‹ Réponse critiqueChapitre 26 sur 31 · DOUZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LETTRE

Lyoa , le i5 Fénier i8ao*

Monsieur,

Voici comme débute M. F sur le sacrement

de l'Eucharistie.

» C'est ici que TEglise a étale ce que Ton » peut imaginer de plus merveilleux. Cieux ! » soyez-en dans rétonnement : et vous , mortels ! » croyez, avec la foi la plus vive, à la plus » étrange de toutes les métamorphoses ; ce sont * des créatures inanimées qui deviennent votre » Créateur.

» Non , les païens ne reprocheront plus aux » chrétiens de n'être qu une secte de philosohes, » sans statues , sans temples , sans autels et sans 91 sacrifices ; puisque les catholiques reconnoi-» y> sent, dans leur eucharistie , non->-seulemen un » sacrement qui renferme le corps , le sang , » Tanie et la divinité de Jésus-Christ qui leur » sert de nourriture dans ce mystère ; mais enif» core un véritable sacrifice , dont Jesus-Clirist » est tout-à-la-fois le principal sacrificateur , la

» victime , et le Dieu même à qui cette ric^ n time est offerte.

1» Que d'absurdités ne découyre-t-on pas dans » une pareille doctrine ! Quoi , les catholiques n mangent leur Dieu qui se met à leur discréi> tion I L'injure faite à Dieu par le péché de » rhomme, est réparée par un sacrifice , dont » ce Dieu même est la victime ! il étoit bien » plus convenable à la majesté divine , que » Toffense demeurât sans réparation , plutôt i> que d'en faire elle-même tous les frais (a), »

C'estavec raison que M. F a dit, en finissant

son premier volume, qu'un abîme appeloit un autre abîme ; son ouvrage , comme vous le voyez , n es^ qu'un crescendo d'impiétés , sa plume s'enhardit , ses accès redoublent , il devient en-r thousiaste, il devient fanatique , rien de sacr^ ne peut être à l'abri des vapeurs corrosives qu'exhale sa bouche impure ; c'est ainsi quVa milieu des plus violensparoxismes, il enfantera son troisième volume.

Objection , ou plutôt imposture. « L'0131 9 discuta avec beaucoup de chaleur , dans » les assemblées particulières du concile de » Trente , la question de savoir quelle étoit » la véritable forme du sacrement de VEu*

ifl) Feail. , t. II, p. |.

W charîstie : mais le Saint-Esprit ne s'éa::'^ y> plîqua point ; du moins, le concile ne » jugea pas a propos de rien prononcer là- » dessus*

» Il est bien surprenant que FEglIse admette » un sacrement, sans sai^oir précisément ce », qui te constitue* Il bien surprenant encore, » qu'après avoir long-temps discute cette ques- » tion j le concile n'ait pas voulu prononcer. »

Réponse. Avec quel plaisir voudrois - je pouvoiraccuserM.F.... d'ignorance, ouaumoin» d'aliénation mentale , je conserverois encore l'espoir de le voir un jour s'instruire , et de renoncer à ses erreurs ou de se guérir ; mais chez lui il n'y a point d'erreurs , il n'y a point de folie dans ce sens que Terreur et la folie sont involontaires ; je vois partout l'impudent mensonge se presser sous sa plume bénévole; c'est avec un ton de candeur, de naïveté, de bonhomie, quecet apôtre dit et imprime allirmativement , que le concile de Trente a gardé le silence sur la véritable forme du sacrement de l'Eucharistie^ A cet innocent mensonge il ajoute l'ironique impiété , et nous dit que le Saint-Esprit ne s'expliqua pas là^dessus; son sang froid imperturbable feroit chanceler celui qui ne le connoitroitpas^ mais si souvent

Ll d

(4i6) trompe , je me méfie de ses assertions les pla$ positives ; j'ai donc recours au concile de Trente , j'ouvre la 23.™* sess.^ can. 3.™* , et je lis :

« Dans TEglise de Dieu il a toujours ëté cru^ r> qu'aussitôt après la consécration le vrai corps^ p de notre Seigneur et son vrai sang , existoient » réunis à son ame dans la divinité » sous les » espèces du pain et du vin«.«. Par la ^force

» DES PAROLES (a). »

A la vue de ce texte formel et positif que tout séminariste sait par cœur, qui ne laisse aucune porte au subterfuge , que doit-on penser de toutes les impiétés aussi horribles que dégoûtantes et méprisables que ce fanatique entasse à la suite de ce mensonge primitif? Je n'en souillerai pas ma plume, et je le laisserai étaler avec complaisance lés objections des calvinistes contre la présence réelle ; comme ces sectaires ne lui ont prêté que leurs plus mauvaises armes , ne craignez pas que je me rende fastidieux en les combattant.

(a) Semper hœcfides in eccl&sid Dei statimpost consecrationem^ verum Domini nostri corpus^ utrumifue ejus sanguinem , sub parus et vint specie j und cum ipsius anima in diyinitate existera,.. Ex rt rERBOJtUM (Concil. Trident, sess. XX| III.* can. III)*

Je me cpntenterai de le renvoyer en présence ÛeVanienrie la perpétuité de la foi; je rengagerai à lire le tomel , le livre nei//, le chapitre onze* Il la lu, ou il ne l'a pas lu ; s'il Ta lu , il le réfutera, et ce sera un moyen sûr de parvenir à Timmortalité ; s'il ne Tapas lu, il s'instruira. Pendant trois siècles consécutifs toutes les objections qu'il fait et qu'il pourra jamais faire contre le sacrement de rEucharistie-, ont été épuisées et maniées par des plun^es plus .habiles et plus subtiles que la sienne (a) ; il n'y auroit plus d'Eglise romaine , si elles eussent jamais eu quelque valeur , et nous ne verrions pas aujourd'hui des ministres protestans abandonner les citernes creusées par leurs pères dans le désert, pour revenir à la source d'eau vive (b).

D'ailleurs , il ne faut pas se le dissimuler , il faut être aujourd'hui tout au moins socinien , ou catholique; ce n'estpas dans les camps deCalvin et de Luther que les apostats se réfugient , et nul

(à) Abunde stUisfaetum est illis.. . Si vellnt cognoscere y sinoUnt^ frustra tentabimus eis satisfacere^ guia calumniari maluntquàm discere Ç^Eraame épist. 356 ad Laurin ).

(^) Voyez le banquet de Thëodale , par le baron de. Starck , ministre protestant , premier prëdicateor Je la cour de Hesse-Darmtad , Paris , 181&

n'abandonne aujourd'hui les drapeaux de Vm pi(^té pour chercher un asile dans les consistoires»

Si je discute ici avec M. ¥..... la doctrine du sacrement de pénitence , c'est en ëcartant toutes les fastidieuses questions que cet impie théologien entasse pour faire parade d'une science qui n'est que scholastique. Ainsi » je le laisserai seul divaguer sur la contrition ^ l'aurition y le commodum et Yincommodum des absolutions données avec ou sans délai. Il parlera tout setd de la forme , de la matière » du ministre de ce sacrement , sur la formule indicative ou déprécative : questions oiseuses.

Le sacrement de Pénitence est- il dUnstitution dii^ine t

La confession auriculaire fait-elle partie essentielle de ce sacrement t

Voilà les deux questions que je vais essayer de résoudre, et je ferai ensuite justice des objection» de M. F

Il n'y a pas un catholique qui ignore que ce sacrement prend sa source dans ces paroles de J. C. adressées à seG Apôtres : Ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel , ce que vous délierez sera délié. « Mais , comme » observe très - judicieusement TerluUien , il >k ne faut jamais entrer en dispute avecunhérétt-

( 4i9 ) y» que, et biea moins encore avec un phiiosophe ; » l'Kcriture sainte à la main ^ soit parce qu'il en » rejette une partie , soit parce que , s'il les » admet > il y ajoute , il y retranche , il les SI façonne à sa mode , il les commente à sa ma- » nière , il ne £aiut donc jamais choisir son n champ de bataille sur un terrain où la » victoire peut - être nulle , inceirtainé ou » douteuse. Ainsi , il ne faut ouvrir aucune » dispute avec les hérétiques s'ils ne sont pas y> chrétiens. Car là vous trouverez la discipline » et la foi de TEglise ^ vous trouverez la vérité » des écritures, de leurs explications et de » toutes les traditions (a). )»

Ainsi , donc laissant de côté les écritures ,

le dis à M. F : Je suis de temps immémorial

en possession de croire que ce sacrement est d'institution divine ; vous dites qu'elle est moderne ; dites-moi donc qui en est l'auteur ? En quel temps , en quel lieu elle a commencé ï Dites-moi quel est l'homme puissant qui a su nous imposer un joug inconnu à nos pères ? Faites-moi connoître la patrie de ce barbare législateur ?.«.. Vous vous taisez.

Ma doctrine est de tous les temps , je la trouve consignée dans les plus antiques rituels

(a) Tert. de praiscript. , c. XVH, XYIH-

( 4^0 ) latins 9 dans toutes les euchologîes grectptêsef orientales , de Constantinople , d\\lexandrte „ d'Antioche; je la trouve chez les Coptes , chez, les Arabes , chez les Ethyopîens , chez les Maronites , chez les Jacobites , chez les Ëutychiens, chez les Nestoriens ; si c est une erreur > elle a une date , parce que la vérité seule n'en

a point. Ou convenez , M. F , que ma

doctrine date des Apôtres et de J. C^ lui*^ même , ou que la vôtre date de Calvin.

Tant que vous vous tairez , je serai en droit de dire que ma doctrine est fondée sur cea parobs: Receliez le Saint-Esprit ^ les péchés que vous remettrez seront remis ^ ceux que vous retiendrez seront retenus {a) ; je serai en droit de dire avec toutes les Eglises chrétiennes , avec toute Tanliquité que le pouvoir des clefs confiées aux Apôtres , a passé à leurs successeurs , qu'ils ont été constitués juges de tous ceux qui ont failli après leur baptême ; que puisqu'ils sont juges , ils ne peuvent juger qu'en connoissance de cause ; qu'ils ne peuvent connoître que sur i*aveu des coupables. Toute TEgiise depuis dix-huit siècles explique comme moi les paroles du Sauveur ; tarouvez-moi un interprète latin , grec , syriaque » arabe , qui de

(«i) Joan. f XJL j a^ et seq«

ces paroles n'en tire pas la même conséquence , c'est-à-dire , le sacrement de pénitence et la nécessité de la confession. A cette preuve de prescription , ajoutons encore celles de la tradition.

L'auteur de Tépître à Jacques , que Ton attribue communément à St. Clément , dit : « Si » quelque tache , quelque infidélité , quelque » péché s'est glissé dans le cœur de quelqu'un, )> qu'il ne rougisse pas , s'il a quelque soin de » son ame , d'en faire l'aveu à celui qui pré- » side à son Eglise , car c'est par cette foi et » les bonnes œuvres qu'il pourra se soustraire » aux peines du feu éternel (a).

St. Irenée raconte que l'hérésiarque Marc avoit corrompu quelques femmes superstitieuses et simples ; que rentrées dans le sein de l'Eglise, elles confessèrent souvent leurs impudicités. Il en dit autant de la femme d'un certain diacre (b).

Ecoutons TertuUien , qui vivoit dans le second

(a) Si forte in alicujus cor vel livor , vel infide^ litas f vel aliquod malum latenter irrepserit nen eru" bescat > qui animœ suœ gerit , confiteri hœc ei y qui prœest,... Qud passif fide integrd et operihus bonis pœnas œ ter ni ignis effugere ( Ëpist. ad Jacob« jaxta yersi. Ruffiui , u.° 2 ).

(6) Irœnœus , Cont. Hœres. x ^- IX*

siècle: «Je crois, dit-îl, qa»plusieurs pIusoccQpéf )» de leur honte que de leur salut, évitent oit » diffèrent de jour en jour la manifestation, de )> leur conscience , comme ces hommes qui , y> victimes d'une fausse pudeur , cachent des » maladies secrètes à leurs médecins , et pë- )» rissent.... Vaut-il mieux être damné en secret » que d'être absout publiquement (a)? »

« On ne se mocque pas impunément de » Dieu , dit St. Cyprien , on ne peut ni le cirn convenir , ni le tromper ; que chacun de 1» vous confesse son péché pendant qu'il est » sur la terre , pendant que sa confession » peut être admise , pendant que la rémission » faite par le prêtre i et la satisfaction peuvent s» encore être agréables à Dieu (6).

Les bornes étroites que je me suis tracé ne me permettent pas de citer un très-beau , mais long passage d'Origène dans son homélie sur ces paroles du Psalmiste : J'annoncerai mon iniquité (c) ; et dans une autre sur ces paroles de TApôtre : Si quelqu'un de vous est malade^ qu'il appelle lès prêtres»

(a) TertaL , ad Prax. , c. X , et XII. [h) Çjrprian, , lib. de Lapsis.

(c) Origen. komel. XXI F ^ in Psalm. 5? , et im homeU II f in levitic* et HL

( 423 ) « IMeu / dit Lactance , n'a ordonné aux Juifs p la honteuse circoncision que pour nous avertir » que nous ne devions pas tenir notre conscience » enveloppée > que la pudeur ne devoit voiler » aucun péché dans le secret de notre ame, » C'est la circoncision du cœur que le Sauveur 1» a transportée de la chair mortelle à lame » immortelle. Il nous a imposé une pénitence » dans cette circoncision , pour que , par un » aveu sincère de nos fautes, nous en obtenions » le pardon de celui qui sera inexorable à Tégard » de quiconque se sera soustrait à sa loi (a). *

» Voulez- vous connoître , dit-il ailleurs , la » véritable Eglise au milieu de toutes celles qui » usurpent le nom de chrétienne ? Celle-là » seule est catholique dans laquelle on trouve » la confession et la péiiitence , qui guérit effi- » cacement les péchés et les plaies auxquelles » est sujette la folblesse de la chair (b)» »

Je n'ai pas besoin d'avertir M. F««*.« que Lactance vivoit dans le commencement du quatrième siècle ; que dans le même siècle il rencontrera en Occident St. Hilaire professant

(a) Lactant. , /. //^, instit ^ cap. XVIL (h) Lact. ut suprà , chap. XXX.

la métne doctrine (a); en Orient» Si. Basile (£)> St. Grégoire de Nisse (c) ; en Espagne, Pacien , éyéque de Barcelonne , qui lui dira : « Je vous » en prie , mon frère , au nom du Seigneur à qui » rien de secret n'échappe , hatei-vous de dé- » couvrir les plaies de votre conscience ; les » malades prudens ne redoutent pas le mé- » decin , dût -il les couper , les brûler dans » des parties honteuses. Eh quoi ! le pécheur » rougira d'acheter au prix d'un peu de honte 3» la vie étemelle ! comme si une mort éternelle » étoit préférable (d). »

Dans le cinquième siècle , St. Jean Chry-

(a) Comm. in capit XVIU % Matth> , n.* 8.

{J}) In reguL brevior. interrog. 229.

OmninOj ait^inpeccatorumcorifessioneeadeTnratiQ est , quœ in apertione vitiorum corporis necessaria, lis peecata aperiri debent , quibus crédita est diipensatio»^ nijsteriotum Dei{ ibid. ad interrog. n.** 28» ).

(c) Major in eo tibifiducia sit , qui te in deo ge^ nuit 9 quam in illis à quibus corpore procreàtus' es ; audaeter ostende iUi quœ sunt recondita : animi arcana tanquam occulta vulnera medico dètega / ipse et honoris et valetudinis tuœ rationem habebit..^ Tu vero eu jus animus œger est , cur non ad medicum pr opères l cur non ei confitendo morbum os tendis tuum / ( In sermo. adrer. eos qai alios acerb. jadicanQw

(rf) In exhort, ad Pénitent.

aôstéme (a) appellera à grand cris les pécheurs au tribunal de la Pénitence ; St« Ambroise ea prouvera Tusage et la nécessité , non par des écrits y mais par des faits (b). St. Jérôme (o) lui apprendra le danger qu'il y a de garder le secret sur une piqûre de serpent, et de ne pas la découvrir à son frère et à son maître, parce que^ dit-il , la médecine ne guérit pas ce qu'elle ignore.

St. Augustin ne sera pas moins énergique pour peindre le calme qu'apporte dans l'ame d'un pécheur le sacrement de Pénitence.

« Ta conscience , dit - il , étoit purulente , * comme un apostème , elle te tourmentoit et X» ne te laissoit aucun repos ; le médecin y ap- 3» plique les fomentations de la parole , quel-^ y quefoisil coupe au vif, et porte dans Tinté* fi rieur du mal un fer charitable. Reconnob , » baise la main du médecin ; avoues tes fautes , » que par un aveu sincère la plaie s'évacue , i) alors , réjouis -toi , ta guérison est pro- » chaine (rf).

(a) HomeL IX , in epist. ad Hebrœos , lib. H ^ de sacerdotio , tib. I , cap. 5 ; lib, Jll > cap, 5. (^) Paulus Diac, in vitd Ambrosii , n." 59.

(c) In capit, X j ecclesiast. In epist. ad Heliodor^ De laude vitœ solit.

(d) AugusL Enarr. in Psalm, 66.

Innocent I ëcrivoit , Tan 4^6 ^ î^ centius. « C'est au prêtre à juger du poids des » pêches , il faut qu'il fasse attention à la con« » fession du pécheur , à ses pleurs , à ses larmes , » et qu'il Tabsolye lorsqu'il aura tu une satis^ n faction suffisante : Cum viderit congruam t satisfactionem.

Dans le même siècle , Léon -* le - Grand ëcrivoit : « J. C. ^ médiateur de Dieu et des 1» hommes ^ a donné aux chefs de l'Eglise le » pouvoir d'imposer la péuitence à ceux qui se » confessent , et de les admettre à la commu«« Il nion des sacremens par la porte de la récon- » ciliation » après qu'ils se sont purgés par 3^ une salutaire confession (a). »

. Ici je m'arrête , je pourrois dérouler la même doctrine , et la montrer au sixième siècle dans St. Jean Climaque (6) , dans Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople (c); dansAthanase le Sinaïte {d) ; au septième siècle , dans saidt .Grégoire - le - Grand (e) ; dans St. Elige »

(a) St. Léo Magn. epist. LXXXII.

(A) S cala spiritualis, gradu IV *° (c) In lihro pœnitentiali quem ad usum ecclesUe orientalis descripsit.

{d) In homelia de sacra synaxi.

{é) Homcl. XXVI in Eyang. , /. XIXJI, moralium*

( 4:^7 ) tîvèque de Noyons (a) ; dans Théodore de Cantorbéry (b) , dans le vénérable Bède (o) , dans Alcuin , précepteur de Charlem&g^e (d).

Ecoutons maintenant M. F , et voyons com^

ment il s'y prendra pour briser cette chaîne de tradition qui embrasse tous les siècles et le monde entier.

Ce que tous les ca Ivinistes et les luthériens ensemble n'ont pu faire dans des milliers dé volumes in-folio , M. le Vicaire s'en charge en à8 pages in-S.*', encore est-il dijBus , encore faut-il lui aider.

Il veut prouver que les raisons théologiques <jue donne le concile de Trente , pour établir que la confession détaillée de ses péchés est hécessairey de droit dii^in , ne sont appuyées sur aucun fondement solide (e) ; voici te raisonnement que j'ai pu extraire d'une dizaine de pageâ écrites en style de Lycophron :

Objection. « Ce qui est de droit diç^in ne » peut-être ni établi y ni abrogé par VEglise^

Ça) Homel. IF et XL''

{h) In PœnUentiali , cap, LX,

(c) Comentar. in cap. 5.^ » epist^ 9 SU* JacohL

(d) Traite contre EHipand.

(<?) Fcmil. , t-ll, r 48.

(428) » la confession a été instituée , puis abrogée » pendant un temps ; donc elle n'est pas » d^ institution dii^ine.

3» Au rapport de Socrate , lorsque les Nb^ » yatiens se séparèrent de TEglise et refusèrent » de communiquer avec ceux qui ëtoient tombés n durant la persécution de Dèce , les évéques » ordonnèrent que dans chaque église il y 9 auroit un prêtre pénitencier , à qui les tombés :» seroient tenus de confesser leurs péchés j» commis après le baptême. — F'oilà donc » la date de l'institution de la confession»

» Au rapport de Sozomène , une femme de 9 qualité s étant accusée devant le pénitencier 9 d'une énorme faute commise avec le diacre » de réglise de Constantinople , le scandale » fut aussi grand que la faute avoit été grave f jp rinfamie paroissoit en rejaillir sur TEglise » en général ; le patriarche Nectaire déposa le ^ diacre , et de Tavis du prêtre Eudemon , il » abolit la charge de pénitencier , laissant à » chacun la liberté de participer aux sacremens » suivant sa conscience.

» Voilà donc V abolition de la confession auriculaire. »

Réponse. Le théologien F n'a jamais eu

d'autre intention que d'écrire pour des ignorans y

et

^ s^U a farci son ouvrage d'énormes citadons latines, c'est, à l'exemple des médecins de Molière ^ pour en imposer à ses stupides lecteurs.

Je conviens que la charge de grand pénitencier fut instituée en Orient lors du schisme des ]Soyatiens;je€Onviensqu'en Orient, la confession publique fut dès ce moment de rigueur en prépuce du prêtre pénitencier; qu'elle fut aussi abolie par le patriarche Nectaire ; mais quel rapport y a-t-U entre ces deux histoires et la confession auriculaire! La confession publique faisoit autrefois partie de la pénitence publique imposée par par le prêtre ad nutum dans la confession auriculaire , elle faisoit partie de la satisfaction même avant le schisme des Novatiens ; mais aucun canon n y astreignoit les pécheurs publics.

I^ confesseur,en certains cas, arrêtoit souvent le zèle indiscret d'un pénitent, lorsque l'aveu public pouvoit exciter des scandales , des haines , ou exposer le coupable à la vengeance des lois. Par exemple , l'adultère étoit puni de mort suivant la loi romaine ; eût-il été convenable d'exposer un homme adultère à la vindicte publique , et une femme à la fureur de son mari? Dans le principe, cette confession se faisoit en présence de tous les fidèles ; mal$ ^

Mm

comme le dit Sozomène , elle entraîna die graves inconvéniens ; on crut y suppléer en la restreignant à la présence du prêtre pénitencier et de ceux qui se confessoient. Le scandale ar« rivé soûs le patriarche Nectaire , fit supprimer encore le prêtre pénitencier ; « c'est-à-^dire , » dit M. Fleury , que les Eglises d'Orient re- » vinrent à l'ancien usage conservé en Occident; 7> que l'évêque prit soin par lui-n^éme de la a> pénitence publique , sans que les pécheurs » fussent obligés de s'adresser à un certain 9 prêtre. Us demeurèrent dans l'ancienne H- » berté , marquée par Origène (n) , de choisir » leiu: médecin spirituel , et de confesser même » en public quelques uns de leurs péchés, s'ils » le jugeoientà propos » ou de s'approcher des » saints mystères , sans avoir recours à la con- » fession publique , s'ils jugeoient en leur cons- » cience qu'elle ne leur fût pas nécessaire comme »^nous en usons encore (&)• »

«^ Objection ou plutôt imposture. Le témoiï» gnage de St. Chrysostôme , successeur im^ » médiat de Nectaire y est assez formel pour » en conclure que la confessipn détaillée des

^a) Homel. II , in PsaL 37 , 19,

ib) Hist.^ccWsiast. , l. XIX, ».« a5.

(45i) * pèches n est point de précepte divin. Dteri » ne nous ordonne point , dit ce përe de » l'Eglise , de ré\>éler nos péchés ; mais il » veut que nous lui en rendions compte et » que nous les confessions à lui seul (a). »

Répon'Se. Que de faussetés en peu de mois !

i.° Ces paroles ne sont pas de St. Chrysoslôme , patriarche de Gonstantinople , mais de St. Chrysoslôme, prêtre d*Antioche. 2.^ Pour juger de leur fausseté , il faut rétablir le texte qui est tronqué et falsifié. 3.° Il faut dire à qui ce discours étoit adressé. Or , voici le passage dont M. Feuillade veut argumenter , et que i^on trouve dans la vingt^unième homélie adressée aux catéchumènes d'Antioche , par St. Chrysostôme , alors simple prêtre , et non pas successeur immédiat de Nectaire :

« Cequ'ily a de plus admirable, dit ce docteur ï> de TEglise , ce n'est pas que Dieu nous re- » mette nos péchés, mais c*est de ce qu'il ne les » manifeste pas , c'est de ce qu'il ne mette pas au » jour notre turpitude, c'est de ce quM ne nous

(a\ Feaill. , t. II , p. 56.

Deus peccata nostra non révélât ( cela n*a point de sens ) « sed sibi soli rationem reddere jubet et sibi confiteri ^Catech. ad illamin.). Cette note est d«

Mm 3

» force pas a venir en public mettre au jour » nos péchés j mais de ce qu'il ordonne que 9 nous lui rendions compte à lui seul , et que » nous nous confessions à lui , c'est de ce que y » content de notre unique témoignage ^ il ne j^ nous contraint pas d'énoncer nos péchés j» en présence de témoins (a), »

Maintenant , tout dîQiculté va s'évanouir , et ne laissera après elle que la honte pour celui qui Ta produite. La solution se trouve dans le titre même du discours ; à qui est-il adressé ? aux caihécumènes , ad illuminandos. En effet j avant leur baptême , ces chrétiens n'étoient tenus à aucune confession , ni publique , ni auriculaire. Et on peut d'autant moins se tromper sur le sens de ces paroles , sur le but de l'orateur , sur la nature de son auditoire , que

(a) Neque hoc tantum est admirahile , quod nabis peccata dinùttit ( Deus ) ; verum et quod ipsa non révélât y nec manifestafecit aut conspicua; nec cogii IN MEDIUM rnocBDENTES , quœ peccavwius enun" tiare : sed sibi soli rationem reddere nos jubet , et sibi conjiterL... Nec cogit prœsentibus quibusdam pec-^ cata enuntlarL,.. Solo nostro testimonio contentus ( Homel. XXI f Cathechesis ad illaminandos ).

Je prie le lectear de comparer cette citation arec celle de M. Feuillade,

(433) iians le même discours on lit : « C^est pourquoi 1» je vous l'ai déjà dit , je vous le dis encore et » ne cesserai de vous le dire , si quelqu'un ne » change pas de vie , ne se dispose pas à la » vertu , qu'il ne soit pas baptisé (a). »

D'ailleurs, comparons S.Chrysostôme avec luimême , écoutons-le parler aux fidèles baptisés : « De quelle manière, dit-il, la pénitence devientyt elle un remède ? D'abord par la comdamna- » tionet l'aveu de ses péchés... , ensuite par ITiu- » milité... Car si vous avouez votre péché, com- » me il doit être avoué, il en résultera une » confusion. Si le pénitent dit seulement ; Je » suis pécheur j s'il n'expose pas V espèce V et le nombre de péchés ^ et sHl ne dit » pas : Xai commis tel et tel péché ^ un » pareil pénitent ne cessera pas d*être pécheur, » même en se confessant toujours , parce qu'il » n*aura pas pris le vrai moyen de se cor- » riger (fr). »

(a) Proptereà et prius dixi et nunc dico^ et dicere non désistant , si guis morum vitia non correxit , nec paravît sibi virtutent, NE bàptisetïtr ( Homel. XXI ut suprà ).

(Jb) Nam si peccalum fueris confessuSf ut oportet

eonjiteri ^ fit humitis anima Sin autem dicit

( penitens), i sum peccator i ea aatem per specîer non

. « Quoi! dit-il ailleurs, celni-là rougit (Ta-* * vouer à un homme des péchés qu'il ne^ » rougit pas de commettre à la face de Téter- » nel,il ne veut ni les avouer, ni faire péni- » tence ; mais viendra le jour où il sera traduit 3» non pas devant un homme, ou deux, mais » devant l'univers entier (a). »

Objection. Enfin, dira M. F...., c'est cependant aux fidèles baptisés qu'il adressoit ces paroles ; Je i^ous en conjure j mes frères^ confes-sez'vous souvent à Dieu... ^ Je ne vous fais^ pas un devoir de découi^rir vos péchés auoc^ hommes^ mais déployez votre conscience dei^ant Dieu (b).^

Réponse. Ce saint docteur parle ici de l'examen fréquent que tout chrétien doit faire de sa conscience. C est encore à quoi TEglise nous invite et nous presse. Dans la formule de nos prières journalières, elle nous dit : Je i^ous en conjure, confessez^-vous soui^ent à Dieu, je ne vous fais pas un devoir daller tous les

cogitai ac sapputat et non dicit : Hoc et iUud pecca-^ tum admisi ; nunquam cessabit semper confitens » curam autem nullam gerens correctionis (^ïiomel» IXn in epist. ad Hebrsos ).

(a) Homel. de muliere SamariU

(èj Feail., tom. Il , p. 56*

jours découçrir vos péchés aux hommes , mais déployez souvent votre conscience à Dieu. N'avez -vous pas, M. F,..., prêché souvent cette doctrine, et, en la préchant, croyiez-vous anéantir la nécessité de la confession auriculaire? Pourquoi n'accusez- vous pas aussi le vertueux auteur du livre de limitation^ et tous les auteurs acétiques ? Car tous tiennent le même langage.

Oui, M. F..., si vous eussiez compris St.- Jean-Chrysostôme, au lieu de Taccuser, vous vous seriez accusé vous-même ; si , lorsque votre plume dégorgeoit sur le papier ces torreris d'impiété , vous eussiez pratiqué la leçon qu'il donne dans sa seconde homélie, sur le 5o.* psaume; si, en vous jetant sur votre lit y comme dans un port tranquille , à l'abri de tout souci , vous eussiez dit à votre cœur et à i^otre âme : voilà une journée de passée y 6 mon dme l quai-^je fait de hierty qu'ai-je fait de mal (a)? je ne vous refuterois pas ;

(a) Cum autem in lectum , hoc est , in tranquillum portum conjecistiy nec nullus est qui tibi molestiam exhibent f die cordi tuo atque animai tuas : exegimus hodiernam diem , 6 anima ; quid boni fecimus , aut quid mali admisimus.

( 436 ) aajonrd'buî ydns jouiriez du repos de rotrr conscience.

Je finirai cette lettre comme M. Fr...« a fini son chapitre , par quelques réflexions sur les résultats de la confession auriculaire, considérée du côté de ia morale publique. Il est à parier que nous ne nous rencontrerons pas.

Cultiver les semences de la piété dans ces âmes bien nées, ou elles fructifient comme d'elles-mêmes ; empêcher que des passions naissantes ne les 'étouffent dans tes autres ; inspirer ou l'horreur ou le repentir du crime ; mettre un frein à la scélératesse, pour en pré^ venir les effets, et pour en arrêter les suites; soutenir ceux qui chancèlent, relever ceux qui tombent, réparer le larcin , renouer les nœuds de la charité, entretenir Tamour de la concorde , de la subordination , de l'ordre , de la justice, de toutes les vertus; travailler à détruire ou du moins à affoiblir l'habitude du désordre, de la désunion, de la révolte de tous les vices; être à la place de Dieu et pour le bien des hommes ^ le juge des consciences y le censeur des passions; voilà un des emplois les plus propres à maintenir les mœurs^ et un des plus conformes à l'intérêt public.

Voilà le seul et unique tribunal qui agisse inoK

( 437 ) mifdîatement sur la conscience de Thomme, qid poursuive, arrête ei étouffe le crime dans son germe, dans la pensée. Que de victimes ce paisible tribunal n'a*t-il pas arrachées à Timpitoyabie justice humaine! Voilà le seul et unique tribunal qui étende sa jurisdiction sur les sujets , pour leur faire aimer et respecter leur souverain, comme leur père; sur le souverain^, pour lui faire gouverner ses sujets comme ses enfans. C'est de ce tribunal que découle cette autorité bienfaisante, qui s'interpose entre le souverain et le sujet, comme arbitre suprême des uns et des autres ; qui tempère la majesté royale par la majesté divine; qui arrête le bras du despotisme par celui de la Religion ; qui balance Tin» dépendance du monarque, par la soumission du chrétien ; qui humanise aux pieds des autels celui qu'on déifie au milieu de la cour ; c'est ce tribunal qui fait du souverain le jréparateut des maux dont il n'est pas l'auteur; qui place à côté du trône la vérité et la vertu , pour en écarter la surprise, la flatterie et la séduction. Il seroit sans doute à désirer que d'aussi augustes fonctions ne fussent jamais confiées qu'à des hommes d'un âge mûr, d'une vertu éprouvée, doués des lumières les plus étendue^^ de la discrétion la plus profonde, de l'assiduité

(438) la plusi grande, de rimpartialitë la plus exacte^ du dësinicTessement le plus complet ; il seroit à désirer que ce ne fussent pas des hommes^ mais des anges ; J. C« ne l'a pas voulu ainsi. Sans doute TE^Iise a eu souvent à gémir sur les scandales de plusieurs de ses ministres. Mais heureusement ces monstres d'impiëtés sont bientôt connus , refoulés pe^r le mépris public , rejetés par leurs supérieurs ; il ne leur reste le plus souvent d'asile que dans les camps de Timpiéié et de l'apostasie; et là, jouissent-ils de la paix ? Non. Us n'éprouvent encore que rebut, dégoût et mépris. Semblables aux païens , qui insultoient aux Chrétiens apostats , nos sages philosophes ne pardonnent ni à ceux qui leur résistent, nia ceux qui ont succombé sous leurs sophismes. Belle récompense de la docilité que l'on a eu pour eux !

Aux conclusions de M. F.,.., contre la confession (a) , j'opposerai l'opinion d'un autre ■ » ^

(a) D'après les observations qae je viens de faire f je ne crois pas qu'il paisse paroître douteux q^ue la morale ne gagnât beaucoup à V abolition de la confeS' sion , parce que la somme des inconveniens qu'elle entraîne après elle , l'emporte très-certainement sans celle des avantages que l'on peut en retirer.... Rien nest plus instant que de la supprimer (FeuiL, t. Il» page 66).

(439) prêtre apostat. Cette autorité en vaudra bien une autre. « A l'exemple des Incas, dit l'abbé » Raynal, les jésuites ont établi le gouver-* n nenient théocratique, mais avec un avantage » particulier à la Religion qui en fait la base t » c'est la pratique de la confession infini- » ment utile; — le meilleur de tous les gouver- » nemens , ce seroit une théocratie , où Ton » établiroit le tribunal de la confession («)• » Les ennemis de lat religion romaine , dit » Voltaire , qui .se sont élevés contre une ins- » titution si salutaire ( la confession auricu- » laire), semblent avoir ôté aux hommes le » plus grand frein qu'on peut mettre à leurs » crimes secrets (6). »

Des conclusions de M. F...., j'en appellerai au témoignage des protestans eux-mêmes^ qui toujours dans legrs écrits, gémissent sur l'aveuglement de leurs pères , qui ont porté la hache au pied de cette institution salutaire (c); j'en appellerai aux luthériens de Nuremberg, qui envoyèrent une ambassade solennelle à Charles- Quint, pour le prier de rétablir chez

(a) Hist. philosoph. , t. III, p. aSo.

(b) Annales de Tempire , t. I, p. 4a.

(c) Voyez le Banquet de Théodnle , pag.aget suif.'

(44o) eux, par on ëdit^ Tusage de la confession (à);; aux habitans de Strasbourg qui ont voulu faire la même chose (b) ; aux luthériens de Suède qur Tout conservée comme un des articles convenus dans ^a confession d^Augsbourg (c).

Je suis avec respect, etc.

(a) Soto in 4- » àUt. iS, qàest. I , art. i. (fi) Scheffmacher, 4.^ lettre , $. 5.

ic) Hifit des Variât., 1. UI , n."" 4&

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