II. DES GLOBULES
Quelque temps après que le sang est sorti de la veine , il se prend en une masse homogène , semi-solide , dans laquelle existent confondus tous ses principes constituans. Cette solidification du sang est due à la coagulation spontanée de la fibrine qui forme dans cette circonstance un vaste réseau dont les mailles retiennent ies globules emprisonnés. Peu-àpeu les fibres du réseau éprouvent un mouvement de contraction, reviennent sur elles-mêmes, enlacent plus fortement les globules, et il s’échappe de tous les côtés de ce gâteau fibro-globuleux un liquide connu sous le nom de sérosité , entourant une masse de consistance variable qui n’est autre chose que le caillot, de la saignée. Cette séparation du sang en deux parties, une liquide et l’autre solide, est toute mécanique, et l’exemple suivant peut en donner une idée très juste. Dans une dissolution saline, on plonge une éponge (jui absorbe la totalité du liquide , on comprime ensuite graduellement l’éponge, et, à mesure quelle occupe un espace de plus en plus petit , il s’échappe de son sein un liquide de même composition que celui qui avait été primitivement absorbé. Mais, clans ce mouvement de retrait, toute la dissolution saline n’est pas expulsée, et le tissu de l’éponge en
retient toujours une certaine quantité, d’autant moins considérable que la contraction a été plus énergique.
Rien n’est plus facile, que de comprendre la manière dont les élémens du sang se sont distribués pour constituer ces deux parties l’une liquide et l’autre solide , dans lesquelles il s’est définitivement et spontanément séparé.
Sérum. Le sérum est de l’eau tenant en dissolution des matières grasses et colorantes, des sels organiques et inorganiques, et enfin de l’albumine. L’ensemble de ces substances dissoutes constitue ce que l’on désigne sous les noms de sérum desséché ou matériaux solides du sérum. M. Mandl se demande ( loco cit , passim ) si le sérum ne peut pas contenir de la fibrine. La réponse à une pareille question est, ce nous semble, bien facile. En effet, la fibrine n’aurait pu rester dans le sérum qu’en conservant la forme liquide ; cette fibrine aurait donc perdu la propriété de se coaguler spontanément, elle aurait donc cessé d’être de la fibrine 1 C’est donc toujours le même cercle vicieux, la même logomachie. Mais ce sérum ne peut-il pas du moins contenir des globules rouges! il est bien certain que si , pendant que la coagulation du sang s’effectue, on vient à agiter fortement le- vase qui le contient , un certain nombre de globules rouges s’échapperont du caillot et resteront en suspension dans le sérum. Mais si , au contraire , on prend toutes les précautions convenables pour ne pas troubler le phénomène de la coagulation spontanée du sang , c’est-à-dire si , après que ce liquide a été recueilli dans un vase, on l’abandonne à lui-même dans un repos complet, jusqu’à ce que la séparation se soit opérée, on trouvera le sérum absolument pur, et le microscope lui-
même ne pourra pas y révéler des traces sensibles de globules rouges.
C aillot . De la discussion à laquelle nous venons de nous livrer, il résulte évidemment que le caillot contient la totalité de la fibrine et des globules rouges du sang. Mais , en outre , ce caillot qui n’est , en définitive , qu’une véritable éponge fibro-globideuse , reste toujours imbibé d’une quantité très considérable d un liquide identique en composition à celui qui 1 entoure sous le nom de sérum. Il suffit de réfléchir un instant à la manière toute mécanique dont le caillot, en revenant sur lui-même , chasse le liquide qui le pénètre , pour rester convaincu de 1 identité de composition du sérum libre et de celui qui reste dans les mailles du réseau fibrineux. D ailleurs , en analysant à part les diverses parties de sérum qui s échappent successivement du caillot pendant que s’effectue la contraction de celui-ci, il est facile de s’assurer que ce liquide demeure toujours identique à lui-même, et que par suite celui qui reste dans le caillot, alors qu’il a fini de se resserrer, ne saurait avoir une composition différente.
Si donc on vient à dessécher complètement le caillot , la masse noire qui restera dans la capsule devra renfermer les élémens suivans :
1 La totalité de la fibrine du sang;
2° La totalité des globules du sang ;
3° Les matériaux solides du sérum qui était resté dans le caillot après sa rétraction complète.
, Le C£ullot en se dess*chant a perdu une certaine quantité d’eau qu’il est facile d’apprécier. D’après'ce que nous avons dit précédemment , cette eau unie aux matériaux solides du sérum restés dans le caillot sec constitue un liquide identique
en composition àla sérosité libre. Mais la dessiccation de cette sérosité libre elle- même nous a appris dans quelles proportions elle était composée d’eau et de matériaux solides. Un calcul bien simple nous permettra donc de connaître, au moyen de l’eau qu’a perdu le caillot en se desséchant , le chiffre des matériaux solides du sérum qui entrent dans cette masse noire qui reste dans la capsule.
Quant à la fibrine qui reste dans le caillot sec , le battage de la moitié du sang de la saignée nous a fourni son poids rigoureux.
Rien ne sera donc plus facile que de défalquer du poids du caillot sec , d’une part le poids de la fibrine qu il contient , d’autre part le poids des matériaux solides du sérum qui \ sont restés, et d’arriver enfin à l’évaluation exacte et rigoureuse de la quantité de globules rouges de ce sang en expérience.
Ces opérations, fort simples, ne sont pas de nature a altérer les élémens qui entrent dans la composition du sang , et par suite doivent conduire à une appréciation rigoureuse de leurs proportions relatives et absolues. Cependant M. Mandl les trouve insuffisantes, il croit même devoir les signaler comme une source d’erreurs graves pour 1 expérimentateui ,
mais laissons-le parler lui même.
•• Mais le caillot est mou, dit-il ( /oc . cit., tome ix, page 201),
« toute la fibrine peut-être n est pas coagulée ; tous les glo- *■ bules ne sont pas renfermés dans le caillot ; une grande „ quantité des globules s’échappe au moindre contact du .. caillot, et, en retirant le caillot, le sérum qui s’écoule en- •• traîne encore une grande quantité de globules. Ln taisant « maintenant coaguler le sérum à 1 aide de la chaleur, j au- .
rai un mélange de globules, d’albumine (I) et de fibrine, et •• la chimie sera impuissante à déméler ces substances. Dans .. la méthode en question, toute cette masse est regardée “ comme de l’albumine, et l’on dit, par exemple, que mille •< parties de sérum contiennent 120 parties d’albumine, quand « en effet il n’y en a pas 100. Retire-t-on, alors, du poids » des globules qu’on a obtenus par le dessèchement du sérum , •• une quantité d’albumine correspondante à la perte éprouvée •• par le dessèchement, on retirera une quantité plus grande •> d albumine qu’on ne devrait le faire. On obtient par con- •• séquent moins de globules qu’il n’en existe réellement. - Voilà sans doute bien des causes d’erreur accumulées, et si tout cela était vrai, nous serions les premiers à dire avec M. Mandl [loc. cit., tome x, page 198) :
“ Un fait incontestable, c’est le peu de confiance que mé- “ ritent ces analyses de la part du physiologiste et du mé- «• decin, précisément à cause de la fallacité des méthodes em- “ ployées. »
Mais, avant de passer condamnation, qu’on nous permette d examiner un instant si ces méthodes sont réellement aussi fallacieuses que l’habile micrographe se plaît à l’affirmer.
Toute la fibrine peut-être nest pas coagulée. Il faut que M. Mandl se complaise singulièrement dans ce cercle vicieux qui lui fait affirmer la présence de la fibrine là où n existe plusde corps spontanément coagulable, pour qu’il le reproduise ainsi sans cesse et pour ainsi dire à chaque page. Quant à nous,
(p II est évident que, dans tout le cours de ce passage. M. Mandl désigne par albumine, la masse des matinaux solide,- du sérum. Nous prions le lecteur de faire lui-méme cette rectification, pour rendre à cette citation le sens que l’auteur a voulu sans doute lui donner
nous avons si souvent mis au jour la fausseté d’un pareil raisonnement, que nous nous dispenserons d’y répondre à l’avenir.
Tous les globules ne sont pas renfermés dans le caillot . Laissez le sang en repos après qu’il est sorti de la veine, ne vous amusez pas à le troubler dans sa coagulation spontanée en agitant intempestivement le vase qui le contient, alors, il est vrai, vous aurezperdu l’occasion de soulever une objection, mais vous aurez obtenu un résultat bien plus désirable, vous aurez un caillot qui renfermera tous les globules.
Une grande quantité de globules s'échappe au moindre contact du caillot, et, en retirant le caillot, le sérum qui s'écoule, entraîne une grande quantité de globules. Cette formidable objection tient donc tout bonnement à ce que M. Mandl ne connaît pas le moyen de séparer le sérum du caillot sans le déchirer, sans entraîner les globules qui concourent à sa constitution. Les procédés pour arriver à ce résultat existent pourtant, le tout est de les connaître et de savoir s’en servir ; mais on comprend que ce n’est pas ici le lieu de les* exposer. Si quelque médecin, peu confiant dans l’exactitude des recherches microscopiques, s’avisait de dire à M. Mandl : Le sang liquide contenu dans un vase de verre, ne laisse pas passer les rayons lumineux , il est donc impossible d’examiner ce liquide à la manière des corps transparens et d’étudier les globules que vous prétendez découvrir dans son sein ; notre micrographe se contenterait sans doute de lever les épaules et pourrait répondre tout au plus : Apprenez à étaler le sang en couches suffisamment minces, et vous verrez que les rayons lumineux les traversent en assez grande abondance pour nous permettre d’étudier sa composition microsco-
pique ; et certes il aurait grandement raison. De notre côté, nous répondrons à M. Mandl : Apprenez à décanter un liquide avec toutes les précautions convenables, et alors vous saurez comment on peut parvenir à obtenir le sérum pur, sans dilacérer le caillot, sans entraîner les globules rouges qui le composent en partie. N’est-il pas à regretter de voir ériger ainsi en objections capitales de simples difficultés de manipulations, qu’un peu d’habitude fait disparaître complètement?
En faisant maintenant coaguler le sérum à F aide de la chaleur, f aurai un mélange de globules , cC albumine et de fibrine. D’abord il n’y avait pas de fibrine, car le sérum chauffé ne peut fournir un corps qu’il ne contient pas , puisque la fibrine s est coagulée spontanément et entre tout entièie dans le caillot. Quant aux globules, nous venons de voir qu’on peut parfaitement les laisser dans le caillot où ils se trouvent. La dessiccation de sérum ne fournira donc que ce qu’il contient réellement et doit -contenir, c’est-à-dire, non pasde l’albumine seulement, comme le dit M. Mandl, mais une masse composée d’albumine , de matières grasses , et de sels organiques et inorganiques. Le caillot mou ne fournira donc pas moins de globules qu'il n en existe réellement, mais exactement et rigoureusement tous ceux que renfermait le sang sorti de la veine.
Du reste un fait très remarquable est le suivant : Les cas dans lesquels nous avons constaté une grande prédominance de 1 élément globulaire, sont précisément ces cas dans lesquels ,e caillot de la saignée reste mou, c’est-à-dire, d'après le passage précédent , doit conduire l’observateur à trouver
qu’il n’y en a réellement. Cette circonstance n’a pas échappé à M. Mandl : aussi voilà que ce caillot
mou qui, à la page 201 , devait entraîner nécessairement une erreur en moins dans l'évaluation du chiffre des globules, se trouve tout-à-coup , à la page 301 , doué d’une propriété tout-à-fait inverse , et doit conduire à une évaluation trop forte de ce même chiffre de globules. Citons textuellement.
•• Le caillot ferme contient une grande proportion de glo- “ bules, et une certaine quantité échappant à l’analyse, le •• chiffre normal se trouve diminué. Le caillot mou ne rete- •• riant pas aussi fermement les globules , doit, par cette cir- •• constance , donner lieu à une augmentation apparente « dans Je poids des globules ■> (loc. cit. t. ix, pag. 301).
La contradiction entre ces deux passages est flagrante. Ainsi donc, M. Mandl, à volonté et suivant les exigences de la position de critique qu’il a choisie, doue successivement le même caillot mou de propriétés diamétralement opposées. Mais ce n’est pas tout ; et prenant à notre tour l’offensive, nous allons montrer que la première phrase de cette dernière citation renferme à elle seule deux erreurs.
1° Du moment où le caillot est ferme, il se brise plus difficilement, les globules s’en échappent avec beaucoup plus de difficulté , il devient donc plus aisé de décanter le sérum qui l’entoure et de l’obtenir dépourvu de tout globule rouge, et par suite, dans l’évaluation exacte du poids de ces globules, on doit être moins exposé à commettre des erreurs. Il n’est donc pas vrai de dire qu’avec un caillot le chiffre nor-
mal des globules se trouve diminué.
2° Le caillot ferme, dites-vous, contient une grande proportion de globules. Mais vous n’avez donc jamais examiné le caillot d’une saignée pratiquée à une chlorotique. Si vous aviez pris la peine de faire une semblable étude, vous auriez
vu que chez ces malheureuses Hiles dont les globules se sont abaissées de 70, 80 et même 100 au-dessous de leur chiffre normal, le caillot est dur, ferme, dense , résiste sans se déchirer aux tractions qu’on lui fait supporter, et alors vous ne seriez plus tenté d’imprimer cette phrase :
Le caillot ferme , contient une grande proportion de globules .
Nous croyons avoir suffisamment répondu aux objections de M. Mandl ; nous allons passer maintenant à la discussion de critiques d’un autre genre.