PRÉFACE. IX
pol.... degred.*..; si nous eussions pris, avec Tancien Vicaire de Privas^ le style familier du vertueux Jean- Jacques avec M. de Beaumont , archevêque de Paris, et si nous Teussions désigné sous le nom d*un cuistre à petit collet , d'un chétif habitué de paroisse} Que seroit-ce enfin si, dans ce siècle si délicat, qui tolère plutôt l^erreur que le manque d*égards , nous eussions emprunté les couleurs dont aujourd'hui , maintenant , tous les jours MM. de la Minerve, les Censeurs , etc. etc. chargent leur délicat pinceau pour peindre les missionnaires ? Ah ! dans ce heau siècle , si délicat et si exigeant , comme sous celui d'Auguste, sur la table de la censure , on ne voit que des pigeons , et jamais de corbeaux.
Corfis parcit , vexât censura Columbas.
Au reste , loin de regimber contre la critique, nous Taccueillerons toujours comnae un bienfait. Nous savons , quoique élevés en province , que les égards littéraires 5ont relatifs; que tout en se garant d'imiter les Garasses philosophes du siècle, on peut
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néanmoins se servir des expressions justes que dictent le dégoût et Thorreur inspirés par la lecture d'un aussi exécrable livre que celui du Vicaire de Privas , que Ton peut appeler apostat , un prêtre , qui dit luiraême avoir pris pour modèle Jean Meslier, curé d'Etrepigny^ qu^on peut appeler imposteur et faussaire ^celni qui, à la science la plus putide, à rirréligion la plus scandaleuse , à la philosophie la plus absurde, aux mensonges les plus grossiers , aux falsifications les plus criantes, joint la déraison la plus maussade. M. le Censeur a paru craindre que nous ne fussions assez niais pour suivre pîed-à-pied M. Feuiilàde dans le labyrinthe qui compose ses trois volumes. Une telle crainte eût dû se dissiper à la vue de PxOtre prospectus qui ne promettoit qu'un volume de ,480 pages au plus ; comment pouvoit-il craindre que nous fussions diffus en traitant autant de questions importantes dans un seul volume , quand on sait que pour réfuter une seule erreur brièvement énoncée, il faut souvent de nombreuses pages?
Revenons à M. F....^ est-il fou ? Çest une question que beaucoup de personnes ont soutenue dans Tintention sans doute de le justifier. Oui , c'est un fou , c*est un échappé d*Anty€Îre ; — • mais tous les philosophes le sont* —-Et il y a des fous comme des aveu-* gles, des innocens et des criminels : or, il est du nombre de ces derniers. En erreur, une extrême extravagance n est autre chose qu'une saihe logique, c'est-à-dire, telquî s'ar*^ réte à moitié chemin dans les conséquences d'un faux principe, n'est qu'un être pusilla--' nîme et inconséquent, car c'est ainsi que toute erreur engendre essentiellement un fou ^ et souvent un grand criminel dans celui qui est assez logicien pour en dédidre , sans trembler , toutes les conséquences. Par exemple^ la doctrinede Luther et de Cal^ vin engendra , par Une très-saine logique , la folie des Sociniens;, qui , par lâcheté i n'osèrent conclure à l'athéisme; mais d'autres, plus hardis dans leur conséquence , prêchèrent hautement et mirent en pratiqué cette désolante doctrine, qui n'étoit quune exacte
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conséquence de celle de Luther et de Caivin. Au reste, nous ne voyons pas encore en quoi la folie de M. F... est plus à dédaigner que celledu patriarche de Fer ney^ du citoyen de Genève , du fougueux RaynaL Comme eux , il flatte toutes les passions ; comme eux , il prépare une excuse à tous les vices, une apologie à tous les crimes; comme eux, il dégrade toutes les vertus^ comme eux, il réunit toutes les extravagances dont Pesprit humain est capable , pour engendrer tous les crimes dont il est susceptible, lorsque ^on livre sera devenu le catéchisme de Tignorance armée. Si sou style n est pas brillant et -séduisant comme celui de Fauteur de la défense de mon oncle , si $cm imagination rfest pas aussi vive, aussi féconde, si son esprit n-est pas aussi flexible , si son cœur n est pas aussi sensible que celui de Tauteur d'Héloise , s'il ne se présente pas dans la carrière de Timpiété avec la déclamation fougueuse de Raynal, il y parott , en revanche , couvert de vieilles armes cpji attirent Tattention de ce
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Siècle frivole; ilesttour-à-lourMarcionîte, Carpocratien , Arien , Manichéen , Pélagien^ Wiciéfiste, Luthérien, Calviniste, Déiste , — puis Païen; — et c'est dans le paganisme même qu il réunit toutes ces sectes. Il est tout, il emprunte toutes les formes , il prend tous les masques ; il a fouillé tous les arsenaux cle Tirapiété, il en a parcouru tous les greniers ; mais c'est un pygmée couvert (fantiques armures faites pour des géans ; «ous ces armes ridicules , il étonne la tourbe ignorante, il joint la modestie à l'imposture ^ la candeur à la fourberie , le ton dévot à celui de l'enthousiasme et du fanatisme; à Tarrogance, à la froide audace ifun philosophe il réunit Tastuce et le patelinage des hérétiques. Voltaire , le coryphée de la bande, ne cite jamais d'aptorités , parce que lui seul en est une ; et c'est par des autorités que celui-ci plus modeste veut subjuguer. L^histoire , les livres sacrés et profanes, la tradition , les Pères de fEglise, les théologiens sont tous dévalisés, pillés t volés , mis à contribution par ce nou-
Xiv PRÉFACE*
veau forban ; il se couvre de textes latins ; mais il les altère » mais il les tronque, mais il les falsifie , mais il fait des contre-sens;, comme les harpies, il souille, il corrompt tout ce qu'il touche. Il n'est pas fou en ce sens qu'une folie est une maladie involon-^ taire, en ce sens que de ses faux principes^ il en sait tirer toutes les conséquences i il n'est pas foii, en ce sens qu'il apprend fort bien à déraisonner.
Par lui la déraison est rëdoite en système Ça).-
Il n'est pas fou si les philosophes et les incrédules ont quelques droits à la raison. Cette bande perverse ne demanderoit pas mieux que d'obtenir de leurs contemporains un brevet de folie pour pouvoir impunément traverser la société et répandre , en secouant les grelots de Momus, son venin corrosif. Tout est gagné pour elle, tout est perdu pour nous, si, sous le masque de la folie, elle n'a à redouter que le mépris des honnêtes gens , si dans ses
{a) tnsanire docet certd ratione iHodoqae.
saturnales elle peut impunément attirer autour d'elle Tinnocente jeunesse , la grossière valetaille, rignorante populace, ou sous les lambris dorés servir de bouffon à la sotte opulence {a)j ou comme un subtil charlatan qui amuse, faire acheter sa drogue à ceux même qui n'y ont pas de foi. Tout sera perdu pour nous, les Dieux seront partis ^ lorsqu'elle méritera' d'être plutôt plainte que réfutée.
Nous ne devons ni craindre ni espérer que M, F.... prenne jamais la voie du raisonnement pour combattre cet écrit i comme sq%
(a) Avant la r^Tolntion , la philosophie s'ëtoit inlrodaite pour amuser , dans les palais des grands , dans les boudoirs. A la table de nos Seigneurs , à côté des Laïs et des Vestris , siégeoi^nt Condorcet , Gerntti ^ HelTettns , cet aimable fou , qui ne se distinguait des singes que par les mains ; des palais elle est descendue dans les carrefours, elle s'est encanaillée; et cette folie qai mérite plutôt ai être plainte que à! être réfutée , a bruM , massacré , pillé , Tolé pendant 5o ans \ elle recommence ses ravages; elle s'établit dans les écoles, dans les comptoirs , sur les places publiques , snr les tréteaux ; elle couvre, elle inonde de sang les marches da trône. Puissent ceux qui la méprisent n'être pus #es Tictimesl