‹ Réponse aux remarques de M. l'abbé Verreau sur le "Mémoire appuyant la demande d'une école normale dans la ville des Trois-Rivières [microforme]Chapitre 10 sur 23 · LES · texte numérisé non relu

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Comment se fait-il donc que le nombre des élèves se livrant à l’enseignement, diminue à mesure que les dépenses augmentent ?

C’est là évidemment une anomalie qui mécontente M. l'Abbé Verreau, et il cherche a en rejeter la faute sur les autres. Dans ses remarques, il va jusqu'à nous accuser d'en être en partie l’auteur. Il prétend que la crainte de ne pas plaire à l'autorité divcésaine est en partie la cause qui empêche les instituteurs des Ecoles-Normales de pénétrer dans le diocèse des Trois-Rivières !

C’est une accusation fausse et injurieuse. Nous la repoussons, et nous mettons M.l'Abbé au défi de le prouver Nous n'avons jamais rien dit, ni fait qui pût intimider les instituteurs des écoles normales venant dans notre diocèse Au contraire, nous avons toujours recommandés aux fidèles confiés à nos soins de choisir des maitres et maîtresses düment qualifiés pour bien tenir une école, mais sans jamais faire allusion à l'institution où ils avaient été formés.

Ici nous allons toucher un point fort délicat que nous devons cependant aborder pour faire connaitre le défaut du système suivi dans les écoles normales.

Les instituteurs sortis des écoles-normales déjà si faibles par le nombre, n’ont pas tous et partout donné pleine et entière satisfaction, tant sous le rapport de la science nécessaiïre à un bon maitre d'école, que sous le rapport de l’habilité à maintenir la discipline parmi les enfants. Nous avons entendu bien des plaintes à ce sujet ; et c’est un fait que ces maitres on maîtresses ne sont pas plus en vogue que les autres. Nous nous avons en main des lettres de personnages très compétents pour en juger. Nous nous contenterons d'en citer une qui est d'un Evéque. Voici comment s'exprr me le Vénérable Prélat sur ce sujet : “ Quant au nombre # d'instituteurs et d’institutrices venant des Ecoles Norma- “ les, je ne saurais en dire le nombre. Je puis, dans tous “ les cas, assurer qu'il y en a encore moins que dans votre “ diocèse, trois ou quatre, peut-ètre. Un fait bien constant, “ pour ici du moins, c’est que les élèves des écoles-normales ‘“ ne sont pas plus recherchés, ni plus désirés pour la tenue * des écoles que les autres. À quoi cela tient-il ? probable- “ment parce qu'ils ne sont pas meilleurs pédagogues que

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# ceux qui sont instruits ailleurs, et qu'ils sont plus diffci- “* les à diriger. C’est du reste, une plainte que l'on fait “ d'eux, et qui est souvent parvenue à mes oreilles.”

Nous pouvons affirmer exactement la même chose pour notre diocèse, et nous avons entendu des plaintes bien fortes sur l'incapacité de quelques-uns de ces maîtres à bien tenir une école, et à la faire progresser. Voilà sans doute ce qui a contribué à faire tomber le prestige qu’auraient dû avoir des maitres et des maitresses d'école formés avec si grand appareil et à si grands frais, et c'est là, croyons-nous, la véritable raison du faible prestige qu'ont dans l'opinion publique les instituteurs venant des écoles normales. Cela n'empêche pas sans doute qu'il y ait beaucoup d'excellents instituteurs et institutrices sortis de ces écoles, mais il n’en est pas moins vrai que le nembre de ceux qui n'ont pas donné satisfaction à nui grandement à leur prestige. N'ils ne sont pas plus recherchés que ceux qui viennent des autres institutions, cela ne dépend ni de nous, ni de notre Vénérable collègue, dont le diocèse a encore moins de ces instituteurs que le nôtre ; etencore une fois nous repoussons l'accusation gratuite de M. l'Abbé Verreau, comme fausse et Injurieuse.

Nous croyons qu'il y a un autre défaut qui nuit grandement au succès pédagogique des écoles normales, telles que conduites actuellement : c’est le programme trop élevé que l’on y suit, et qui est presque le programme des colléges classiques. On y enseigne le latin et même le grec, nous ont assuré des élèves sortis de ces maisons. On va plus loin, on y enseigne la philosophie dans des auteurs tels que le P. Joint et le Chanoine Kanseverino, au point de former des bacheliers dans les concours universitaires ! et l'on croit que c'est 1à un grand progrès ! C'est tout simplement une grave erreur, et perdre de vue le but des écoles normales qui ont été établies pour former de bons maitres d'école, et non des latinistes, des philosophes et des bacheliers ! Il y a en cela, selon nous, une injustice vis-à-vis des élèves étudiant dans les institutions classiques, qui ont certainement droit à ce qu'on ne leur fasse pas une concurrence nuisible dans les carrières libérales, aux dépens du trésor public, et aussi envers le gouvernement qui donne cet argent pour avoir des instituteurs et des institutrices bien formés pour l’enseignement pédagogique dans les écolés primaires et secondaires, et non pour autre chose.

Ailleurs, on paie três cher des professeurs d'apiculture, d'agriculture, des lectureurs ; on vise même à suivre un peu le système universitaire, et pendant tout ce temps, on perd de vue le but principal ; et le nombre des maitres et maitresses d'écoles sortant de là, va diminuant, comme l’attestent les rapports annuels sur l'instruction publique.

Ainsi pour viser trop haut, on manque le but, et l'on détourne véritablement l’école-normale de sa fin en y introduisant les matières des cours classiques. Puis, on vient ensuite se plaindre qu'il y a trop de colléges classiques, et ‘ que l’on enseigne le latin à un trop grand nombre de jeunes gens !|

Les écoles-normales, ainsi détournées de leur véritable destination, entrainent des dépenses plus considérables, et ne donnent que très peu de sujets à l’enseignement. Puis, les matières étrangères à leur véritable programme n'étant qu'effleurées par les élèves, qui n’ont que trois ou quatre ans à consacrer à l’acquisition de tout ce bagege scientifique, ne leur seront d'aucune utilité.

Voilà qui peut nous aider à expliquer la marche inverse des dépenses qui vont toujours en augmentant, et des résultats qui vont en diminuant. Car comment se fait-il que la dépense moyenne des à années de 1859 à 1864, n'a été que de $22,988.00 en ne tenant compte que des subventions annuelles de la législature, et à donné à l’enseignement pendant le même temps une moyenne de 155 sujets, tandis que les 5 dernières années, de 1874 à 1879 ont coûté en moyenne le double, c'est-à-dire $45,300, et que la moyenne annuelle des sujets données à l’enseignement pendant le même temps n'est que de 28 ! !

Voilà, certes. des résnltats qui méritent d'ètre étududiés attentivement ! Il est important de savoir pourquoui il faut aujourd’hui $45,300,00 pour faire fonctionner avec moins de succès ces trois écoles, que l’on faisait fonctionner avec tant de succes, il y a plus de vingt ans, pour la somme de $22 088.00 seulement.

Nous concluons donc de tout cela ok le système actuel

des écoles normales est defectueux, qu'il vise trop haut et manque le but que le gouvernement s'est proposé dans la fondaton et le soutien de ces écoles, qui est, nous le répétons, de donner des maitres et des maitresses bien qualifiés pour les écoles primaires et secondaires,

Les Ecores NORMALES CONGRÉGANISTES OU RELIGIEUSER.

M. l'Abbé Verreau constate deux faits bien importants dans la question qui nous occupe, et que nous tenons à

mettre un peu en lumière, parce qu’ils pourront aider à trouver sûrement la solution que nous cherchons:

Voici le premier de ces faits. C’est que les instituteurs et les institutrices sortis des écoles normales n’enseignent pas en général au delà de trois ans. C’est là un fait très grave et compromettant pour le succès de ces maitres et maîtresses dans l’enseignement. Car on sait combien l'affection à une carrière, et une longue pratique de la chose, développent les aptitudes et les talents de ceux qui s’y livrent, et cela est surtout vrai dans la carrière de l’enseignement. On sait à quelle capacité supérieure arrive un profssseur de talent après 25 et 30 ans d'enseignement des sciences qu’il affectionne, et qu'il arrive à posséder à fond. Il en faut dire autant du modeste maître d'école qui se consacre pour la vie à l'instruction de l’enfance.

Celui donc qui ne s’y livre que par nécessité, et avec l'intention bien arrêtée d'en sortir le plus tôt qu'il pourra, n'y réussira que médiocrement, cela est évident. Aïnsi, ces écoles, confiées à des mains toujours novices, devront nécessairement être inférieures aux autres confiées à des personnes qui en ont fait spontanémeut, et non par nécessité l'œuvre de prédilection de leur vie toute entière !

Le second fait est que pour s'engager à un pareil de vouement, il faut, une vocation spéciale ! Oui, c'est là le véritable principe qui doit présider à tout système d’enseignement et d'instruction publique, c'est qu'il faut confier autant que possible la direction des écoles à tes âmes généreuses, que Dieu appelle d’une manière toute spéciale à cet humble mais sublime ministère de l'éducation de l'enfance et de la jeunesse. Voilà ce que l'Eglise Catholique a toujours compris et travaillé à réaliser par ses ordres religieux enseignants. C’est aussi ce qui nous explique «a priori la supériorité économique et scientifique des écoles conduites

par ces personnes, ainsi engagées par des vœux, à consacrer tout ce que Dieu leur a donné de forces et de talents à la grande cause de l'éducation

Mais, hélas ! pourquoi faut-il ajouter que cette doctrine, si cousolante pour les familles et si ile à la société, est cependant fort peu comprise de notre temps ; les fausses idées répandues sur la véritable éducation ont soulevé bien des préjugés qui ont pénétré jusque dans les meilleurs esprits et presqu’à leur insu. L'on est surpris de rencontrer chez ces personnes, si recommandables d'ailleurs, de la défiance et une certaine répulsion pour l’enseignement congréganiste, ou des Frères et des Sœurs.

Heureusement que ses préjugés funestes et absurdes ne sont pas encore três répandus dans notre pays. Nos religieuses populations comprennent toute la supériorité des écoles tenues par les Frères et les Sœurs, et les grands avantages qu'ils en retirent pour la bonne et solide éducation de leurs enfants. Aussi s'imposent-elles généreusement les plus grands sacrifices pour s'assurer le bénéfices de ces précieuses institutions, comme le prouvent les beaux colléges industriels des Frères, et les nombreux couvents de Sœurs que l’on voit surgir comme par enchantement dans la plupart de nos grandes paroisses.

Ce n’est pas à dire que l’on ne voie parmiles laïques de nobles et généreux dévouements pour la grande cause Le] [a] de l’éducatian, et sa l'Eglise ne les voie avec plaisir lui

venir en aide, qu’elle ne les encouraga et ne les bénisse dans l’accomplissement de cette belle œuvre. Oui, il y a des instituteurs et des institutrices laïques qui, sans être appelés à l’état religieux, se dévouent cependant avec un courage digne des plus grands éloges au pénible ministère de l'éducation des enfants pour toute leur vie. Mais il n’en est pas moins vrai que le grand nombre de ces âmes d'élite sont appelées à l’état religieux, qui leur procure des secours plus puissants pour se soutenir jusqu'à la fin dans l’accomplissement de cette tâche, aussi pénible à la nature que méritoire devant Dieu et devant les hommes.

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