HUITIÈME LETTRE
Lyon , le i/' Jaayier i8ao.
Monsieur,
Accablé sous le poids des divines ëcriuires , il ne resle de ressources à , Timpie que d'en contester rauthenticitë ; tel est lé parti désespéré où son aveuglement l'entraîne , qu'il est contraint de citer à son propre tribunal tous les peuples , tous les âges ; e*t comme si toute la science, des sept sages de la Grèce eût été fondue dans sa cervelle , il est forcé d évoquer à lui et de réviser les arrêts du monde entier.
Avant d'aborder les objections de M. F
contre les livres saints en général , il me semble que je pourrois lui opposer avec succès la voie de prescription (a).
(ji) On appelle en controverse , voies de prescrip^ ÉÎon , ce que l'on nomme au barreaa : jins de non recevoir , ou raisons par lesqaelles on pronve qne » sans entrer dans le fond de la question , une personne ne doit point être admise à plaider. Ces moyens s'appellent encore préjugés légitimes,
« La méthode des hérëlîques , dit TertuUîen ,
» est de disputer contre nous par les écritures ;
» je soutiens que Ton ne doit pas les y ad-
» mettre. Avant de disputer sur la lettre d'un
» titre , il faut commencer par examiner à qui
» appartient ce titre , pour ne pas admettre
» à sa connoissance celui qui n y a aucun droit.
» Il faut savoir qui sont ceux à qui appartient
» la foi : de qui j par qui , quand et à qui
» est venue la doctrine qui fait les chrétiens.
» C'est aux hérétiques à montrer leurs
» livres , les origines de leurs églises, Tor-
>» dre et la succession de leurs évéques; en
» sorte qu'elles remontent à un apôtre , ou
À à quelqu'un de ces hommes apostoliques qui
» ont vécu avec les apôtres jusqu'à la fin.
» Ainsi , l'église de Smyrne rapporte que
» Poly carpe y fut établi par Jean ; ainsi ,
» TËglise romaine montre Clément ordonné
» par Pierre ; parcourez les Eglises aposto—
>> liques , vous y verrez encore à leurs places
» les chaires mêmes des apôtres , vous y enten-
» drez encore lire leurs lettres originales. Eles-
» vous près de TAchaïe ? vous avez Corinlhe j en
» Macédoine ? vous avez Philippes et Thessalo-
» nique; en Asie ? vous avez Ephèse ; en
» Italie ? vous avez Home dominons Afiri-
v^ caïns prenons aussi l'autorité* Qu*elle eàt » heureuse ! cette Eglise , où les Apôtres ont » répandu toute leur doctrine avec leur sang ; » où Pierre a souffert comme le Sauveur , où y Paul a été couronné comme Jean-Baptiste , » où Tapôtre Jean , après avoir été impuné- » ment plongé dans Thuile bouillante , a été » relégué dans une île (a) 1 »
Né pourrois-jepas , à 1 exemple de Tertullien,
demander à M. F quel droit ^ quel titre
il peut avoir à faire Texamen de nos livres j à scruter nos titres ? Est-il chrétien ? S'il lest , où est son église , où est son pasteur y où est sa généalogie jusquà Jésus -Christ ? N est-il pas chrétien ? Quel intérêt prend-il à discuter les titres d'une société qui lui est étrangère ? Si, étant possesseur d'un héritage , un étranger me demandoit connoissance des titres de ma propriété , ne commencerois-je pas par exiger de cet indiscret la production de ses droits î Si cet étranger vouloit ensuite tae prouver que ma possession est caduque , et que mes titres sont altérés ou falsifiés , ne lui répondrois-je pas : Que vous importe ? Une possession héréditaire de plusieurs siècles , n'équivaut - ell^
(a) Tert. de Prescrlpt. , c. i5 » 19 , 20 > Sa, 38.
Bb 2
( ^7^ ) pas à tous les titres possibles ? Ma foi est éga-^ lement une possession héréditaire ; si mes titres ( je le suppose ) , ont été altérés par la rouille des siècles , ils sont justifies par ia manière dont moi et tous mes ancêtres avons possédé. La tradition est là pour rendre témoignage de ma possession , prouvez cjue mon père n'a pas joui de la môme manière que moi, considtez, informez- vous, faites des enquêtes; c'est dans la possession de mes pères et de mes aïeux que mes titres se justifient : je serois sans titre , que ma possession seroit imperturbable , possideo quia possideo.
Outre cette possession immémoriale , n'ai- je pas tous les arrêts des cours souveraines , qui , de siècles en siècles m ont maintenu dans ma propriété en dépit des jaloux , des envieux , des niveleurs , des plaideurs , des querelleurs ?
Outre la tradition , je produis encore , comme catholique, à tous mes ennemis, les arrêts des tribunaux et des cours souveraines , c'est-àdire , des conciles particuliers et des conciles œcuméniques. Avec Tertullien, j'opposerai donc
à M. F les jugemens rendus , en faveur de
ma possession , dans le second siècle contre Marcion , Appelles , Valentin , les Gnostiques , les Caïnites , les Ebbionites , les Nicolaïtçs ;
( i73 ) "ans le • troisième , contre les Novatiens , les Sabelliens y les Manichéens , les Origë-' nistes ; dans le quatrième , contre les Donatistes , les Apollinaristes , les Priscillianistes , enfin , contre les Ariens ; et dans les siècles suivans , contre les Pélagiens , les Semi-Pélagiens ; ainsi , de siècle en siècle , jusqu'à Berenger , Luther , Calvin , Socin , et la tourbe philosophique , j'opposerai , outre ma possession , des montagnes de jugemens et d'arrôts qui la protègent et la consacrent, contre toutes les attaques de l'incrédulité présente et à venir.
Un des moyens triomphans avec lequel TEglise a constamment repoussé ses adversaires 9 a été celui de leur demander leur extrait de naissance. Vous êtes d'hier ! leur a-t-elledit , et moi d'avant-hier ; vous errez, vous trompez , vous séduisez par cette seule raison que vous êtes d'hier ; si vous n'aviez pas de date , si vous m'étiez contemporains , vous pourriez me disputer le rang ; mais l'erreur n'a jamais marché que sur les traces de la rérhé ; verum falso prias (a). Vous n'avez f^sifié mes écrits que parce que mes écrits
(tf) Nous ne parlons pas ici des ventes physiques , mais seulement des vérités morales.
(274) subsistoient ; veus ne les avez altères que parce <pi ils contrariaient vos principes y que parce qu'ils contrarioient de prétendues vérîtés que vous, aviez fabriquées, comme si Thomme qui est menteur |>ouvoIt être Tauteur d'une vérité quelconque (a).
C'est ^n principe de jurisprudence universelle , que nul ue peut profiter de sa fraude. Qui étoîent les premiers hérétiques l — Des philosophes. — Qui sont ceux qui ont supposé les faux testamens des patriarches , les fausses prophéties , les faux évangiles ? — Dçs philosophes. Qui sont ceux qui ont forgé des anciens livres sous le nom d'Orphée , de Linus , de Musée , d'Eumolpe , de Trîsmégiste , d'Osian ? — Des philosophes. Qui sont ç^ux qui , encore aujourd'hui sous le nom
(a) Ces. errears , il est vrai , peuvent usurper quelques instans les droits de la yëritë ; la cbaleui^ du combat , lardeur de la dispute , la crainte cte la défaite, quelques passions de circonstance peaveut les soutenir quelque temps i mais elles finissent par se calmer, les nuages se dissipent, les partis s.*isolent , ils restent désarmés , la récité en6c^ demeure toujours maîtresse du champ de bataille ^ au reste , contre une vérité qui rallie tous 1^» hommes , il y a mille erreurs qui les divise ut.
( ^75 ) 6! histoire philosophique , tableau philosophique y anéantissent l'histoire pour lui substituer des romans , et pour accréditer des fables ? — Des philosophes. Qui soi>t ceux qui naguères ont falsifié , tronqué , supposé même des actes émanés du Saint-Siège? -^ De» philo^ sophes. Et la philosophie viendra hardiment faice valoir ses crimes 1 Et ses impostures seroient encore des armes dans ses mains l Non y M. F.«.^. fraus sua nemini prodest.
Il est encore une autre voie d^ prescription! qui est particulière à M. Feuillade, et qui, devant tous les tribunaux, seroit pérempioire.
Si c'est par nos livres qu'il veut prouver ses impiétés y il faut qu'il les prenne tels qu'ils sont. Ils sont vrais , ou ils sont faux. Slls sont vrais , qu'il les fasse valoir, s'il peut, en faveur de son opinion ; s'ils sont faux , il doit les rejeter, il ne peut les invoquer , il ne peut en tirer aucune conséquence en faveur de ses absurdités , parce que le faux ne peut jamais rien prouver..
C'est donc une extrême folie d^'annonçer qn'on va prouver le déisme philosophique par les lii^res saints des chrétiens, en même- temps que l'on s'efforcera d'en prouver la fausseté. Si devant les tribunaux vous attaquiez un t«&-^
tament comme fauoc^ oseriez -vous rëclamer le legs qiii vous y seroit accordé ? Oserîez-vous dijre : Il est faux pour vous qui le produisez , et il est vrai pour moi qui l'attaque ? Le juge ne vous diroit-il pas que vous ne pouvez scinder y diviser un témoignage , invoquer {a) sa véracité et Targuer en même-temps de faux ? Mais ne croyez pas, M. F..*, que je m*ar-
(a) On peat se serrir ^ dit le sayant Vicaire , contre une secte des écrits qu'elle approaye , lorsqu'ils combattent clairement des assertions qu'elle soutient ; et Ton peut regarder comme apocryphes , ou comme ne prouvant rien , les autres écrits qu'elle reçoit, qui favorisent ces mêmes assertions ; ce principe est une excellente règle de critique. (Feuill. , t. I , p. 169).
Il dit ailleurs que l'Eglise , en variant même dans ses erreurs , a été obligée , pour soutenir ses der» niéres , de faire de nouvelles additions k l'Ecriture , qui sont inconciliables avec celles précédemment faites j aussi trouve-t-on , dit-il , dans V Ecriture tout ce que Von veut.
Il seroit à désirer que M. le Vicaire nous eut indiqué les dernières erreurs de l'Eglise et leur date , les dernières additions et leur date j malgré cela , il faudra qu'il convienne qu'un pbilosopbe ne trouve pas encore dans nos livres tout ce qu'il veut, puisqu'il est force de \\:^ falsifier et de les tronquer.
( ^77 ) péterai vis-à-vis de vous avec des fins de non-recevoir ; si ces qaoyens sont des barrières que la justice humaine a posëes contre les intempérances de la chicane, ils sont souvent aussi Tasile de Finiquité ; les fins de non-recei^oir ont trop consacré d^in justice pour que la Religion s^en fasse un palladium. Il n'y a jamais de prescription entre la vérité et Terreur, entre le temps et Téternité , parce que la vérité est la fille de TEternel, comme Terreur- est la fille de Thomme mortel.
Tels que ces sauvages stupides qui, par des clameurs et le fracas des bruyans instrument, prétendent arrêter la marche du soleil, nos philosophes espèrent arrêter et suspendre le cours de la vérité ; mais à travers les ruines et du sein même des tombeaux , elle s'élancera tou^ jours cette éternelle vérité , pour consoler les uns , et pour épouvanter les autres.
Objection. « Il n'est pas certain que les » lii^res que V Eglisecatholique reçoit comme » authentiques soient réellement f e/jr. Méli- » ton , qui vivoit dans le milieu du second siècle, » faisant Ténumération de ceux de Tanclen y> testament , nomme tous ceux, que l'Eglise » reçoit, à l'exception de ceux des Maehabée et » de celui d'Esther (a). »
(a) Feuill. , t. I, p. iia.
Réponse. Il nest pas certain. Vous doutetr donc l et pourquoi sur un doute bâtissez-vous des systèmes que vous donnez pour positifs T
Méiiton, dans sa lettre à son frère Onésime, dit qu'il a voyagé en Orient pour satvoîr quels ëtoient les livres canoniques, non pas des chrétiens , mais des juifs , pour connoître de quels livres ils coraposoient leur canon; c'està-dire , le catalogue de ceux qu'ils appeloienl divins. Il trouva alors parmi eus ce que nous trouvons encore aujourd'hui j qu'ils ne mettoient parmi le^ livres divins ou inspirés que ceux dont leurs pères avôient , disent-ils , dressé lecanon dans le temps de la grande Synagogue , c'est-à-dire, après le retour de la captivité {a) y que ce canon ou catalogue contenoit 22 livres,, autant que de lettres dans l'alpbabet ; que pour faire 24 livres ou 24 lettres, ils séparoient les lamentations de Jérémie de ses prophéties, et le livre de Ruth de celui des Juges. Saint Jérôme, saint Ëpiphane (&), saint Cyrille de Jérusalem (c) , saint Hilaire (éf) ont donné ce
{d) Voyez le traité MégUlah , dans la Gémarc ^
{b) Hœres. 8 , n.<^6 , de Pond, et Mens. , n.<> 5^ 4 , A2 , 25.
(c) Catech. 4. (d) Prolog, in PsaU
(^79) même catalogue , ainsi que le concile de Laodicëe (a) , et Josephe (6), tel que le voici :
i.<> La Genèse, ^.^ l'Exede , 3.^ le Lévitique, 4*® l^s Nombres, 5.° le Deutëronome ; voilà le Pentateuque , 6.^ Josuë, 7.® les Juges avec Ruth , 8.® Samuel ou les deux premier^ livres des rois , 9.^ les Rois, qui sont les deux derniers livres de ce nombre, lo.*' Isaïe , i I.' Jérémie avec ses lamentations, 12.** Ezéchiel, i3.® les 12 petits prophètes, 14.° Job, 15.** les Psaumes, 16.^ les Proverbes , 17.® TEcclésiaste, ib.® le Cantique, 19,^ Daniel, 20.^ les Parâlipomènes en 2 livres, 21.^ Ësdras^ doubles, 22.^ Esther.
Méliton , en faisant le catalogue des juifs, le composant de 22 livres, avoit raison, mais il omettoit ïe livre d' Esther qu'ils ont toujours reçu et qu'ils reçoivent encore. Ainsi , quelque soin qu'il eut pris, son catalogue n'éioit pas complet, ou c'est une faute du copiste.
Je conviens que dans le principe toutes les Eglises n'ëtoîent pas également instruites sur ce sujet, et que quelques-unes ne connoissoient pas tous les livres canoniques ; il ne faut pas
(a) Can. 60.
(a) Lan. bo.
(b) Lib. I f contre Appion j c. 9.
s'en ëtonner , puisqu'il y avoit des Eglises qui subsistoient sans aucune écriture, comme saint Irenée le témoigne (a).
Nous convenons que le canon des juifs a élé suivi dans les premiers siècles de l'Eglise , les anciens pères ne pouvant mieux faire , parce qu'alorsrËglisenavoitpasencoreprononcé,parce qu'alors on u'avoit pu comparer la tradition des E^lisesd'OccidentaveccelledesËglisesd'Orient* Mais aucun d'eux , en citant le canon des ]u\fsy n'a prétendu qu'il étoit exclusif j et que l'Eglise ne pouvoit y en ajouter d'autres. L'an 397 , le concile de Garthage mit dans le canon des saintes écritures des livres que le concile de Laodicée n'y avoit pas mis 3o ans auparavant, parce qu'à Garthage on suivoit la tradition des Eglises d'Occident, de laquelle l'Eglise de Laodicée n'avoit pas connoissance. G'est ainsi que le concile de Trente , en réunissant la tradition de tous les siècles et de tous les pays, a formé définitivement le canon des saintes Ecritures.
Il en a été de même du nouveau Testament. — On a constamment reçu pour canoniques, les 4 Evangiles, les Actes des Apôtres, les
(a) Irenas. , 1. III , c. 4.
li Epîtres de S. Paul. Voilà, dit Eusèbe; après les plus aociens Hagiographes les livres gui étoient reçus d'un consentement unanime (a), c'est pourquoi on les appeloit Proto-canoni-^ gues^
Le défaut de communication entre les Eglises d'Orient et celles d'Occident fit que Ion eut dans le principe quelques doutes sur la canonicité de l'épitre aux Héhreux, des épîtres de S. Jacques et S. Jude, de la seconde de S* Pierre, des 2.°*® et 3.^® de S. Jean et de l'Apocalypse. Mais ces écrits ont été reçus de tout temps par quelques Eglises. C'est ce que nous voyons dans les conciles de Laodicée , de Carthage, de Rome, et dans le dernier canon des Apôtres. C'est ce qui a détermine le concile de Trente à le mettre au même rang que les autres ; c'est pourquoi on les nomme Deutero-canoniques.
Les épîtres dont la canonicité a d'abord été contestée , sont celles qui n'a voient été adressées à aucune Eglise en particulier, comme celle aux Hébreux qui éloit adressée à tous les juifs convertis. D'autres qui étoient adressées à des particuliers , ne parurent pas aussi impor-
(tf) Hist. ecclésiast. , 1. III , c. 25.
tantes que celles adressées aux églises de Rome ^ de Corinthe et d'Ëpfa^se. Eusèbe {à) distingue donc trois sortes de livres du nouveau Testament; 1.^ ceux qui ont d'abord été reçus d'un consentement unanime ; 2.^ ceux qui n'ont pas été reconnus d'abord par tontes les Eglises , et qui ont été citées comme Ecriture sainte par quelques auteurs ecclésiastiques. Cette dernière classe se divisé en deux , lune qui, par la suite, a fait partie du canon, l'autre qui, sans en faire partie , a été conservée comme des livres utiles et respectables. Tels sont les livres du Pasteur , l'Ëpître de saint Barnabe , les deux lettres de saint Clément; 3.^ les livres supposés et forgés^ parles hérétiques pour autoriser leurs errears, livres que l'Eglise catholique a toujours rejelés ; tels sont les évangiles de saint Thomas , de saint Pierre et les fausser apocalypses.
Ainsi il résulte que la canonicité de tel ou tel livre repose sur la tradition ou l'autorité de l'Eglise.
Objection. «De l'aveu même des chrétiens de nos jours, il se fabriqua, dans les premiers siècles de l'Eglise, plus de quarante faux
(a) Hist ecclésiast. , 1. III , c. a5.
Eçangilés^ et beaucoup plus de fausses » Epitres 9 que l'on attribuait aux Apôtres , » pour les rendre plus respectables. La fle- » ligion catholique ria^t-elle pas rejeté les » vrais et adopté les fauxt C'est sur quoi » elle ne peut prononcer , sans être tout-^à^ » la-- fois juge et partie ; son autorité i à cet » égardj depient nulle ^ parce qu'elle ne peut » pas la prouver par ces mêmes libres y sans j» tomber évidemment dans le cercle vicieux D qui existeroit néanmoins ^ si deux auto^ » rites seseruoientréciproquement de preuve. » // n*est donc pas certain que les livres » admis par les chrétiens de nos jours , soient y> authentiques (a).
Réponse. Il est faux qu'il y ait eu des ëvangiles supposés dès le premier siècle ; je défie M. Feuillade de prouver la date des faux évangiles.
Il est faux que les évangiles supposés aient été aussi nombreux que le prétendent les incrédules.
(a) Cette objection est copiée de V examen cri" tique f cl; de l'histoire critique de Jésus-Christ , Prëf. , p. xvj ; des réflexions importantes surVEvar^ giU, p. 229;
Digitizeçl
Cette objection inventée par le juifOrobio (a) a été répétée par la troupe moutOiitïière. Pour faire un canon de 4o fauoc és^angiles fabriqués dans les premiers siècles de l'Eglise , ils ont ajouté à celui du juif Orobio , un prétendu évangile éternel fabriqué au treizième siècle , une vie de Jésus - Christ , écrite en persan Tan 1 600 , enfin le livre du père Berruyer (&); et beaucoup de livres pieux. D'où est venu le grand nombre d'évangiles apocryphes ? de l'abus d'un terme. Au second siècle et dans les suivans, on a nommé éi^angiles^ non-seulement tous les livres du nouveau Testament (c) y toutes les histoires de J. C. ou de la Sainte Vierge , mais encore les professions de foi , les catéchismes , les livres de croyance et de morale des hérétiques.
La différence des noms et des titres a encore servi à les multiplier. Il y a tel de ces livres qui a porté 3 ou 4 noms différens, 1.^ l'évangile des Hébreux; 2.^ celui des Nazaréens ; 3.° celui des 12 Apôtres ; 4*^ celui de saint Pierre , tous n ont fait qu'un évangile » c'est-à-dire, celui de
(a) Arnica collatio » p. aSg.
{b) Hist. critiq. , Praefat , p, (c) PP. Apost. , t. I, 175,
XTJ.
saint
( 285 ) S. Matthieu^ Fabrlciiis ^ auteur protestant , IëH convient lui-même (a)é
11 faut expliquer encore ce qu'on entend par apocryphes.
J " Ce mot, selon &cm étymologie, signifie caché; en ce sens, on nommoit apocryphe tout écrit ^]^dé secrètement et soustrait à la connoissance du public. Ainsi , les livres sybillins confiés à la garde des décemvirs , les annales d'Egypte et de Tyr, dont les prêtres étoient seuls dépositaires et . dont la lecture n'étoit pas permise à tout le monde, étoient des livres apocry^ phes ; mais ils n'étoient ni faux ni supposés* Un livre, parmi ceux de l'ancien Testament, quoique sacré, quoique divin, pouvoit être apocriphe^ s'il étoit resté déposé dans le temple et s'il n'avoit été ni communiqué au peuple , ni porté dans le catalogue public des écritures , tels que les 3."^% 4.""^ d'Esdras, 3.^*^ et 4.^« desMachabée, et l'oraison de Manassès, etc. Ainsi,
. avant la traduction des Septante , les livres juifs pouvoient être considérés coxame apocryphes^
%.pSiT rapport aux gentils; ceux non insérés dans le canon ou catalogue des écritures étoient apocryphes , par rapport aux Juifs.
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Kja) Fabr. Coi. Apoorj. N. T., n.» la et 45-
Ce
Dans le ChrisdaDisme , il n'y avoit point dé livres secrets y point de livres dont on refusât la connoissance au peuple» et même aux gentils, aux païens. Les originaux ëtoient déposes dans les eus-, todes des églises principales, mais les copies en circuloient dans les mains de tous les chrétiens; ainsi , tout étoil patent , et dans toutes les assemblées on lisoit ces livres dont chacun avoit une copie.
Les hérétiques, au contraire, répandoient dans Tombre et dans les ténèbres des livres qui contenoient les germes de leurs erreurs ; ils les faisoient circuler secrètement et parmi, leurs, adeptes (a), ils ne les citoient jamais comme
(a) « Telle hérésie , dit Tertallien , ne Reçoit » point certaines écritures ; si elle en admet , elle ^ ne les laisse point entières ; par des additions «t » des retranchemens elle les change , selon qu'il )^ conyient k son système ; si elle les conserre telles » qu'elles sont , elle en pervertit le sens par des t interprétations arbitraires. Or , il est ëgalement » contraire à la yéritë de corrompre le sens on le î> texte t ( Deprescript. , c. XIX , XX ). Luther , Calyin , et leur 70 sectes n'ont-ils pas falsifié , tronqué , altéré le texte , le sens de nos livres l et nos livres ont-ils perdu de leur authenticité 9 et s'avisent- ils d'apporter devant nous leurs livres 9 ainsi mutilés, pour soutenir etdéfendre leur doctrine f Non^ certes , parce qu ils savent que ce qui est faux.
autorilé en face des pasteurs légitimes, pour ap^ puyerleurdoctrine.Ces livres étoient, par exem-^ fle^V Echelle de Jacob^ ouvrage des Ebbionites, la Généalogie des fils et des filles d'Adam > laMisna, la Gémare, les Talmuds et les Targums, ouvrages des Juifs qui ont été long-temps apo- . cryphes.
Dans l'Ëglise chrétienne tout ce qui ne fut pas public, patent, connu et avoué de tout le monde , tout ce qui fut apocryphe ou secret fut suspect ; on alla plus loin : tout livre fut réputé douteux, dont Tauteur étoit incertain ou apocryphe , et Topinion qui flétrissoit les anonymes , les pseudonymes , flétrit également tout livre môme bon, même utile, qui nWoit pas pour lui la sanction de la tradition. Tel livre étoit donc canonique en Orient qui étoit encore apocryphe en Occident ; tel autre étoit canonique en Occident qui étoit encore apocryphe en Orient. Tant que les persécutions durèrent , les Eglises ne purent se communiquer respective*ment leurs livres.
Voilà pourquoi le concile de Laodicée , Tan 36o , ne place pas dans le canon V Apocalypse , tandis que celui de Carlhage, tenu Tan 897,
ne prouve rien , et que leurs livres sont, domme eaxt d'hier.
Ce tx
l'y place ; mais observons que le concile de Laodicée, en ne plaçant pas V Apocalypse dans le canon , ne le rejette pas, ne le condamne pas, ne le met pas à Yindeoc.
C'est qu'en Asie on doutoit encore de son authenticité , tandis qu'à Carthage on en doutoit pas. Mais on ne peut citer aucun auteur des premier et second siècles qui ait argué de faux ce livre prophétique ; on ne connoît que Caïus , dans le troisième siècle , qui ait eu cette audace. En fait d'histoire , de monumens , de critiques , ce qui a paru douteux dans un temps a pu devenir certain dans un autre. Le quatrième siècle , lorsque la paix fut rendue à l'Eglise , fut un temps de lumières , de recherches , de savantes discussions ; on fouilla ^ on rassen[ibla , on compara , on interrogeai les monumens des siècles précédens ; on cita la tradition , on confronta les témoins , et ce qui avoît été obscur, douteux, put devenir certaia et incontestable ; et, disons-le aussi, peut-être l'hérésie des millénaires ne permit - elle pas à l'Eglise de canoniser plutôt l'Apocalypse , de peur de favoriser cette secte.
Examinons maintenant s'il y a jamais eu quarante faux Evangiles dans les premiers siècles de l'Eglise : il est évident que plusieurs de
ces prétendus Evangiles ayant porté plusieurs noms différens , on pourroit en réduire le i)ombre à douze ou quinze au plus ; mais comme il n'en reste que les noms , on ne peut en attester ni Tidentité , ni la difi'érence. Le plus grand nombre n'a paru qu'aux quatrième, et cinquième siècles , et tes plus anciens ne remontent qu'à la fin du second y puisque saint Justin n'en a connu aucun (a).
Quelle induction les incrédules peuvent - ils tirer de ce que des faux Evangiles aùroient circulé dans les premiers siècles de l'Eglise ? . Ils ont eu si peu de crédit et d'autorité dans les églises, que , comme nous l'avons dit, jamais les hérétiques, tels que Cérynlhe, Garpocrate, Valentin , Marcion , les Ebbionites , les Gnostiques, les Sabelliens, les Ariens , n'ont été assez téméraires pour les produire au jour et les opposer aux quatre Evangiles,
Ils ont eu si peu de crédit , que jamais les Pères de l'Eglise ne les ont cités. Les quatre Evangiles , au contraire ^ ont joui d'une si constante autorité, qu'aucun de ces hérétiques n'a été assez téméraire f)our en attaquer l'authenticité^
(a) Voyez la dissert, de Dom Caîmet sur ce snjet , Bible d'Avig. , t. XIH , p. SiB.
et pour nier que ces écrits ne fussent des Ap6tres même. Ainsi l'attestent S. Irenëe (a) ^ S. Clément d'Alexandrie , TertuUien (h) ^ Eusèbe (c). Il falloit donc que cette authenticité fut invinciblement établie et hors de tout soupçon.
Ces faux Evangiles partis de tant de mains différentes , ont-ils contredit lès nôtres sur le fond de l'histoire , sur les faits principaux qui servent de base à notre Religion ? Voilà ce que les déistes devroient prouver , voilà où il faut en revenir. S'ils y ont été conformes , quoi
préjugé M. F en tirera-t-il contre les noires î
Ne viendront- ils pas , au contraire , avec les talmuds juife et les auteurs profanes ,. déposer contre lui, et le convaincre d'imposture?
De cette prétendue mulliiude de /awa: Evangiles , il ne reste que le nom de la plupart j personne ne sait en quoi ils étoient conformes ou contraires aux nôtres ; il n'en résulte donc rien , ni pour nous ni pour lui. On n'en eoiuioît que quatre :
i.° Celui de la Nativité de la Ste» Vierge > ^-^—^-—-^— - ' — .— — ^-.-.^^^
(éO Cont. Marcion , 1. lY 9 e. 6L
(c) Hi3t. ecclés. , 1. III , c» îdS^
( ^91 ) dont S. Epiphane est le premier qui ait parlé dans le quatrième siècle.
2.® Le Proto-Evangile de S. Jacques, dont Qrigène a fait mention dans le second siècle.
3.** L'Evangile de Tenfance du Sauveur, du même temps , attribue par S. Irenée aux Marcosiens.
4.° L'Evangile de Nicodème sur la passion de Jésus-Christ , qui ne peut remonter plus haut que le quatrième siècle , puisqu'il est dit à la fin qu'il a été trouvé par l^mpereur Théodose.
Or , les quatre faux Evangiles , quoique pleins de fables et de puérilités , ne contredisent pas les faits de nos Evangiles ; ils serviroient même de preuves , si des rêveries pouvoient prouver quelque chose.^ •
Plus nous voyons les incrédules insister sur la multitude des Evangiles faux, moins nous comprenons quel avantage ils en peuvent tirer. Quand une histoire vraie auroit été contrefaite, commentée mal adroitenaent , défigurée par cent auteurs , qu'en pourroit - on conclure contre elle , dès qu elle subsiste toujours telle qu'elle est sortie de la main des témoins oculaires l
Il en résulte , dira-t-on , que si les fables contenues dans les faux Evangiles ont été crues,
on a pu ëgalemeiit ajouter foi à nos Evangiles, quand même iis n'auxoient raconlé que des fables.
^lais par qui les faux Evangiles ont-ils été crus l Est - ce par des contemporains ? Ils n'ont paru que plus d'un siècle après la date des évènemens. Ainsi , l'Eglise n'a pas eu la peine de choisir, elle n'a eu d'autre soin que celui de conserver ; elle n'a donc pas pu rejeter les vrais pour adopter les faux l — Est - ce par les Pères de l'Eglise ? '— Mais ils ont crié à l'imposture , dès qu'ils ont eu connoissance des fausses productions. — Est - ce par les fidèles ? Mais aucun n'y a donné confiance que ceux qui s'étoient aveuglément livrés aux hérétiques. Aujourd'hui les incrédules les plus fiers comme les plus sols croient encore , ou font semblant de croire toutes les fables qui leur paroissent injurieuses au Christianisme; s'ensuit-il que l'on doive s'inscrire en faux contre toutes les histoires ?
En deux mots , ou les Evangiles apocryphes étoient conformes aux nôtres pour le gros des faits, ou ils ne l'étoientpas. Dans le premier cas, ils n'oxU été rejetés qu'à cause qu^ilsmanquoient d'attestations de leur authenticité j et ç est un préjugé de plus en faveur des nôtres*
Dans le second, il s'ensuit qu'ils ont ^té réfutés par la notoriété* publique, et que si quelqu'un s'y est laissé tromper , c'est sa faute.
Ce que nous avons dit des Evangiles , peut et doit également s'appliquer aux épîtres.
Mais, dit M. F..,. , V Eglise ri a pu prononcer sur r authenticité de ses lii^res , sans être tout-orla-fois juge et partie. Quels juges devoit-elle donc appeler ? Les paiens, les philosophes , les hérétiques. — Plaisant tribunal! — Lorsque les Français ont quelques discussions sur la confection, sur l'interprétation de leurs lois, appellent-ils les Anglais , les Allemands, les Suisses pour juger leurs débats? Toute société n'a-t-elle pas exclusivement le droit de juger et de prononcer sur sa législation , sur l'authenticité de ses codes ? Son autorité^ continue- t-il , déifient nulle ^ parce qu'elle ne peut pas la proui^er par ces mêmes Usures ^ sans tomber dans le cercle vicieux de deux autorités qui se sentent réciproquement depreuv^es (a). Cela est faux, l'autorité de l'Eglise ne se prouve pas par
{a) Cet argument a ëte fourni à M. F par
Bayle ( Voy. le Comment, philosophique , IL* part. , chap. X , p. 4^8 , suppie'in, , Préf. , pag. 484).
( ^94 ) ses livres, mais par la mission de son autenr^ par la naiure de sa doctrine , par le besoin des fidèles, par sa catholicité, enfin par sa possession. Les privilèges de la nation anglaise se prouvent bien moins par la charte d'Edouard ^ que par la possession où elle en a toujours ëté depuis telle époque.
Le cercle vicieux dans lequel les déistes accusent TEglise d'êlre tombée , ressemble parfaitement à celui dont on accuseroit un corps de magistrats, qui prouveroit à des plaideurs entêtés sa jurisdiction et sa compétence par le texte même des lois dont il est le gardien et Tînterprète. Au surplus, je préviens d'avance M. F... que lorsque j'établirai Tautorité de TEglise, je n'aurai recours à aucun texte de 1 écriture.
Objection. Les lii^res que les catholiques reconnoissent pour authentiques et dii^ins ont été si considérablement altérés , que du temps de S. Jérôme»..» il y a^oit autant de différens exemplaires que de volumes , dest ce qu* atteste ce père de V Eglise dans deux de ses pré faces. ..adressées aupapeDamase (et).
Réponse. Il étoît très-inutile de faire étalage de la citation de Su Jérôme, Que prouve-
t-elle ? Rien , pas plus que l'assertion du docteur
(a) Feaîl., tom. I, p. ii5.
MIIl , qu'il existe aujourd'hui, dans les diverses éditions du nouveau Testament, 3o,ooo variantes. 11 faudroit prouver que, parmi les variantes dont se plaignoit S. Jérôme , comme parmi celles dont parle le docteur Mill, il y en tivoit une seule qui changeât essentiellement le sens d'un verset, qui détruisît un des faits de rhistoire, ou qui eût établi un nouveau dogme. J'ai sous les yeux trois bibles des meilleures éditions ; quelque pures , quelque correctes quelles soient, elles ne sont pas sans variantes; ne sont-elles pas authentiques ? Voilà ce qu'il faudroit me prouver; je ne connois aucune édition du code civil qui soit sans variantes ^ comparée avec une autre ; le Code civil cessera-t-il d'être authentique par la faute, Tignorance, la négligence des imprimeurs?
S. Jérôme, dans sa préface sur les Evangiles, se plaint qu'il y avoit en langue vulgaire ( alors latine ) autant de traductions différentes .que de cahiers. On pourroit aujourd'hui en dire autant de toutes nos traductions françaises ou vulgaires , depuis 3 ou 4 siècles.
Les originaux étoient ou hébreux, ou grecs, et les traductions vulgaires étoient latines. Mais parmi ces traductions vulgaires , il en étoit une plus commune, plus respectée, plus généra-
( ^96 ) lement suivie que les autres , dont les Eglises latines ëtoient en possession ; c'est pour cela que S. Jérôme l'appelle vulgatam editionem^ latinam editionem , latinus interpres , ou translater (a); les autres étoient comme nos Iraducrions françaises, sans autorité; elles contenoient beaucoup de variantes , parce qu il y avoit eu beaucoup de traductions (è). Donnent à dix Hellénistes à traduire im fragment d'Homère, vous aurez dix traductions difiérentes; et cependant ces dix Hellénistes seront peutêtre exacts et vrais dans leur traduction.
Elles contenoient beaucoup de variantes : parce qu'il y avoit eu beaucoup de copistes , parce que plusieurs avoient fait sur leurs copies des notes marginales que d'autres copistes igno-
(a) IJier. comment, in Episi. ad Gai. ^ c. V y Oper, , t, IV y f."" pars , col. 3o6 , in Epis t. ad Eph, , cap. Jfl , coL aSS.
(b) <n On peut compter , dît St. Aagastin , le ^ nombre de ceax qui ont traduit les écritures î> d'hébreu en grec 5 mais les interprètes latins sont i> très- nombreux. » ( De doctrinâ Christ. , c. XI > ».*» 16. )
Parmi ces différentes interprétations, Ton doit proférer V italique , elle est la plus littérale et la p^us claire pour le sens ( lbid\ c. XV > n.® aa ).
( ^97 ) thtïs avoient fait entrer dans le texte. Elles contènoien^ beaucoup de variantes : parce que plusieurs n avoient fait pour eux , pour leur usage qu'un ëvangile des 4 évangiles («), c'està-dire, une concordance. Mais laissons saint Jérôme lui-même répondre à M. F...., il lui dira de quelle nature étoient ces variantes : << Pourquoi ne pas corriger, dit-il, sur Tori- » ginal grec ce qui a été mal rendu par de » mauvais interprètes, plus mal corrigé par des » ignorans présomptueux, ajouté ou changé par » des copistes négligens {V). » Voilà donc trois causes qui pouvoient suffire pour faire envisager les divers exemplaires d'une même version comme autant d'interprétations différentes.
Qui est-ce qui , après avoir corrigé les épreuves d'un imprimeur , peut ignorer les altérations grossières , les contre-sens épais qu*opère dans une phrase le changement, l'addition, l'omission d'une syllabe, d'une lettre, d'une virgule ou d'un point ? Il en étoit de même des fautes énormes des manuscrits de la vulgate moderne
(a) Wallon, proleg. IX , 21.
{hi) Hieron. Epist. ad sunianif et fretelam, Oper. , /. // , /." pars , col. 627 , et sar le 65.* chap. dlsaïe » S. Jërome appelle cette tradactioq , edi" tionem toto orbe vul^atam , t. III , col. 492*
(^98) avant rinvention de rimprimerie, et de là version des Septante, avant qu'Origène, Lucien, Hesychius,Eusèbe, S. Jérôme n'eussent apporté le plus grand soin à purger les différentes copies ?
Les livres hébreux avoient eu également leurs traducteurs en grecs. Outre les Septante » on comptoit encore la traduction d'Aquila, de Théodotion, de Symmaqùe, et deux autres qu^Orîgène avoit rassemblées dans ses octaples ; mais parmi les Grecs, celle des Septante, étoit hoïncy dit S. Jérôme, c'est-à-dire, commune, vulgaire.Ce Docteur, exhorté par lepapeDamase à donner une nouvelle édition latine du nouveau Testament, conforme au texte grec, lui objecta le danger que Ton côuroit à réformer une version à laquelle tout le monde étoit habitué , et qui étoit consacrée par le respect unanime des peuples ; il lui objecta les réclamations et les censures auxquelles un nouveau traducteur alloit être exposé. Il ne se trompoit pas^ il fut le sujet des critiques les plus amères; Rufin , son ancien ami , Taccusa même de blasphèmes et de sacrilèges (a). Si dans les diffé-
(a) Apol. cont. Raf. , 1. UI 9 Oper. , t. lY ^ «ol. 444 . 446-
( ^99 ) rentes Eglises il y eût différentes versions auto^ risées y lui auroit^on contesté au cinquième siècle un privilège dont vingt auteurs auroient joui pendant 3oo ans avant lui ? Si la traduction vulgaire dont les Eglises étoient en possession eût présenté cette variété de versions que lui suppose M. F.... , pourquoi, parmi tant de sec-* taires qui ont troublé Téglise latine , comme les Montanistes, les Manichéens, les Novatiens^ les Donatistes , les Ariens, ne s'en est-il rencontré aucun qui lui ait reproché Tin certitude que cette variété devoii nécessairement jeter dans sa foi , dans sa doctrine ? Voilà un phénomène dont je prierois M. F.... de m'expliquer la cause* Le problème sera plus difficile encore à résoudre, s^il porte les yeux sur la multitude de sectes qu'ont engendrées les variations que les protestans ont introduites dans leurs traduc* tions de la Bible.
Objection. Selon M. F.,,, , le pape Damase iiLOVoit ins^ité S. Jérôme à ret^iser les di^ verses traductions de la Bible que pour faire accorder les écritures avec la doctrine que V Eglise romaine professoit à la fin du quatrième siècle , qui étoit si différente de celle des trois premiers (a).
Feuil., tom. I , p. 1 17.
( 3oo )
Réponse, i.^ Si les variantes dont les dîterses copies de la Bible étoient infectées n'existoient pas, si la correction qu'a fait S« Jérôme étôit inutile, ou n'avoit d'autre but que de favoriser les passions d'un pape ambitieux, que deviennent, M. F...., tous ces arguinens à perte de vue que vous avez voulu établir contre l'authenticité des livres saints par ces mêmes variantes l Voilà le philosophe I voilà le savant ! il détruit d'une main ce qu'il a eu beaucoup de peines à construire de l'autre. Tout à l'heure , il n'y a qu'un instant , les livres saints étoient, avsint S. Jérôme , tellement falsifiés , que l'Eglise ne pou voit distinguer les vrais d'avec les faux; toutà-coup il lui prend fantaisie de calomnier et les papes et les saints , alors les écritures étoient saines, elles étoient entières, elles ne conte*noient aucune tache , c'est S. Jérôme qui les a lui-même falsifiées, altérées pour complaire à un pape. Qui sophistice loquitur odihilis est^ et omni enim sapientid defraudatus est (a)é
2.® Il faut avoir une confiance, une foi bien robuste dans l'ignorance, dans la sotte crédulité d'un lecteur pour débiter de pareilles folies* Supposons que S. Jérôme, pour complair?
ia) Ecclésiastic. , c. XXXYU , 23 , 24»
au
( Soi ) to pape Damase , eût altëré et falsifié les écti« tures , étoit-il en son pouvoir d'anéantir les anciennes traductions pour y substituer . la sienne? Otoit-il et pouvoit-il ôter la faculté de juger et de comparer les origintiîix avec sa traduction ? L'Ëglîse d'Orient n'étoit-elle pas dépositaire de la traduction grecque des Septante? N'y avoit-il plus personne dans tout l'Occident qui comprît le grec (a) ? Et dans le mondé entier les Juifs cessoient-ils d'être porteurs de leurs livres? Que quelqu'un fasse aujourd'hui une traduction infidèle d'Homère, quelque peu d'intérêt que le peuple prenne à cette traduction*, le ridicule , le mépris et même l'infamie ne poursuivrontils pas aussitôt le traducteur éhonté ? Si la tra-« duction de S» Jérôme est infidèle , si elle est altérée, que ne venez- vous , avec les prototypes, avec les originaux, nous démontrer sa turpi^ tude? 11 ne les a pas détruits, il ne les a pas changés; les Juifs, les Grecs les ont cons.ervés, ils sont dans nos bibliothèques publiques. On peut à Lyon consulter la. fameuse Polyglotte de Ximéuès; c'est un des ornemeiis de celte précieuse bibliothèque ; apportez-les , traduisez-
(a) La yille de Ljon ëtoit alors peaplëe de grecs, ainsi qae toutes lesaatres villes des Gaules. La langue grecque eutrolt alors daus l'ëducatiou de tontes les familles aisées.
les Tons-inéine , . et au lieu de fabriquer des romans , montrez-nous les falsifications , \e& altérations de S. Jérôme.
3.® L'autorité du pape Damase et de ses successeurs a-t-eUe jamais été ce que Tout supposée les protestans» les sociniens et les phi-^ losophes ? Loin de là. Le peuple chrétien étoitil si ignorant, ou si insouciant, ou si débonnaire que le vicaire de Privas est forcé de le supposer ^ polir bâtir son roman ! Loin de là. S. Augustin nous apprend le contraire et nous dit que dan6 une église d'Afrique , où Ton avoit lu la nouvelle version de S* Jérôme , le peuple s'étoit mutiné, parce que, dans la prophétie de Jonasfa), on lisoit Hedera (un lierre), au lieu de cucurbila ( une courge ) (6) ; et M. F... voudra nous persuader que ces églises africaines qui se cabroient pour le changement d'un mot trèsindifférent, acceptoient de la main du pape telle ou telle version qu'il lui plaisoit de leur donner? Ces contes, M. F...., ne se débitent et ne se croient qu'à Genève.
. 4?** La traduction de S. Jérôme, bien loin
(a) Chap. IV , t. 6.
(Ji) Epîsi. 'ji ^ ad Hieron, , c. III , n.* S ; Epist. 8* , c. V , n.» 35.
^Weanlîr tout-à-coup raiicienne» eût beaucoup de peine ( malgré la prétendue autorité du pape) , de s'accréditer. Sur la fin du sixième siècle > S. Grégoire-le-Grand reconnoit (a) que, malgré que la version de S; Jérôme fût généralement plus fidèle et plus claire que Tancienne vulgate^ Tusage de l'église de Rome éloit de se servir tantôt de Tune, taiitôtde l'autre; et jusqu'aux neuvième et dixième siècles , beaucoup d'églises conservèrent l'ancienne version, sans éprouver aucune opposition de la part des souverains pontifes. Le temps effaça les préjugés, çt la traduction de S. Jérôme prévalut ensuite dans tout l'Occident.
Vous me permettrez, Monsieur, de ne pas Qi'égarer à la poursuite de M. F.... dans son épisode contre S. Jérôme. Un accès de mauvaise humeur contre ce docteur de l'Eglise Ta entraîné hors de son sujet, ainsi, je le laisserai courir.
Je terminerai cette lettre par une observation générale sur l'accusation de tous les hérétiques contre le clergé catholique , d'avoir falsifié les livres saints. Depuis deux siècles les protestans, les sociniens, les déistes crient que les Evangiles ne disent pas un mot de tous
{a) Moral, sur Job. , 1. XX, c. ^5.
Dd 2
Digifized
( 3o4 ) les dogmes utiles aux ptétres , que ce sont des rêveries forgées dans les siècles postérieurs aux(}uels Jésus-Christ et les apôtres n'ont jamais pensé.
Mais un autre déiste s'est chargé de confondre cette calomnie de ses collègues ; Hobbes a observé très- judicieusement , que si les prêtres avoient voulu falsifier le nouveau Testament, ils j auroient inséré des textes plus favorables à leurs idées et à leurs prétentions ; qu'ils en auroient effacé les passages qui condamnent l'or^ gueil, rintérê(, l'ambition (a), que les disputes des hérétiques , l'abus qu'ils faisoient de certains passages de l'écriture pour attaquer le dogme, eussent été des motifs de falsification pour eux ; que par là ils auroient enlevé à leurs ennemis toute voie de discussion. Â cela nous ajouterons: lapreuveque lesprêtresn'ontpas altéré les Evangiles^ c'est que M. F.... y puise les mêmeà argumens contre ladivinitéde J.C.,queCérynibe, Sabellius, Paul de Samozate, Ariusy puisoientautrefois; c'est qu'il y trouve les mêmes passages qui ofit servi de prétextes à tant d'hérésies ; c'est qu'il s'en sert , c'est qu'il les produit encore : or , si le clergé avoit falsifié les livres, n auroit-il pas com-
(a) LeTiathan. y Ill.^part. , c. 33.
nlencé par anéantir dies textes qui lui etigendroient des ennemis (a) ?
L Vt- il jamais pu ? Environné dès sa naissance dennemis attentifs et jaloux, eût-il pu, au milieu des schismes, des hérésies, des disputes, des dissensions, produire une pièce fausse sans se couvrir d'opprobre? Le pourroil-ii aujourd'hui
(a) La raison en est tonte simple , dit M. FeuiFlade : c'est qu'il ëtoit beaucoup plu'8 facile d'ajouter que de retrancher , de faire des additions- propres à étajer les nouvelles opinions que l'on youloit faire adopter , que de faire dea retranchemens considérables. En yoîci la preuve i ( Fenill. , 1. 1 , p. i3i )»
La preuve qu'il apporte et qu'il délaye dans une grande page 9 n'est autre chose que la supposition gratuite , qu'à une interpolation on ne pouvoit opposer qu'Anne preuve négative. Mais , M. F ,
ignorez-vous qu'à une preuve négative , tout logicien doitn(^c6ssairementen opposer une positive sous peine derester, admetamnonloqui. Par exemple 9 lorsque
M* F dit : ou reste ^ si l'on a fait des retranche^'
mens considérables aux écrits des apôtres^ , il peut fort 'bienjr avoir eu ^ dans le temps ,. des réclama" tiens qui ne sont point parvenues jusqiCà nous (i}. Je nie la supposition de sa prétendue possibilité ; je nie ensuite le fart , et en- bon logicien, M. F..... est tenu de me prouver l'un et Tautre. Ne le faîU il pas f Je le renvoie à l'académie de Picrocole.-
au milieu des 70 sectes déprotestans, au milieu des sociniens , environné de déistes et d athées?^
Nos adversaires triomphent de ce scandale. Insensés ! ils ne voient pas que dans Torcke de la providence ils sont eux-mêmes placés ponr veiller au dépôt de la foi , et pour en rendre impossible l'altération. C'est leur propre malignité , ce sont eux - mêmes qui répondent au peuple de l'impossibilité dans laquelle il est d'être trompé.
Tindal dit que , depuis la prétendue réforme , la religion d'Angleterre a changé trois fois en douze ans (a). Quelles variations Genève n*a-t-il pas péseoté seulement depuis vingt ans aux yeux de l'observateur ? Lorsque la croyance change , on peut donc le prouver , citer répoque , et les monumens de celte altération ; il faut que les incrédules allèguent les preuves du même événement dans l'Eglise romaine , et qu'ils nous citent l'époque et la date de nos variations.
Cette lettre étoit à peiné finie , que je me suis iaperçu qiie M. F. revenoit encore une fois contre l'autorité deslivres saints, en les accusant de contrudictionÇJb). Les grandsgénics sont sujets aux
(a) Tindal, c. XIII , p. 261.
{b) FeuiU. , t. II , p. 528.
distractions ; il avoit oublié cette partie essentielle , et j'en étois surpris: ; car c'est le chapitre bannal de tous les savans populaclers. Les philosophes ne lui eussent pas pardonne une telle omission ; il a réparé sa faute à la fin dé son second volume.
Je vous épargnerai ses préliminaires et j'aborderai de suite ses objections.
Première contradiction. « St. Matthieu , en >» faisant la généalogie de Jésus-Christ y le fait » descendre de David par son fils SalotnoEi ; » tandis que St. Luc le fait descendre du 5> même David par son fik Nathan. »
Voilà trois siècles que cette objection passe et circule dans les écoles de rimpiété^-^ellé a déjà enfanté nombre de volumes et d'opinions; toujours répétée , toujours réfutée , toujours nouvelles clameurs , toujours nouvelles^ répliques; ainsi elle sera toujours neuve pour les ignorans* — C'est l'opiniâtreté des incrédules qui multiplie les livres, c*est leur opiniâtreté qui propage les lumières de la foi (a).
(a) Ce qui faisait dire & St. Grëgoiré-Ie-Granâ » en pariant de riacrëdoUté de St. Thomas : plus ^fus no bis infidelîiaiem adjidem , quant fidem discU pulorum credentium profuisse ( Hoiiiel. XX VI ^ in
Su Luc voyant qae St. Matthieu avoît exae-* tement fait la gcnëalogie de Jésus-Christ y par Salomoo jusqu'à David , la voulut faire également par Nathan, afin de prouver de toute» manières que Jésus étoit fils de David. Pour comprendre cette double généalogie , il faut savoir que les Juifs, comme les Romains, pousoient tont-à-la-fois compter deux pères , Tun naturel, l'antre légal , Tun réel, l'autre d'adoption. Ainsi , Joseph pouvoit être fils naturel de Jacob, et remonter par sa généalogie naturelle jusqu'à Salomon,etde là à David; il pouvoit être fils adoptif d'Héli qui descendoit en ligne droite de David par Nathan frère de Salomon.
Or , l'adoption étoit établie chez les Juifs ; les enfans de Joseph , Mànassès et Ephraïm furent adoptés par leur aïeul Jacob , et furent comptés au nombre de ses enfans naturels , et constituèrent le nombre des douze tribus.
Où seroit la contradiction de M. F.*... , si Héli avoit adopté Joseph enfant de la même tribu et de la même souche j et enfant naturel de Jacob , et s'il avoit reconnu sur la têle de cet enfant ses prérogatives héréditaires l
L'adoption se faisoit encore en vertu d'une loi formelle qui ordonnoit au frère d'épouser la veuve de son frère , et Fenfant qui naissoit ;de ce
( 3ô9 ) mariage, succédoit aux titres et prérogatives du frère défunt, et coniinuoit la généalogie.
Ainsi , Jacob . et Héli étant frères , Jacob meurt , Héli épousé sa veuve , engendre Joseph , qui continue en vertu de la loi, la génération de Jacob« Ainsi , en vertu de la loi , il remonte par Jacob son père légal jusqu'à Salomon et David , par Héli son père naturel , jusqu'à Nathan et David.
Mais , dira M. F , Jacob et Héli n'étoieni
pas frères , puisque Jacob étoît fils de Mathan selon St. Matthieu , et Héli, fils de Mathat, selon St. Luc. — Fort bien ; mais si Malhat et Mathan ont eu la même femme , si l'un des deux a épousé la veuve , ou la répudiée de l'autre , Jacob et ÏJéli auront été frères utérins. Les anciens Pères de rEglisel'ont ainsi pensé(a); car la tradition leur doonoit alors une mère commune , nommée Hesta. Héli s'étant marié mourut sans enfans , Jacob épousa la veuve et engendra Joseph qui participa aux deux généalogies (6). « Mais , "Hit M. F , les suppo-
(a) C'est entr*aatre8 l'opinioa de Jales 1* Africain , qui vivoit dans le troisième siècle {Euseb. Hist. eccl. , i. 1,0.7).
(Jb) Voj* Maldonnati comment, in 4. Evang.^ edit. Lugduni , Cardon , p. 29.
(Sio) s» sitions n- qnt été imaginées que pour concilier » ces deux évangélistes ; elles ne sauroient p par conséquent satisfaire un homme rai- )» sonnahle* i»
Toutes ces suppositions , dans Thypothèsé même où la tradition que je viens de citer seroit douteuse , doivent satisfaire tout homme raisonnable, mais non pas tous les philosophes^ qui , comme dit Cassiodore, sont , aà intelli-gendum saxei , ad judicandum lignei (a) ; ces suppositions doivent satisfaire , si elles sont prises dans la nature, dans l'histoire, dans les mœurs ,. dans les lois d'un peuple. Or, elles y sont tellement prises , que le peuple Juif, qui avoit le plus grand intérêt h contester ceue généalogie de David , ne la jamais fait. Cependant, ces deux généalogies, si elles eussent été contradictoires, comme le prétend la gent philosophe , leur eussent fourni des armes victorieuses ; ils ne s'en sont jamais servis , donc i.41esne valoieùt rien. Us n'ont jamais contredit ces çiippositions, parce qu'elles étoient d'accord avec leurs lois , leurs mœurs , et sans doute avec la vérité.
(a) Ad ignoscendum ferrei , adfallenduni vuîpes ^ ad superbiendum tauri , ad consumendum minotauri ( Slip. Psal. 75. )
(3ii)
Les premiers hérétiques , Cérynllie , Cafpocrates, Ebion, juifs d'origine, n*ont jamais contesté la généalogie de Jésus-Christ ,^ ils y étoient intéressés , ils ne l'ont pas fait ; doric elle étoit incontestable (a).
Quels ont été les premiers adversaires de ces deux généalogies î Des étrangers , dès prétendus sayans , des hommes ignorant les mœurs et les lois juives.
Celse a bien connu ces deux généalogies , puisqu'il se contente de dire que les auteurs ont poussé trop loin leurs prétentions en faisaiôit descendre Jésus-Christ , Tun de David, l'autre du premier homme (6).
Julien dit seulement qu'elles ne s'accordelit pas ; mais il se garde bien de dire qu'elles sont contradictoires. '' ,
Si alors les Juifs se sont tus sur ces deux généalogies , c'est parce que les archives publiques de leurs nations déposoient en faveur et de Su Luc et de St. Matthieu , et qu'elles existoient ; si Celse et Julien se soQt tus , c'est parce que les Juifs, qui avoient le plus
{a) Voyez la réfatat. da Munimen fidei , par Gousset , I.« part. , c. I ; 11.^ part. , c. I. (Jb) Origen. , 1. II , n.^ Sa.
d'intérêt et le plus de moyens pour les contredire y se taisoient. Du silence des uns et des^ autres y j'en forme ua argument de prescription contre M. FeuiUade»
Seconde contradiction* « Selon S. Matthieu , sk Jésus-Christ prédit à S. Pierre qu'avant le ï» premier chant du coq il Tauroit renoncé )» trois fois {a)» >» Ce mot de premier est ici de l'invention de V homme à projet / ce qui est faux vaut mieux pour lui que ce qui est vrai y parce que le faux s'allie mieux avec ses prin-cipes.
« Le coq ne chantera pas aujourd'hui , dit )i St. Luc , que vous n'ayez nié trois fois me x> connoître {h).
1» Lé coq ne chantera pas , dit St. Jean , » que vous ne m'ayez renoncé trois fois (c). » Selon St. Marc , il est dit : en vérité , je * vous dis , qu'avant que le coq ait chanté » deux fois , vous m'aurez renié aujourd'hui , » cette nuit trois fois (d). »
Or , dit M. F , il y a contradiction entre
St. Marc et les trois autres évangélistes : suivant l'un, le coq chantera deux fois ; suivant les
(a) Matth. XXVl , 34. (c) Joan. Xffl , 58. {b) Luc XXII , 54. {d) Marc XIV , 5o.
trois autres» }e coq n'aura chanté qu^une foi^ avant la triple renégation de St. Pierre.
Réponse. Quelle pitoyable ressource que celle de ramasser dans les balayures d'un séminaire de vieux et de futiles argumens d'école ! Quelle réponse donnerai-je à M. F...^. ? Celle qu^il donnoit jadis à son professeur.
Il répondoit alors que , quoique le coq chantât deux fois dans la nuit , à minuit et au point du jour, dans le style de l'écriture, le chant du coq ne désignoît jamais que le point du jour. C'est daiis ce sens que le même saint Marc dît : veillez donô , car vous ne sares pas quand le maître arrivera h la maison ^ si ce sera le soir^ a minuit^ au chant DU COQ, ou dans la matinée (a). On lit dans le livre de Tobie , qu'au chant du coq , du très-grand matin ( circa pullorum cantum ) , Raguel fit lever ses esclaves pour aller creuser une fosse (&). Les anciens désignoient l'aurore sous le nom de chant du coq , galli^ cinium (c).
Les trois évangélistes s'étoient donc accordés j> ■ ■ ■ .. ■ ■ ... I ■■ — I ■ ■ 1
(«) Marc , XIII ,35.
(6) Tob, Vra, II.
(c) Apaise , r<fn« 4'*r.
(3.4) àrprëdire que Pierre renonceroit Jësus - Christ avant Taurore ?
. Comaieiit y.a-t-îl donc contradiction entre eux et Su Marc l Sera-ce parce que St. Marc aura fait mention des deux chants du coq , Vun de minuit , l'autre du matin ?
Mais , dira M. F , pourquoi St. Marc
s'exprime-t-il différemment des autres évangélîstes ? Je pourrois me contenter de répondre , que c est parce qu'il ne les a pas copiés , parce <^i'il ne s'est pas entendu avec eux ; mais je donnerai une autre réponse qui me paroît très-' probable : c'est que SQint Marc , disciple de St. Piçrre , instruit par lui , s'est servi dans qette occasion des paroles mêmes du Sauveur , lesquelles sans doute étoient restées profondéipent gravées dans la mémoire du prince des Apôtres.
. Dans St. Marc , la prédiction de Jésus-Christ est plus énergique. Aux protestations de Pierre, il répond: En vérité , je vous dis que y etc. Dans St. Marc , il y a une opposition trèscjxpressive entre le nombre deux et le nombre trois ; c'est comme si Jésus - Christ eût dit : vous serez plus pressé de me renier trois fois , que le coq ne le sera de chanter deux fois. Dans Jît. Marc , l'heure et le^ pioment sont presque
désignés : ce sera aujourd'hui > cetîe nuit même , que vous me renierez. C'est pcHirquoi le même St. Marc , après le premier renoncement, dit : le coq chanta. Il fixe ainsi Theure 4e minuit. Âpres le troisième renoncement y il ajoute : le coq chanta de noui^eau ; c'étoit donc environ quatre heures du matin , circonstances que^ les autres évangélistes n'ont pas spécifiées.
Troisième contradiction. Selon S. Matthieu tl S. Marc y Pierre renonça son maître deux fois en présence de deux servantes ; selon saint Luc y la seconde renonciation fut faite en face d'un homme 9 alius videra eum; selon saint Jean , elle se. fit en présence de plusieurs per^ sonnes , dixerunt ergo ei. *
Voilà , dit M. F , des témoins qui ne
seraient pas crus dans les tribunaux de la justice séculière.
Réponse. Je vous demande pardon, Monsieur^ ils y seroient crus , parce qu'ils ^'accusent eux-mêmes sans détour y parce que rien n'em« pêche qu'un homme , un valet , ne se fût réuni à la servante pour reconnoî|re St. Pierre; parce que rien n'empêche que y reconnu par la servante et levalet» Pierre n'eût adressé la parole
(3i^) à tous deux,qnoiquàrh6mme en particulier, 6 homo non surri. La présence de Thomme iti n'exclut pas celle de la servante; cette opinion est confirmée par S. Jean, qui dit : Dixerunt ergo ei; ils lui dirent: ils étoient donc plusieurs. Le nombrede plusieurs n'exclut certes pas la présence de la servante , que les deux premiers évangélistes ont mise en scène.
Quatrième contradiction. Selon St. Marc et St, Matthieu , les <leux voleurs crucifiés, à côté de Jésus-Christ , blasphémeient contre lui de concert avec lés prêtres et les pàssans. St. Luc n'accuse , au contraire , qu'un d'eux ; cmnment concilier les deux premiers éi^an^ gélisies ai^ec le troisième f
Réponse. S'il est hors- de doute que les deux voleurs blasphémèrent contre J. C, il l'est aussi que l'un d'eux fut vaincu par les miracles qui s'opéroienl dans ce moment terrible , qu'il fut subjugué par la prodigieuse patience et la douceur ineffable de J. C, et qu'il crut en sa divinité. Le silence de S. Luc sur les blasphèmes de luu d'eux ne contredit ni St. Matthieu , ni saint Marc , pas plus que le silence de S. Jean sur les blasphèmes de tous les detix , et sur la conversion d'un d'eux, ne contredit les trois autres.
Jamais ,
( 3i7 ) laniais ^ M. F....« y le silence n'a détruit une déposition (a).
Cinquième contradiction, {b) « Selon saint » Matthieu , J. C* ajant rencontré Simon et » André qui pêchoient dans la mer de Galilée , » il les invita à le suivre , en leur disant ^U'il » les feroit pêcheurs d'hommes : et aussitôt ils » abandonnèrent leurs filets et s'attachèrent à » lui (c). »
« Selon St, Jean, au contraire, André s'étoit ï> attaché à J. C, avant Simon son frère. En voici » l'occasion : Deux des disciples dé Sti Jeany> Baptiste ayant appris de leur maître , que » Jésus étoit le Messie , ils le suivirent et de- » meurèrent avec lui le reste delà journée dans » sa maison, Ôr, André étoit l'un de ces deux p disciples. Il fut donc trouver aussitôt son » frère Simon , et lui dit : Nous avons trouvé » le Messie ; il le conduisit chez Jésus qui , » l'ayant vu , lui dit : Vous êtes Simon fils de
(a) Telle est l'opinion qu'Origène , Athanase , St. Hilaire , St. Chrysostôme , Théophjlacte , Eutliymias » Javencas , tiennent pour certaine » et que St. Ambroise et Beda , regardent comme probable ( Voyez Maldon, comment, , p. 669 ).
(a) FeaiU. , t. II , p. 336 , Sî;.
(c) Matt. 4 , p. 1 8 e/ seq,
n Jonas ; vous vous appellerez désormais Cê^ » phas qui veut dire pierre (a). »
Où sera cette contradition, si Pierre et André ont été appelés deux fois , l'un comme auditeur familier des leçons de J. C. (b) , lautre comme Apôtre , pour suivre spécialement J. C. après ai^oir tout abandonné (c) l Elle sera dans rimaginaiion de M. F.....
Quelque longue que cette lettre puisse vous^ paroUre, je ne puis cependant la terminer skns faire quelques réflexions sur le sens que lei^ catholiques attachent au mot àinspiration relatif aux livres saints y et sur lequel les iiicrédules ne cessent d'en imposer.
Sommes-nous obligés de croire que Dieu a révélé aux écrivains sacrés tout ce qu'ils ont écrit, qu'il leur a suggéré le style, les expressions, les termes dont ils se sont servis l Jamais r^glise ne Ta ainsi décidé.
Nous ne pensons pas néanmoins que Dieu les ait abandonnés à la science et à la foi humaine : i.^^il a révélé aux historiens les faits dont ils ne pouvoient pas être informés par des
(a) Joan. /, v. 35 etseq. (Jb) JùtkU» 1 , 4<> , 41. (c) Ue Augustinus , Chrysosthomus , Euthymius , Theophjrlactus iruerpretaruur ( Maldon. p. 98 ).
(3.9) moyens naturels, tels que les évënemens futurs , tel que celui de la création.
iL.^ Il les a portés à écrire par un mouvement surnaturel de la grâce, et rien n'empêche d'appeler ce mouvement inspiration.
3.® Il les a préservés d'erreur sur le* dogme, sur la morale , sur les faits même les moins essentiels ; c'est ce que nous nommons àssis^ tance du Saint-Esprit.
L'écriture est-elle claire f Elle Test autant que le langage humain peut l'être en passant d'un peuple à l'autre, de siècles en siècles , de rOrientà l'Occident; elle l'est moins pour nous qui sommes étrangers à la langue y aux mœurs, aux usages , aux tours d'esprit des orientaux , vu sur-tout son extrême concision.
Est-elle parfaite f Autant que le langage humain peut l'être lorsqu'il exprime des vérités supérieures à l'intelligence humaine. Si on consulte les incrédules , aucun livre de religion ne sera parfait. Ils commencent par supposer que Dieu en a dû dicter le style , les mots , l'orthographe , les points , les virgules. Absurdité !
L'Evangile est la parole de Dieu, en ce sens qu'il n'a pas permis qu'il s'y glissât aucune erreur de dogme ni de morale : en ce sens ^ il est parfait. Si nos adversaires peuvent y
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trouver une seule fausset^, une absurdité, une contradiction bien démontrée y nous consentirons à le regarder comme un écrit sans autorité. Depuis dix - huit siècles , ils y travaillent; la longueur de leurs efforts en prouvent rinutilité.
Est-elle règle de foi / Toute écriture, soit sacrée , soit profane , pour mériter foi, a besoin d'attestation et d'une légalisation qui nous en certifie Tauteur ou le traducteur. Si le texte y la copie ou la traduction présente différens sens , il faut nécessairement recourir à d'autres moyens pour en connoître le véritable.
Est-elle suffisante ! Autant que toute autre écriture peut suffire à des hommes curieux ^ disputeurs , pointilleux , capricieux à l'excès* Dans toute contestation , les deux partis en appellent au texte de la loi ou du titre sur lequel on dispute ; on invoque ensuite les commentateurs ; on cite de part et d'autre des décisions et des arrêts , et s'il n'y a ni monumens , ni indices , ni témoins , ni juges pour éclaircir le texte , le procès durera jusqu'à la fin des siècles.
Je suis avec respect , etc.