‹ Réponse critiqueChapitre 10 sur 31 · I III · texte numérisé non relu

I III

(tf) Philosophie de l'histoire , ch. XVII. 1 7. Q>) Zend-Avesta , tom. IL pag. 378-592,

leur de V antiquité dévoilée par ses usages a trouvé chez toutes les nations les vestiges de cette tradition ( a ). Elle n'était pas inconnue' aux philosophes Grecs , ils avoient imaginé la préexistence des âmes dans une autre vie où elles ont péché , et ils regardoient Tunion de ces âmes avec le corps comme une punitionde leurs crimes antérieurs (i6). Si je ne savois pas que V autorité de tels croyans , fussent-* ils en plus grand nombre quily a de grains de sable sur le rivage de la mer , fussent-ils même tous des FeuîUades , ne doit être d*au^ cun poids dans V esprit d'un homme raisonnable , je serois peut-être ébranlé. Mais je connais aussi la valeur des principes , je sais aussi de quelle importance il est de tout sacrifier à leur conservation. Ainsi , coûte qui coûte , il n'y aura jamais de Dieu chez moi , quoique en dise M. le vicaire de Privas.

Au surphis , il est encore une importante observation à vous faire. Notre ame est-elle spirituelle? Est -elle immortelle ? Ou bien, est-elle matière et meurt-elle avec le corps , comme le disent les mutérialistes ? J'ai cherché

(il) Tom. III. In fine.

(i) Huet. Quest. Atnet. T. II. c. g.

( 76 ) cette importante question dans les deux toIu-^ mes în-8. J^1i pensé que j'en trouverais la solution dans le chapitre du Dieu rémunérateur de la vertu et vendeur du crimes Je l'ai bien lu , et bien attentivement , car il est très court. Je n'y ai pas trouvé une seule phrase , un seul mot qui put faire soupçonner que l'auteur croit à la spiritualité et à l'immortalité de l'ame ; Je dirai plus , c'est que j'ai droit de conclure , de son silence 9 qu'il a fait abjuration de cette doctrine. Il n'a pas dit un seul mot d'une autre vie ; et en déclarant la guerre aux athées , il &'est tenu en paix avec les matérialistes. Les peines et les récompenses divines? paraissent toutes bornées à cette vie. NoTBE SORT est ^tre nos mains , dit-il , et dans QUELQUE ÉTAT que la diçine providence nous ait plu-ces , il dépend de nous d'être heureua^ , mais nous ne saurions l'être , sans être vertueux {ci)* Il parle au présent, lorsqu'il dit que notre sort est dans nos mains , il n'y a point chez lui de futur contingent. J'ai donc lieu de croire qu'il . est matérialiste jusqu'à ce qu'il ait fait une profession de foi solennelle sur la nature de son ame*

Or, étoii-ce bien la peîne de venir dé'-

(a) Pag. Sa.

(77> clarerJa guerre, aux ath^qs , de les, calonmler , de les noircir , de se battre. les flancs , pour , leur démontrer Texistence d'un Dieu ? Puisque ce Dieu , bon , /uste , n'a dans le fait d'autre puissance (jue celle du hasai:d ?- Les matérialistes appellent Tauteur de la natnre > nécessité , »ous rappelons hasard ^ vous Tappele» Dieu ; faut- il donc se. I^ittre pour des mois ? Les philosophes ne finiront-ils pas une fois par s'çntendre, et donneront-ils toujours aux Cdcouacs (a) l'occasion ,d^ 3^ moquer d'eux; si l'ame n'est point immortelle , à quoi bon agiter ces vaines questions de ^mor,aIô , et s'évertuer à prêcher aux honmies la vertu ? ils sauroi^t bien trouver dans leurs intérêts des motife açseaj pui^ans de çertu ;, un bourreau seul suffit pour la prêcher dans plusieurs départements.

. « L'homme doué . de sensibilité est déter- » jpiiné par sa nature à rechercher le bien-être, s> et à fuir le maltaise. La société ne peut » être solide , avantageuse , agréable , qu'auf> tant que les membres se ténH>ignent de la » bienveillance , se prêtent des secours mu- » tuels , évitent ce qui peut les désunir, ou ]» détruire l'estime et la confiance réciproque» » Tel est le but des lois qu'ils ont établies.

{a) Expression de Voltaire pour désigner les chrétiens*

<78) 0 Quiconque nuit à un autre , ou lui fait tort, f> s'expose non seulement aux peines infligées y> par les lois , mais à la haine , au mépris , jf> au ressentiment de ses associés. Celui qui » leur fait du bien , se concilie leui estime , leur S) amitié, leur bienveillance, il est dédommagé p par-là de la violence qu'il est souvent obligé i> de faire à ses penchants ; la nature , en nous » rendant sensibles , nous rendit sociables ; t> je sens , et un autre sent comme moi ; voilà » Toute la morale. ( a ) »

« La çertù est ce qui est vraiment utile ; » le i^ice est tout ce qui est nuisible. De » toutes nos actions , les unes contribuent au >p maintien et au bien-être de la société , les 3) autres y sont contraires , les unes sont » essentiellement vertueuses ; les autres néces- » sairement criminelles ; c'est donc dans son » intérêt personnel que Thomme puisera' des" » motifs sufiîsans pour pratiquer les unes et 0 pour éviter les autres. »

» L'obligation morale , est la nécessité de » procurer le bonheur dés autres, afin qu'ils » contribuent au nôtre ; la Nécessité est LA iii '■ ■■'■ ' ■■■'■ ■' " - i ■ I ■ I

(a) Politiq. naU 1er. Disc. §. 7. pag, i5. Le bon sens , $• 171. De rhommey tom. IL 6ect. 10, ch. VH. pag. 645. Hist* des établissem*, tom. YD» ch^ XlY.pag. a3o.

» LOI SUPRÊME , qui nous prescrit nos devoirs , » c'est la NATURE qui commande à tout ce » qui existe. ( « ) »

Voilà des notions clairement établies , yoilà la doctrine des matérialistes , voilà à peu-près la doctrine des athées ; telle est celle de M. Feuillade.

Or , je vous le demande encore une fois , pourquoi se disputer pour un Dieu , une né^ cessité y un hazard y pour une abstraction ^ qui dans le fond nous est à tous étrangère !

Or, que signifient ce culte naturel , cette religion naturelle ^ cette loinaturelle ? Ne sontce pas des hors-d'œuvres inutiles dans Tordre

(a) Système de la nat. , tom. L ch. XIX. pag. i56; XIV. 307; XV. 5i5. Système social , Ire. Part. VU. De Vesprity IVe. DUc. XI. tom. III. pag. 164.

En transcrivant ceé lignes, j'éprouve un frisson d'hor^ reur. Un homme persuadé de cettç pernicieuse doctrine , dès qu'il se croira assuré du secret , se plongera dans tous les désordres , même les plus nuisibles â la société. La Volupté, son unique rei^e, l'autorisera et le justifiera Combien n'y a-t-il pas 4^ vices que les lois ne poursuivent pas comme l'ingratitude , l'envie , l'avarice î

Et quid enim petulantem ayidumque morabitur ultra Si modo conspectus hominum fugisse licebit. Quin stupret , rapiat , jugulet , perimatque veneno Pow jubet ingenitiif furor et regina Volaptas.

(^Polignac» Ant. Lucri)

Social f N'est-ce pas ramener Thomme dan» Tenfance du genre humain , et Tépouvanter par un ridicule fantôme ? N'est-ce pas à cette vaine terreur que nous devons cette idée de Dieu?, Primas in orbe Deo8 fecît tîmor.

Je m'arrête, j'en ai peut-être trop dit. Car il est vrai , en principe général , que pour porter la désolation dans le camp àxxfanatismey il faut débuter par prêcher , aux cathécumèneà de Vivaçiélé y la religion naturelle. Après avoit' dégagé petît-à-petit les adeptes des entraves du fanatisme , on les initie aux arrièresecrets de la secte , en leur ûiettant entre leS mains le système de la nature^ la philosophie du bon sens ; alors le Dieu qu'on leur a laissé dans la cervelle soutenu d'un léger échafTaudage , croule du moment qu'on eu approche les grands flambeaux dis la raison. Car, ne nous y trompons pas, le déisme seroit, un fléau pour la société, si le malheur vouloit qu'il y prît racine.

Ecoutez ce que dit un de nos oracles a le 9> déisme d'Abraham a été fort corrompu par » Moïse ; celui de Socrate par Platon et ses » disciples, qui furent de i^rais fanatiques ; » celui de Jésus par les premiers docteurs ï> chrétiens, sectateurs de Pkton. ( Et j'a-

« jouterai

f joqterai c^laî de Rousseau par M. f euflla4e« )f p Mahomet voulut ramener les Arabes an 1» théisme d'Abraham et d'Ismiaël ;- le maho^ » métisme s'est divisé en 12 sectes. Voilà fe TefTet du théisme, celui d'engendrer des 9> sectes et des divisions. Mais ce qui est plus P per^icieux encore 9 c'est qn'il ne détruit un » fanatisme que pour y en subsîstuer un autrf yi piille fois plus terrible et plus crueL h9 9 ' théisme 9 dit le même docteur , est par rap^ » port à la superstition ce que le Protestan-t 7> TiSME a été à la religion Ron^ainiBé Si les f protestans ont été souvent intolérans, il est » à craindre que les théistes ne le fussent do )) même. Il est difficile de ne pas sç fâchet p pour un objet qu'on croit très*important. 1» Dieu n'est à craindre que pa^ce que ses p intérêts troublent la société, (a)

Telles sont, Monsieur, les idées que m'a suggérées la lecture du livre de M. Feuillade# Je vous demande pardon , si mes opinions ne sont pas en harmonie avec les vôtres ; malgré

(a) Système de la nat. , tom. II. ch. VIL pag. 21^ et Sttiv. fje bon sens 9 $• 1 17 , 1 18. ^

David Hume soutient aussi que le théisme est n^cescair rement intolérant. ( Ilist. nat. de la relig. , pag. 68 et sulv. Les théophilantropes sous le pontificat de Rewbsl ont pleinement justiûié ces assertions des athées*

leur disparité, je ne continuerai pas moins la* lecture assidue de votre réponse critique.

Je tous prie de me croire , etc.

Un de ^os Souscripteurs.

Lyon , le 7 Septembre 1819.

Que penser , Monsieur , de la bizarrerie de certains génies qui sont cultivés et qui sont mcme versés dans les sciences, tel que me paroît être Tauteur de cette lettre , et qui ont une horreur invincible pour tout ce qui s'appelle religion. La cause d'une telle antipathie est un problème difficile à résoudre, si on n'en cherche pas la solution dans les dispositions de certains savans et la nature de la foi.

Dans les sciences humaines , l'imaginatioa s'orne , s'embellit; le sentiment se perfectionne» le jugement se forme, s'enrichit, le génie développe en liberté ses talens , ses forces , ses goûts, ses penchans ; la vanité enfle, enivre un cœur qui ne rencontre aucun obstacle dans ses progrès, ses découvertes, ses <ronjectures et ses systèmes. Mais à Técole de la foi , l'imagination devient tout à coup stationnaire , elle ne trouve à parcourir qu'un désert saint, silentieux et aride; là, le génie audacieux se heurte contre des entraves sacrées, contre des mys-

lés )

tères couverts d*un voile impénétrable. Sous le joug de la foi , tout doit courber lai tête , le savant comme Tignorant ; le savant est réduit à une enfance dont il rougiroît dans Tempire jdes lettres. Les motifs de sa foi sont-ils clairs et évidens ? Voilà la seule discussion qui lui soit permise, mais c'est le nec plus ullra. Au-delà c'est un Océan de mystères dont il lui est défendu de sonder la profondeui* et d'embrasser rétendue.

Les secours que la religion prête au savant fortifient la foiblesse de son cœur en humiliant l'orgueil de son esprit.

Voilà recueil où viennent échouer tant de faux savans l voilà la source- de leur incrédulité. Il semble qu'ils né sauroient pardonner à la Providence d'avoir mis à la même portée, pour eux et pour le peuple , la foi et le salut. Cette divine économie qui caractérise cette bonté universelle, scandalise leur présomption; Us aiment mieux s'engloutir dans l'abîme de leurs propres ténèbres , que de se sauver à lèi faveur des lumières communes ; ils sont bien moins révoltés de l'incompréhensibilité dés mystères, que rebutés par la sainteté et la perfection des devoirs que la foi impose. Nouveaux Titans , ils veulent escalader les cieux , dus-

»ent-ils être accablés du poids de rupivers. h% nature , devenue pour eux stupide et muette p ne parle plus à leur esprit etâ leur cœur; dau5 leur sombre méditation , le monde n'est plu9 pour eux qu'un triste càhos , un vide affreux , un silence éternel, dans lequel leur ame isolée ne voit et ne conten|ple qu'elle-même. La sé-f cheresse, la dureté de Tégoïsme prennent ei^i eux la place du sentiment. Le juste et Thonnéu^ ne sont plus à leurs yeux que des conventioni bizarres, enfans d'un intérêt commun ; la vertu stérile et sans honneur n'est plus qu'un fol en-thousiasme d'un esprit foible ; et le crime n'esl plus qu'une maladresse.

Je m'aperçois que cette lettre est assez Ion» gue. J'aurai encore l'occasion de revenir sur ces réflexions en suivant M. FeuiUade dans $on labyrinthe.

Je vous salue.

. EBRATA dans la première Livraison,

Pag. a5. Au lieu de vieille exorde» triviale ^ banale^ tommunê^ lisez ; vieil exorde, Banal , trivial , commun.

Pag. ^g.'Il a été prêtre de Bonne-Foi, lisez; U a ëté prétr« de bonne foi.

Pag. 3o. Au-dessus de tous Içs livres des prophètes , lisez j de tous les philosophes.

Pag. 3i. Au lieu de 28 Avril 1819 , lisez ; a8 Août iSitj.

Pag. 3a. Au lieu de Parisnte, lisez ; purisme.

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