‹ Réponse critiqueChapitre 12 sur 31 · A QUE LA RÉVÉLATION QUI Y RÉPONDE · texte numérisé non relu

A QUE LA RÉVÉLATION QUI Y RÉPONDE

Enfin la nécessité d'une révélation se prouve du besoin que le simple peuple en éjprouvoit lui-même, aussi bien que les philosophes. C'est

(a) Clcer. De oraiore , 1. lU , c. 5k {b) Pensées sur l'interprétation de la natnre % n-^ 58 I p. 92.

< .08 ) ^e ce heso'm génëral ex univer^I que naissott cette confiance superstitieuse ec abusive qu'il accordoit à tous ceux qu'il supposoît inspirés ou etk rapport immédiat avec le ciel, et à tous les moyens qu^il croyoit propres à scruter lés décrets éternels. Tous les peuples ont cm aux révélations. Selon les Indiens, leurs livres originaux viennent de Brahmah , ou de la sagesse divine ; selon les Parsis , Zoroastre a été inspiré de Dieu; selon les Grecs, le culte public avoit été établi par les enfans des dieux 4 il leur paroissoit confirmé par les oracles , par . des prodiges. Les Egyptiens croyoîentque les dieux avoient habita et conversé avec leurs pères. Les Chinois pensent que la divinité ne cesse de les instruire par les songes, par les sorts, par la tortue, un des quatre animaux mystérieux, par Tberbe chi^ par Tintervention des âmes de leurs ancêtres. Pendant que toutes les nations élèvent toutes ensemble la voix pour proclamer leur ignorance naturelle , et le besoin d'une révélation, ou primitive ou continuelle , une poignée de déistes , parmi lesquels un prêtre apostat voudra se hisser, s'écrie qu'il n'y eneut' jamais^ qu'il ftait qu'elle crott le pécessairj^inet)t ^ que la raison et la lumière naturelle suffisent. Dans leur orgueilleux îso-

lemenl, ils se croient ainsi supérieurs au reste des il u mains.. C'est en vain que M. Feuillacle^ avec tous les incr^ëdules , voudra argumenter de cette superstitieuse crédulité des peuples en de prétendues révélations , comme étant la source de toutes les erreurs, pour en conclure qu'il ne faut en admettre aucune; nous lui prouverons bientôt , que si le besoin -en est démontré , il faut seulement rejeter les fausses révélations et s'attacher à la seule vraie. Je dirai plus , les pbilosophes , en développant la marche des idées populaires et grossières qui ont plongé nos pères daiis Tidolâtrie, nous font mieux sentir le besoin d'une révélation dont la nécessité se prouve encore par Tiétat où étoit le genre humain à Tavènement de J. C.

Sans révélation , qu'eut été le premier homme ? — Bien au-deSsous de ce sauvage qui erre à la poursuite d'une gazelle dans les vastes et immenses forêts de l'Amérique , il eût eu sans doute l'idée d'un Dieu, mais de quel Dieu ? L'expérience, les faits ne nous prouventils pas qu'aucun sauvage n*a pu s'élever avec sa raison, émanante de ia raison éternelle j avec sa seule raison, qui devroit le faire participer , comme M. Feuillade , à la lumière qui lui vient du ciel , et qui seroit pour lui ^

< iio) comme pour tous les déistes , une inspiration divine , n a pu s^élever , dis-je , jusqu'aux attributs de la Divinité. Cependant cette raison , ce soleil moral s'est donc éclipsé pour ce sauvage ; il ne brille donc pas d'un éclat aussi pur que pour nos philosophes ? Cependant chaque sauvage a eu un père, et par la chaîne des générations, il remonte à une révélation et participe à une lumière quelconque ; mais si Dieu n*a pas parlé au premier homme, à quelle tradition a-t-il pu participer? S'il faut que toute révélation croule , il faut que le déiste avec l'athée . anéantisse la création ^ rende la matière étemelle, et encore, en rejetant cette objection dans l'infini, elle ne sera pas moins insoluble pour les uns comme pour les autres.

Pour devenir idolâtre, il a fallu que l'homme fermât les yeux sur la tradition primitive , sur les pratiques journalières du culte divin, sur le tableau de l'univers , et refusât d'écouter la voix de sa propre conscience. Il avoit éié instruit lors de sa création ; chaque père devoit transmettre les leçons primitives à sa postérité; il négligea cet important devoir, l'homme devint ignorant et barbare, l'idolâtrie fut un crime et non un effet de la nécessité. Au nom des passions

àéiûéeSj toute morale fut corrompue ; d'innocens sacrifices furent remplaces par des sacrifices d'antropophages; au lieu du sang des agneaux» des boucs et des taureauix , chez les peuples m^me civilisés , les autels furent arrosés du sang humain. Il ne fut pas jusqu'au Peuplè-Roi, qui n appaisât son Jupiter Capitolin , irrité des galanteries de trois vestales , avec le sang d un Grec ou d'un Gaulois. Bientôt on vît les pères et les mères , étoufiant les sentimens les plus tendres de la nature dans des calamités publiques , immoler leurs enfans. Carthage étourdissoit ses dieux du cri de ces malheureux qu'on brûioit dans des statues ardentes ; les pères et les mères, dansant au son des bruyans instrumens, étouffoîent tout-à-la-fois et le cri de leurs enfans et celui de la nature outragée.

Les fêtes ne furent solennelles que lorsqu'elles furent célébrées avec tous les excès de la cruauté et de rimpudicité; la friponnerie, le viol, l'adultère , tous les vices , . tous les crimes eurent dans l'olympe des dieux protecteurs. La hideuse superstition étoit entrée , avec tous ses fantômes, dans toutes les têtes, même des philosophes : les savans comme le peuple , les riches comme les pauvres, les femmes comme les hommes , les législateurs , lès guerriers ,

tous renoîent pêle-mêle assiéger la porte d'an stnpide Phrygien , pour apprendre l'avenir dan» fcs entrailles d'une brebis. Ici, un haruspice décidoit du sort de la patrie ; là, sur le v^l des oiseaux , l'appétit des poulets sacrés , et te dire d'un auspice , on hasardoit on refusafit «ne bataille; un druide, sur une feuille de chêiiè^^ Itsoit à nos pères les destins de la Gaule ; ùu' objet de funeste augure faisoit rentrer à la hâte mi Grec dans son domicile , et l'y retenoit toute la journée. « Le sommeil même, nous^ * dit Cicéron, destiné à être le remède et la 9 fin de nos travaux , de nos inquiétudes , » devint par les songes une nouvelle source » de soucis et de terreurs. L'on y feroit moins » d'attention, ajoutè~t-il, l'on parviendroit à » les mépriser s'ils ne trouvoient un appui

» CHEZ LES PHILOSOPHES MÊME LES PLUS » ÉCLAIRÉS ET QUI PASSENT POUR LES PLUS » SAGES («). »

Telle étoit la religîoîi des Grecs et des Romains , après que le flambeau de la révélation ftit éteint ; fausse dans ses dogmes , corrompue dans sa morale , criminelle dans son culte.

Que ' faisoient donc les philosophes et toute , (a) Cicer. de Divinat, , i. II, n.* 149^

cette multitude de sages au milieu d'un pareil débordement d'erreurs et de folies ? Denis d'Halicarnasse , Ta nous le dire : « Le peuple et » le commun des philosophes prennent lat 3» théologie i^reçque toujours du mauvais côté; 1» il en résulte deux inconTéniens ; les uns 9> conçoirent du mépris pour des dieux sujets » aux infirmités humaines , les autres se fon^ » dent sur leurs exemple$ pour se livrer aux » crimes les. plus honteux (a). » On peut consulter Platon dans l'Ëpinomis, Plutarque dan^ son livre d'Isis et d'Osiris. En général, içxus les philosophes se mettoient peu en peine d'apporter aucun remède à un aveuglement si universel; et Cicéron ne nous laisse là dessus aucun doute ; « s'agit-il de religion, nous dit-il , j'abandonne » Zenon , Gléanthe et Chrysippe pour n ecou- » ter que les pontifes Publ. Scipion , Publ. » Scaevola, et Tit. Corruncanus (b). »

Dans son livre sur la nature des dieux , il fait dire à un pontife : « ¥ous m'avez fait sou-

(a) Denis d'Halicam., 1. |I. . >

(b) Cum de religione t^gitur , Tit, Corruncanum % Pub. Scipiqnemf Pub^ ScœvolcanfporUifices Maximos non Zenonem^aut Çhantiumjt aui Cbrjrsippum seçuon De natar. Deor., L I«

( iiO

9 Tenir de mon nom et de mon caractère^ » pour m avertir que je dois défendre la y> croyance que nous ayons reçue de nos an- » ciens sur les dieux, sur leur culte, sur les » sacrifices, sur les cérémonies. En effet j je y» Tai toujours soutenue , et je la soujliendrai 1» toujours : les discours d'un savant ou d'un » ignorant ne me feront jamais départir d'une » opinion que je tiens de mes pères (a). »

Ëpicure même , obstiné dans son école i nier la Providence , et convaincu de l'absurdité de la religion vulgaire , Tobservoit comme les autres. On sait le mot de Dioclès : Jamais Jupiter ne me paraît plus grand que quand je vois Epicure à ses pieds. Ses disciples hypocrites se firent prêtres et prophètes des dieux dont ils nioient la Providence; ils consnltoient les oracles , et les expliquoient au peuple, quoiqu'ils n'y eussent aucune foi (b).

Sénèque^ dans son livre de la superstition que nous n'avons plus, après avoir rapporte les inepties qui se pratiquoient dans les temples , ajoute : « Un sage observera tous ces usages , » non comme capables de plaire aux dieux ,

(a) De natur.^ Deor. , 1. III , initio.

(b) Epict. Dissert. , 1. II , è. XX , S- a , 5 , 4. '

» mais comme prescrits par les lois.... Nous » continuerons d'adorer cette vile multitude » de dieux , qu'une ancienne et longue supers- » lition a rassemblés , en nous souvenant que » leur culte est* fondé sur la coutume et non » sur aucune utilité réelle (a). »

Mais nous verrons bientôt les philosophes, si lâches à combattre tes erreurs de leur siècle, si timides pour proclamer les droits de la raison nnii^erselle , de cette raison qui ri a été et ne sera jamais viciée (b) , devenir de vigoureux athlètes lorsqu'il s'agira de combattre la vérité.

D'après ce hideux tableau du paganisme et de la philosophie que Von ne pourra accuser d'infidélité que parce qu'il sera resté aurdessous de la réalité , M. Feuillade n'est-il pas plaisant de dire d'un ton yraiment philosophique, c'està-dire, hautain, tranchant et sans pudeur, que (c) si chacun prenait la raison pour guide , comme la droite raison de Vun ne peut pas être en opposition ai^ec la droite raison de l'autre y on ne verroit qu'un seul culte établi sur la terre ï

(â) S. Aag., de civii. Dei , 1. YI , c. lO*

(b) Feaillade, t. I,p. 6i.

(c) Ibidem^

(«i6) Quand la raison seroit ce que les déistes la Veulent, quand elle seroit aussi infaillible qu'ils la supposent, ne seroit-il pas toujours absurde de rejeter la révélation , et d'en dédaigner les secours précieux? Il n'y a certainement pas de lumière physique plus certaine que celle du soleil , ni plus capable de nous éclairer jj cependant , lorsqu'il faut descendre dans un souterrain , ne recourons- nous pas à des torches , et ne recourons -nous pas à des flambeaux ?

Tandis que M. Feuillade élève jusqu'aux nues la raison humaine , un autre la rabaisse audessous de rinstinct des brutes. « Quoiqu'on » nous répète tous les jours , dit un philoso- 3» phe , que l'homme est un être raisonnable , ï» il n'y a qu'un très-petit nombre d'individus I» qui jouissent réellement de la raison , • • • • yk soit par le vice de leur organisation , soit » par les causes qui la modifient ; leurs expén riences sont fausses , leurs idées confuses et y* mal assorties, leurs jugemens erronés (a).)»

Au reste , je dirai à ce prédicant de la raison : Si vous et vos semblables aviez un antidote pour prévenir les abus de la raison, pour

(a) System» de la nat. , t. I. , c, IX > p* 1^2.

guérir

Par m.' a. F.

A UN OUVRAGE INTITULÉ

PROJET DE RÉUNION

DE TOUS LES CULTES

Publié par M.' FEUILLADE,

ANCIEN TICAIRE DE PRITAS.

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