‹ Réponse critiqueChapitre 19 sur 31 · I.® La réalité des miracles · texte numérisé non relu

I.® La réalité des miracles

2.® La foi constante de tous les premiers cliréûens en la divinité de J. C.

Avant de tirer toutes les conséquences qui découlent nécessairement de la réalité des miracles , je vous demanderai :

Pourquoi les juifs, pourquoi les païens, pourquoi les hérétiques, pourquoi les philosophes, au lieu de les révoquer au moins en doute , s'accordent^ils tous à les attribuer à la magie ^ et à appeler les chrétiens en général des /wagiciens? Répondez, M. F.... Au lieu d'imputer à la magie les faits surnaturels dont les apologistes de la Religion chrétienne accabloient leurs adversaires , ne leurétoit-il pas plus facile alors , et beaucoup plus facile qu'à vous aujourd'hui , de nier franchement ces prodiges ? Ou les païens les croj^oient vrais, ou ils les croyoienl faux ;pourquoi pas un n^éloit-il assez hardi pour les nier franchement, uniformément et constamment? Pourquoi Julien , si intéressé à les proscrire , se réfugiel-îl dans l'absurde magie? Pourquoi ne se trouve-t-il personne assez hardi pour accepter le défi de Terlullien , qui offre à tous les bour-^

rçau]^ du monde tout le sang des chrétiens, si, à la voix d'un seul d'entr'eux y le premier oracle venu n est pas forcé de confesser la Divinité de J. C.y et de s'avouer lui-même un démon et un esprit immonde ?

Si un mahométan m^apportoît en preuve de s-a religion les miracles de Mahomet, je ne les. attribuerois certes pas à la magie ; je ropondrois imperturbablement que ce sont des fables jusqu'à ce qu'il en produise les quatre caractères que je vous ai tracés. Si, pendant tant de siècles, ceux qui étoient les plus intéressés à les nier ne l'ont pas fait, vous arrivez trop tard, et je^ prescris contre vous.

Si J. C. n'est venu sur la terre que pour y établir votre déisme , les miracles étoient nécessaires y OU ils ne l'étolent pas^

S'ils étoient alors nécessaires pour rétablir cette doctrine oubliée parmi les hommes , ils Je sont encore aujout'd'hui pour l'y. rétablir ; car votre déisme est aujomdhui bien moins connu que n'étoit celui de Platon. Cependant» M. F...) si on vous demandoit des miracles pour justiiGier votre doctrine, ne crieriez-vous pas que la raison^ pour se faire entendre y n a pas besoin de ces moyens surnaturels !

S'ils n'étoient pas nécessaires pour préelier

irotre doctrine aux hommes , et pour Ty ëtablîr , pourquoi votre Dieu » infiniment sage , a-t-il fait pendant plusieurs siècles une prodigieuse série de miracles^ tout-i-fait et entièrement inutiles selon vous, puisque vous n'en faites point, et que vous n'en pouvez point faire ? Si ces miracles n'ont servi qu'à jeter l'humanité en général dans l'erreur, en établissant la divinité du Christ parmi les hommes , comment concilierez^vous cette absurde tanmathurgie avec la véracité de votre Dieu ?

Si la foi en J. C» Homme-Dieu n'étoit pas ^n dogme établi parmi les premiers chrétiens, pourquoi fut-nl attaqué par Cérjoithe, et pourquoi fut-il défendu par S. Jean? pourquoi futil attaqué par Paul de Samosate , et fut-il défendu au concile d'Antioche, 5o ans avant celui de Nicée ? On ne combat pas et on ne défend point ce qui n'existe pas. Si le dogme de la divinité de J. C. ne doit son existence qu'à Constantin, et aux servîtes pères du concile de Nicée, pourquoi Julien, Porphire, Jamblique, Libauius, n accusent-ils pas les Galiléens de nouveautés dans leur doctrine ? Pourquoi se taisent-ils sur un fait aussi grossier? Ils avoient autant d'intérêt que les déistes actuels à faire lé procès à Constantin, et ils étoientpour cela

("3) jbien mieux placés. Dans sa satyre des Césars ^ Julien ne l'eût pas mënagé ; rien ne le génoit lorsqu'il n'existoit plus : après l'extinction de sa famille ^ il pouvoit impunément outrager et fléu*ir sa mémoire (a). Est-ce un oubli ?

(a) Constantin est , aux yeux de M. F.... 9 côuyert de crimesy nn monstre qai ne se fit chrë tien que parce qae , selon Zozime , les pontifes da paganisme lui aboient dit qne leur religion n'aToit point d'expiations assez puissantes pour effacer les crimes qu'il aToitf commb. Cette absurdité est amplement refutée , non - seulement par le silence de ses ennemis , par celui de Julien , mais bien plus encore par les éloges que lui ont prodigués d'autres auteurs païens , et par le culte idolâtre qui lui a été rendu après sa mort ( Eutrope , /. X, } D'autres empereurs , plus coupables que lui , avoient bien trouvé grâces auprès des pontifes païens , qui n'étoient certes pas des casuistes bien rigides envers les coupables puissans.Mais les principes de M. Feuillade exigent cette petite diffamation \ d'ailleurs , il est convenu parmi les philosopbes» que quinze siècles de vérités historiques doivent s'effacer en présence de leurs 'opinions. Je ne relèverai pas ici toutes les absurdités , les niaiseries qu'il débite sur le Laharum f je lui dirai seulement que lorsqu'on veut parler d'histoire ancienne , il ne faut pas copier les auteurs du seizième siècle ; je le renverrai étudier la vie et la politique de Constantin , chez les antenrs contemporains »

Avant de finir cette lettre, permettez-moi de vous faire part d une découverte que mes recherches dans l'histoire profane m'ont procurée. Vous croyez peut- être que le projet de de réunion de tous les cultes est de Tinvenlion du Vicaire de Privas ; de'trompez-vous ; queiqu'en soit la perversité, il n'en est pas Tauteun C'est à un prêtre idolâtre que l'honneur en est dû; mais il étoit digne d'un prêtre apostat de le reproduire, et de l'habiller à la mode. Je crois en vérité qu'il n'est pas donné aux hommes , même les plus pervers , dans ce siècle

chrëtiens ou païens : par exemple, dans Socrate, Sozomène , Philostorge , Th<?odoret , Optatîanus , Porphire , Easèbe , dans un poème à sa louange » dans les panégyriques composés par des païens, dans le poète Prudence ; et je l'inviterai à ne pas nous apporter pour de l'histoire, les rêves du protestant Chaubsepié , le supplément au dictionnaire de Bayle , ceux de Mosheim , Hist* christ, sect. 4 » pag, 978 $ enfin , ceux des compilateurs encyclopédistes , V.** Constantin, Et , si les auteurs anciens le fatiguent trop , il n'a qu'à consulter la savante dissertation de M. Duvoisin , et le père Tillemont. Au surplus , le christianisme peut fort bien se passer de la moralité de Constantin j nous avons moins d'intérêt à venger sa mémoire, que M- F... n'em a à la rendre suspecte et odieuse.

âe lumières, d'inventer nne folie criminelle. TousconnoissezcetHëliogabale, ce jeuneraonslre de superstition, de débauche et de toute espèce de corruption, qui, sur le trône des Césars, étonna, h Tâge de i4 ans, par sa la&civeté, par son impudicité , par sa brutalité , par sa cruauté , Piome , la capitale de tous les crimes; qui mérita, à Tâge de i8 ans , d'être tué avec sa mère comme une bête féroce , et dont le corps lut traîné dans les rues et jeté dans le Tibre, Voilà le véritable auteur du projet de réunion de tous les cultes. M. F.^.. n'est que son inepee copiste.

Ce successeur de Macrin , avant d'être revêtu de la pourpre impériale, avoit été prêtre sacrificateur sous le nom de Lupus-Avitus-Varius- Bassianus , dans un temple situé h Emèse, dédié au soleil , appelé en syriaque Elagabal , Soleil des montagnes , et <^ue les Grecs nommoient Héliogabale.

Bassien, appelé à succéder à Macrin, apporta son idole, Héliogabale, dans Rome, lui érigea un temple magnifique sur le mont Palatin (a) , près de son palais; il y fit transférer

(//) Ubi primum ingressus est urbem... Helioga-' halnwn in Palatine monte juxta œdes imperatorîas

l'iinage de Cybèle, le feu de Vesta, le Palla'*^ dium, les Ancilles ou boucliers sacrés , et tout ce qui ëtoit l'objet de la vénération des Romains , pour que cette divinité fut seule ADORÉE ; il disoit de plus qu'// fallait appeler et transporter dans ce temple les religions des juif s ^ des samaritains et celle des CHRÉTIENS , afin que les mystères de toutes les religions fussent soumis au sacerdoce d'Héliogabale.

Pour donner à son dieu une épouse digne de lui , il fit venir de Carthage la déesse Céleste , il se fit circoncire , et s'abstint de manger de la chair de porc;

Ouvrez, je vous prie, le 3."** volume de M. F...,, vous verrez quelle divinité suprême ce moderne Héliognostique (a) offre à la véné-

consecravit eique templumfecit , studens et Matris tJ'P^m f et Vestœ ignem ^ et palladium , et ancilla et emnia Romams veneranda in illud transferre tem^ plum 9 et id agens ne quid Ronué Deus , nisî HeHo«> gabalns , coleretur. Dicebat praeterea ^ jadaeoram et Samaritanorum religiones , et christianam religion nem , illuc transferendam ^ ut omnium culturarum secretum Heliàgabali sacerdoiium teneret, ( Lamprid. Vîta Heliogab. , p. 102 et ibid. Sa.hiias. i vide adbac Herod , lib. V 5 Eplt. Dion. , p. 367. ) ip) lilaminë du soleil.

ration du îg."** siècle, autour de laquelle il veut que toutes les autres divlnitës fantastiques viennent se ranger comme subalternes. Si M. F.... n'est pas copiste, vous conviendrez que la corruption et la perversité engendrent dans rhis-^ toire d'étranges parallèles.

C'est ainsi que les doctrines qui paroisseni. les plus opposées , le polythéisme et le déisme , se confondent dans leurs effets ; c'est ainsi qu'un prêtre , jadis chrétien , mais apostat, à i8 siècles de distance, donne la main à un prêtre idolâtre; vous voyez comment ils s'allient pour marcher ensemble contre )a véwté qui les foudroie également.

Ce sont dés folies , direz* vous en repoussant cet écrit; peut--on sérieusement discuter de pareilles extravagances? Eh! oirf. Monsieur, ce sont des absurdités, ce sont des folies, ce sera tout ce que vous voudrez; car quel est l'incrédule qui n'est pas fou ? Mais ces folies sontelles safisconséquences ? Ces folies n'ont-elles pas fait fortunes îly a cinquaiite ans ? Les plus hautes «♦lasses de la société ne furent-elles pas , comme lesAbdérîtaîns,frappéesd'unvertigeépidémîque? Ce vertige , en parcourant tous les étages de la société , n'a-t-îl pas mis en action toutes les passions de la muliitude? Son règne est-il passé ?

II n est^asun déiste qui, raisonnant de sang-» froid, ne soit forcé de convenir que Voltaire ^ Rousseau, Diderot , Dupuis, Wolney, etc., ne soient des fous , et même des archi-fous dans les conséquences de lcur<^ principes. Mais que ce même déiste qui envoie ses maîtres , aux petites-maisons , rédige par écrit son symbole , et en déduise les conséquences, il ne se signalera que par d'autres folies, que par d'autres absurdités, que par des rêves de malfaiteurs. Z?ïV/naiio errons j auguria mendacia et sohnia MALEFACîENTWM ^ vanitas est (a) : par la même raison qu'il n y a pas de fous qui se ressemblent à Bicêlre, il n'y a pas de philosophes incrédules qui se ressemblent au monde.

C'est dans cette prodigieuse disséminarion et variation de folies que se manifeste la colère du ciel qui les poursuit.

On ne peut mieux comparer Ja stupidité du philosophe qu'à celle de cet oiseau du désert qui, poursuivi, court se cacher la tête dans un buisson, et laisse tout son corps exposé aux , traits du chasseur. Tel que lautruche, l'incrédule poursuivi par ses remords, court se plonger la tête dans les ténèbres , et là ,^brave un ciel irrité qu'il a cessé d'envisager.

a) Ecclésîastîc. XXXIV , 5.

IbaxïS ma prochaine lettre, je prendrai en détail les objections que M. F...., c^t apôtre dé l'idolâtrie a entassées contre la divinité de J, C,

Je suis avec respect, etc.

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