CAUSES DE CES GRANDES DEPENSES
Mais on demandera pourquoi ces Ecoles-Normales coùûtent si cher ? et pourquoi leurs dépenses ont toujours été en augmentant depuis leur établissement, tandis que les Colléges Classiques des Prêtres, les Colléges industriels des Frêres, et les Académies de filles tenues par les religieuses, ne recevant que de très faibles subventions du gouvernement, se soutiennent cependant, et arrivent presque tous, après quelques années, à un état de prospérité qui fait l’honneur de notre pays, et assurent l'avenir de l'éducation, et surtout de l'éducation supérieure ?
Cette différence si tranchée et si évidente de l’administration économique de nos institutions ccclésiastiques et religieuses,et de l’administration dispendieuse des Ecoles-Normales, vient de la ditférence du principe sur lequel on a assis ces institutions. Dans les institutions ecclésiastiques et religieuses le principe qui est à la base, et au sommet de l’édifice, c’est le dévouement ! Dans les écoles normales au contraire, le principe qui règne dans l'institution du sommet à la base, c’est l’inférét personnel. M. l'Abbé Verreau n'a pas hésité à le proclamer dans ses remarques sur notre mémoire, en disant que ‘“ es écoles à bon marché sont une utopie.”
Non, Dieu en soit béni ! pour les pauvres et les déshérités de la fortune, les écoles à bon marché ne sont pas une utopie. Au contraire, elles sont une grande et consolante réalité qui a toujours fait l'honneur de l'Eglise Catholique, et de ses ordres religieux enseignants. Ce sont les éeoles à bon marché et même gratuites des moines du moyen-âge qui ont instruit et civilisé les barbares de l’Europe. Ce sont les écoles à bon marché que $. Concile de Trente a pres-
crites aux Evêques dans la formation des Séminaires pour le recrutement du Clergé, en leur enjoignant d'y recevoir gratuitement les enfants pauvres qu'ils croiraient appelés au sacerdoce. Ce sont les écoles à bon marché qui ont fondé dans notre heureux pays ces magnifiques établissements d'éducation que l’on appelle les Séminaires Classiques, les Colléges industriels, les Couvents, et qui font la joie de nos religieuses familles, l'honneur de la religion et la force de notre peuple. Ce sont ces institutions bénies qui assurent notre avenir national, en donnant à l'Eglise son sacerdoce, et à l'Etat, la classe dirigeante de la société. C’est ce qu'il est facile de prouver par la comparaison de l'efficacité de ces diverses institutions, qui ont eu une si faible part dans les largesses du gouvernement pour l'éducation, avec les minces résultats auxquels sont.arrivées les Ecoles-Normales si largement rétribuées, après 25 ans de travail.
Le relevé, que nous avons fait faire dans les rapports sur l'instruction publique, des carrières embrassées par les élèves sortis des diverses institutions pendant la période de 19 ans, donne les résultats suivants : (No 8 et 9).
10. Les écoles à bon marché, c’est-à-dire, les Colléges Classiques, industriels et les Couvents ont donné à l'Eglise pendant ce temps 967 prêtres et 159 religieuses, formant un total de 1126 personnes consacrés au service de l'Eglise. (Les religieux n’ont pas été mentionnés dans ces statistiques.) Les mêmes écoles ont donné à l'Etat pendant le même temps, pour les professions libérales, le commerce et l'industrie, 4227 sujets, et pour l’enseignement : maitres et maîtresses laïques, 1949, formant un nombre total de 6176.
20. Les écoles à haut prix, c’est-à-dire les écoles normales, ont donné pendant le même temps à l'Eglise 26 prêtres et religieuses, et à l'Etat, dans les professions libérales, le commerce et l’industrie, 24 sujets, et dans l’enseignement 746, total 770.
En deux mots, les écoles à haut prix, pronées par M. l'Abbé Verreau, ont donné en 19 ans pour le service de l’Eglise et de l'Etat 796 personnes, et les écoles à bon marché, qui ont coûté beaucoup moins que les autres, en ont donné
Ceux qui aimeraient à s'assurer de l'exactitude de ces calculs, peuvent voir les pièces justificatives, Nos 8 et 9, extraites des rapports annuels sur l'instruction publique.
Voilà qui peut aider à juger avec connaissance de cause la valeur de ces deux systèmes d'éducation.
D'ailleurs rien n’est plus facile à démontrer en fait, et par des chiffres officiels, que le principe du dévouement dans l'œuvre de l'éducation, est la véritable source de la prospérité de nos institutions classiques, commer:iales, industrielles et académiques, confiées aux prêtres et aux ecclésiastiques, aux religieux et aux religieuses ; comme aussi le principe contraire de l'intérét personnc:, qui fait de cette œuvre sublime un métier, est la cause réelle des grandes dépenses qu'ont entrainées les Ecoles-Normales.
La seule différence que l’on constate entre les traitements des directeurs et des professeurs employés dans ces deux classes d'institutions, suffit à expliquer la prospérité des premières et les lourdes dépenses des dernières.
En effet les états financiers de l'instruction publique pour 1878-1879-1880, font voir que le salaire des directeurs et des professeurs a été en moyenne de $748 17 par année, (P. J. No. 10) tandis que celui des mêmes personnes dans les colléges-classiques n’est que de $180.00 ; en y comprenant la pension, et encore moins dans plusieurs de ces maisons.
C’est donc une différence de $568.17 par chacune de ces personnes, en faveur de ces dernières instirutions. En d’autres termes, c’est un présent annuel de $568.17 que chaque prêtre et ecclésiastique de nos maisons de haute éducation font à leur A/ma Mater tous les ans !
Or, dans nos colléges -lassiques, le nombre des directeurs et professeurs s'élève ordinairement à 16, et même audelà ; il s’en suit donc que ces maisons re’oivent de cette source inépuisable du dévouement,la jolie valeur de $9,088.00 qu'elles auraient été obligées de payer à ces prêtres et à ces ecclésiastiques, en suivant le système prôné par M. l’Abbé Verreau. Après 25 ans, ces bienfaiteurs généreux ont donc la consolation d’avoir assuré à la maison de leurs affections, la belle fondation de $227,200.00 ! !
Voilà tout le secret de la vitalité et de la prospérité de nos superbes établissements de haute éducation, colléges classiques, industriels, commerciaux et académies de filles. Car ce que nous venons de dire des prêtres et des ecclésiastiques, doit se dire également des religieux et des religieuses dévoués à l’enseignement.
Aussi notre peuple, témoin deces généreux dévoue-
ase
et ans rité 1Careraimérai-
\iteces rité
ique eurs inée, dans napre- > ces
le ces
’auaque ation
teurs aucette 88.00 à ces Abbé donc tions,
ité de léges filles.
ésiasigieu-
voue:
ments qui lui assurent de si précieux avantages pour l'avenir de sa jeunesse, ne manque pas de les seconder de toutes ses forces, et d'aider efficacement à la construction des édifices nécessaires à ces diverses institutions.
Voyons maintenant ce qu’a produit le système de prédilection de M. l'Abbé Verreau, appliqué aux écoles normales depuis 25 ans.
Chaque directeur et professeur de ces écoles a donc reçu annuellement en moyenne $568.17 de plus que ceux des colléges classiques, et comme ils sont au nombre d'environ 31, d'après les états financiers de ces dernières années, il s'en suit que ces écoles ont à leur payer, de plus que les colléges-classiques, la somme de $17,603.27 par année pour les 3 écoles, et après 25 ans la royale somme de $440,081.75, donnant à chaque école $146,698.92.
Ni le dévouement provoque la générosité, comme nous le voyons pour nos colléges et nos couvents, nous pouvons dire que l'intérêt personnel produit l'effet contraire. De là ces dépenses extravagantes que nous avons remarquées sur. quelques points, et qui doivent voiler certaines spéculations qu'il serait intéressant de connaître : telle que la dépense de $24,949.77 pour l’ameublement d’une seule maison d'école normale fréquentée par une soixantaine d'élèves.
Un autre inconvénient de ce système est le trop grand nombre de ces professeurs pour le personnel des élèves. On ne se contente pas de les payer trop cher, on les multiplie inut'lement. Les rapports sur l'instruction publique portent à 49 le nombre de ces professeurs pour 506 élèves que comptaient les trois écoles normales, ou un professeur par six élèves. C’est au moins trois fois plus que dans les colléges classiques. Nous n'avons pu trouver le salaire de ces 17 professeurs surnuméraires qui ne sont point mentionnés dans les états financiers.
Avec une telle prodigalité on ne doit pas être gurpris que les trois écoles normales, après une existence de 25 ans, aient absorbé l'énorme somme de 1 million 269 mille 986 piastres, sur laquelle la province se trouve aujourd'hui grevée d’une dette de $269,535.00 pour le fonds de construction, portant un intérêt annuel de $13,476.79 ! ;
ot
En compensation, la province reçoit aujourd’hui les services 416 maitres et maîtresses d'école sortis de ces établissements !
Nous avions donc raison de dire dans notre mémoire, que c'était semer beaucoup pour récolter peu.
Et nous concluons, qu'à ce point de vue, le système suivi dans ces écoles normales est défectueux, et qu'il coûte trop cher.
Voyons maintenant quelle a été l'efficacité de ces écoles, et si elles ont atteint le but que se proposait le gouvernement en les fondant. |