DEUXIÈME LETTRE
Lyon , le 5 Septembre 1819»
\9vAND un prêtre de sang-froid , se mêle d'être impie dans ses écrits, il compte sur la
(^ A peine la première lettre a-t-elle paru que des laurmures 8e sont élevés, et ont accusé l'auteur d*âcreté dans son style, et de partialité dans ses jugemens ; les murmures partent en général d'hommes dont la consdence n'est pas assez pure pour entendre de sang-froid des vérités qui les frappent indirectement ; il est tant do gens intéressés i étouffer le cri de la conscience publique ^ qu'il faut se tenir en garde contre leurs jugemens. Quand au reproche de partialité rien n'est plus facile que de m'en disculper. La partialité est, si je ne me trompe, une dé« termination opiniâtre à blâmer contre toute justice, et i louer sans aucun fondement ; c'est juger plutôt l'écrivain que l'écrit. Or , je déclare que je ne connois pas M. F..., que je n'ai aucun motif personnel de haine , qu'au contraire , s'il me demandoit un service qui fût en ma puissance de lui accorder , je le ferois sans hésiter. Quant à son ouvrage , il est au public , je le jugerai , je le critiquerai sans pitié ; je fronderai ses assertions impies , je combattrai ses dogmes dangereux. Mais , dira-t-on , il f audroit plus de douceur, on ne convertit pas les gens en leur parlant avec aigreur. Je n'ai jamais eu la présomption de convertir et de guérir M. F.... De plus habiles que
'( 34 ) corruption publique , par-là il insulte à Vhu^ manité en général , et il fait peu d'honneur aux lecteurs ouvertement dépravés, auxquels il se propose de plaire ; mais il se trompe grossièrement, s'il se croit faire honneur à lui-même.. Voici Tarret qui a été prononcé contre tout prêtre déserteur des autels : cet arrêt a constamment reçu son exécution, et Tauteur dont nous allons nous occuper est un exemple frappant de son infaillibilité.
moi Tont tenté , ils y ont échoué. Ce n'est point ainsi , dît-on encore , qa*écrivoient les Bergier , les BuUet : cela peut être; mais j'écris au moins avec la charité, si ce n'est pas aVec le même talent, qui animoit les Fréron, les Clément, les Sabathier; leur style étoit très-différent , leur but étoit le même. Pro aria etfocis,
« Crier au feu, disoit Sabathier, quand on voit une ^ troupe de fous incendier les différens quartiers d'une )> ville; est-ce être partial contre les incendiaires î Avertir » des voyageurs inconsidérés que les guides qu'ils prerii^ nent les conduiront dans un précipice; est-ce être par^ ^> tial contre les mauvais guides l Dire en un mot i tous )> les lecteurs , avec autant d'honnêteté que de zèle : ne » lisez point des ouvrages où l'on ne gagne que des ver- » tiges ; ne vous laissez p^s duper par des raisonnemens » captieux.... ne vous fiez pas à des charlatans; exami^ » nez , pesez ,' jugez. Encore une fois , est-ce être partial » contre les auteurs charlatans I )>
Les trois siècles littéraire^ de Sabathier , Préface» pag. 52 et 33, édit. 1779.
- 1) prêtre ! puisque wus tiai^ez pas voulu n^ écouter^ et qtjûen mettant là main sur votre cœur vous navez pas rendu gloire à mon nom , JE Vous ACCABLERAI BE MISÈRES; çom 90US êtes émrté de mes voies y cous avez scan^ dalisé les peuples y vous avez déckiré le pacte çuefavaisjkit avec la tribu de Lévij a dit le Dieu des armées , c'est pourquoi , je vous COUVRIRAI DE MÉFRIS ET DE CONFU- SION aux yeux de tous les peuples (a).
Le dégoôt qu'inspire un prêtre déserteur qui trahit le dépôt de la foi qui lui a été confiée , exige absolument que, pour persuader et amuser, il raehète son impiété et son libertinage d'esprit par une surabondance de sel , par un style séduisant; le cœur tout corrompu qu'il est , a une droiture naturelle qui le ramène au vrai, il veut être trompe par une apparence de vérité. Les vrais talens que Terreur a séduits , pour en séduire d'autres , apportent de la force
{a) Et nunc ad vos mandfftum hoc^ sacerdotes > si ndueritU étudire f et si noiaeritis ponere super cor 9 ut detis gloriam nomini meo , ait dominus exereituum ; mittam in vos eges" tatem... Vos autem recessistis de via , et scandaîiiastis piurîmos in lege^ irrîtum fecistis pactum Levi*. propterquod et ego dedi vos comptemptibiles et humiles omnibus popalis* JUalacL i/. i , 2, 8 ^ 9.
et de la précision dans les raisonnenlens , àé la grandeur ou de la délicatesse dans les sentlmens , de la grâce et de la finesse dans le tour , de rélégance et de l'énergie dans Télocution ; heureusement rien de tout cela ne se rencontre chez M. Feuillade ; et son influence , je le lui prédis , ne sera pas de longue durée ; faute de sel, il retombera dans Tobscurité. L'ennui vien-" dra heureusement au secours de la raison des lecteurs , et la ciuriosité s'éteindra bientôt pat le dégoût. Les paradoxes de Rousseau ne durent leurs succès prodigieux qu'à son imagination vive et féconde, qu'à son esprit flexible et intrépide , qu'à sa mémoire enrichie de tout ce que la lecture des philosophes grecs et latins peut oflVîr de plus étendu , qu'à la vivacité de son colons , qu'à la richesse de ses expressions. Le mensonge a besoin de tout cet attirail pour prévaloir quelque temps sur la vérité ; et c'est à ce perfide talent que le citoyen de Genève dût la triste gloire de séduire, de corrompre l'innocence de la jeunesse.
On ne peut cependant se dissimuler que les maximes et les sophismes de l'impiété attachent et affectent certains lecteurs, que les preuves et les principes de la religion les dégoûtent et les rebutent ; Mais là , la corruption
(37> est faîte, eHe n'est plus à faire ; et là, M. Feuilkde atira incontestablement un avantage que les plus solides raisons ne pourront contrebalancer» Ideo mittet illis Deus operationem errorisy ut credant mendacio. 2.ThessaI. IL lo. Dans ce^ coeurs corrompus tout ce que Timpiétë peut produire de plus grossier, devient la pâture dé leur instinct animal, qui est Tunique pôle de toute incrédulité comme de tout libertinage , tandis que là vérité de la religion et la force de ses preuves ne se font bien entendre que dans le silence des passions et à l'écart de tous préjugés.
En me rendant^ Monsieur, à vos désirs, j'esperois parcourir quelques pages avant de trouver une absurdité , une sottise ; j'esperois me promener dans les espaces avant de rencontrer une aventure , mais non, on ne peut faire aucune halte , aucune pause. C'est un raisonneur indéfinissable, qui ne vous laisse jamais respirer , qui pose sciemment et hardi-* ment un principe qu'il sait être faux , pour en déduire des conséquences plus fausses encore. Quelquefois on croit qu^il va aborder la vérité; mais tout-à-coup une frayeur panique le prend et il se sauve à toutes jambes comme dev^int u^ spectre hideux.
Armez-Yoïis donc de courage^ ouvrez avec moi son premier volume; lisez le titre de son premier chapitre.
La religion naturelle est le seul culte qui foit dinstitution dii^ine»
On disoit autrefois qu'avant d'ëcrire il falloit savoir ce qu'on disoit , posséder sa langue et sur-tout connoitre la valeur des mots et savoir les définir. M. Feuiilade a oublié ces {Hiacipes, et avec son siècle , il veut nous donner de la iumëe pour de la lumière ; il faut lui rappeler les éléiuens de la logique et lui apprendre que la religion n'est pas le culte et que le culte n'est pas la religion»
Le mot religion , qui vient du verbe reli-' gare y signifie un lien qui attache l'homme à Ist divinité et à l'observation de ses lois. Le culte est l'honneur que l'on rend à Dieu ; l'une est un sentiment de respect, de reconinoissance, d'amour, de soumission, de crainte, de confiance; l'autre en est la manifestation, l'ex-pansipn; l'une est intérieure , l'autre est extérieur; l'une ne vafie point, l'autre varie afin* fini dans ses formes et jamais dans soi^ objets l'une est la chose, l'autre en est le signe.
Oai , je trouTô partout des re^çcts unanimes , Des temples, des autels, des prêtres, des vierimes.
( 39 ) Après celle définition qu'aucun Déïsie ne contestera^ comment la religion naturelle serîe l-elle un culte ? Concevrez-vous ce que c*est que la foi à un culte ^ la croyance à un culte (a) ? — Inutilement tenteroit-^n défaire adopter aux peuples une religion men" songêreé II faut encore avoir une confiance bien robuste dans la stupidité de son lecteur pour débuter par une aussi lourde sottise. Si c'est inutilement quon tenterait ê^ établir le mensonge sur la terre , il n'y est donc pas , il n'y a donc jamais été ; ôii est donc le men*songe que ce gascon à promis de suii^re pas à pas et d* arracher jusques à la racine ? Oiù est cette ivraie qui a été semée dans le champ du père dejamille {b)F A quoi vont donc servir ces deux volumes in-8* Fait-il comme Dom Quichotte ? Vient-il combattre des mour lins à vent? M. Feuillade dort , rêve en commençant son chapitre , puis il sort tout-à-coup de sa létargie pour nous dire dans la méttfô page : que cette multitude de religions prouve
(a) Mais on pèche contre la raison quand on croit d^imefoifermeàun culte qui n'est fondé que sur des probabilités, T. I. F. i5. la foi aux diféreoB cultes qui se prétendent révélés 9 etc. ibid.P. lo.
(b) Pag. I.'!
clairement que le mensonge ne se déguisa çue trop soutient sous l'apparence de la çé-^ rite {a)* Voilà donc le mensonge, qu'on tenteroit inutilement de substituer à la vérité, qui se déguise sous Vapparence de la çérité. .Voilà des raisonnemens qu'Horace appeloit HBgri somnia , des songes de fiévreux , et que .Voltaire nommoit de la logique de Picrocole* Il faut convenir que si le déisme n'est pas une déraison y le déiste est au moins un parfait déraisonneur. Oh! qu'il a été bien avisé de protester dans sa préface contre les malins qui voudroient disséquer ses amphigouris.
Si je réfléchis encore sur Vimmutahilité de
Dieu y je ne conçois GUÈRES comment
Dieu a pu permettre dans un temps ce qriil a prohibé dans un autre (c). Pour moi je conçois fort bien pourquoi M. le vicaire de Privas ne conçoit guères y c'est qu'il a le jugement trèsborné; c'est que, s'il eût consulté son curé, celui-ci lui auroit appris qu'il n'y a jamais de nécessité de faire un livre pour apprendre au public qu'on est un ignorant; il lui auroit peut* être élargi la conception, mais, certainement il lui auroît dit que toutes les lois , soit divines ,
(a) Pag. 3. (fc)Pag. 7-
soit
iK>k humaines 9 sont toutes dans V'mlérêt gêné'* rai des hommes ; que cet intérêt peut varier avec l'état de la société, qu'alors ce n'est plus ï)ieu qui varie, mais que c'est l'état de la société qui demande des lois relatives à sa position; que si la nature humaine est toujours essentiellement la même , ses besoins , ses^ mto*rets , ses droits , sont relatifs au degré de civilisation ; que , par une conséquence forcée , la loi naturelle ne peut absolument prescrire les mêmes choses dans les diirérens états ; que^ si la loi naturelle étoit immuî^te', tout<^ les lois civiles et politiques , qui n'en sont que le commentaire , le seroient aussi : Monstrueuse absurdité (a) ! le curé eût donné à son vicaire un
(il) La loi naturelle peut 8e définir , la conscience èe
rhomiae* « Dans toutes vos deuvres^ dit TËcdésiastique »
» éccmtex votre ame et «oyez-lui fidèle ; car c'est atn«i
» que Ton observe les commandemens de Dieu. » In
omni opère ttio crede exfide animœ tuœ : hoc est enim cori"
êervatio mandatoram. Eccles. XXXII. 117. C'est dans la
conscience que nous trouvons la religion naturelle et la
loi naturelle ; c'est dans la conscience que nous trouvona
écrits nos devoirs envers Dieu » c*est«â-dire la religion y
nos devoirs envers nous et envers les hommes , c'est-*!*»
Airt, la lou C'est dans la conscience que nous trouvons
ce précepte : Aîmei Dieu par dessus toutes choses et
votre prochain comme vous - même. La religion sera im-
nuable comme 9oa ol^et , qui est IHeu; la loi sera oçiobiie,
Mcmple de celte flexibilité de la loi natiirelle# Elle défend le mariage entre frères et sœurs ;
ii elle considère l'homme en particulier comme objet. Elle troublera alors rindividu dans le désir qu'elle lui inspire d'ailleurs de vivre aux dépens de ses concitoyens > elle lui criera « qu'il faut qu'un meure pour tous p Expedi^ mium ittori pro omnibus. Elle e^t immuable, si elle considère l'homme en société ^ alors toutes seê concessions faites en faveur des individus s'évanouiront en présence de cette loi générale qui embrasse l'univers entier : salus populi. .
La religion et la loi sont deux sœurs , qui ont la conscience pour mère et Dieu pour père. La loi ne peut ja- )nais être en opposition av»/c la religion , sans afBtger la conscience et sans irriter Dieu. Tels sont les principes qui faisoient dire à Cîcéron , que la loi n'étoit pas une convention des hommes , mais qae c'étoit quelque chose d^éternel qui régissoit l'univers entier. Hanc igitur video '6apientis$imorum fuisse sententiam > legem neque hominum ingeniia excogitatam i nec scitum aliquod esse populorum , sed ceternum quidquam quod universum mundum rager été Lib. V, de legib.
La loi , dit-il ailleurs , n'a pas commencé lorsqu'elle a été écrite; suais elle est née avec l'esprit divin, c'est {)ourquoi la loi vraie, principale , propre à défendre et a commander , est la raison du souverain Jupiter.
Non tum denique iwipit lex esse cîtm scripta est , sed tum cùm orta est ; orta autem simul est cum mente Divinâ f quamohrem lex vera atque princeps apta ad juhendum et ad vetandum ratio est summi Jovis. ( Ibid )•
C*est la conscience qui porte avec elle la l(û naturelle, i|ui fs^t la force morale de l'homme et de la société ; cette
( 43 ) eependant il fut permis aux premiers eufans d'Adam: et supposez encore aujourd'hui qu'un frère et qu'une sœur soient Jetés dans une Ue déserte , privés de toute conununication avec le reste du genre humain, la population de cette Ue , Ja conservation des deux individus nécessiteront leur mariage; mais, dans leur postérité, la loi naturelle reprendra ses droits ; et pius la famille s'écartera de la souche pVimitive, plus la loi deviendra sévère. Alors Dieu aura permis dans un temps ce qu'il avoit défendu dans un autre. Dieu aura-t-il varié ? Non, c'est uniquement la situation de l'homme qui a changé. Mais , sans sortir du cours ordinaire de la vie, l'obligation de sanctifier le sep*
force est si grande, dit encore Cicéron, que l'innocent est toujours en paix , et que le coupable est toujours aux prises avec les remords» Magna via est conscientiœ in utramque partem , ut neque timeant qui nihil commiserunt , et panam ante oculos semper versari putent , qui peccave^ rwit.
La loi naturelle ne se trouvant écrite nulle part qu» dans le cœur , ses dispenses , ses exceptions ne sont également écrites que dans le cœur ou dans la conscience. Quaiîs est tex y taïis débet esse et dlspensatio legis ; et quia lex naturat non est Làtteris scripta sed cordihus impressa p propter hoc non oportuit dispensationem eorum quœ ad îegem natura pertinent lege scripta dâri , sed per intemam dispen*- Batioaemferi^ S. Thom. m-4*. Sent. Dist. 55. art. â-
tîème jotir (a) cîërive immédiatement de la lof naturelle. Dieu cependant dispense de cette importante obligation toutes et quantes fois que l'intérêt de l'homme est gravement compromis. Dieu, qui est immuable , permet donc un dimanche ce qu'il a défendu l'autre.
C'est ainsi que le euré eut instruit son vicaire et lui eût expliqué ses cahiers de théologie» Mais celui-ci, toujours récalcitrant et regimbant, Sicut:.. quibus non est intellectus , n'eût pas manqué de dire à son charitable professeur y que nous lisons dans V ancien testament queles patriarches Abraham et Jacob ont eu simulaianément plusieurs femmes y sans que cette polygamie leur eût été imputée à péché (b). Le pasteur, toujours plein de zèle et de charité, lui auroit encore développé cet article premier de la loi naturelle. Salus populi su-prema lex esto {c). Il lui auroit demandé ce
(a) Voyez le Traité hist. et dogm. des fêtes mobiles,^ loin. I. pag. 4 et 5.
(fc) P. 8. Je ne veux pas ici développer les conséquences que cet apôtre voudrait insinuer de cette objection i il crieroit â la calomnie ^ j'aime mieux le supposer un ignorant , et lui apprendre aujourd'hui ce qu'il eût dû savoir quand on l'a ordonné prêtre.
{c) Que le salut du peuple soit la loi suprême. Lorsque bku eût créé l'homme , il ne lui donna qu'une femme ,
Ifoe c'Àoit qu'une société | et dans le cas où sa conception encore étroite n'eût pu lui en don<«' Ber une définition exàete, il lui eût appris que <;'est une réunion d'hommes basée sur des be^ soins 9 des intérêts, des droits, des devoirs ré-« eiproquesj ii lui eût appris qu'on distitiguoit en po* litique trois sortes de sociétés : la société dojËuestique, la société nationale et k société universelle ; que toutes ces sociétés ont leur intérêt particulier ; que celui de la société dômes** tique s'éclipse devant celui de la société natio^
il institua lionc la monogamie ; pluaieurs /éminça n'ito'ient donc pas nécessaires à l'homme. Avant le déluge ^ Lamech fut le premier qui donna Texemple.de la polygamie ( Gênés. 4* ) > U pécha contra mores. C'est â cd 4^ime que TertulUen attribue la malédiction dont il fut frappé. Frimas enim Lantech a deo maledictus duahas ma" ritatus contra Dé preceptum, très in unam carnem eficit ( Tert. de exhort. Cast. cap. V. ). St. Augustin , écri- Tant contre Fauste Maxime justifie pleinement les^patriarches du péché dont cet hérétique les accusoit. quando mas erat , crimen non erat , et tune propterea crimen quia mos non est. Alia enim sont peCcata contra naturam^ aHa contra mores, cdia contra pr^cepta..,* si naturam cpnsatlas , non îascivienii ^ sed gignendi causa iUi mulie" rihua utebaatur^ si morem , illo tempors atque in illis terris factitahaUtr ; 5/ prœceptum , nullâ lege prohibebatur : nuac vero crim^ est si quis hoc faciat nisi quia et moribus et legibus non liceU Contra faust, L. XXII. C. 47.
un
nalè; que celui-ci fléchit devant Tintérét uni-i Tersel; que, dans ces trois états de la société» le droit respectif des époux, le pouvoir des pè-^ res sur les enfans , l'autorité des maîtres sur les esclaves 9 ont varié; qu^ils ont été plus ou moins étendus ; il lui eiit appris que le droit de vie et de mort appartient , de droit naturel » au père de famille dans la société domestique : c'est alors rinlérêt de la famille, c'est lesalus fopuli ; mais que ce droit cesse , s'éclipse et s'engloutit au milieu d'une nation en faveur d'un chef, qui absorbe en sa personne les droits de tous les pères de famille , dans l'intérêt de tous. Ces principes posés , M. le curé eût transporté son vicaire attentif près le berceau du genre humain , au sein d'une famille nomade^ éloignée de quelques cents lieues de toute autre famille. Là, celui-ci eût vu une fille qui ne pouvoit pas trouver un établissement aussi facile que dans la société civile, qui, pour prendre un époux , étoit forcée de s'expatrier et d'aller, comme Rébecca, de la Mésopotamie en Palestine; qui, très-sédentaire, ne connoissoit que la tente de son père ; qui , pour conserver ses habitudes, ses mœurs, son langage, préféroit prendre un mari commun à plusieurs fenunes que de s'expatrier. Voilà l'intérêt des filles*
Il eàt ru également celui des hommes* II «ûf compris que l'homme isolé devoit chercher soa intérêt dans une multitude d'enfans , d^esclaves pour conduire les troupeaux, pour se défendre contre la yiolence des agresseurs y et pour assurer^ dans sa progéniture , la naissance du désiré des nations^ de celui qui devoit un jour les toutes éclairer (a). Dans cette famille , il eût rencontré le premier roi , le premier souverain , non pas parmi les soldats heureux y mais dans le chef de la famille; il eût vu Judas, jugeaac souverainement et sans appel , et condamnant ^ mort sa belle-fille Thamar, convaincue d'adultère.
Enfin, il eût peut-être deviné l'intérêt des femmes j il eut peut-être compris qu'une mère de famille étoit flattée de régner sur cette peuplade, sous l'autorité de son mari; que son ambition étoit d'avoir beaucoup d'enfans ; et , en cas de maladie , comme Rachel , de stérilité , comme Sara , d'adopter ceux d'une autre épouse
(û) Quïbus étîam singuUs pîures habere concessam est , Juhi ratio fuit prolis multiflicanDjB , non VÀRIANDM sppetitîo voluptatis,.* tune ipaiua pietatis erat operatio etiam (anuditer filios procreare f quia illius populi generatio nuN' TU FUTURORUM erat et ad dispensationem propheticam fertinçbât .St. Aug^ ConUfaust* J^. XXIL Cap. 5z*
(48) OU tfune esclave, et de les elevei* eommè les siens. Alors les facultés intellectuelles de M* Feuillade s'étant aggrandîes, il n'eât rieot Crouyé dans la polygamie, alors en usage, de contraire à l'intérêt des femmes, à celui des lenfans , à celui du père de famille, et par cousèment à la loi naturelle.
Pour lui dessiller totalement les yeux, son curé l'eût transporté encore une fois au miiieti d'une île déserte, lui eût fait voir un homme totalement abandonné du genre humain , vivant avec trois femmes, et que là, dans cette lie , la loi naturelle permettoit ce qu'elle défendoit en Europe.
Ensuite de ces observations, ne seriez-vous pas tenté. Monsieur, dVnwVer le théologien Déiste à déposer tous les préjugés de la dernière éducation qu'il a reçue , et à examiner ensuite de bonne foi si de telles permissions et de telles défenses peui^ent être considérées comme contradictoires , et n'étant pas d'institution diçine (a) , à méditer cet adage du droit public : Salus populiy etc., ou s'il aime mieui: ce proverbe fronçois : Nécessité n^a pas de lois. Je vois M. Feuillade qui se hâte de prendre
"■'■'- (a) Page 8. • •
la
t49) la plume pour me lancer: celte objection : Et^ •Icàna^père de Samuel y Dai>id y Salomon ^ ne pivoiént plus en société domestique ^ et cepen^^ dant ils étaient polygames. Moyse ai^oit donc permis la polygamie à un corps de nation* Je préviens ce raisonnement qui pourroit lui fournir guelqueis inslans de plaisir et quelques blas^. phémes de plus.
. La polygamie prenait aussi sa source dan$ Tesclay âge domestique. Gomment, dans des pays chauds , sous des climats brulans , conunent empêcher un maître d'abuser des femmes es* claves', achetées à prix d'argent, et dont le sort était eatre ses mains? Ici l'axiome, salus populiy vient encore au secours d'une malheureuse population. C'est dans cette loi salutaire que tous ces enfans produits de l'incontinence trouvèrent un azile, et trouvèrent un père. Moyse , en composant une nation d'une multitude nomade attachée à un usage consacré par l'exemple de ses pères et de ses voisins, ne pouvant ramener le mariageà son institution primitive, c'est-à-dire à la monogamie, toléra cet abus , mais le restreignit dans des bornes très-étroites, eu égard au temps , au climat, aux circonstances. La pluralité des femmes ne peut se soutenir en Orient que par la mutilation
•d'un ^rand nombre d'indîvidas. Car^ pan^ tout où il y a des sérails , par-tout il y a des -eunuques. Ainsi, la lubricité d^un seul ne se soutient qu'aux dépens de plusieurs. C'est sur mille générations anéanties que s'étère une seule génération. Alors la castration dévient tin fl^u nécessaire pour assurer le repog des riches incontinents, et pour garder les femmes^ Moyse pour mettre un frein à la. polygamie , ne lui opposa pas , il est vrai^ une. loi de repression positive,, mais il mit tout soq peuple dans l'impossibilité de la conserver, en décla-^ Tant €pL aucun eunuque n'entrerait. au milieu de san.peuple (a). C'est ainsi qu'il la restreignit: dans l'intérêt de tous. /
En voilà bien assez sur ce chapitre de Timmutabilité de la religion naturelle , du culte naturel , de la loi naturelle , dont notre théologien défroqué fait un plaisant amalgame qu'Ovide appellèroît , rudis indigestaquè moles ; Vous voudriez déjà être débarrassé dé ' moi ; mais patience , avant de vous laisser reposer, je vous donnerai une idée de ses vues^ de ses plans , et de ses projets.
Pourriez-vous jamais comprendre comment {a) Deuteron. XXIII. ^S^. i.
(5i ) la religic»! naturelle n'a pd$ besoin de culte ^ c'esi-à^iire , de manifestation extérieure (a). comment tous les cultes $ c'est-a-dire toutes' ks pf'afessions extérieures des religions faus«; ses, bizarres, mensongères , pourront un join:' entrer en affinité , et se concilier avec la reli-^ giou naturelle seule véritable y comment tous les niensonges possibles , toutes les rêverie» de. la iSUperstition pourront devenir les sym^ boles de la vérité'; comment celle-ci' pourra être dans tous les cœurs , et le mensonge suf toutes les lèvres ? Si dans votre tête vous parvenez à concilier tout cela , votre imagination peut prendre ses ébats. Elle Verra Flndôu ap^^porter dans nos temples ( par économie ili doivent être le repaire de toutes les folies ) lu
(b) La religion naturelle n*a pas besoin de ce ministère extérieur puisqu'elle est établie au milieu de chacun de nous. P. 26.
Il ne faudroit cependant pas en conclure que mon vœu fut de voir supprimer tous bs cultes > jp désire au con^ traire qu'ils jouissent tous duno parfaite liberté. P. i^j'^
Pour remplir un objet si important , il ne seroit pay nécessaire de construire de nouveaux temples ( il songe à Téconomie ) , une telle réunion pourroîl se faire dans tous ceux qui existent , en établissant des lois sévères de police pour faire respecter les mystères à chaque culte.
P. ag-
(53) Statue ieParaharawastou ou dnDleu siiprémè/* mais à côté il placera immédiatement ses trois > Dieux inférieurs jBrwma, WichnoUy etRoùtreit tous enfans de la déesse Pàrachatti^ c'est-à-dh'e^ la puissance suprême; Elle verra placer à côté de ces dieux les magots de la Chine. Tous nos temples , devenus autant de Panthéons ,^ seront des Musées ou collections de culte ■ ori y verra comme dans nos jardins croître les dieux égyptiens , c'est-à-dire des poireaux et des oignons; on y entendra mugir le dieu Apis y aboyer le dieu Anubis , hurler l'oiseau de Minerve. L^un viendra mourir dans nos temples au pied de son magot protecteur, avec la queue d'une vache dans les mains ; là le mahométan pleurera dans un coin là mort du j^rophète Aly. Ici un Quaker ou trembleur donnera le spectacle des convulsions dû cimetière des Innocens ; un autre infectera le temple de la fumée de ses victimes. Alors , nos prêtres feront place aux aruspisces , aux flamines, nos religieuses se changeront en vestales ou en pleureuses de la mort d'Adonis , à côté de la madone de Fourvières on placera la statue de Vénus Callypiga. Sous la protection de la déesse de la raison , quil serait beau , consolant et açantageux de çoir tout à la fois , tous
2^^ cultes cfuis^anaihématisent réciproquement four des dogmes auxquels ils ne comprermeni rien (a) , tous réunis sous les coûtes du même temple (b) ! ! !
J'£d)andonne celte idée sublime , consolante à Tos réflexions. Quant à moi , je ne saurais m'empécher d'admirer la providence qui abandonne à l€ur sens pervers ceux qui se crèvent les ^eux, de peur que la vérité ne les éclaire malgré eux. De^tous les monumens de déraison qui nous restent de ces siècles d'ignorance , où Ton combattait à tâtons les premiers p;:incipes du sens commun , il n'en est pas un seul qu'on puisse mettre en parallèle à coté du projet de réunion. Pour la honte du siècle , pour l'instruction de la postérité il faut que ce livre soit déposé à la bibliothèque publique.
Poursuivons , Monsieur , j'ai encore plus d'un problème à vous proposer.
Nous dei^ons , dit M. Feuillade , nous con-^ duire par la i^oie de l'autorité ^ et croire par. conséquent . ce que la plupart des hommes croient , et rejeter céquils rejettent (c). Vous seriez tenté de croire à cette proposition, ne
(a) Des cultes qui ne comprcinnenr rien { 1 1 (M) Pag. 28.
{c) Pag. 10.
( 54 ) TOUS pressez pas ; en habile esc^motenr il li fera disparaître , et quelques, lignes plus, bas y il Vous dira eni parlant des Gatholiqi|es[ : L'autorité de tels croyants ^ fussent-ils en , piusi grand nombre qu'il y a de grains de sable sur le riçage de la mer , ne det^rait étr^ d'aucun poids dans V esprit ^un homme rai-* sonnable (a)» Devinez M'« la quelle de ce& deux propositions est vraie ? Il facut opter«r Pour moi à qui Tautoritë des hommes., en ma4 tière de religion, est fort indifTérente , je ma soucie fort peu d'expliqué^ ce logogriphe , je l'abandonne aux Saumaise futurs. Pour justi-* fier ses écarts de raisonnement j (car sa raison ne peut être opposée à sa raison ) ; ce grand homme a soin de citer tout aussitôt ce mot de David Hume , au sujet de Wanne : Que les grands hommes , lorsqu'ils abandonnent par principes V usage de leur, raison , ne tirent d'autres fruits "de leur ligueur d'ame , que de s'enfoncer dans des erreurs plus ab^ surdes. (b) A Texemple de >Vanne , il sera
WPag. II.
(h) Pag. 12. C'est à Pascal que M. Feuillade fait Tapplication de cq mot de David Hume ; c'est à Pascal qu'il impute ( pag. 12, i5 , 14. ) trois propositions , qui , $1 elles BToiEKT VRAIES, seioîent condamnables, prises isolement ,
(550 un grand homme , c'est là idgueur de son t^nie qui Fâura fait cfajancêrer.' Il me* semble étendre un homme ivre, qui, après des chutes muhipUëes, tout couvert de meurtrissures et dé boue , se trouve enfin dans un fossé et crie à tôiis les paissans : Messieurs , c'est la ingueur idemon témpératnent qiU m^à enfoncé ici.
Né voilà encore (ju'un léger aperçu de cet anûis de rêveries que des homm^ qui ont tout Tëx?térieur dû sens commun , appellent un ouvrage profondément c<mcu \ ^uùique mal écrit. Que
fX (^ ne pourcoient ttre justifiées que. par Pensemble de son ouvrage , encore en doute-je ; il les a puisées , ^dit-il y dans une édition de Londres de 1786 en 2 volumes. Je. ne connois pas cette édition» mais )e cbnnôis l'édition princepa d'Amsterdam, en 1688 , ih-iâ, i vol. J'en connois beau* x:ou{j d'autres, j'en ai vérifié plusieurs soigneusiement , je n'ai.pas eu le bonheur de rencontrer un seul des trois Ipttsages cités. Je su^ étonné que le vériiique M. Feuillade apporte en témoignage une édition de Londres > en deux volumes, tandis que nous en avons tant d'autres en un vc^ume. Je suis étonné que , pour les trois passages , fl cite les paçes d'une édition inconnue , au lieu de citer les chapitres; comme il Ta fait pour un quatrième passage ^ai est réel et orthodoxe > mais qui est si contradictoire avec les trois autres , que, si ils sont réels ^ je crois qu'il me sera plus facile de démontrer â M. FeuUlade la falsification de rédition de Londres , qu'il ne pourra démon* trer celle de la Bible.
.( 56 ) pensepez-Toas du journaliste de Lyon qui a eu Is GompIaisance.de faire un éloge, pompeux de cette rapsodie, qui par de sottes louanges ^ prodiguées à la folie, mystifie la sottise, pétrifie le bon sens , virifie l'ineptie , glorifie l'ijnpudeur. Si vous étiez médecin , et si les parents de l'auteur venoient.vous consulter, ne vous écrieriez-vous pas de suite, pertundite venas ^ soignez-le , plongez-le dans Teau froide , met<« tez-lui un bâillon. Par des boissons .rafraîchis^ santés vous vous hâteriez de calmer Tâcreté de son sang, vous corrigeriez le vice des humeurs, vous lui feriez changer d'air pour dissiper et exhaler les vapeurs qui brûlent son cerveau. Tout le monde applaudiroit à votre ordonnance; Voilà, diroit-on , un médecin éclairé et charitable ; le malade un jour guéri rougiroît de sa frénésie , et vous remercieroitde votre charité. Eh bien ! pas un médecin n'a été nommé pour traiter cet homme selon les règles ,de la saine théi;apeutique.
Je suis , etc.