conquêtes de la physique , parce qu'im jeime savant , M. Regnault , est venu modifier le chiffre du coefficient de dilatation des gaz , donné autrefois par son illustre maître , M. Gay-Lussac! Laplace a relevé les erreurs d'Euler, et cependant les sciences mathématiques n'ont pas cessé de marcher d'un pas rapide. Et sans sortir du domaine de la médecine, ouvrez les traités d'anatomie pathologique , et niez , si vous osez , les immenses services qu'ont rendus à l'art de guérir les études des altérations des organes malades ; et pourtant vous pourrez vous donner facilement le plaisir de constater bien des contradictions même entre les auteurs les plus modernes. Et vous, vousmême, monsieur Mandl, vous avez publié un ouvrage danslequel vous avez placé à côté les unes des autres les nombreuses figures par lesquelles vos devanciers ont représenté un même globule , une même fibre élémentaire , vous avez ainsi mis au grand jour les incalculables faits contradictoires dont pullule la micrographie, et cependant votre foi n'a pas été ébranlée, vous n'avez pas abandonné vos recherches spéciales , vous n'avez pas, de désespoir, brisé votre instrument, et vous avez bien fait. Car, nous vous dirons, nous: le microscope est appelé à rendre, et a déjà rendu de grands services. Discutez,
retient toujours une certaine quantité , d* autant moins considérable que la contraction a été plus énergiqile.
Rien n'est plus facile que de comprendre la manière dont les élémens du sang se sont distribués pour constituer ces deux parties Tune liquide et l'autre solide , dans lesquelles il s est définitivement et spontanément séparé.
Sérwn, Le sérum est de Teau tenant en dissolution des matières grasses et colorantes, des sels organiques et inorganiques, et enfin de Talbumine. L'ensemble de ces substances dissoutes constitue ce que Ton désigne sous les noms de sérum desséché ou matériaux solides du sérum, M. Mandl se de- .mande [loco cit. , passim] si le sérum ne peut pas contenir de la fibrine. La réponse à luie pareille question est , ce nous semble, bien facile. En effet, la fibrine n'aurait pu rester dans le sérum qu'en conservant la forme liquide ; cette fibrine aurait donc perdu la propriété de se coaguler spontanément, elle 9>urait donc cessé d'être de la fibrinel C'est donc toujours le même cercle vicieux, la même logomachie. Mais ce sérum ne peut-il pas du moins contenir des globules rouges? il est bien certain que si , pendant que la coagulation du sang s'effectue , on vient à agiter fortement le vase qui le contient , un certain nombre de globules rouges s'échapperont du caillot et resteront en suspension dans le 3érum. Mais si , au contraire , on prend toutes les précautions convenables pour ne pas troubler le phénomène de la coagulation spontanée du sang , c'est-à-dire si , après que ce liquide a été recueilli dans un vase , on l'abandonne à lui-même dans un repos complet, jusqu'à ce que la séparation se soit opérée, on trouvera le sérum absolument pur, et le microscope lui-
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