DIXIÈME LETTRE
Lyon , le 3o Janvier i8a©»
Monsieur,
Les questions que nous allons aborder ne se rencontrent presque jamais dans les livres des philosophes ; en général , après avoir foulé aux pieds la divinité de J. C. , nos sacremens ne sont pour eux que des objets dérisoires , mais janiais il n^enfont les thèses de leur controverse. Ce sont les hérétiques seuls qui ont combattu cette partie de notre dogme ; mais dans les mains d'un prêtre apostat , les armes de l'hérésie se confondeQt avec celles de l'incrédulité , elles devientient toutes égales. Soulever la poussière, amasser des nuages , obscurcir le soleil même , arracher du cœur de l'homme les plus douces espérances , pour y substituer le sombre désespoir, tels sont les perpétuels efforts de l'enfer et de ses ministres.
A la place de cette Religion , fondement de nos espérances, de notre repos, de notre con-^
solatlon dans les peines et les calamités de cettis fie , à la place de cette Religion qui élève rhomine en l'assujettissant , qui le fortifie en le contenant , qui i'éclaire en le guidant, qui lui découvre sa dignité , qui lui fait chérir les devoirs les plus pénibles , qui réprime les écarts de son indocile raison , qui enchaîne les mouvemens d'un cœur, ou corrompu , ou prêt à se corrompre ; à la place de cette Religion , le plus fort lien de la société , la base des devoirs y le gage de la paix y qui de tous les hommes ne fait qu'une société d'amis ou de frères, ou plutôt une seule et même famille ; que sème l'apôtre de rincrédulité î — Le doute. — Ce ne sera certes pas par une certitude qu'il détruira une autre certitude.
, Il sème cette vague inquiétude de pensées > qui court à travers des brouillards à la poursuite des fantômes , cet orgueilleux mépris de tout frein , cette indiscrète curiosité qui voltige sur tous les objets , qui s'épuise en questions ,. en conjectures , en raisonnemens.
Il sème cette orgueilleuse indocilité d'esprit, ^ qui n'admet que ses propres conceptions , qui abonde dans son propre sens et repousse avec mépris tout ce qui s'oppose à sa turbulente sa-^ gacité ; il sème cette prétendue supériorité
( S67 ) â^iiitelligence qui abat et foule aux pieds tout ce qui s'élève au - dessus d'elle , qui soumet tout y le monde moral comme le monde phy^ sique y à ses recherches y qui dégrade, qui avilit, qui profane , qui blasphème ce qu'elle ne peut concevoir j et qui finit par tout rejeter dans les espaces imaginaires y parce que tout est devenu problématique à son tribunal.
Dans l'ancienne école des Socrate y des Platon , des Pythagore , des Zenon , au milieu d'une morale incertaine et pleine d'osten-* tation, à travers des sentimens vagues , parmi des notions stériles, des méprises, des erreurs, on distinguoit encore une esquisse informe et grossière de la vérité , un crépuscule du jour vivifiant que la Religion chrétienne devoit répandre sur l'esprit humain.
Platon , le di(^in Platon n'a mérité ce surnom » que , parce que, laissant loin de lui la foule qui inondoit le portique , il a su s'élever sur les ailes de l'antique tradition , et voir de loin comme à travers un nuage quelques-unes de ces vérités que l'Evangile devoit développer non - seulement aux yeux des savans , mais encore aax yeux des hommes les plus épais , les plus grossiers , d'une manière si éclatante cît si lumineuse*
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Mais dans l'école de l'illuminismé , toute lu-* mière est éteinte jusqu'au moindre crépuscule ; la nuit la plus profonde y règne ; c'est le séjour du doute. U ignorance et V incuriosité sont les ^ deux oreillers sur lesquels le philosophe repose (a); al!ez troubler son repos, demandez-lui qui il est , d'où il vient , où il va, pourquoi il est là ? — « Je me pique d'ignorer tout cela sans être 3» plus malheureux , répond - il indolemment , » ce n'est point ma faute si j'ai trouvé ma » raison muette , quand je l'ai questionnée sur » mon état. Toute ma vie j'ignorei-ai sans » chagrin ce qu'il m'esit impossible de savoir. » Pourquoi regretterois - je des connoissances » que je n'ai pu me procurer , et qui , sans » doute , ne me sont pas nécessaires , puisque » j'en suis privé ; j'aimerois autant m'affliger 'p sérieusement de n'avoir pas quatre-z-yeux , • » quatre pieds et deux ailes , j'aime mon aveu- » glement, la lumière blesse les yeux (6). »
Pyrrhon , dans un vaisseau battu par la tempête et prêt à périr , ne témoignoit aucune émotion. Comme on en paroissoit surpris , il
(a) L'Ignorance et l'incariosîté sont deux oreilleri bien doux ( Pensées phil. , n.® 27 ). {b) Ibid. , n.o a8.
(369) Riontra un pourceau qui mangeoît tranquille^ ment et à. son ordinaire : f^oila^ dit-il, quelle doit être V insensibilité du sage. Il avoit raison , c'étoit le parfait mpdèle d^un sceptique.
Telles sont les pensées que m'a suggérées la lecture du chap. de M. F..., sur les sacremens de l'Eglise; c'est sur le dogme le plus consolant du Christianisme , qu'il s'eflforce de jeter à pleines mains tous les élémens du doute.
Essayons de les dissiper.
Le mot de sacrement signifie non -seulement le signe d'une chose sacrée, mais encore l'action qui rend une chose sacrée. Ainsi , le mot sa^ cramentum signifioit chez les Latius le serment que prêtoit un citoyen en prenant les armes (a) ; l'argent consigné par les plaideurs
(a) C'est dans ce sens que Javenal disoit :
Prcemia nunc alla , atque emolumeata notemus Sacramentorum,
TertulUen faisoit allusion à ce mot y lorsqu'il di« Boit : Nous sommes tous appelés à la milice da Diea Tiyant , dëjk nous ayons répondu aux paroles du sacrement ( Lib» de martyr. , cap. 5 ). St. Jero'me l'emploie dans le même sens , dans sa lettre à Héliodore ( De Laude vitœ solitud. )
C'est dans ce sens que l'on a appelé paroles du sacrement , les renonciations que les catbécumènes faîsoient au démon , à ses pompes et à ses œuyres. Telle est la doctrine de Tertollien » de St. Cyprien , de Denis l'aréopagite.
entre les mains dupontife, celui qui gagnoitsaa son procès retiroit son argent , et 1 autre étoit acquis au fisc (a).
Mais ce mot a pris une autre valeur parmi nous» Les traducteurs de TEcriture sainte ont exprimé par le mot sacrement ^ ce queFhébreu et le grec appellent mystère ou secret. Consëquemment Ion entend par sacrement le signe sensible institué par Dieu même ^ d'un effet intérieur et spirituel qu'il opère dans nos âmes y non pas d'une chose absente ^ mais bien d'une chose réelle et présente y quoique non sensible : Ini^isihilis gratiœ signum , ad nostram. justificationem .institutum.
Cette doctrine n'est point fondée , comme dit M. F...,. , Sur les canons du concile de Trente (b) , mais les canons de ce concile sont fondés siur cette doctrine.
(a) Sacramentum , dit Yarron , à sacro dictum : et qui petehat , et qui inficiebatur , uierque quin-genta œris ad pontijicem . deponehat : qui judicio vicerat , suum sacramentum à sacro auferebat ; victi ad œrarium redibat , id est^ victus ed pecuniâ quàm deposuerat , mulctabatur » in pœnam in-^ justœ litiffationis ( Lib. V, de linguâ )•
(â) T. I, p. 555. A entendre M. F , on diroît
que l'Eglise n'a jamais reconna de sacremens que depais le concile de Trente.
(371) Dëjà St. Augustin ayoit judicieusement ob«« serve (a) qu'il étoit impossible que les hommes pussent être réunis dans la profession d'une même religion, vraie ou fausse^ sans le secours de signes visibles 9 ou symboles mystérieux qui font impression sur nous ^ et que Ton ne peut mépriser sans être sacrilèges. C'est dans <:;e sens que ]evoh dessacremensy dans les différentes époques de la vraie religion ; je les reconnois dans l'imposition des mains de Jacob sur la tête des deux fils de Joseph en signe d'adoption ; dans les bénédictions que les patriarches don* noient àleursenfans en les unissant par le mariage (b) ; dans les purifications qui précédoient les sacrifices, dans les libations d'huile que Jacob faisoitsiu: la pierre pour la consacrer (c). En ce sens , j'en reconnois d'instilùés par Dieu luimême dans la circoncision , dans la consécration des pontifes , dans le repas dé l'agneau , dans les purifications , dans les expiations. Il falloit donc qu'il y en eût dans la loi nouvelle, et son fondateur ne pouvoit manquer d'y pourvoir. Mais il devoit y avoir autant de distance
(a) Contra Faust. ( Lib. XIX » c. 4 )«'
(6) Tob., VII, i5.
(c) Gen., XXVUI, i8; XXXV, i4-
entre les signes symboliques de Tune et de l'aiitre loi j qu'il y en avoit entre les deux lois mêmes» Aussi ne trouTons-nous dans les symboles de Tancienne, que Tombre et la figure des effets et des fins de nos sacremens. Les uns étoieht , dit St. Paul , des ëlëmens vides et impuissans (a), qui ne pou voient purifier que la chair (b) , qui ne pouvoient effacer les péchés (c) ; tandis que ceux de la loi nouvelle donnent la grâce et le St-Esprit , renouvellent Thomme, le purifient , le sanctifient , et le font participer au corps et au sang de J. C. ; les uns promettoient , et ceuxci donnent le salut ; les uns étoient nombreux , difiiciles, assujettisans y sans effet ; les autres ^ont en petit nombre, plus faciles, plus salutaires, plus efficaces ; les uns n'étoient que des ombres des symboles , les autres sont des réalités.
(a) Gaîat IV , 9,
(t) Hebr. IX, lo-
<$*( discernimus duo testamenta vêtus et novum ^
non sunt eadem sacramenta Quia alla sunt sacra-
menta dantia salutem , alia promittentia salyatorem, Sacramenta novi testamenti dant salutem , veteris
lestamenti pronùttunt salvatorem Mutata sunt
sacramenta^ facta suntfaciliora^ pauciora^ salubriora, feliciora ( Enarr, in Ps. yS )►
(c) X, II-
Pour la validité des sacremens , il fout trois choses , le ministre, la forme et la matière; telle est la définition qu'en a donné le pape Eugène IV (a).
C'est ici que nous abordons M, F..... , la personne du ministre est nécessaire, mais il faut dans ce ministre Tmlention formelle de fairece que TËglise fait.
Or , dit le Vicaire de Privas (b) :
Objection. «Il y a contraditîon, si les signes » sensibles ont la vertu de produire la grâce. » qu'ils signifient ; comment se fait-il que Tin- » tention contraire du ministre qui ne tombe » pas sous le sens , puisse empêcher TefFet » du sacrement ? » .
Réponse. L'intention que l'Eglise exige de son ministri^ , est au moins celle qui se manifeste par un acte commencé , non révoqué , non interrompu pendant le laps de temps nécessaire et commencé , modo humano , comme
(a)Omnia sacramenta tribus perficiuntur , videliceù rébus tanguam materid , verbis tanquam forma et persond ministri conférerais sacramentum cum ly^ TENTiONEfaciendi quodfacit ecclesia : quorum si idiquéd desit , non perficitur sacramentum ( In décret pro instract. Armen. )•
tont acte sérieux et important doit être &it (aj^ Or , une telle intention est extérieure et tombe sous les ^erut. Il n'est personne d'asses^ borné qui ne distingue Tacdon d'un prêtre qui, appelé pour un baptême^ se rend à TEglise revêtu des habits sacerdotaux , qui remplit toutes les cérémonies connues d'un chacun, d'avec le jeu d'un bouffon ou d'un histrion qui , sqr la scène ou dans un cabaret, joueroit les saints mystères»
Quel est , M. F , l'homme grossier qui
confondroit un jugement prononcé sur les tréteaux de la comédie , avec un arrêt prononcé solennellement dans le sanctuaire de la justice î Il n'y auroit qu'un païen ignorant qui put se croire baptisé , parce que sur la scène , en dérision du baptême , on lui auroit versé de l'eau sur la tête (6). C'est pourquoi Firmilien , évoque de Césarée , dans le troisième siècle , déclara nul le baptême conféré par une femme énergumêne.
Parmi les différens motifs , que des théologiens ont de douter de la validité des ordinations
(a) Virtuaiis intèniio dîcitur , quœ ex actu proce^
dente nec per contrarican voluntatem reyocato , neo
per notabilem temporis morum interrupto in homin^
. persévérât ( Drouvens de re sacram» y 1. 1 1 p* 9^ )•
(6) St. Gençst. Cette histoire est trèa^sospecte.
( 375 ) «Dglicanes , c'est que , disent -ils y Matthieu Parker, lasouohe du clergé anglican , avoitété ordonné dans une taverne de Londres (.à la tête de chei^al ) , en secret , par des ministres qui ne justifioient pas publiquement de leur inten-tion. Il faut que Tintention se manifeste par rétat 9 le lieu et le moment. Ainsi y un prêtre sacrilège qui, à table au milieu des convives, sur du pain , rëciteroit les paroles de la consécration , ne consacreroit pas , parce que son état , le lieu , le moment démontrent évi<kmment qu*il se joue de la Religion.
' Devant cette réponse s'évanouissent toutes les hypothèses que M. Feuillade déduit de son objection.
Objection. « Mais , poiu*suit-il , l'intention » du ministre seroit donc purement extérieure; » alors , cette intention extérieiu*é ne pourroit* j> elle pas être en opposition avec Tintention » formelle , mais intérieure de ne pas conférer 7> les sacremens (a) ? »
Réponse. i.° Aucun crime ne se commet sans profit. Quel intérêt supposeriez-vous dans
(fl) Feuil- , 1. 1 , p. 356... N. B.
Je ne copie pas ici littéralement M. Fenillade i mais les auteurs qui lui ont prêté ces objections : il ne m'accusera pas de les ayoir affbiblis*
( 376 ) tin pareil sacrilège î — Un scélérat, dites-vouj.— * Soit. — ^Je ne dispute plus , car en fait de perversité, un prêtre apostat en sait plus que beaucoup d'autres.
Mais ce scélérat ne seroit-il pas fou? Il feroit et voudroit ne pas faire ; il voudra être extérieurement le ministre de J. C. et de son Eglise , et intérieurement il combattra , il voudra ne rien être. Que penseriez- vous d'un homme qui approcheroit une lumière d'une masse d'étoupe qui feroit extérieurement tout ce qui faut pour y mettre le feu , et qui intérieurement diroit : Je ne veux pas que le feu brûle 9 ou d'un paysan qui , semant soigneusement dans une terre labourée , diroit : Je ne veux pas que mon grain gerifie^ croisse et fructifie l
Avez-vous y M. F , oublié ce principe de
logique , que toute cause nécessaire produit nécessairement un effet \
Objection. Mais, direzrvous encore , ce ministre agit librement ; s'il veut il y aura un . sacrement , s'il veut il n'y en aura point.
Réponse. Fort bien , Monsieur , ce ministre est libre ; mais encore une fois , dira -t- on qu'un homme n'agit pas , parce qu'en agissant il se tue de crier qu'il ne veut pas agir pendant
( 377 ) ^u'il n'est contraint par aucune cause extëriéure? C'est comme si vous disiez : Je parle librement ^ mais en même temps je ne parle pas , parce qu'intérieurement je ne yeux pas que ma parole soit une parole.
Au resté , Monsieur , pour vous prouver que c^ n'est point ici Topinion de quelques théologiens que je vous présente, je Tappuierai d'un exemple frappant puisé dans l'antiquité. Alexandre , patriarche d'Alexandrie , un jour de fête trèssolennelle , après le service divin, attendoit des personnes qui dévoient dîner avec lui : étant seul, il porte ses regards su)* la mer et voit de loin des enfans qui, jouant sur le rivage , faisoient l'un l'évêque , d'autres les acolytes , d'autres les catéchumènes ; tous faisant exactement toutes les cérémonies. S'étant approché de manière à ne pas les gêner , il eut un plaisir inexprimable; mais lorsqu'ensuite ils en vinrent aux mystères, il fut troublé ; puis appelant ses pre^ miers clercs , il leur montra ces enfans , et leur ordonna de les lui amener ; il leur demanda à quel jeu ils jouoient , quels gestes ils faisoient , et quelles paroles ils disoient? Ceux-ci effrayés, nièrent d'abord , mais pressés , ils avouérent^ qu'Athanase étoit leur évêque , et qu'il avoit baptisé quelques enfans qui n'étoient pas encore
( 378 ) inities aux mystères. Alexandre interrôgesr soignensenient ces petits néophytes sur ce qu'avoit dit et fait leur ëvéque. Ils lui répétèrent mot à mot la leçon que le petit doqteur leur avoit faite; et celui-ci, à son tour, rendit exac* tement compte de toutes les cérémonies» Tout ëtoit très-conforme à la doctrine de TEglise ; alors le patriarche, après avoir pris conseil des prêtres qui étoient avec lui , pensa qu'on ne devoit pas rebaptiser ces , enfans qui , dans la simplicité de leur cœur , avoient mérité de recevoir les effets de la grâce. Il rendit à leurs parens Athanase et ses camarades pour les élever au ministère des autels (a). Athanase ré*pondit à sa vocation , et mérita de monter un jour sur le siège de St. Marc.
Voilà un fait qui vous prouve évidemment que Tantiquit^ tenoit pour valides des sacremens dont on avoit extérieurement observé scrupu-^ leusement les paroles et les rits , sans égard à rintention secrète du ministre.
 ce témoignage de la tradition nous joindrons l'autorité du saint Siège.
Michel, roi des Bulgares, consulta le pape
(a) Sozomen. , Hist. , I. II , cap. XYII ( Edit. Henri. Valesii , p. 466 ).
< 379 ) Nicolas 1 sur divers points de doctrine et de discipline. Entr'autres il lui demanda ce que Ton devoit faire à l'égard des personnes qu'un certain juif, homme d'une foi très - douteuse , pour ne pas dire nulle , avoit eu Faudace de baptiser* Certes, si le pape Nicolas eût pensé que. rintention intérieure étoit nécessaire à la validité du sacrement, c'étoit bien le cas d'avertir les Bulgares qu'ils <]evoient soigneusement s'enquérir dans quel esprit, dans quel dessein cet audacieux avoit usurpé le ministère ; et dans le cas où leurs recherches eussent été infructueuses, et parce que de graves et de légitimes soupçons pesoient sur ce juif, c'étoit le cas, dis-je, de leur enjoindre de réi* térer le sacrement d'après cet adage : Ubi res nesciturfactay in iterationis pericidum non fvenîtur. Ëh bien ! pas du tout , le pape n'en fit rien , et ne s'occupant que de l'observation du rit extérieur , il répondit que s'ils avoient été^ baptisés au nom de la sainte Trinité , le baptême étoit valide (a).
(a) A quodàm judœo nesciiis utrum Christiano an pagano multos in vestrd patrid baptisatos asseritîs , et quid de iis sit agendum consuUtis : Hi profecto si in nomine S. Trinitatisbaptisaii sunt. . • Constat nonesse denuo baptisandos. (Resp. ad consulta Balg,, c. CIV).
Si M. F n'est pas encore satisfait, quil
consulte la décrétale dlnnocent III (a).
Quel motif a déterminé le Vicaire renégat à agiter une question étrangère au déisme , et que tous les philosophes ont jusqu'ici laissé reposer dans la poussière des écoles ? Ce ne peut ôtre que Taffreux projet de détruire aujourd'hui ce qu'il a fait comme ministre de J. C. et de l'Eglise ; ce ne peut être que celui de porter le trouble dans toutes les consciences , celui de soulever des doutes dans l'ame des ignorans sur la validité des baptêmes et des sacremens qu'il a conférés, celui de direà tousleshabitans de l'Ardèche : Je vous ai trompés, vous croyez avoir eu au milieu de vous un pasteur de l'Eglise, et vous n'aviez qu'un ministre de l'enfer , vous me regardiez comme le canal des grâces dans la dispensation des sacremens , et intérieurement vendu au service de Satan , je détruisois par ma volonté intérieure tout ce que mes actes extérieurs sembloient produire ; vous m'apportiez vos enfans pour les régénérer dans les eaux du baptême j et détruisant par mon intention occulte l'effet du sacrement , je vous les rendois dans le même état , mais avec
Ça) De baptism, et ejus effecU Cap. si quis puerum.
l'impossibUité
( 381 ) l'irapossibilîté d'en faire jamais des enfans de TEglise.
Au tribunal de la pénitence, je n'ai versé sur vos plaies que le baume de Tillusion.
Ministre tout-à- la-fois et du Très-Haut et de Satan , loin de: renouvel-er pour vous Vauguste et redoutable mystère de la rédemption , j ai attiré sur vous et sur moi les foudres éternelles; miiïi&tre fidèle de Satan , au lieii du ' pain de vie , ' je ne vous ai!d6nné qiie celui de la mort, celui de Tidolatrie ; peuples crédules, vous m'avez appelé comme minist|*ede J.' CL près du lit de morr dé vos pères , je Vous trompé , je les ai trompée ; mon cœur anéantissoit Toeuvre de ma bouche, et de mes mains; à des prières , à des onctions efficaces je n'ai substitué que de folles espérances.
. N'estrce pas , M. F , ce que vous avez
voulu faire comprendre , lorsque vous avez dit ; qu'une religion qui tenoit à si peu de choses ^ ^ c'est-à-dire , à la volonté ou non volonté d'un ministre perfide , ne pouvoit être d'institution divine (a) l
En vain cherchez-vous à effacer ces tristes soupçons en nous assurant que dans Padmi'-
(a) Fenil. » t. I » p. 357.
< Ma > nistration des sacremens ifue vous apec conférés , vous at^ez toujours été très^soigneux à vous comporter^ soit extérieur rement , soit intérieurement par votre intention comme un véritable ministre de [Eglise catholique (a). Quelle garantie un prêtre aposut peut-il donner de sa sinci^rîté? Qu'est-ce qui garantit les peuples , que ce vîtsl pas ici plutôt un hommage rendu à Tor-* gueilqu'à la vërit^! Vous les avez trompes , pourquoi Jie les tromperiez tous plus ? Votre livre est un tissu d'impostures , pourquoi ces lignes seroient-elles exceptées ? Mais , que les fidèles se rassurent , TEgiise ajd'autre garantie à leur offrir sur la validité de ses sacremens , que la parole mensongère d'un ministre perfide ^ traître et renégat.
Ecoutez, peuples /la voix de cette Mère qui vous dit : « 11 n'est pas nécessaire que celui qui ]» baptise ait dans, Tame de faire ce que fail à^ TEglise 9 car lors même qu'intérieurement 9 il voudroit ne pas faire ce qu'elle fait , il le » fait néanmoins » s'il en observe la forme. Le » baptême ne sera pas moins valide, si le mi-
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» nUite coMiàère{intendat) ee^'ilfait (a), » s'il .y donne son attention. »
C'éli avec regret que je me vois forcé de mettre sous les yeux du chrétien deux faits importàiis qui souillent les fastes de l'Eglise gallscanW; mais ils serviront merveilleusement à dissiper tous les nuages que la plume du Yi* caire de Privas s'est efforcée d'amasser sur les ordinations d'un évéque coupable et sur ses conséquences^ et en même temps sur la validité de son propre ministère.
Dans le 17.* siècle , un curé de Notre- Dame des Âcoides , ^ Marseille , se rendit ftmeux par ses scandales , par ses crimes , et sur-tout par la magie. Au lit de mort, moment où l'homme cesse d'être menteur , sur-tout dans les choses qui flétrissent la réputation , il déclara que, pendant vingt ans, quoiqu'extérieurement il faispit décemment et sérieuse^ ment toutes les fonctions de son ministère, il'
(a) Non ^st necessiquod baptisans geratin mente quodfacit ecdesia ; imnw si contrarium gererei in mente , sdlicei nonfacere (juodfacit ecclesia , sed tamen fadî quia formam seryaî , nihUominus baptisants f dummodo baptisare minister intendai ( 5.* àeer. dlnnocent m^ Tit. tie bapti^m. ei eji»9 eff. Cap. Si quis puerum ).
li a
( 3fi4 ) .
avoii voué intérieurement non pas au Christ^ mais au démon y les en/ans quil baptisoit^
Peu de temps après » Pierre de Lavàrdin ^ ëvéque du Mans ^ confessa également publiquement, au Ht de mort y que dans toutes les ordinations qu'il avôit* faites , jamais il n'avoit eu rintention de conférer les ordres , quoiqu'extérieurement il observa tout le rit et prononçât toutes les paroles (a). Ces déclarations jetèrent le trouble dans toutes les consciences ; les uns
(a) Il faut remarquer qoe toutes paroles sacra-» mentelles doiTent être pnmoncëes k haate et tnteïlU gible Toixy et qu'an ministre ne peut retrancher aacnne syllabe , et qae tout évéqae » dans la célébration des mystères, est enTironnë d'acolytes , qui sont autant de surTelllans et de témoins de la rigoureusa observation du rit ; que dans les ordinations, d'autres, évéques l'assistent. Aucun évéque , dit le yingtième canon du premier concile d'Arles ^ ne doit s'attri^ buer d'ordonner seul 4es tfyéques , il en doit prendre avec lui sept ou trois tout au moins. Ainsi le prébré baptise 9 confesse, sacrifie en présence de témoins» tontes les paroles sacramentelles sont courtes » connues de tous les chrëtiens assistans $ dansT une messe solennelle le diacre , ^ son défaut hA acolyte , est là témoin de la co^ommation des mystères ; dans une basse messe \ l^ servant qui est immédiatement aux pieds du préti^e est également un rigoureux témoin. ' '
trembloient pour leur baptême , les ajtitres pour leurs absolutions, ceux-ci siu: leurs ordinations, ceux-là sur le sortie leurs parens défunts; l'inquiétude fut générale. Quelle fut Tissue de ce scandale? Onconsuha les théologiens les plus distingués de la France ; on consulta la faculté de Paris. La réponse fut générale et unanime , que lesMarseillois et lesManceaux dévoient être en repos , du moment que tout le rit avoit été extérieurement , sérieusetnent et prudemment observé , parce que sons la figure du prêtre célébrant , c'est J. C. qui baptise , c'est J. C. qui répand le Saint-Esprit , et que rinterition perverse du ministre ne peut détruire Tefficaçité des mystères. Toute l'Eglise gallicane a applaudi à cette décision (a) ; Rome et le monde entier Tont Ratifiée parleur silence.. * ' Je suis avec respect , etc.
(a) Voyez Drouvens de re sacrani' (T.I, p. io6 , €ditio. 2'" yeneUs f ijSG }.