‹ Réponse de C.J. Magnan au discours prononcéChapitre 10 sur 12 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Il est temps de conclure ce long plaidoyer dont la limite a été déterminée par le discours du député de Saint-Hyacinthe, qui est, presque de la première à la dernière ligne, une attaque personnelle grossière et injuste contre l'Inspecteur général des écoles catholiques de la province de Québec. J'ai réfuté toutes les accusations de M. Bouchard avec énergie, mais aussi avec franchise et loyauté. Accusé d'avoir fabriqué et faussé les statistiques, j'ai démontré victorieusement, je crois, que toutes les statistiques dont je me suis servi proviennent de sources officielles. Accusé d'avoir tronqué les textes ou de les avoir cités malhonnêtement, j'ai établi ma probité littéraire, hors de tout doute, me semblet-il. Accusé lâchement, avec une malice inqualifiable, de m'être enrichi avec l'argent destiné aux pauvres, j'ai défié le député de Saint-Hyacinthe de répéter cette noire calomnie hors de la Chambre, et il ne l'a pas fait. Il s'est dérobé à la faveur de prétextes puérils au lieu d'avoir le courage ou de réitérer son accusation ou de la retirer comme un homme d'honneur.

Je repousse avec mépris cette basse accusation et laisse à son auteur toute l'infamie d'avoir sans raison aucune

attaqué un honnête père de famille dans ce qu'il a de plus cher, son honneur.

L'honneur ! c'est encore quelque chose, n'en déplaise au député de Saint-Hyacinthe. Et le spectacle de notre Législature ajournant ses délibérations pour permettre à un officier de l'administration publique de se défendre, est vraiment consolant ; il démontre que le Gouvernement, l'Opposition et toute la Chambre a le souci de l'honneur, l'unique gloire de l'honnête homme.

En prononçant ces mots, honnête homme, l'image vénérée de mon père se présente à mes yeux. Petit-fils de cultivateur, fils de meunier et meunier lui-même, il ne fit qu'un rêve, qu'il réalisa, celui de léguer un nom sans tache à ses enfants. Ce nom, je l'ai reçu en héritage avec bonheur et l'ai porté le front haut depuis un demi-siècle.

Désirant l'honorer le plus filialement possible, j'ai cherché, par des efforts persévérants, à jeter quelque éclat sur ce nom dont je suis fier pour l'unique raison qu'il est celui que mon cher père m'a légué comme un héritage sacré et que ma mère bien-aimée m'a appris tout jeune à respecter comme la prunelle de mes yeux. O mon père, ô ma mère, ô mes chers disparus, en défendant ce soir, devant cet auditoire d'élite, mon honneur outragé, c'est votre mémoire bénie que je venge en même temps que je défends le seul bien que je léguerai à mes enfants, le nom que m'ont transmis mes ancêtres, pur de toute souillure, blason modeste mais sublime que je défendrai avec la dernière énergie contre les attaques empoisonnées de la calomnie.

J'ai dit ce que je pensais des statistiques scolaires de notre province : elles ne valent pas mieux, mais elles valent autant que celles des autres provinces.

La mesure d'une loi d'instruction obligatoire me paraît ni opportune, ni nécessaire et je suis convaincu d'avance, par l'expérience qui en a été faite dans d'autres pays, qu'elle serait inefficace.

Messieurs les députés, Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre si sympathique attention, et le souvenir de la réunion de ce soir ne s'effacera jamais de ma mémoire.

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