‹ Réponse critiqueChapitre 25 sur 31 · ONZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

ONZIÈME LETTRE

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Itf^i le t% finitf i8a«^ MoKSIBUit,

Dites - moi , Monsieur , de quelle fureur sont animes tous les sophistes du siècle , pour semer ûvee tant d'acharnement autour d'eux , peines , chagrins , misères , impostures , calomnies , la mort même » et pour arracher du cœur de leurs victimes jusqu'aux plus petites racines de l'espérance y qu'ils savent être le baume souverain de tous les maux (a) l Ne diroit-on pas qu'ils rugissent du bonheur d'autrui, comme les démons qui ne cherchent un soulagement à leurs maux que dans le désespoir des autres (6) ?

(a) L'esptffance est le baume souYeraia de toas les maux (jSjst. de la nau » /. paru » c. i4 y p* £09 )« C'est an cordial puissant qui adoucît toute potion amèihe, même la dernière (JBolingbrocke ^ t, f^^p. 379)-

(5) Invidià autem diaboU mors introivit in orbem terrarum , imitantur autem illum qui sunt ex part9 iUius ( Sapient. » II f 24 9 a5 ^.

( 387 ) Dépouille de ses biens , prive de ses enfans, outrage par son ëpouse ^ calomnié par ses amis , abandonné par ceui qu'il avoit secourus , cou^ Tert de plaies , exténué par la douleur ^ gissant sur un fumier , Job étoit malheureux , mais Dieu lui restoit ; et sous la main de son Dieu, il étoit calme , tranquille » patient , résigné , sans haïr la vie il savoit la supporter»

Qu'est-ce que Thomme î Voici le tableau qu'en trace un ancien philosophe (a). « Parmi » les divers animaux » la prééminence est due » à l'homme , c'est à son usage que la nature 9 semble avoir destiné toutes ses productions ; » mais elle lui fait acheter si chèrement ses n dons» quelle paroit moins agir comme une » mère tendre que comme une cruelle marâtre ;. 1$ il est le seul des animaux qui ait besoin de » vétemens empruntés pendant qu'elledonneaux 9 autres dijQférentes espèces de couverture , des Tfi coquilles, une peau crustacée , un cuir , des *> pointes, du duvet, des soies, du poil, des 3» plumes, des ailes, des écailles^ une toison. » Elle a revêtu les arbres d'une écorce souvent n double pour les garantir du froid et de la

(a) Pline , hisl. nattir. , 1< VU ,

9 chaleur: tandis qu'au moment de sa naissance » elle laisserhomme, comme par dédaîn, étendu If nud sur la terre» et lui fait commencer sa vie par >> des cris et par des pleurs;' car il n'arrive àaucun s> enfant de rire avant le quarantième jour. A » ce triste dëbut succèdent des liens y dont les » petits des animaux sont exempts; le fils aîné » de la nature , Tanimal qui doit commander aux X» autres , les pieds et les mains enchaînas , » pleure , souffre , sans autre crime que d'être -3^ . né. Quelle folie de croire qu'une telle entrée )» dans le monde lui donne droit de s^enor- » l^ueilUr I Bientpt viennent les maladies , les » reinèdes plus fâcheux encore , mille manières » de guérir , toujours remplacées par d'autres, » les animaux sentent ce qu'ils sont ; ils com- » mencent, ks uns à (Courir, les autres à voler, » ceux-ci à exercer leurs forces , ceux -là à » nager ; l'homme ne fait rien , s'il n'est inst* truit (a) y, ni marcher , ni parler , ni se » nourrir ; la nature ne lui ^apprend qu'à pleurer , t^ c'est ce qui a fait pwiser à plusieurs qu'il » vaudroit mieux ne jamais naître bu périr

*» d*abord. Les larmes , l'amour effréné des

(a) IKuat que tout lui soit réyële.

Ç 389 ) y plaisirs, lanibition, ravarice, rattachement j>. excessif à la vie , la superstition , la vue du » tombeau, le désir d'exister encore au-delà^ D sont réservés à l'homme seul. ÂUcun animal » n'a une vie plus fragile , des passions plus » violentes , n*est plus troublé dans sa frayeur , » plus emporté dans sa vengeance. Nous voyonsr p les autres sympathiser avec leur espèce, se y* rassembler , se réunir contre leurs ennemis ; j> les lions n'exercent point leur férocité contre . » les lions , les serpens contre les serpens , les 3» monstres marins ne font la guerre qu'à ceux » d'une autre espèce. Mais Thomme n'a pGJQit » d'ennemis plus à craindre que ses semblables.»

Voilà l'homme, si on le considère au flambeau de la philosophie , voilà le détail de ses misères qui fit soupçonner à rancienne école, que les âmes humaines a voient existé avant d'être unies à des corps , qu'elles y étoienl enfermées par la justice divine comme dans une prison , pour y expier , par les souffrances de ce monde , les crimes qu'elles avoient commis dans un état pré- ' cèdent (a). Privés du secours de. la révélation^ les philosophes entrevirent le péché originel.

Portons maintenant sur ce triste et sombre

(a) Jamblîc , exhort. à la pliilos. , c. VIII.

( sao )

tubleau tm autre flambeau , celui de la Religion, Ah! que vois-je? Un phénomène prodigieux de petite$se et de grandeur ^ un point dan$ le monde physique , qui a son fondement dans la poudre, qui habite dans un tabernacle d'argile , et qui est consume à la raicontre d'un vermisseau , dont la foiblesse est égale à Texiguité, ce qui &isoit dire au prophète : monireras-^u ta force contre une feuille que le i^eni emporte î et au psalmiste par une espèce d'hyperbole pleine de sens et de vérité, que si Vonpesoit V homme nwec le néant , on trouperoit que le néant pèse plus que rhomme. De toutes parts il ^ est environné : par le passé il n'est plus , par le présent il est » et déjà il n'est plus , par l'avenir il n'est pas. encore. Dans le passé il voit son origine infectée du péché , dans le présent il trouve une vie pleine de misère et de travail , dans l'avenir il voit la hideuse et inévitable mort qui lui révèle son néant (a) ; dans le présent il souffre à la vue d'nn passé qui est irrévocable et d'un avenir qui est inévitable ; le passé n'est qu'un pâle

(a) «••••• • Mors sola fatetwr

Quantula siruhominum corpuscula. . • •

( Javenal. Satyr. X r ▼«'• «75 )^

( agi ) flambeau qui iéclave un triste avenir qui ^ à son tour 9 n'est qu'un lugubre ëcho dupasse. Sonem fance n'est qu'une ignorance de lui«*méuie , «9 jeunesseune longue fureur, sa vieillesse une mort languissante ; sa vie n-est qu'une course à travers la mort : il la rencontre dans Tair qu'il respire , dans les aliraens qui le soutiennent* Il neconnoit la santé que quand il l'aperdue^il ne sent la vie qu'à mesure qu'il la perd , son corps est le centre des infirmités , son esprit celui des erreurs , son cœur celui des cfnrrup5» tions. N'est*ce pas un fantôme qui se promène parmi les choses qui n'ont que l'apparence ? JMon y non y un fantôme n'a rien de réel » il est (ont composé d'apparence } mais le sentiment de ma profne existence me dit que je suis tel que je suis y parce que j'écris « parce que je pense. Fatigué et accablé du mépris de moi-même 9 j'entends line voix qui me dit : Tu n es rien, parce que tu as péché y apprends à te connoitre , voici tes titres : Tu fus créé à l'image et ressemblance de Dieu, tu as l'empire sur les poissons de la mer , sur les oiseaux du ciel , sur toute la terre et sur tout ce qui y rampe. La terre a un maître , et c'est toi , tu es l'image du souverain parce que tu es ici son lieutenant. Mais Dieu, en te créant son lieutenant , a eu pour but d*avoir.

( 392 ) en toi un adorateur, un être capable de con^ noître, d^lionorer son bienfaiteur. Tout est àu>i , '.te di^>ii alors , vois tous les arbres de ce jardin ^ tu peux en manger le fruit , seulement tu t'abs^ tiendras de toucher au fruit d'un . tel arbre. A voit --il besoin de^ fruits de cet. arbre , de tes respects et de tes adorations? Non , il voulpit un mémorial de ta subordination et un acte public de ta piété. Toute Ja création devant être muette , loi seul devois être Torgane de la créature. Si sa justice est sensible dans cette réserve, n'y reconnois-tu pas aussi son indulgence ? Avoue, conviens avec moi que l'aveu, que l'hommage fait à sa souverameté convenoit à sa puissance et à ta dignité; qu'un ajOfranchissement t'eût confondu avec tous ces vils animaux qui 4 environnent , qui ne sont là que pour concourir à ton bonheur, les uns en fuyant à ta voi^ dans le désert ,. les autres en l'offrant leurs services. Tu es le seul de tops ces animaux qui ail appris qui il étoit , par qui il étoit , pourquoi il étoit ; lu es le seul qui connoisse son origine , son bienfaiteur. C'est en piiblisuitque tu as un maître , que tu ne devois jamais cesser ♦de l'être ;. libre , Capable d'obéissance , lu la' devois donc à ton créateur. Il l'avoit rempli d'Intelligence , il avoit créé en toi la science

f 393 ) Ae lesprit 9 il 'avoit rempli ton cœur de droi*^ ture , il t^avoit montré le bien et le mal (a); * Il t'avoii; imposé^une loi, il t'ayoit défendu de toucher a un fruit particulier ; ta compagne succombe devant l'esprit tentateur i elle t'en* traîne dans sa chute. Dieu présent partout, voit ton crime , te le reproche > te condamne à souffrir et à mourir ; c'est ainsi que déchu de ton innocence primitive, tu es devenu.mortel et ' malheureux ; c'est ainsi que tu as perdu la sain* teté et la justice, que tu as encouru la colère de ton créateur, que tuasmérité la mort et la captivité sous Tempire du démon {b) qui t'a vaincu , parce qu'il y a une solidarité entre Tame du père el celle du fils , et que lame qui a péché périra (c); mais console-toi, un jour tu seras vengé. Bans ta postérité une vierge concevra , et un médiateur viendra^craserla têtederauteur de ton mal. Voilà donc les titres et de ta grandeur et de ta foi-^ blesse ; voilà l'origine de tes maux , voilà la

Çay Disciplina intellect us replevit illfis ^ creavit illis scientiam spiritâs , sensu implevit cor illorum et bona et mala ostendit illis ( Eccl. XVU , 5 ).

{b) Conc. Trident. $es8. $•• Can. I.

{c) Anima enim patrie mea est , et anima Jiliimea est ; anima (fuœ peccavcrit ipsa mçrietur ( Ëseebr» XVm , 4 )r

(394) icnirce de tes espérances , que Tautenr de toiif mal s'efforcera dans tous lessiècles^ d'anéantir.

A la contemplation de ces* idées sublimes » je sens mon ame s'agrandir y s'élancer de sa grossière enveloppe; et déjà une foule de preures morales se précipitent aaHieyantdemon imagination haletante.

Dans ce triste naufrage ^ j^aperçois épars les débris de mon ancienne grandeur ; ah ! je devine d'où me vient cette indifférence, cette langueur, icette nonchalance , cette grande difficulté de fiiire le bien, cette ignorance de mon esprit , cette malice de ma volonté , cet insatiable penchant pour la volupté , ce cmnbat perpétuel de la chair avec l'esprit , et ces passions tui-* bulentes; ah ! je devine ce que cet ancien philo<sophe ne pouvoit pas deviner; pourquoi je vois le bien y pourquoi je l'essaie , et pout^ quoi le niai m entraîne (a). Je devine ce que c'est que le remord , et je conçois <{u'il est à mon ame ce que la douleur physique est à mon corps, un avertissement de quelque désordre intérieur.

Maintenant je conçois pourquoi les insipides dégoûts , les insatiables désirs viennent troubler ma, félicité , je conçois pourquoi César ,

Ça) Video meliora , proboquc

Détériora sequof. . . . • •

( 395 ) monte sur le premier trône du monde , s'ëcrioit» Esi'-ce là ton/ / Maintenant je comprends ces paroles du prophète : « Cet ennemi du bonheur » me rappelle ma noblesse, et ma noblesse me » crie que je suis ne pour être heureux. » Je conçois cette avidité de mon imagination et ce» limites posées à mes sens ; pourquoi ie pays des^ chimères est le seul que mon ame, dansses emportemenSy se complaise à parcourir; pourquoi le passe et le futur me tourmentent dans le présent; pourquoi i^tte insatiable soif de la réputation ^ pourquoi celte puissance morale ^ et cette foi* blesse physique ; pourquoi cette perfectibilité inhérente à notre nature; pourquoi ce tact moral qui grave au front le ronge de la pudeur , et la pàleurdu crime; pourquoi ledésiraugmen te mémo sur lesoirdela vie; maintenant je conçois pourquoi dans Tunivers rien ne se détruit ; pourquoi tout est développement et métamorphose ; pourquoi la substance qui végète se conserve ; pourquoi rhomme qui n'a rien créé ne peut rien détruire y pas même lui-même... Ici, je m'arrête, je sens le travail croître sous ma plume... • Ecoutons u^ m oment l'immortel ennemi du genre humain»

Objeciiçn. « Que d'absurdités 1 s'écrie soi» 9 lieutenant sur terre. Quoi ! nous naissons tous 0 enfans de colère et coupad>les aux yeux de

( 596 ) » Dien a.vaBt de connoître le mal , et de potir oir. » faire usage de notre raison ! Une telle doc- » trine n'est-elle pas réi^oltante et injurieuse % àla bonté et à la justice dun Dieu , qui^ n ne sauroit y comme dit le prophète Ëfséchiel ^' n faire porter au Fils l'iniquité de son Père ?• 1» Ce sera Vame de celui^-là seul qui aura » péché y qui périra; le fils ne portera point n V iniquité de son père (a). Ne seroit-cepas , s> en ejBet , la plus grande de toutes les injusn tices , de regarder tous les hommes comme ]» coupables du péché que le premier homme I» a commis Ce) ?» *

Réponse. M. F à été arien , agnoëte y

ganstique , illuminé ; nous allons le voir main^ tenant pélagien. Si, au lieu de feuilleter les liyres

(a) Ecech. , XVIII , 20.

(b) Feuil. , t. I , p. 56o.

.Roasseaa avoit dit avant le Vicaire de Privas : 4 La » doctrine du péché originel est sujette à des diffi- » cuites terribles. Elle obscurcit la justice et la bonté V de VEtre^Suprême. Le moyen de concevoir <jue » iDieu crée tant d'ames innocentes et pures , pour '^ les joindre à des corps coupables pour leur faire » contracter la corruption morale ( Lettre à M. de » Beaumantf p. 19).' Cette objection «ortit jadis de t Ncole des Marciqnites et des {Manichéens.

de

( 397 ) ie rimpiélé , il eût considéré la nature humaine ec sa constitution , il n'eû^ trouvé rien d absurde, rien de révoltant » rien d'injurieux à la justice divine dans cet arrêt. Qu a>t-ce quel notre destinée ? Une dépendance immédiate de celle de nos pères et mères. Un père joueur , débauché , ne réduit-il pas souvent à la misère ses enfans ? Et sa famille innocente ne devient-elle pas victime des vices qui lui ont été étrangers ? La pauvreté , juste punition du libertinage, de la débauche, devient le partage d'une famille innocente ; et «e voyons^nous pas tous les jours de malheureux enfans n'hériter de leurs pères coupables qu'une frêle existence , que des maladies et souvent qu'une mort prématurée ? L'honneur ou le déshonneur qui pèse sur telle ou telle famille n'est-ii pas un, héritage ? Si la loi chez toutes les nations civilisées récompense un père dans sa postérité , en élevant sa race au-dessus des autres , ne le punit-elle pas aussi dans ses enfens , soit en le dégradant , soit en le dépouillant de ses titres et même de ses biens héréditaires! Chez tous les peuples, la loi ne frappe-t-elle pas de réprobation ce malhemreux enfant dont la naissance a déshonoré la mère ^ Le préjugé (peut-être un des plus utiles de la société) i^e poursuit -il pendant plusieurs

< 398 )"< générations cette famille dont le chef a expié ses crimes sur i'échafaud? Une armée composée d'innocens nezpîe-t-elle pas de sa mort , ou l'imprudence de son chef, ou l'injustice de la guerre ? Les peuples n'expient-ils pas souvent dans les larmes de plusieurs générations , les erreurs et qpielquefois les iniquités de leurs chefs ?

Quidquid délirant reges plectuntur achiyL

Dans le temps que la servitude étoit de droit commun chez toutes les nations, un père ne pouvoit-il pas se rendre lui-même esclave avea tous ses enfans nés et à naître ? N'aliénoit-il pas leur liberté avec la sienne l Avant que le Christianisme n'eût brisé les fers de Tesclavage , l'enfant de l'esclave , chez tous les peuples, dans, tous les siècles, n'a-t-il pas partagé le sort de sa mère ? N'est-ce pas contre ce malheureux que toutes les nations se sont écriées d'un commun accord : Fructus sequitur ventrem.

Eh quoi ! M. F „ vous vous taisez en

présence de cette justice éternelle des hommes , et vous osez traiter d'absurde , de révoltante cette même justice exercée par Dieu lui^-même. SiDieu^ dit un autre déiste , n'est point juste comme les hommes^ nous ne savons plun^

( 399 ) eoràment il lest , et nous lui attribuons une qualité dont nous vta^ons aucune idée (a). Oseriei-vous dire que cette justice est absurde, est réi^oltante au milieu des hommes ? Et vous qui, comme moi, n'êtes qu'un chëlif cîron au milieu delà création, vous, dont l'exigue inleUigence ne peut embrasser les attributs de la divinité , vous voulez mesurer sa justice ! vous voulez lui poser des bornes !

Mais , dites-VQus , le prophète Ezéchîel dit que ce sera tante de celui qui aura péché j qui périra , que le fils ne portera pas Vini^ quité de son père*

Oui , Monsieur , mais le prophète parle ici au futur , il ne parle pas du passé. Nous ne disons pas que Dieu punit toujours dans les enfans les crimes des pères ; il s'ensuivroit que les générations seroient de plus en plus malheureuses. Les juifs effrayés des calamités que le prophète Ezéchiel leur avoit annoncées comme prochaines en punition de leurs crimes persormels et de ceux de leurs pères , étoient épouvantés des suites d'une aussi rigoureuse justice. Déjà disoient-ils, nos pères ont mangé du verfus ,-

(a) ChrUt'iaDÎs. dévoilé , p. 47i Militaire philosophe, eap. YIII , p. 79.

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C4oo )

et les dents des enfans sont agacées (a)« Le Seigneur, pour les consoler, leur annonce que désormais ce proverbe n'aura plus lieu parmi eux y et qu'il ne les punira qu'individuellement , et pour leur crime personnel.

Objection^ Mais , dit le très - savant Vicaire , plusieurs Pères de TEglise ont enseigné une doctrine toute opposée à celle du péché originel.

« Saint Clément , prêtre d'Alexandrie , qui j> florissoit (b) sur la fin du second siècle , dans » l'interprétation qu'il donne du verset i4 , du » chap. XX , de Jérémie , s'exprime ainsi :

ïf> Lorsque le prophète Jérémie dit: Le four » auquel je suis né est un jour exécrable , * et il seroitàdésirerquUln eût jamais existé; » il ne veut pas dire , par-là ; que la génération » soit criminelle ; mais il parle de la sorte , pour » manifester la peine qu'il éprouvoit d'être téf^ mpin des péchés et de la désobéissance du » peuple. Aussi, ajoute-t-il , pourquoi suis-fe » né pour être accablé de tant de peines et » de douleurs y et pour voir consumer mes » jours dans un opprobre continuel t

(a) Patres commederunt uyam acerbam et derUefi> JUiorum obstupescunt ( Ezec. , XVIII , i ). (Jf) Expression de M. Feaîllade*

» Il rëfute ensuite Job, quiadmet l'existence an '% péché originel , s'expliquant en ces termes :

» Personne , dit Job , n'est exempt de souil^ 34 lure , pas même un enfant qui n'est né que » d'hier. Que Ton nous dise donc où est - ce » qu'un enfant nouvellement né a péché , ou 1» comment il a pu participer à Tanathème qui » a frappé Adam, lorsqu'il n*a encore rien » fait l II paroît donc que ceux qui ont une ?> telle opinion sont obligés de soutenir , pour » être conséquens , que la génération , nonn seulement du corps, mais encore de Tame » qui lui donne vie , est ctiminelle.

» L'on voit ici que S. Clément ne regardoit pas » le livre de Job , comme divin , puisqu^il en 3> rejette la doctrine.

» Le même Père continue ainsi - « Lorsque » David a dit : J'ai été conçu dans les péchés , » et ma mère ma conçu dans les iniquités ^ » il dit , d une manière prophétique , qu'il a été 1» conçu dans Eve, pécheresse; car Eve a été la % mère de tous les vi vans , et s* il a été conçu » dans les péch es , il na cependant pas été » lui'-même pécheur dans l'instant de sa con- » ception , car lui-même n'a pas péché.

» Mais sila génération est un mal , continue 3» toujours St. Clément, il faudra dire que le

(4oO

» Seigneurlui-tnêmequiaétéengendré^aété 3» dans le péché j ainsi que la Vierge qui Va » . engendré. Hélas ! quels blasphèmes ï cewc » enfin qui blâment la génération , attaquent j» tout^à-la-fois et la sainteté de Dieu , et le » mystère de la création.

V Les personnes judicieirses remarqueront sans n doute dans les raisonnemens de St* Clëinent 3» d'Aleiandrie , une eicellente logique (a). )»

Réponse. C'est avec raison que nous avons dit que l'apostasie emportoit avec elle tous les vices; il jr a ici un excès d'iaipudeur capable d'étourdir celui qui ne cpnnoitroit pas à fond le coeur d'un renégat. Le teitecité par M. F.... est diamétralement opposé à sa thèse , et prouve au contraire la croyance de S. Clément au péché originel. En effet, ce docteur de l'Eglise disputoit contre Tatien et d'autres hérétriques qui condanmoient le mariage , et soutenoient que la procréation étoit un crime. Comme M. Feuillade , ces hérétiques travestissoient aussi l'écriture ; pour soutenir et appuyer leur doctrine , ils s'em* paroient de tous les passages de Job qut concernent le péché originel ; pour condamner lé mariage en lui-même , ils citoient ces mots

{a) Feuil., t. I, p. 565. /

4u Psakniste qui dit : Tai été conçu dans les iniquités , et ma mère m'a conçu dans les péchés. Quelle réponse S. Clément leur donnet-il ? Que lorsque le prophète parle de sa mère ^ c'est d'Eve , la mère de tous les yivans : Dicit prophetice quidem matrem^ sed E^a quidem fuit mater viî^entiiimj et il ajoute aussitôt : s'il a été conçu dans les péchés y il ne ta pas été lui-même dans le péché* La conception de sa mère n'a pas été un péché y car il n'est pas lui-;môme un péché : Neque vero ipse peccatum (a). Et ^ pensée 9 son texte sont si clairs et si éridensy qu'il ajoute de suite : Si la génération est un mal , ils diront aussi que le Seigneur qui a été engendré Va été dans le péché , que la Vierge qui Va conçu Va été dans le péchéé Hélas que de péchés ! Quot et quanta mala ! Ceux qui blâment la génération y blasphèment tout-à-la-fois et contre la t;o- ■ n 1 ' ■ ■ ■ ■■.■■' ' I I ■ ■ -11^ ■■«■■■ ■■ ■■ ,1 ■■ ■ 1

(a) On Toitque M. F.««* ne redoute pas la sagacité de ses lecteon , il leur met du latia sous les jeux , pais effrontément il le traduit par des contre-sem monstrueux : il n'a jamais cru sans doute que son ouvrage obtiendroit les regards des personnes instruites.

( 4f^4 ) tonié de Dieu , ei contre le mystère de ta création.

Le passage de St. Clément signifie de deux choses l'une, ou qu'un enfant est souillé du péché , parce que sa procréation est un crime , ou qu'il Test , parce qu'il descend d'Adam et d'Eve , coupable^ Or , il rejette le premier sens adopté par les hérétiques , il s'en tient au second , il professe donc le péché originel.

Quant à l'opinion de Tertullien, qu'il ne falloit pas baptiser les enfans , sous prétexte qu on ne pouvoit les admettre à' un sacrement avant l'adolescence, avant leur instruction, avant le développement de leur intelligence , elle ne

prouverien en faveur de la thèse deM. F ; elle

ne prouve pas que Tertullien ne croyoit pas au péché originel, 11 en étoit, au contraire, tellement persuadé , que daus le même livre sur le baptême (a), il déclare positivement que ce sacrement étoit nécessaire au salut de tout homme, et que dans le cas de nécessité , il faUoit le conférer à tous , sans exception. Parce que , dit-il , celui-là est coupable de la perte d'un homme , qui a retardé de donner ce qu'il a pu donner librement. Quoniam reus erit perditi

»! ■ ' ■ ■ I ■ I II ^ it Il I II II *

(a) Cap. Xn et XIU.

( 4o5 ) hominis , si supersederit prœstate quodli^ hère potuit (a); et qu'aillears il appelle les enfans des chrétiens des candidats de sainteté {b}. Quant à son opinion qu'on doit retarder le baptême des enfans , quelque respect que j'aie pour Tertullien non Montaniste , je préfère me soumettre à Topinion de TEgiise que je prourerois aisément avoir toujours été celle de l'antiquité^ si elle nétoit pas étrangère à notre sujet. Je me contenterai de rappeler à M. F.«... que St. Paul dit avoir baptisé son geôlier et toute sa famille (c) , Stéphanie et toute sa famille (d), Lydie et toide sa famille (e); or, qui dit baptiser toute une famille , dit baptiser tous les enfans (/).

Origène , disciple de St. Clément , est encore plus positif que son maître. « On baptise les » enfans, dit-il, pour leur remettre les péchés. » Quels péchés ? en quel temps les ont - ils » commis ? ou quelle raison peut-il y avoir

(a) Cap. XriL (^b) Lib. de animd.

{c) Act. apost XVI , 55.

(d) î. Corint. I , 16.

{e) Act. apost. XYI, i5.

(/) J'invite M. F.... à jeter les jeux sur la lettre de St. Cypriea à Fidos', chap. IX.

(4o6) » de bapU$er les eafans , sinon le sens de ce » passage : Personne n'est exempt de souilf lure , quand même il n'aurait vécu quun p seul jour ; parce que le bapiêjDQe efface les • souillures de la naissance. C'est pour cela » que Ton baptise les petits enfans (a), i» Sur le quatrième livre contre Celse , les éditeurs ont ajouté les passages de St. Justin et de Su Irenée, plus; anciens qu'Origène et que Su Clément.

, Revenons au péché originel en lui - même : est-il et a-t-il toujours ^té un objet de foi dans r£gUse?voilàlaquestiondont il ne faut pas sortir. Or , elle est amplement résolue dans les livres isaints; je la trouve écrite 4ans toutes les pages des écritures. Celui qui n'aura pas pris une now 4^lle naissance dans l'eau et le St-Esprit , ne pourra entrer dans le royaume de Dieu (b). De notre nature nous sommes tous des enfans de colère t dit S. Paul, eramus naturd filii iras (ç).

« Où le péché avbit abondé^dit le méine apôtre, » la . grâce a été surabondante ; si tous les » hommes ont ^té condamnés à mort pour le

(a) HomeL XIF 9 in Luc. , Tract. IX, inMaU. , IIomeL F'III 9 in levit, ib) Joan. ni, 5.

(c) AdEphes.II,^.

( 4o7 ) » p^ché d'un seul , le don de Dieu ^*est ré- » paadu beaucoup plus abondamment par la » grâce de Jésus - Christ 5 si c'est par le » péché d'un seul que tous les hommes sorti » tombés dans la condamnation y c'est » par la justice d'un seul que tous les hommes » reçoii^ent la justification (a). »

Que dira M. F... sur tous ces textes ? Qu'ilssont apocryphes , que les écritures sont altérées^ quelles sont falsifiées. Voilà sa seule ressource.

Si ensuite , d'après les Péjaglens , il veut argumenter sur la nature .d|i péché originel^ s'il me demande comment et par quelle voie il se communique à notre ame , je lui répondrai humblement que je n'en sais rien, parce que, comme dit St. Augustin , il est aussi difficile d'en connoitre la nature , qu'il est certain qu'il existe (A).

On conçoit aisément que ]V{* F.«... n'a attaqué le péché originel , que pour faire le procès au sacrement de baptême.

£n effet , s'il n'y a point de péché originel , que faut-il donc penser du baptême établi

{d) Ad Roman. , cap. V , i5 , i5 , 17.

{b) Hoc peccato nifUl est ad pradicandum notius, nihil ad intelllgendum secretius ( Lib. de Morib. , eccles. , aa. 180 , $. 3o ^ 53 }.

( -^08 ) dans la société chrétienne (fl) ? Et parlant de là , il pose hardiment en prin clpe que , ni J. C, ni les Apôtres n^en sont pas les auteurs, mais St. Jean -Baptiste et ses disciples, qui seuls baptisoient dans l'eau ; que Jësus-Christ n*a baptisé que dans le Saint-Esprit et le feu; puis appliquant à ce sacrement tous les textes des écritures qui concernent la descente du St- Esprit sur les Apôtres, il en conclut hardiment que le baptême de J. C. n'est autre chose que la vertu de charité dont t esprit ou le souffle et le feu sont les symboles , etc.

Que veut dire le mot de baptême l C'est un mot grec qui signifie ablution , immersion. Plonge-t-on quelqu'un dans le/ewpour le laver? Lave-t-on , purifie-t-on quelqu'un dans Tair , dans le souffle / Si on montre à M. F;,., ces paroles du Sauveur; En vérité y je vous le dis^ celui qui n aura pas pris- une nouvelle nais-sance dans Veau et le Saint - Esprit , ne pourra entrer dans le royaume de Dieu ; si on lui montre le baptême d'eau de l'Eunuque de Candie ; si on lui on montre la difierence qui existoit entre le baptême de St. Jean et celui

(a) Feuil. , t. I , p. 574.

( 4o9 ) 4e J. C. dans les paroles de St. Paul (a) ; si on lui fait voir que St. Jean ne baptisoit dans Teau qu'au nom de J. C. , tandis que les Apôtres l>aptisoient au nom de la Trinité , que répondratr-il ? Que toutes ces autorités sont apocryphes. — Opposez-lui les textes de l'écriture qui établissent formellement ce dogme, il n*a d'autre réponse à donner, que s^s principes ne lui permettent pas d'admettre comme authentiques ces pas--

Ça) Paal étant à Ephése , rencontra quelques disciples , et leur demanda s'ils aToient reçu le. Saint* Esprit. Us lui dirent : Nous n'en ayons jamais ouïparler. En qui avez - tous donc été baptisés l •— Dans le baptême de Jean. — • Jean baptisa du baptême de la pénitence en disant au peuple : Je tous baptise dans celui qui Tiendra après moi , pour que ce peuple crut en J. C. ; ensuite ils furent tous baptisés au nom de J. G. ( Act. apost. ILJX , i et seq ).

Si le baptême de St. Jean et celui des Apôtres «ussent été de même nature » St. Paul l'eût-il réitéré?

« Jésus-Christ a aimé son Eglise , il s'est livré » pour elle , pour la sanctifier en, la purifiant dans la :^ piscine, (. in lavaero aquœ ) , danr la parole de vie ;► ( Ad Ephes. V^ aS et seq ). ^ .

« Comme au temps de Noé , peu forent sauvés » par les eaux , de même le baptême tous 'sauv^ .p aujourd'hui ( /. Petr. IIL 20 et seq ).

(4io) êages. J'ai d^jà apprécié celle réponse (a) j et je l'ai réduite à sa juste valeur.

Je ne suivrai pas M. F.... à travers les délires de son imagination déréglée; je vous ferai grâce» de toutes les impiétés extravagantes qu'il débite.

Cependant , le baptême existe dans toutes les Eglises chrétiennes , dans tout le monde entier et depuis dix- huit siècles. Si J. C. n'en est pas l'auteur , si les Apôtres n'en sont pas les propagateurs , comment et où cette institution alors bisarre , absurde , a-t-elle pris nais-

sance ?

« Je ne serais pas éloigné de croire , dit » ringénieux docteur , que la Religion chré- » tienne ayant pris naissance dans des pays trèsj» chaude , la cérémonie du baptême dans l'eau » fut introduite dans l'Eglise dans des vues 3» politiques, en ce qu elle pouvoit contribuer » à la santé <iu corps et à le rendre robuste ; » car dans la primitive Eglise on plongeoit » par trois fois le corps dans une baignoire y » ce qui a duré plusieurs siècles (&). »

Voilà, sans doute , un trait d'une perspicacité profonde ; mais cet effort de génie n'est pas de M. F.... , il ne faut pas qu'il s'en targue.

Ça) Feail. , 1. 1 , p. 377. (&) Ibid., 1. 1, p. 578.

car il appartient tout entier à Tanteur de VExa-^ men important.

Sans doute , les ablutions ont été chez tous les peuples du monde soit dans les pays chauds , soit dans les pays froids, le symbole de la pureté intérieure qu'exige la présence de la Divinité.

Je trouve les ablutions chez les patriarches(a), je les trouve prescrites au Juif; si jevoisleGouroux indien mener ses disciples se purifier dans les eaux du Gange, si je vois les disciples de Mahomet, enfans d^Ismaél , se purifier plusieurs fois le jour , je vois également le Druide se purifier en cueillant le gui de chêne. Rappeliez-

vous , M. F , que jamais chez aucun peuple

la politique n'a eu d'influence sur la religion , mais au contraire que la religion a constamment influé sur la politique (6).

D'où vient cet usage uniforme et constant ? N'en cherchez pasTorigine ailleurs que dans la tradition du déluge , où le genre humain avoit expié ses crimes. C'est près du berceau du genre humain que la'tradition s'est le mieux conservée , et c'est dans TOrient sur-tout que les ablutions ont toujours fait une partie essentielle du culte.

Les lois cérémonielles de Moïse faisoient des ablutions un objet important ; mais alor^j elles "" ' ■" ■ ' ' I II ■ I . Il .

(a) Job , IX , ao. (b) Foye^t notre Lettre Xllt.

étoient prophétiques du baptême véritable qui. devoit laver les péchés des hommes.

« Je verserai sur vous , disoit le prophète ^ Ezéchiel, des eaux pures, et vous serez lavés » de vos iniquités ^ et je vous purifierai de vos 9 prévarications (a).

» Dans ce jour , dit Zacharie, j'ouvrirai une 3» fontaine à la maison de David et aux ha- 3» bitans de Jérusalem, pour purifier le pécheur: » In ahlutionem peccatoris (6). »

Si le baptême eût eu pour cause un principe d'hygiène publique , comme vous êtes porté à le croire , pourquoi ne la-t-on jamais donné qu'une fois ? pourquoi celte Eglise dans ses vues politiques ^UTOii-ehepnYé ses enfans d'un remède aussi simple que naturel ?

Quant à la doctrine de M. F.^.sur le sacrement de Confirmation, je remarquerai seulement qu'il est furieux de ce que les prêtres n'en sont pas les ministres ordinaires ; on diroit que c'est par un dépit janséniste qu'il s'est jeté dans les excès de l'apostasie, et que, comme il dit lui-même en finissant son premier volume : Un abîme appelle un abime , ahjssus abyssum invocat.

Je suis avec respect , etc.

(a) Eîëchicl , XXXVI , aS.

{b) Zachar. XIH 9 < «^ ^^q*

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