SEPTIÈME LETTRE
Ljon^ le i.*** Décembre 1819^
Monsieur,
Une des grandes difficultés qu'on éprouve eift combattant Terreur, c'est de la saisir; jamais <elle ne se présente avec cet ordre et cette méthode qui accompagnent toujours la vérité. £lle court quelquefois au-devant du vrai, mais c'est pour Tinsulter , c'est pour le bafouer; elle fuit aussitôt à travers des nuages de poussière ; elle abat devant elle tout ce qu'elle rencontre , le sacré comme le profane; et c'est dans les ruines , dans les décombres qu'elle se fortifie , qu'elle se retranche; chassée , poursuivie, elle laisse encore après elle le doute. Tantôt c'est l'histoire qu'elle défigure , tantôt c'est la fable qu'elle accrédite , tantôt ce sont diw
contre-vërîtés qui choquent , tantôt des para* doxes qui révoltent , tantôt des jugemens qui font rire. C'est au milieu de cet épais brouillard et de ces fusées qu'il faut se faire jour , pour saisir deux ou trois principes , qui sont au fond tout ce qu'il y a de sérieux , et abandonner le reste au tent. Mais la plus grande difficulté , c'est encore de répandre des charmes, des fleurs sur sa route , c'est d'entraîner quelqu'un à sa suite pour le rendre témoin du oombat, et de lui faire partager les plaisirs du triomphe de la croix. Au reste, depuis 18 siècles que la carrière est ouverte entre l'impiété et la re^ ligion , jamais la gloire du vaincu n'a fait celle du vainqueur.
Objection. La divinité de h C. , dit M. F..,,, ne provient que de la mode où étoient alors toutes les nations de peupler TOlympe des per* tonnages qui avoient étonné leur siècle.
Jésus étoit de ce nombre : Tibère voulut ea faire l'apothéose; le sénat s'y refusa. Adrien le tenta de nouveau. Alexiandre Sévère adora Jésus en secret ; tous ces projets flatteurs persuadèrent aux chrétiens que J. C. étoit un Dieu, et cette opinion prévalut dans le concile de Nicée , où Constantin, pour gagner le« chrétiens , et las opposer aux païen;» que sq$
( ^3i ) crimes avoient indisposés , fît proclamer la divinité de J. C. par 3 18 évêqiies , intimidés par ses menaces ou corrompus par ses promesses.
Tel est le résumé que m'ont offert les pages 320 à 335 du tome premier* M. F.... ne démentira pas cette analyse : je la crois fidèle.
Réponse* Si c'étoit la mode chez les Grecs , chez les Romains , de faire l'apothéose de tout homme extraordinaire , on conviendra que ce n'étoit pas la mode de peupler ainsi le ciel , chez les Scythes , chez les Arabes, chez les Per* sans, chez les Parthes , chez les Seres, chez les Indiens, chez les Gothset chez les Germains, tous peuples barbares. Or, chez tous ces peuplés indépendans et ennemis du peuple romain, la divinité de J. G. étoit établie long-temps avant le concile de Nicée. « A peine , dit Théodoret(a) » les apôtres eurent - ils rejoint dans le tom- » beau celui qui les avoit envoyés , que le monde
(a) PosUfuam veroadiUumse se receperunt à quo missifuerant , omnes Mis continua perfruuntur , non solum Romani , quique Romanorum ju^um aimant , et ab illis guhernantur , sed et Persœ , et Scytka , Massojgetes , et Sarmatc^ et Indi et Ethyopes , et y ut semet dicam , pmnes fines tern^» Theedor. Senn. VIQ » de Martyrib, )
» entier jouissoit dëjà du bienfait de leurprédi-* » catiori.Non-seulement les Ptomains , non-seu- » lement ceux qui supportent leur joug, mais les » Perses, mais les Scythes, mais les Massagétes , » mais les Sarmates, mais les Indiens , mais les V Ethyopiens, et pour tout dire, le monde connu , 9 ëtoient adorateurs de Jésus Homme-Dieu. » Partout ce nouyeau Dieu jaloux faisoit crouler les temples, faisoit taire les oracles , et régnoir.
Si le peuple romain étoit dans lliabitude dé faire des apothéoses et de peupler le ciel de ses grands hommes , le peuple juif étoit-il aussi dans cet usage impie et sacrilège ? Personne n'ignore la révolte qui éclata dans toute la Palestine, lorsque Pétrone , gouverneur de la Judée, voulut, par ordre de Caligula, établir dans le temple de Jérusalem la statue du dieu Caligula y sous là forme de Jupiter. Ce maître du monde fut contraint d'abandonner ce projet favori. Cependant beaucoup , dit Pilate , trois ans après la mort de Jésus , croyaient que Jésus étoit véritablement Dieu. Et selon M. F... , ces mêmes juifs, qui ne pouvoient supporter dans leurs murs , même la présence des aigles romaines , qui avoient rejeté avec mépris la statue <lu maître du monde, qui avoient menacé de s'ensevelir sous les ruines de la ville sainte
si.
il leats inors étoient profanés, pour plaire aux Romains auront cru en ia diviuité d^ celui qu'ils ont supplicié comme blaspliémateors ! Voilà les romans philosophico-historiques de Messieurs les éciaireurs du siècle ! voilà leur science ? voilà leurs lumières I
Mais n'oublionspasque, pendant que M. F....
«Ëcuse de celte idolâtrie Constantin et les pères
^tt concile , Julien , leur ennemi , 1 apostat ,
les absout par son silence $ et en accuse
S* Jean ; que Fauteur de V Histoire critique
et du Tableau des Saints en accuse S. Paul;
et que le juif vient au milieu d'eux leur dire
à tous, qu 'ils sont des ignorans , et que s'il
a tué J. C , c'est parce qu'il blaspiiémoit ,
c'est parce qu'il se disoit Dieu , c'est parce
qu'il étoit magicien y c'est parce qu'il faisoit
des prodiges avec le noni ineffable de Dieu
(schemhamephoras ) qu'il avoit pris dans le
Saint des saints*
Si J. C. n'a prêché d'autre doctrine que le déisme dont M. F,... se donne pour le restait-rateur et un nouvel apôtre, en quoi eût-il étonné Tunivers? eut-il mérité des autels? Si, comme M- F.,., et comme Héliogabale, il n'a offert à l'adoration des peuples que le soleil, en ^^aoi eût-il été extraordinaire* Socrate, Platon
( «34 ) ' arvoi^nt aussi prêché un certain déisme, Pythagore avoit aussi prêché le culte du soleil ; ils avoient eu , les uns et les autres , des prédicans bien autrement savans , bien autrement éloquens que Pierre , Jean et Paul ; et cependant , nous dit Celse , personne ne songea aies déifier, jamais ni grec, ni romain, ni philosophe ne songea à leur élever des autels. Et un pauvre juif, fils d*un artisan , un juif supplicié dans un petit coin de l'empire romain , sans miracles , aura excité la jalousie des dieux du capitole ! M. F...« a oublié ce précepte d'Horace qui veut de la vraisemblance jusque dans la fable :
Ut sint ficta proxîma veris.
Quoi! voudroit-il nous persuader que, si J. €• , en prêchant aux peuples le même déisme qu'il prêche aujourd'hui, a mérité des autels , il faut aussi lui en ériger ? Voudroit-il reprocher à ses contemporains leur ingratitude ? Ah ! je conviens que si Voltaire, Rousseau, et même Marat, ont été en possession des maître - autels du Panthéon, M. F.... mérite, au milieu de ces dieux de la philosophie , au moins une chapelle. — Car, ou M. F.... est un homme extraordinaire, dans le sens qu'il prétend qac J. C. l'a été , ou bien J. C. a été , comme M. F...., uu homme fort ordinaire.
.Objection. « Pour établir la divinité de 9 /. C et le mettre au rang des dieux , » à V instar des païens.... , il fallut néces- » sairement at^oir recours au mystère iin-' » pénétrahle delà consuhstantialité..,. Or, » la consobstantialitë du Verbe est reprouvée y» par les livres saints y par là même que cette » expression est nouvelle , puisque l'apôtre » S. Paul recommande à son disciple Timo- » thée {a) , d'éviter avec le pjus grand soin les » expressions nouvelles pour conserver le dépôt » de la foi (b).
Réponse, i.^ Il est faux que l'expression de consuhstantlel eût été nouvelle lors du concile de Nicée. M* F..«. n'est ici qu'un ignorant écho des sociniens anglais. Sans mauvaise foi , un prêtre peut- il ignorer que déjà le patriarche saint Denis d'Alexandrie Tavoit employée, l'an 259, dans son apologie adressée au pape S. Denis , en lui ren-dant compte de son opinion touchant l'hérésie de Sabellius(c'étoit 66 ans avant le concile de Nicée); que le même pontife romain l'avoit également employée ; queXhéolognoste, homme savant, dit S. Athanase , en avoit fait usage ? Peut-il ignorer que , 5o ans avant le concile de Nicée , ce mot
(a) Epist. I; c. yi, 20, 21.
{b) Feuil , t. I,p. 534.
( *36 ) ëioit tellement consacré parTusage, pour expri-*! mer cet attribut de la divinité du Christ , c[ue Paul de Samosate en abusa , en argumenta pour établir son hérésie , et que le concile d'Antloche condamna ce mot. Tan 264 » dans le sens que Temployolt Paul (a).
<2.^ Il est encore faux que les livres saints , et sur-tout S. Paul, aient jamais défendu de se servir d'expressions justes pour exprimer sa pensée. L'apôtre recommande à Timolhée d'éviter de prendre ses expressions dans les sciences profanes, d'éviter \e néologisme philosophique, les équivoques, et oppositîonesfalsi nominis scientiœ.
La preuve que le ooncile de Nicée a suivi l'avis de S. Paul, c'est que les ariens ont rugi de fureur', à la vue d'un mot qui ne leur laissoit aucun subterfuge, aucune ressource, aucun moyen pour tordre le sens de ces paroles : Mon Père et moi sommes une même chose. C'est ce mot qui fit tomber le masque des ariens et qui irrite encore les sociniens et M. F..,,
Je ne sais trop quel intérêt les déistes d'au* jourd'hui prennent aux ariens du 4-°** siècle , si ce n'est celui de la confraternité qui existe
(«) Fleur. , Hifit. ecclé». , h Ybl» n.^ f.
.( ?37 ) (mire toutes les impiétés possibles. Car Arius prétendoit que J. C. étoit Dieu. La croyancç en étoit si générale, si universelle, qu'il n'osoit la contester ouvertement ; mais il soutenoit que J. C. étoit une créature de Dieu le père, antérieure à toute autre création ; que sa divinité lui étoit acquise et conimuniquée ; mais çuil étoit semblable à Dieu. Les seules subtilités d'Arius prouvent que M. F..., est lia ignorant, ou plutôtd'une extrême mauvaise foi, lorsqu'il attribue l'invention de la divinité de J. C, à Constantin et aux pères de Nicée. Je dirai encore plus , Cérynthe lui-même, qui vivoit du temps de saint Jean , n osoit nier la divinité de Jésus; car il soutenoit que le Fils de Dieu setoit réuni à la personne dé Jésus, et qu*il ne s'en étoit retiré qu'à sa passion , tant la foi en THomme-Dieu étoit constante et universelle !
Objection. Mon Père est plus grand que moi y dit Jp C* (fl). Or » î\ est clair que J. C. , dans ce te^te , fiait la comparaison de la personne de son père avec la sienne, et non pas avec l'une de ces prétendues natures qui ne seroit pas lui-même (b) , donc il n'est pas Dieu.
(a) Joan. XIV ,28.
(jb) Fruill. , t. I , p. 554.
Réponse. C'est dans les ruines de 1 arianismé que les sociniens ont dëterré cette objection ; elle fut long-temps leur arme favorite , comme nous rapprenons de S, Athanase, d'Epiphane, de S, Basile , des SS. Grégoire de Nazianze et de Nysse y de S. Césaîre , de S. Ambroise , de S. Hilaire , etc. ; Léonce a recueilli toutes les réponse^ que les catholiques y firent. Tous sont d'accord sur ce point, que THomme-Dieu parlôit ici comme homme. 11 n'est point étonnant, dit S. Basile , que quoique Dieu, cum informa Dei essety il se fût dit moindre que son père , lui qui setoît mis non-seulement au-dessous de son père, non-seulement au-dessous des anges, mais au-dessous même de l'homme.
Ne devoit-il pas appliquer ces paroles du Prophète : Je suis un verre de terre et non pas un homme ; je suis V opprobre des hommes , le rebut du peuple {a) /
On peut opposer à la divinité de J. C. tous les textes de l'Evangile où J. C. parle et agit comme homme; ainsi, dans le même passage » lorsque J. C. dit : Je vais à mon Père y il y alloit , dit S; Augustin , comme homme , ibat per id quod homo erat ; il resloit comme Dieu, manebat per id quod Deus erat. Il
id) Psalm. XXI , 7. •
( 239 ) alloit en cela que , comme homme , il étoit dans un lieu quelconque i il restoit en ce que > comme Dieu, il étoit partout. Jbat perid quod uno loco erat ; et manebat per idj quod ubique erat (a). Si M. F.... étoit assez savant pour pousser toutes les subtilités que fournissoit aux ariens la dialectique de Técole d'Alexandrie , nous le renverrions en présence de S. Basile et de S. Cyrille.
M. Feuillade prétend prouver par les livres saints , que Jésus - Christ n'a jamais enseigné sa divinité , et bien moins encore le mystère de la Trinité ; et ce sont précisément les textes par lesquels nous établissons ces incompréhensibles dogmes qu'il allègue pour asseoir ses assertions.
Nous trouvons le mystère d'un seul Dieu en trois personnes dans ces mots de rEvauglle : Allezy enseignez toutes les nations ^ baptisezles au nom du PèrCj du Fils ^ et du Sainte Esprit (b). Et ailleurs : Il j^ en a trois qui rendent témoignage dans le ciel y le Père, le Verbe et V Esprit , et ces trois sont une
(a) Tractât. LXXVffl.
{¥) Matt. XXVlIIi, 19.
( 54o) Unité (a). Ailleurs : Je fais les œuvres de «taji
(a) Joan. Epist. I , c. V » 7.
1V3. FeutUade conteste rautheoticUë cte ce texte , il prctend que 9 de Yaveu des catholiques 9 il a été ajouté à la Talgate , p. 532.
Nous saTOQS jquc l'authenticité da yerset 7 est contestée ^ non-seulement par les sopîniens , mai* par de saTans catboti(|ae$. Il ne se troare point ^ disent-ils , dans le très - grand nombre des ancien* manuscrits ; il a donc été ajouté dans les autres par des copistes téméraires ; mais il y a aussi des manuscrits non moins anciens ^ dans lesquels il se trouve. On conçoit aisément que la ressemblance despremiei^i et derniers mots du verset 7 9 avec les premiers et derniers mots an verset 8 , a pu donner lieu à des copistes peu attentifs de sauter le 7.''** j mais qui auroit été assez hardi pour ajouter au texte de St. Jean un verset qui n'y jétoit pas l Une preuve que la diffère uce des manuscrits est venue d'une omission involontaii*e et non d'une infidélité préméditre » c'est que , dans plusieurs , le verset 7 est ajouté k la marge , de la propre main des copistes. Mais une autre réponse pércmptoire , c'est que près de cent ans avant le concile de Nicée , Tertullien et St. Cyprien avoient cité ce verset 7 , l'un , /. / , adi^.Prax , c^II; l'autre 9 ds: unitate eccL , p. 196.
Il faut que M. F oppose à ce» autorités des
manuscrits plus anciens.
On peut consulter Dom Caîmet, Bible d' Avignon , t. XVI , p. 462.
PèrCj et mcm Père est en. moi, et moi e^ lui (a).
Ce mystère nous est partout .offert sous Ie9 termes de Père et de Fils ; le titre de Pèr^ emporte avec lui Tidée de supériorité, le titre de Fils celui d'infériorité; dans le titre de Père placé dans tous les textes que vous voulez supprimer , je vois le major me est (&).
Si je ne connoissdis pas le danger qu'il y a , to face des hérétiques, d'^pliquer à des mystèi*es incompréhensibles de leur nature, les idées que nous fournissent les choses créées , je me rendrois peut-ôlre plus intelligible , en présentant dans notre propre nature le même mystère sous différentes formes, avec la même incompréhensibilité. Je hasarderai cependant
'■ ■« .1 I ■ 11. I I I I .1.1. ■ I I J Il I I IM I I ^IIW
{a) Joan. X , 57 , 38*
{b) T^rtia veto explicatif erat patrem majorent Mcifilio 9 etiamquatenusJUius Deus erat non quidem reipsâ sed hoc ipso 9 quod ille pater hie Jilius erat, Patris enim nomen honorificentius naturd sud esse f quant JiUi. Quia principium et ut grasci loquuntur , Causant JilUs signifieat , sic exponunt Athanasius , Hilarius » Epiphanius , Gregorius Naz. . et Ci»' sarius , et multi alii,
Maldonatî commept in Joan. , cap. JOV t Christ:» quom. maj» Patre^
quelques traits : Le dogme de la Trinitë est gravé dans le monde physique comme dans le monde moral, et d'une manière toute aussi mystérieuse dans l'un que dans l'autre. Voyonsle dans le monde moral. En créant Thomme , Dieu dit : Faisons Vhomme à notre image et ressemblance. A Ce mystère, il intéressa les adorables personnes de son ineffable Trinité ^ et il imprima dans l'ame de l'homme quelques traits de son essence. C est ainsi que ce mystère devint une partie essentielle de l'ame créée à l'image de Dieu, c'est ainsi que cette ame qui raisonne ne peut se rendre compte à elle-même du mystère de sou existence.
A peine fut-elle sortie des mains de son Créa* teur , que V esprit^ qui est dans l'homme le major me est , produisit la parole intérieure , le verbe qui fut la pensée, rintelligence , image de ce Verbe divin engendré éternellement dans le sein de Dieu. De V esprit et de la pensée]m[\il cette complaisance que l'ame eût dès l'instant pour l'un et l'autre. Ce fut son amour , ce fut sa volonté , image grossière , bien imparfaite du Saint- Esprit, qui est l'amour substantiel du Père et du Fils. Descendez dans vous-même, M. F..* Pourquoi avez- vous peur ?.•., Vous tremblez.... Rassurez-vous... C'est dans votre propre essence
( 243 ) que vous trouverez cette ame , ce principe duquel procède la pensée ou le T^erbe , puissiez* vous y trouver Tamour ou la volonté as^ec des gémissemens ineffables {à) ! A travers les différences et les disproportions qui existent entre le fini et Tinfini , entre le Créateur et la créature , entre les divines personnes et les facultés humaines, vous reconnoîtrez, malgré vous , Timage de cette divinité que vous outragez , que vous profanez ; vous reconnoîtrez que Tune esprit , au moyen de la ^pensée ou àxi verbe et de la volonté^ composent essentiellement votre être mofal , votre unité; et, au moyen de ces facultés, image mparfaite des trois personnes divines , vous manifestez extérieurement une Trinité réelle qui est aussi incompréhensible pour vous-même que celle de votre Créateur.
Lorsque vous comprendrez votre propre na*ture ^ que vous cesserez d'être un mystère à
{a) M. Feuillade nous demande comment , et ea qaelle qualité le Saint-Esprit lui-même (Di«u), prie ( Dieu ) pour nous avec des gémissemens ineffables ( Episl. ad Rom. VIII , f- 26 ).
Je lui dirai de descendre en lui-même , de s'interroger , et je lui souhaite de trouver , non pas la solution du mystère , mais du moins Tapplicaliou.
Tons-méoie, vous pourrez, )M, F..-, argumenter sur la diyiiiitë.
Je serois porté à croire que ce mystère avoît ëtë révélé à Thomme dans Tétat d'innocence; mais que le péché en détruisit la tradition. On en trouve bien quelques traces çà et là dans les doctrines de Tantiquité, dans ce nombre trois que les enfans de Pjthagore appeloient dwin f dans la philosophie de Platon , qui n'étoit probablement que Técho des sages orientaux , lorsqu'il distinguoit trois principes j savoir: le premier ou le bon par excellence, qui avoit enfanté Tidée ou la raison , et ensuite l'action ou l'esprit; en sorte pourtant que ces trois principes ne constituoient qii'u/ie seule et même essence , comme Porphire et les autres platoniciens l'ont expliqué.
On en trouve encore quelques traces dans Philon, écrivain juif, qui, parlant de la raison ou de la parole, va jusqu'à l'appeler /e Fils de Dieu y son premier-^néy son image y le soutier ain pontife^ le médiateur entre Dieu et les hommes.
Mais qu'il y a loin de ces mots éuigmatiqaes i cette phrase de Bossuet :
« Dieu en se contemplant lui-même engendre » éternellement son Verbe, qui est l'expressioH
(245) D parfaite de sa vérité , son image, son FiU » uniqae , le plus pur éclat de sa lumière ^ p Tempreinte de sa substance. Dieu et sou » Verbe, en se contemplant mutuellement, s'u- » nissent par Tamoiir, et produisent TEsprit » saint, Tétemelle union de Tun et derautre(a).ï»
Ainsi , c'est dans Tbomme formé à l'image de Dieu, que le chréden peut apprendre quelque chose de cet ineffable mystère; c'est dans rhomme, c'est dans les richesses qu'il porte audedans de lui qu'il en trouvera une espèce d'image» En eSéi , je contemple la vérité , je me contemple moi-même , et je sens naître la pensée, ce premier germe de mon esprit , cette parole intérieure , ce f^erbe qui est le Jîls de mon intelligence y la plus pure lumière de mon ame et Timage de ina substance* La fécondité de mon esprit ne s arrête pas là : j'aime cette parole intérieure , je me complais en. elle j voilà l'amour, fruit de l'esprit, fruit du Verbe qui les unit, qui luiiit à eux , et ne fait avec eux qu'une même vie.
Ces trois choses, l'intelligence qui m'est propre, la pensée que j'en ai, l'amour que cette contemplation, procédant des deux autres, fait naître, se supposent. mutuellement, se ré-* pondent lune à l'autre ^ ont entre elles une
(a) Discoars siu* THUtoire miîyerselie.
( 246 ) nature commune, et ne forment à elles trois qu'une même substance.
Comme la sainte Trinité présida à la for-^ mation de Thomme , elle voulut également in-* tervenir dans sa dissolution.
C'est au nom de la Trinité que Tame se séparera du corps, et lorsque pour l'homme toutes les illusions viendront à cesser , lorsque le philosophe sera sur le point de tomber entre les mains du pieu vivant , l'Eglise , par la voix de son Ministre, lui rappellera encore Tauguste mystère qui a concouru à sa formation , à sa régénération , peut-ôtre à sa sanctification , mais qui va immédiatement concourir à son jugement.
Partez , lui dira-t-elle, partez , ame chrétienne , au nom du Père qui vous a créée > au nom du Fils qui a souffert pour vous, au nom du Saint-Esprit qui s*est répandu sur vous*
Objection. « Mon Père et moi , est-il dît i> dans le même Evangile, sommes une même » chose : alors les Juifs prirent des pierres » pour le lapider. Jésus leur dit : J'ai fait de— » vaut vous plusieurs bonnes œuvres par la » puissance de mon père; pour laquelle est- » ce que vous voulez me lapider ? Les Juifs lui
( ^Al )
^ répondirent : Ce n'est pas pour aucune des y> bonnes œuvres que vous faites, que nous » voulons vous lapider; mais .parce que vous » venez de blasphémer , en vous disant Dieu , 9 tandis que vous n'êtes qu'un homme» Jésus « leur répondit : N^est-il pas écrit dans votre » loi : Tai dit vous êtes des dieux l Si donc » elle appelle dieux ceux à qui la parole de » Dieu éloit adressée, et que l'écriture ne » puisse pas être démentie, vous dites que je ii> blasphème , parce que j'ai dit que je suis le » fils de Dieu , moi que tnon père a sanctifié » et envoyé dans le monde {a). Jésus - Christ » reconnoît donc qu'il ne s'appeloit Dieu , que 1» dans le sens que le sont tous les hommes , » d'après les livres saints. Très-certainement la » réponse qu'il fit aux Juifs, étoit trop claire, » pour ne pas les induire en erreur , s'il avoit vé-» D ritablement participé à la nàtUre divine ; puîs- » que , parleurs inculpations , ils le mirent dans p l'absolue nécessité de s'expliquer cathégori- 3? quement sur cet objet. Seroit- ce la crainte » d'être lapidé par les Juifs, qui suggéra à J. C, » une telle réponse (6) ? »
Réponse. Je lis en eflfet dans le psaume 8i ,
{a) Joan. lo , f . 3# et seq, ifi) Fcail. , t. I, p. 53$.
(:!48) que Dieu préside aux assemblées des dieux de la terre et les juge à son tour*
Le Seigneur avoit dit à Moïse : Je t'ai cons« tituë le dieu de Pharaon (a).
Ailleurs, en parlant de Tesclave qui ne vouloit pas jouir du bienfait de la loi qui lui rend oit sa liberté au bout de 6 ans , le maître devoit le présenter aux dieux ( aux juges )• Offeret eum Dominus Diis (b).
Annoncez l'avenir, dit Isaïe , et nous, saurons que vous êtes des dieux. Et sciemus quia DU estis (c).
Tantôt c'est Moïse qui , ambassadeur d« l'Eternel près de Pharaon, est appelé dieu parce qu'il va représenter Dieu lui-même ; tantôt ce sont les prophètes qui annonceront au monde ses destinées , et qui seront appelés dieux; tantôt ce seront les juges sur leurs sièges, les rois sur leur trône , les pontifes dans leur chaire, qui seront dieux ^ parce qu'ils appliqueront la loi de Dieu , parce qu'ils la feront régner , parce qu'ils l'enseigneront. C'étoit donc un titre tout-à-la-foîs métaphorique et prophétique.
(a) Exode , VH , r. (*) IbU. XXI , 6. (e) Isaïe * XXI » aS. .
Il ^toit ptophétique , puisqull ^tmoliçoit le véritable Dieu i le désire des nations > celui qui devoit venir un jour instruire les hommes » régner sur eux, et les juger. L'écriture devoit être accomplie : Non potest soM scriptura.
Ici c'est un argument qu'on appelle en lo- ^que k minori ad majus^ et qui est dans toute sa force.
Si donc , dit J. €♦ , Vécriture appelle par métaphore , dieux ^ ceux à qui la parole de Dieu a été donnée^ adressée, confiée , adquos sermo Dei factus est , vous dites que je blas-* phéme , moi que mon Père a simctifié , moi que mon Père ^ envoyé dans le monde, qui suis le Fils de Dieu ; comment ai-je blas*' phèmé t N'est-ce pas comme s'il eût dit : Si la métaphore dont les prophéties et les écritures se servent en parlant des juges et des honomes élevés en place, n'a point été un blasphème ^ comment en trouverez-vous un dans la bouche même du Fils de Dieu et du Verbe incarné ? Comment la réalité sera-t-elle une impiété, si la métaphore prophétique n'en est pas une ? jËt pour faire sentir la différence qui existoit entre le vain titre de dieux que les écritures attribuent aux hommes chargée d'annoncer et 4e faire exécuter la parole de Dieu, ^ bk
tiAiiê ishétenie à sa personne , il ajoute ce^ paroles remarquables , (|ae M. F..«. s'est bien gardé de citer y parce qu'elles contrarient ses principes : si je ne fais pas les œuî^res de mon Père 9 ne croyez pas en moi; si y au contraire y je les fais y et si vous ne voulez pas croire en moi y croyez a mes œui^res pour que vous connaissiez et que vous sa-* chiez que mon Père est dans moi y et moi