‹ Réponse de C.J. Magnan au discours prononcéChapitre 7 sur 12 · A PROPOS DE PRÉTENDUES CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

A PROPOS DE PRÉTENDUES CONTRADICTIONS

Dans son discours, le député de Saint-Hyacinthe (et M. l'abbé Dubois, dans la Presse) a beaucoup insisté sur les remarques pressantes que j'ai faites devant les congrès de commissaires d'écoles au sujet de la désertion hâtive de l'école d'un trop grand nombre d'enfants, les petits garçons surtout. On a aussi rappelé ce vœu que j'exprimais en 1912 devant le Congrès de la langue française : " Il serait à souhaiter que la durée de la fréquentation scolaire se prolongeât pour un plus grand nombre d'élèves."

Puis MM. Bouchard et Dubois ont rapproché ces déclarations antérieures de ces deux paragraphes de ma lettre à l'Action Catholique et à la Presse :

"Devant le Congrès de la langue française comme devant les congrès de commissaires d'écoles, j'ai déploré une promotion trop lente ou irrégalière des élèves, mais je n'ai jamais prétendu que ce point faible provenait de la nonfréquentation scolaire chez les enfants de 7 à 14 ans. Ces élèves fréquentent assez régulièrement les écoles, les statistiques fournies par les inspecteurs le démontrent, mais ils atteignent en trop petit nombre la 4e, la 5e et la 6e année après avoir fréquenté la classe six, sept ou huit années durant."

" Les enfants qui n'atteignent pas la 4e ou la 5e année du programme d'études après six ou sept années de fréquentation scolaire ne sont pas nécessairement hors de l'école : ils la fréquentent encore, mais ils ne sont pas assez avancés pour leur âge, voilà tout. A preuve, les chiffres suivants : en 1916-17, d'après les statistiques fournies par les inspecteurs d'écoles, il y avait 348,323 enfants de 7 à 14 ans (âge scolaire essentiel) dans la province ; sur ce nombre, 330,- 981 étaient inscrits aux écoles, soit 95 pour cent."

Ces derniers chiffres sont tirés des " Statistiques officielles de l'Enseignement " pour 1916-17.

C'est certain, et je ne songe nullement à le nier, j'ai déploré devant les congrès la désertion hâtive de l'école de trop d'enfants de 11, 12 et 13 ans. Mais dans mon esprit et d'après les statistiques officielles, ce nombre n'est pas assez considérable pour justifier le Gouvernement de décréter une loi d'instruction obligatoire. Et remarquez-le bien, messieurs les députés, dans un congrès de commissaires d'écoles, je faisais le diagnostic du mal particulier dont souffrait telle et telle région isolément, sans vouloir par là incriminer toute la province.

Et d'ailleurs, même avec le 95% de fréquentation scolaire des enfants de 7 à 14 ans, tel que le démontrent les statistiques officielles, — situation très normale et qui n'invite nullement à la coercition, — il y a encore de la marge pour 5% d'enfants de 7 à 14 ans qui ne fréquentent pas les écoles. Sur les 348,323 enfants de cette catégorie (à 5%) il y en aurait donc encore 17,416 hors de l'école. C'est peu comparé au total des enfants de 7 à 14 ans, mais c'est encore trop, car l'idéal serait qu'aucun enfant de ces âges ne perdît l'occasion de poursuivre le cours primaire jusqu'à la sixième année. Mais enfin, c'est un idéal : le réclamer devant les congrès, afin de stimuler le zèle et de prévenir les abus, c'était un devoir. Mais conclure de là que la nécessité d'une loi pénale s'impose, c'est peu respecter la logique.

Il y a un document officiel où j'ai synthétisé mes observations quant à la désertion hâtive de l'école : c'est un rapport que j'avais l'honneur de soumettre aux honorables membres du Comité catholique en mai 1917, rapport sur une enquête faite à la suggestion de l'honorable juge Martineau. Parmi les causes qui empêchent la masse des élèves de terminer la 4e, la 6e et la 8e année du programme, après quatre, six et huit ans respectivement, je mentionnais celles-ci :

"6° L'absence d'écoles de garçons (à la campagne) dirigées par des maîtres. Dans les écoles mixtes, c'est un fait établi par l'expérience, les garçons surtout abandonnent la classe à 12 ou 13 ans. Parfois à 11 ans." Et

j'ajoutais en note : " Grâce aux primes accordées par le Gouvernement aux municipalités rurales ou de villages qui engagent des maîtres (religieux ou laïques) pour diriger des écoles modèles et les académies de garçons, le nombre de ces écoles qui n'était que de 64 en 1911-12 a atteint 105 en 1915-16."

"7° Scolarité écouriêe : à la campagne nombre d'élèves, les garçons surtout, quittent la classe à 12 ou 13 ans pour aider les parents aux travaux de la ferme." (Voir procèsverbal du Comité catholique du Conseil de l'Instruction publique, session de mai 1917).

Et voilà. Dans ce rapport, j'ai déploré la désertion, à la campagne, des petits garçons vers l'âge de 12 ou 13 ans, parfois 11, et signalé qu'à la campagne nombre de petits garçons quittent l'école également à 12 ou 13 ans. Mes affirmations sont donc restreintes et non générales et les mots " écoles mixtes ", " parfois ", " nombre ", ne donnent pas une portée générale à mon rapport de 1917.

Et comme remède au mal signalé, mal régional, je n'ai pas suggéré l'instruction obligatoire, mais des mesures propres à rendre les écoles efficaces et attrayantes et pourvues de classes suffisamment nombreuses.

Voilà pour le chapitre des contradictions.

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