ÊTRE SENSIBLE NE PEUT ÊTRE MALHEUREUX
qu'autant qu'il a Mérité de l'être (à). N'en déplaise à ce docteur , les faits sont là pour lui donner un démenti que la bienséance condamneroit dans ma bouche. Comment cet'enfant qui naît au milieu des douleurs , qui en naissant pleure , crie , semble prévoir ses malheurs ; il souffre , comment est-il coupable ? il est malheureux Icet être sensible a-t-il mérité de Vétre ? Cet homme qui a tout sacrifié à votre prétendue rertu est malheureux, il est accablé de mala-
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dies, de misères , rongé de chagrins cmsatiâ$
cet être sensible a-t^il mérité de Vêtre. Ce
satrape insolent qui a pille, volé, qui s'est
engraissé de sang, qui sNîst enrichi des dé«
pouilles de ses concitoyens et des déniera
{lubiics, qui est né dans un grenier, et qui
habite aujourd'hui au milieu de la luture et de
la débauche dans un somptueux palais , qui
insulte à la vertu obscure par un llixe efFronté,
Wa-t-il pas mérité (Hêtre malheureux ? il ne
Test cependant pas , il nage dans les ' délices.
Ah ! n'est-ce pas une cruelle ironie, une froide
dérision , un sanglant outrage fait au malheur
que s'écrier : quel grand sujet de consolation
pour Vhomme que de saçoir que SON SORT EST
VÉRITABLEMENT ENTRE SES MAINS (a) !
Je rougis pour le théophilantrope qui insulte ainsi à l'humanité*
Que je tourne le même tableau du côté du chrétien ; il vient avec la révélation au secours de ma raison étonnée ; avec sa révélation , il cherche du moins a me consoler ; son intention est bonne, quoique ma raison se refuse à la multiplicité de ses preuves ; je suis athée , eten écou* tant le ministre des autels qui près d'un lit de dou*
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leurs
leurs verse le heaume de la consolation dansFame d'un mourant , j*admire , je suis confondu , je suis anéanti. Ah ! si cette révélation est une invention des hommes, pourquoi l'auteur n'en est-ii pas connu ? pourquoi son nom n'est-il pas venu jusqu'à nous ? pourquoi nVt*il pas des statues ? si j'interroge cet esprit consolateur , ce ministre- des atitels , si je lui demande quelle est l'origine du mal, il me répond : Le péché ^ si j'insiste , il m'ouvre ses livres saints (a) , il me montre un Dieu créateur qui a imposé des lois à sa créature , il me fait voir nos premiers pères coupables d'une transgression ; j'aperçois avec lui un Dieu présent par ^ tout , qui voit leur crime , le leur reproche , et les condamné eux et leurs enfans à souffrir et à mourir. Alors l'homme , déchu de ses prérogatives , devient mortel et malheureux ; il est condamné à manger un pain qu^îl achète de la sueur de son front ; la terre devient une marâtre , elle n'ac-corde plus à l'homme que ce qu'il lui arrache , îl faut qu'il lui déchire les entrailles. Au milieu de ces maux il est confus , pénitent , mais consolé par l'espérance qu'un médiateur viendra un jour réconcilier sa postérité avec sott
(a) Eccc enim in iniquitatihus conceptus sum et in pe> €atis concepit me mater mea> P$. 5o. f, 6.
( 74 ) bienfaiteur offensé. Pourquoi faut-il qu'à la vue de ce tableau dont la révélation a fait tous les frais , ma raison s'irrite contre mon cœur ? Pourquoi mon cœur, complice de la séduction , veut-il , en tyran , me dicter des opinions et tourmenter ma conscience ? Ainsi tiraillé en sens contraire , j'aborde un déiste qui peut-être conciliera mon cœur et ma raison. Comme le chrétien , il reconnaît aussi un Dieu infiniment bon, infiniment juste, mais^en même temps infiniment cruel , infiniment injust^e qui , dans leur naissance , frappe de maux, accable.de misères des êtres sensibles , qui les arrache souvent au berceau pour les jetter dans le tombeau , avant que leur innocence ait reçu la moindre tache. Me voilà donc placé entre une révélation que ma raison rejette , que , mon cœur adopte , et une monstrueuse absurdité ' qui fait crier le sens commun , et soulève tous Jes sentimens de la nature. Si jettant de côté la révélation du chrétien et , si avec le déiste j'interroge la tradition , je trouve que la chiite de rhoaune dégénéré est le fondement de la théologie de tous les peuples ( ^ ) ; Zoroastre
en fait le fondement de sa religion (i). L'au-