LYON , IMPRIMERIE DE VEUVE CUTTT
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On troaye chez les mêmes Libraires :
tE TRAITÉ HISTORIQUE ET DOGMATIQUE
DES FÊTES PBINGIFALES ET MOBILES DE I«'iGLISB f E9
DES TEMPft DE FÎêmTEnGB , par le même Autear, ayec approbation de MM. les Vicaires généraux dm diocèse dje Lyon. 1819. 2 yoL in-8.^ Prix: 10 fr^ et 12 £r» So c» par la poste.
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( "7 ) guérir les préjugés de l'éducation chez tes uns , et des passions chez les autres. , vpus commeuceriez par en faire usage ^ vous vous accorderiez avec vous-même ; mais si vous n'en avez point, vous insultez au genre humain. N'estce pas une impudente dérision, que de soutenii: que pour guérir Thomme,, il faut le livrer à la cause même de sa maladie , à la folle confiaxice qu'il a toujours eu en sa raison ?
Que répondra M. Feuillade à Tathée qui lui parloit dans ma troisième lettre? Lui dira-t-il qu'il n'écouté paslaraison? Mais celui-ci soutient qu'il r&oute et qu'il la suit , et que c'est M. Feuillade qiîi déraisonne; Qui sera juge ? Que s'ensuivrat-il? C'est que laraison qui n'u jamais été viciée^ qui a été et sera toujours la mém€y s^ia. d'une couleur chez l'athée , d'une autre chez le déiste >' et que la raison de l'un ne sera pas la raison de l'autre ; malgré que la droite raison de l'un ne puisse pas être en opposition at^ec la droite raison de Vautre (a) , et que l'athée dira toujours au déiste: de quel droit vous faites-* vous le champion d'une Divinité que vous ne connoissez pas , et voulez-vous asservir le genre
humain à vos idées ?
' La néoessît^ d une rérélation étant donc bien établie , et par Tinsuffisance de la raison hu-^ maine ^ et par l'aveu des philosophes de Tanti-^ quii^ , et par Tassentiment de tous les peuples à en invoquer une, et par Fabus que tous les' hommes ont fait de leur raison , il ne reste plus que de savoir s'il y a eu une révélation. Ici c'est tm fait qui , comme tout autre fait , et comme dit M. Feuillade , exige des motifs de crédibilité clairs et évidens. Une fois les preuves de la révélation faites , j'abandonnerai M. Feuillade à lui-^méme , je le laisserai divaguer ; parce qu'il est absurde de refuser alors de croire le dogme révélé ; parce qu'il est absurde de sou-, tenir que Dieu ne peut pas révéler ce que nous xie pouvons concevoir ; parce qu'il est absurde d'affirmer qu'une chose est fausse , parce que nous né la concevons pas ; parce qu'il est absurde de touloir qUe l'ignorance ou le défaut de pé-^ nétration prévale aux preuves positives et incontestables de la révélation. Car si , avec ces absurdités, l'incrédulité est un trait de sagesse^ tout aveugle qui croit l'existence des couleurs est un inseasé.
Recherchons d'abord de quelle certitude tout feit quelconque pçut être susceptible ; puis nous examinerons si le fait de la révélation ^
( ï'9) SDÎt primitive ^ soit consëcutive^ est susceptibW de cette certitude^
La vraie philosophie , l'usage Légitime de la raison , con»ste à n'eiig^r pour chaque que$-f tion , que le genre de preuves dont elle est susceptible.
- Des peuves métaphysiques pour une ques^ tion démontrable. •
Des ^ve\x\es pf^siques pfour les faits qui tombent sous nos sens. , . .
Des preuves morales ou historiques pouc ceux; qui ne sont ni sensibles , ni dérnootrables»
M. Feuillade , il est vrai, en se faisant phi*n losophe , ne s'jesl point assis parmi les Aeàlkt^ leptiques, les Sceptiques; les Académiciens rigi** dés 9 les Pyrrhoniens » il ne nous à pas dit que le fait de la révélation ne pouvoit pa& nous être absolument certain , comme plusieurs de ses collègues; mais il a e^i^igé des preuves certain nés , évidentes y sans cependant nous dire de quelle natiu'e elles devoientétre^jse réservant sans» doute de rejeter toutes celles qu'on lui ojFriroit , et d'être .aussi hargneux, que ses confrères.
La certitude métaphysique est fondée sur le sentiment intérieur. Par exemple , nous sommes sûrs qu'il est impossible qu'une chose soit et ne soit pas ; qu'il ne peut y avoir d'effet
sans cause ; que le tout est plus grand que la partie ; que la ligne droite est la plus courte de toutes les lignes ; que trois angles d'tin triangle sont égaux à deux droits ; que si de deux nombres égaux on retranche une quantité inégale , ils demeureront inégaux. Toutes ces propositions sont évidentes , et les conséquences immédiates sont également certaines , sous peine de froisser le sens commun.
La certitude physique est fondée sur le témoignage de nos sens et sur Tordre constant de la nature. C'est par nos sens que nous sommes avertis de l'existence et de la propriété des corps qui sont hors de nous. Nous jugeons que le soleil luit , lorsque nos yeux sont frappés de sa^ lumière ; qu'il y a des corps sonores , lorsque nous entendons du bruit ; qu'ime fleur a de Todeur , lorsque nous en sommes affectés ; qu'un fruit a de la saveur , lorsqu'il flatte notre goût ; qu'un corps- est solide y quand il résiste au toucher , etc.
Par l'uniformité de nos sensations , nous sommes convaincus qu'il y a un ordre dans la nature , qui a été , qui est , et qui sera toujours le même ; que dans tous les temps et dans tous les lieux le feu est propre à nous chauffer , Teau à nous désaltérer , le pain à nous nourrir ;
que les corps suivent telles lois dans leurs mouyemens.
La certitude physique est susceptible d'ac-croissemens et de diminution. Le témoignage de tous nos sens bien appliqués est plus parfait que celui d'un seul ; une expérience journalière est plus certaine qu'une accidentelle ; l'expérience de tous les honunes prévaut à notre expérience particulière.
Nous ajoutons foi à nos sens , non en vertu d'aucun raisonnement, niais par une détermination irrésistible de la nature , qui a fait dépendre notre conservation de la confiance. que nous donnons à nos sensations. Si les sens né nous servoient de guides , il seroit impossible de nous conserver.
La certitude mora/^ est fondée sur lé témoi-. gnage des hommes ; elle a pour objet les faits aussibien que la certitude physique. Nous savons» par exemple , qu'il y a une ville de Genstantinople , parce que nous l'avons appris de la bouche d une infinité de témoins oculaires : quoique nous ne Tayions jamais vue , nous n'en doutons pas plus que si nos yeux nous attestoient cette vérité.
De toutes ces certitudes , il n'y a que la cer-iitude morale qui soit applicable à h révéla-
lion, ainsi qu'à tous les faits qui nous sont antérieurs. La religion naturelle repose sur cet unique fondement , quant à Tapplication de ses lois, et tous les philosophes sont forcés de déférer a cette certitude comme le reste des hommes. Vouloir combattre toutes les preuves historiques ou toute certitude morale , c'est vouloir anéantir toutes les obligations sociales : prétention qui , chez un déiste , passe pour une preuve de sagacité en fait de religion , et qui feroit mettre aux petites maisons un philosophe qui voudroit l'appliquer à tout autre objet. Prenonsen un exemple quij ne soit pas indifférent à M. Feuillade.
Ëst-il certain que M. l'ahcien Vicaire de Privas soit l'auteur du Projet de réunion de tous les cultes f
Sur celte question , je n'ai aucune preuve métaphysique ni physique. Je n'ai d'autre certitude sur sa paternité qu'une certitude morale.
Que diroit-il cependant si on la lui contestoit ? Necrieroit-ilpas : Ego sum Papa / Mais cette certitude qui repose , il est vrai , sur un fait , n'est-elle pas plus que balancée par rincompréhensibilité du fait. Par exemple , fl est inconcevable qu'un prêtre , après trente ans d'exercice qui annoucoient une conviction
pçirfaite , apostasie sans une nëcessité apparente y dise de lui-même implicitement que toute sa vie n^a été qu'un tissu de fourberies , de mensonges et d'hypocrisie , qu'// a ait la Messe pendant plusieurs années sans y croire (a).
Il est inconcevable qu'un prêtre , qui s'indigne , se soulève contre le titre à' apostat prenne publiquement pour patron le curé Jean Meslier.
Il est inconcevable qu'un PRÊTRE , homme de. bonne-foi, puise des argumens contre la religion , dans les conférences de Paris ^ d'Angers^ dans les institutions théologiques de Collet (i6)/ qu'il apporte ces objections qu'on lui a soumises dans son séminaire pour l'instruire, pour exercer sa sagacité; qu'il les apporte , dis-je , aux yeux du profane vulgaire comme des armes contre la religion; qu'il néglige ensuite de copier, ou au moins de réfuter les réponses qui y sont jointes, et que tout séminariste sait par cœur.
Voilà ce qui est inconcet^able ^ incompre^ hensible , au-dessus de ma raison qui est néanmoins une lumière qui rne vient du ciel > Qt qui est par conséquent une lumière dii^ine.
(a) Voyez son troisième Tol. in fine ^
(b) C*est ce qae nous prouverons plus tard*
( 124 ) 'Mais je crois ce fait en dëpît de son incompréheiisibilité , parce que j'en ai la certitude morale. Et dans le siècle des lumières seroitil bien étonnant que cel incompréhensible fait eût aussi ses incrédules ?
Si une charité tant soit peu sceptique venoit ti-oubler ma certitude et me disoit : il ne faut pas croire légèrement. Avez-vous vu M. F.... écrire ? N'est-ce pas des hommes méchans, pervers, qui prostituent à Timpiélé le nom d'un PRÊTRE ? Tavez-vous entendu proférer des blasphèmes ? Existe-t-il même un M. Feuillade? >— Je ne l'ai vu ni écrire , ni entendu parler^ ni ne le connois, cependant je crois. — Absurdité ! me diroit cette charité; il faut , pour croire de pareilles monstruosités , des signes EXTÉRIEURS ET SENSIBLES (ûf) ; et si elle étoit encore tant soit peu hargneuse, telle que celle d'un déiste, ne pourroit-elle pas me dire : vous l'avez vu écrire, vous l'avez entendu parler ; mais vos sens peuvent vous tromper, une tour qui est carrée vous paroît ronde , et vos sens sont de foibles témoins contre l'incompréhensibilité d'une telle apostasie, contre un pareil abîme de folie, où la raison, qui na jamais été viciée^ éma-
Ça) Pag. 8i.
nation de la raison éternelle^ lumière du ciel y inspiration dii^ine^ se perd et s'engloutit.
Ici je m'arrête ; ces sophismes portent le trouble dans vos entrailles paternelles. Rassurez-vous, M. Tabbé, la certitude morale yous garantit votre paternité, et la charité publique ne s'emparera pas de cet illustre rejeton.
M. Feuillade se réservant in petto de rejeter toute tradition , tout monument historique , toutes preuves , et voulant construire une religion naturelle qui fut immuable, a parcouru les espaces imaginaires pour lui chercher une base. Il a cru Tavoir trouvée dans sa raison , en élevant celle - ci au - dessus de sa nature , en faisant de celle-ci une émanation de la raison éternelle , une lumière ^ui nous *i>ient du ciel , en rendant tous les hommes participans , dès leur naissance , à la sagesse éternelle ; nous croyons avoir ruiné une opinion qui eût fait de M. F im ange avant
son baptême.
Maintenant que lui reste-t-il pour appuyer sa religion naturelle ? A-t-il pour la soutenir des preuves évidentes , extérieures et sensibles, telles qu'il en exige en faveur de la Divinité du christianisme ? S'il en a , qu'il les produise , et je m'en emparerai , et elles serviront à ma
cause ; car je le luî prédis , si le christianismer perdoit son procès faute de preuves, ce ne seroit jamais au profit des déistes y mais au profit seul des sceptiques. Au tribunal du scepticisme toutes preuves, de quelque nature qu'elles soient, croulent et s évanouissent. Là, les démonstrations métaphysiques sont nulles, parce qu'elles ne peuvent subjuguer la raison de Thomme en général , parce qu'elles ne sont faites que pour les savans, et qu'elles sont au-dessus de la portée du peuple ; la certitude physique est également nulle , parce que, , comme dit un déiste (a) , nous ne sommes pas assurés que les objets soient hors de nous , tels que nous les voyons et apercevons (b),
(a) David Hame , 12.^ essai, p. 5i8.
{b) « Que sayonis-nons , dit Tan d'entre enx , si , » par la coikstitation de notre cerveau , nous ne i^ trouvons pas plutôt dans les objets qui nous envi-* 9t ronnent ce qui nous convient , que ce qui 7 » est- rëellement l Bien loin que toutes choses qui s> paroissent soient existantes 9 rien au contraire de » ce qui par oit n existe, y ( Parité de la vie et de la liiort , art. 2 , p. ii et i3. ) Selon Helvc^tius , quiconque ne se rendroit réellement qu'à rëvidence, ne seroit guère assuré que de sa propre existence. {De Vesprit ^ prem, Disc, c, XII ï. Note £).L auteur des lettres de Trasibule à Leucippe , nous dit d'un
C 1^7 ) Devant Un pareil tribunal , quels seront les signes extérieurs , sensibles et é^idens qui pourront subjuguer toute raison , qui serviront de fondement à la religion naturelle, et qui soient étrangers à la révélation ? J'attends de M. F. ces signes ; je le sommé de les produire , et en attendant que le genre humain jouisse de cet heureux effort de génie ; en^ttendant que Tillustre vicaire soit proclamé le philosophe par excellence , après lui avoir prouvé la nécessité d une révélation primitive et consécutive , je lui en établirai la réalité dans ma prochaine lettre. Mais avant de vous quitter , il faut encore vous mettre sous les yeux la dernière difficulté que les théologiens distingués de Paris lui ont propoçée contre son système.
coté, comme. M. FeaiUade , que la raison ne peut uOas tromper , sur-tout dans les choses dont tous les hommes conviennent ( page 1 26 ) ; de l'autre , que l'opinion de toutes les nations ne fait pas une preuve ( page 285 ) ; ici , qu'il n'y a rien de certain que les vérités mathématiques ( page 209 ) ; là , que là certitude même géométrique est fondée sur le témoignage des sens {page 14^ ) > enfin , se rétractant une seconde fois , il finit par affirmer que nos sensations ne prouvent pas que \s.s objets soient hors de nous , tels que wous les voyons {^page 202 ).
( 128 ) Quatrième difficulté. Tout comme le consentement unanime des peuples sur V existence de Dieu prouve qu'il existe réelle^ ' ment , de même le consentement unanime des peuples sur t insuffisance de la religion naturelle et qui ont admis une réi^élation positii^e, proui^e quil existe une vraie rêvé-lation (a).
Voilà la seule objection qui ait du sens commun, que M. F. s'est donnée à résoudre. Voyons comme il va s eu tirer. Je nie la parité ; cette disparité consiste en ce que les peuples qui se sont trompés sur la nature dif^ine y nont erré que dans les conséquences , au lieu que ceux qui se sont trompés sur la reVelation , ont erre dans le principe même {b}. Les premiers ont dit : Dieu existe ,