‹ Réponse de Mgr [i.e. Monseigneur] l'Évêque d'OrléansChapitre 3 sur 5 · PREMIER ASPECT DE LA QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIER ASPECT DE LA QUESTION

Les difficultés théologiques et historiques de la définition.

11 y a donc ici, dans la question d’opportunité , doux grands aspects ; et à cet égard, je m’étais expliqué de manière à ne laisser aucun doute possible sur la nature et la portée vraie de mon argumentation ; car voici en quels termes précis et clairs je m’exprimais: s J'arrive maintenant, disais-je, aux difficultés théoiogiques, non précisément de l’infaillibilité pontificale, — cette question, encore une fois, je ne la traite, ni dans un sens, ni dans un autre, — mais aux difficultés théologiques de la définition : car ces difficultés-lé , si elles sont vraiment sérieuses, sont aussi une forte raison contre l'opportunité. »

Vous ne pouvez nier cela , Monseigneur : vous ne pouvez pas dire que si la définition offre de sérieuses difficultés, n’importe, il faut y jeter, comme si de rien n'était, le Concile, au risque de troubler les esprits et d’entraver prodigieusement toute la marche de nos travaux. Mais que dites-vous donc ? Deux choses contradictoires, que je vais successivement examiner.

Vous dites d'abord — oubliant toutefois de le prouver — que ces difficultés no sont rien; qu'il n’y a pas ici de difficultés; ni au point de vue théologique, ni au point de vue historique. Ce ne sont là, dites-vous, que des nuages, rassemblés par moi.

Un tel langage , Monseigneur , se peut-il prendre vraiment au sérieux?

Quelles sont donc ces difficultés que vous croyez pouvoir faire disparaître ainsi d’un trait de plume, ces nuages , qu'un souffle, pensez-vous, peut dissiper?

Ces difficultés, je les énumérais, dans les termes que voici:

« 1° Difficultés tirées de la nécessité de définir les conditions de 1' acte ex cathedrû, tous les actes pontificaux n'ayant pas ce caractère ;

2° Difficultés tirées du double caractère du Pape, considéré soit comme docteur privé, soit comme Pape ;

3° Difficultés tirées des multiples questions de fait qui se peuvent poser à propos de tout acte ex cathedrd ;

4 • Difficultés tirées du passé et des faits historiques ;

5° Difficultés tirées du fond même de la question. » Car, évidemment, une question qui a été aussi longtemps débattue que celle-là ne peut pas être une question si facile et si chaire.

Mais parce que j’ai constaté ces difficultés, cher Seigneur, je ne les ai pas créées; et vous, parce que vous les niez, vous ne les supprimez pas. Elles existent. À cela, je ne puis rien; ni vous non plus. Mais parce qu’elles sont là, malgré moi , malgré vous , il ne sera pas possible que le Concile passe à une définition, avant de les avoir toutes élucidées. Voilà ce que j’ai soutenu.

Vous dites dans votre nouvelle lettre :

« L’ Evêque d’Orléans ne s’est-il pas efforcé de prouver que des difficultés inextricables s' opposaient à la définition ? » Ces expressions que vous soulignez comme de moi, sont d’un célébré théologien partisan des plus avancés de 1’ infaillibilité, et 71/c je citais; c’est lui qui dit exprésséinent qu’il y a ici: difficullatcs intricatissimae, in quitus dissolvendis multum theologi pcriliorcs laborant.

Et il n’ est pas seul à le dire, Monseigneur, et les gra-

ves difficultés théologiques que j’ai signalées moi-même — difficultés que vous supprimez avec une aisance véritablement surprenante — ce sont nos collègues mêmes du Concile qui les proclament comme moi.

Vous connaissez, cher et vénéré Seigneur, un Poslulatum pour demander la définition : je dirai tout à 1' heure, eu discutant avec vous la situation présente, comment 140 Evêques se sont levés pour conjurer cette démarche.

Alors un autre Poslulatum a été imprimé, précisément p >ur signaler les difficultés du vôtre et de la définition que vous demandez. Et qui 1’ a rédigé ce nouveau Postulaluml Des Evêques qui no sont pas du nombre des 140; ce sont eux qui , dans l’ exposé des motifs, signalent les difficultés que les plus pieux défenseurs, disent-ils, de l’infaillibilité Pontificale, agitent eux-mêmes: Omnes ilia- t/uacstiones inter piissimos Pontificia infallibilitatis propwj nu tores hartenus agitatae ». (I)

En vain, vous disent-ils, vous aurez fait une définition expresse de l’infaillibilité pontificale. Cette définition ne terminerait rien : elle laissera passer les distinctions et les difficultés, ou plutôt elle les suscitera parmi les théologiens: heecc plures cavillandi locos lheologis suppeditabil. (2)

Et sur quoi, d’après le Poslulatum, disputeront-ils ? Précisément sur les points que j’ ai indiqués moi-même : « Quand, et d’après quel ensemble de circonstances fau- « dra-t-il croire que le Pape a porté un jugement infail- « lible? Quando, et guibus rcrum adjunctis Romanus Ponti-

(1) Schéma pro infallibilitate [romani Puntificis ex principiis jam ab Ecclesid universd receplis lugice clarcque definiendd. — Rationes ob quas, etc, n. IV.

(2) Rationes ob quas, n. IV,

fex infallibile judicium protulisse credendus sit ? C'est à dire, quand sera-t-il faillible, ou ne le sera-t-il pas? Voilà sur quoi les théologiens, nonobstant la définition que vous réclamez, disputeront toujours: Disceptabitur perpetuà inter t os ( 1 ). Ce n’est pas tout , et le Postulatum , outre cette question do fait, capitale , énumère encore toutes les autres questions qui, nonobstant le décret du Concile, resteront toujours indécises: Indecisae manebunt omnes illae quaestiones\ à savoir: «Le Pape ait-il parlé comme personne « privée, ou personne publique? Que signifie vraiment le « mot ex Cathedra ? L’objet de la définition appartient-il « vraiment à la foi et aux mœurs? » Autant de questions très vivement agitées jusqu’ici, non pas seulement par les théologiens contraires à l'infaillibilité, mais par les plus pieux défenseurs de l’infaillibilité eux mêmes, et qui reviendront toujours : Indécise te manebunt umnes illae quaesliones, de persond Pontificis docentis publiai et privatd, de verd loeulionis ex Cathedra significaiionc, de rébus quac ad fidem moresque verk spectant. (2)

Ces difficultés, qui ne sont rien pour vous, Monseigneur, font toutefois que les auteurs de ce Postulatum demandent expressément qu’on renonce au vôtre; et ils ajoutent avec raison que votre Postulatum, si excessif qu’il soit, ne finirait rien; et ranimerait sur tous ces points les débats avec plus de violence et de péril que jamais: « Imo violen lins forsan erumpent hujusmodi quest ioncs , et longé majori animi rontenlione pertraetabunlur ». (3)

(1) Ibid.

(2) ibid . — Ce dernier point surtout, il quelles difficultés ne pourra-t-il pas donner lieu, quand l’objet de la définition n’appartiendra qu’ indirectement A la foi ou aux moeurs?

(3) Ibid.

Voilà certes, Monseigneur, des considérations, des paroles graves, qui appellent la plus sérieuse attention des hommes sincères, quel que soit leur sentiment sur la question même , de ceux surtout que l’ impatience pourrait gagner et pousser à précipiter les choses, et qui voudraient, commo on dit quelquefois vulgairement, en finir.

Ainsi donc, il y a des difficultés théologiques à une définition dogmatique de l' infaillibilité. Ces difficultés, je les ai indiquées, comme c'était mon droit, mon devoir, ma thèse même. Et je n’ ai encore rencontré que vous, cher Seigneur, qui m’ayez dit: « Les difficultés signalées n’ existent pas. »

C’est ainsi encore, toujours dans le même but, que j’ai dû rappeler, et je l'ai fait avec tous les ménagemeus convenables, quelques uns des grands faits de l'histoire: étant manifestement impossible que le Concile aborde la définition demandée, en formule les termes, en circonscrive l’étendue, en détermine les conditions, sans avoir même à se préoccuper des précédents historiques , ou en ne le faisant qu’au pied levé I

Vous m'avez reproché d’avoir signalé ces difficultés historiques, en même tems que les difficultés théologiques ; vous avez demandé comment j’avais eu « ce courage ». Mais à mon tour , cher Seigneur , je vous demanderai: Comment vous-même avez-vous le courage de fermer les yeux sur de tels périls T Ou bien, quand vous jetiez cette grande quostion dans la presse , et que la presse, à son tour, la passionnait si violemment, espériez-vous qu’elle ne serait pas sérieusement traitée ? Pensiez-vous, parco que vous auriez fermé les yeux, que vous les fermeriez à tout le monde T

Mais, ayez la bonté de le remarquer, ce que jai fait et

dû faire ici , les auteurs du Postulatum que j’aualyse ue l'ont-ils pas fait comme moi? Ils ont bien senti qu’il le fallait faire, et , comme moi, ils constatent l’effet rétroactif nécessaire de votre projet de définition: « Vi sud ad omnia cliam retroacta sæcula protenderelut •; » (I) et ils disent plus fortement que moi encore qu’il ranimerait les disputes assoupies, qu’il donnerait un nouveau champ de bataille à la science protestante et rationaliste, et ouvrirait aux ennemis de l'Eglise la discussion sur toute l’histoire Ecclésiastique et tout le Bullairc des Papes : « Facile universae « Fcc lésiné h istoriae campum totumipte Bullarium, Tbcolorjorum « cavillalionibus , el lieretieorum impiorumque criminalionibus « jam fere sopitis aperiret » (2).

Voilà donc tout ce que j'ai dit moi-même, ce qui m’a valu tant do bizarres injures , ce qui vous a causé à vous, cher Seigneur, un scandale, j’ai droit de le dire, si peu théologique ; le voilà redit, ici, hier , par le nouveau Postulatum proposé en concurrence avec le vôtre. Leur direz-vous, à ces vénérables Archevêques et Evêques, comme à moi-même: « Comment avez-vous eu ce courage? »

Et maintenant permettez-moi de vous témoigner à mou tour ma surprise de votre étonnement? Car vous n’êtes pas, certes, de cette triste école d’apologistes qui s’imaginent défendre la religion en faisant mentir l'histoire?

C’est à ceux là que je dirais avec vous: Qiuirc dubilasti , modicae fulei? Qu’il y ait de l’humain dans l’Eglise, quoi d' étonnant, puisqu’il y a des hommes? Mais le Divin y est bien plus profondément encore , puisque l’ Eglise est de

(1) Rationcs ob quas, etc. n. VI.

(2) Ibid.

Dieu. Et quant à moi, c’est parce que l’ humain, quelquefois, aurait pu tout perdre, que je vois avec plus d'évidence l’éternelle présence du Divin, qui conserve tout.

C’est pourquoi, la vérité, la justice, l’Eglise et les Papes, disait M. de Maistre, n’ont pas besoin d’autre chose. (1)

Et voilà pourquoi aussi je ne maudirais pas aujourd’hui une grande école historique, comme d'autres âges chrétiens en ont connue, telle que Baronius et les Bollandistes, qui, faisant les aveux qu'il faut faire, mais anéantissant les calomnies et les sophismes qu’il faut anéantir, glorifierait magnifiquement, par cette haute impartialité même, le Divin dans l'Eglise.

C’est ainsi que pensaient nos Pères. Et un théologien qui ne saurait vous être suspect, Monseigneur , Melchior Cano lui-même, [n’était-il pas dans los mêmes sentiments, quand il écrivait ces graves paroles : « Non eget Pclrus mendacio « nostro; noslra adulations non eget. Pierre n’a pas besoin de « nos mensoges, Pierre n'a pas besoin de nos adulations. » Melchior Cano ajoutait : « Ceux qui veulent défendre à l’a- « veugle et sans discernement tout jugement quelconque « du Pape, qui Suintai Pontifias omne judicium temere et « sine delectu défendant , eos Sedis Apostoliew auctorilalem « Uibefectare,non fovere, cverlere, non finnare dm polesl: ils lie « soutiennent pas l’autorité Pontificale, ils l’ébranlent; ils « ue l’affermissent pas , ils la minent. » Nous en connaissons, Monseigneur, vous et moi, de ces écrivains-là, adulateurs et calomniateurs tout ensemble, qui sont l'opprobre

(1) M. <le Maistre en écrivant ce mot remarquable.- «Les Papes n'ont besoin que de la vérité, » s'inspirait do ces belles et fortes paroles des saintes Ecritures: Numquid Deux indiget vestro mendacio, ut pro illo loquamini dolos ? Job. XIII. 7.

en même temp que la ruine des causes qu'ils prétendent servir. Ce qui suit peut s’appliquer à de plus respectables, mais non moins impuissants apologistes, à savoir ceux qui, pieux et zélés, prennent la défense de l’autorité pontificale par le sentiment et par le cœur, plutôt que par la science et la vérité : qu'est-ce qu'ils peuvent y gagner, demande Melchior Cano ? Quid tandem adversum luereticos disputando Ule jyrofîciet, quem videi'int non judicio, sed afftctu, palrocinium ponlificiœ aucloritatis suscipere ? (1)

Quoi qu’ il en soit, j’ai dit et je maintiens que les difficultés historiques existaient, non pas pour vous peut-être, qui vous jouez avec les difficultés, mais pour d'autres, non moins sincères que vous , non moins que vous dévoués à l’Eglise: j’ai dit, et je maintiens que si la question n'est pas écartée du concile, la discussion complète de toutes ces difficultés sera une nécessité, et qu’il y aura là une inévitable, mais non pas certes une douce et prompte besogne.

Non, il ne sera doux pour personne, Monseigneur, à Rome, au milieu des circonstances difficiles où nous sommes, en présence de l'Europe et du monde qui nous regardent, do s’engager sur la question du Pape , dans cet examen, dans cette critique des faits les plus délicats de l’histoire, dans la discussion et la dissection des textes do l’Ecriture et de la tradition.

Et cependant, puisque les difficultés sont là , reconnues, constatées, embarrassant une foule d’ esprits sincères, le concile ne se devra-t-il pas à lui-même et au monde, de ne pas procéder seulement par coups de majorité, mais de faire ce qu’ont fait tous les grands Conciles, d’approfondir cette question qui a tant divisé les esprits, do résoudre les

(1) Melchior Cano, Loci Theologi, lib. V, contl. 3.

difficultés, d’éclaircir les obscurités, de répandre en un mot sur la définition, s'il entreprend de la porter, une vraie et grande lumière. Qu’ est-ce qui était plus la foi de l’ Eglise que la Divinité de Notre Seigneur ? Et cependant, on le sait, les Pères de Nicée ne crurent pas devoir procéder, même en une pareille question, par voie d’ examen sommaire , encore moins par voie d’ acclamation orale ou écrite.

Non, cher et vénéré Seigneur, croyez le bien, la discussion de l’infaillibilité ramènera inévitablement sur toutes ces choses et sur bien d’autres, soit au concile, soit au dehors, les plus graves et peut-être les plus tristes débats; et loin que la déclaration y mette un terme dans la presse, elle les ravivera d' une manière terrible. Violentius crumpent, comme vous disent les auteurs du second Postulutum.

Et vous-même, cher Seigneur, où n’avez vous pas été entraîné sur ce terrain, lorsque vous me demandiez de faire une distinction dans notre Saint Père le Pape Pie IX, entre le Pontife et le Souverain ? Vous rappeliez que « Pie IX a donné une constitution aux Etats de l’Eglise « en IS'iB, et s’est bien gardé de la rétablir après que la s révolution l’ eût mise à néant ». Et vous ajoutiez: « Que « j’eusse voulu vous voir saisir cette occasion» d’expliquer ces deux conduites ! Vous regrettiez donc, Monseigneur, que je n’aie pas mis directement le Saint Père lui-même en cause, que je n’aie pas expliqué, c’est-à dire agité devant le public, ce qu’il a fait ou n’a pas fait avant et après Gaëte, les actes les plus importants de son gouvernement, actes, je vous prie de le bien considérer, qui ne sont pas indifférents , car ils touchent aux principes mêmes et aux bases des sociétés modernes. Vous regrettiez que je n’aie pas fait intervenir les distinctions théologiques en-

tre le Pontife et le Souverain, la faillibilité de l'un et l'infaillibilité de l’autre. Eli bienl non, Monseigneur, malgré votre invitation pressante, il me répugne de toucher à de tels sujets.

Je comprends neanmoins ce qui, sur toute cette grave et nécessaire question d’opportunité, a causé votre méprise: c’est la seconde chose que vous dites, à savoir que la question même d’opportunité n’ existe pas, qu’il n’v a pas ici deux questions, qu’il n’y en a qu’ une:

« Mgr d'Orléans, dites vous, tout en voulant ne traiter « que la première de ces questions, s’est vu dans l'impossi- « bilité de ne pas aborder la seconde »... « En présence du « premier Concile Général convoqué depuis 1082, la que- « stion d’opportunité ne peut être séparée de la question « même de l’infaillibilité ».

Ainsi, Monseigneur, apparemment, si nous n’étions pas en présence du premier Concile général convoqué depuis 1082 , il y aurait là deux questions, et j’aurais pu traiter de l’une, sans toucher à l’autre. Mais en présence du concile et de 1082, « la question d’opportunité ne peut être « séparée de la question même de l’ infaillibilité ». C’ est « là, .ajoutiez-vous , ce que 1’ Evêque d’Orléans n’ a pas « compris ». Vous avez raison. La nature de mon esprit ne me l’a pas permis et ne me le permet pas encore : de toiles affirmations sont pour moi absolument déconcertantes.

Et d’autre part, si les difficultés théologiques et historiques de la définition sont telles, que les exposer simplement, comme je l’ai fait, c’est atteindre gravement par cela seul, et par voie de conséquence nécessaire, l'infaillibilité elle-même, comment avez-vous pu écrire en même temps que ces difficultés ne sont rien ? Il y a là une con-

tradiction trop manifeste. Et de plus où vous mènerait cette conclusion T Qu' un pareil argument se soit rencontré sous votre plume aux débuts du concile, quand vous m’avez écrit votre première lettre, alors que vous étiez dans cette confiante pensée que tous les Pères du concile , ou à peu près, étaient avec vous , et allaient voter d’enthousiasme la définition, à la bonne heure. Mais aujourd’hui, après la profonde division qui s’est manifestée au sujet de cette définition , après qu’ un nombre si imposant d’Evêques , représentant de si grands pays, ont fait parvenir au Saint Père des adresses si fortement motivées, pour le supplier d’écarter purement et simplement la question, dire, avec une telle aisance d’affirmation, quo reconnaître et démontrer les difficultés, et par suite l’ inopportunité de la définition, c’ est vouloir démontrer i/ue l'infaillibilité n’est pas contenue dans le dépôt de la révélation : dire cela encore, après le nouveau Postulatum, qui précisément énumère, lui aussi , les difficultés d’une définition; transformer ainsi en adversaires de l' infaillibilité ceux mêmes qui ne le seraient que de l'opportunité: comment n’avez-vous pas vu, Monseigneur, que cette logique se retourne contre votre thèse, et qu’en dépassant ainsi les conclusions précises où je m’étais renfermé , vous fournissez vous-même des armes contre vous et vos alliés ?

Carenfin, cette conclusion, s’il est vrai, comme vous le dites, qu’elle sort nécessairement des prémisses posées par moi, voici, cher et vénéré Seigneur, ce qui en résulte , et dans quelle alternative vous êtes placé par votre argumentation : Ces prémisses sont des faits qui , malgré vos négations, subsistent; faits si réels et si palpables, difficultés si manifestes , que je vous les montre constatées par des théologiens et des Evêques très partisans del’iufaillibilité ,

et, au sein même du coucile, par les auteurs du Poslulatum présenté en concurrence avec le vôtre.

Si donc , outre la conclusion d’ inopportunité que j’eu avais tirée , ils eu contiennent une autre contre l’ infaillibilité, à cela je ne puis rien , sinon prendre acte de votre aveu pour le jour de la discussion, au cas que ce jour arrive; et dès maintenant constater que votre logique en frappe d’autres que moi , qu' elle frappe vos alliés eux-mêmes. C'est pourquoi allez jusqu’au bout de cette logique, et déclarez les auteurs du postulation adversaires nécessaires, eux aussi, de l’infaillibilité.

Vous avez un autre argument , pour confondre ainsi les deux questions d’opportunité et d’infaillibilité ; c’est celui de M. de Maistre , et il parait que vous y tenez beaucoup, car c’est le fond même de votre Poslulatum : Supremam, idcoquc ab errore immunem.

Eh bien! je suis obligé de vous le diro: cet argument n’est pas heureux. Il est invincible quand on l'applique à l’Eglise, — pourvu qu'on ne confonde pas, comme semble faire M. do Maistre, l’idée de l’ infallibilité dans r Hgli.se avec la simple autorité légale de la chose jugée dans la société civilo ; — mais il est impuissant et nul quand on le transporte dans la question qui nous occupe.

Oui, pour l’ Eglise, souveraineté et infaillibilité se confondent. Quand il s’agit de l’Eglise, c'est à dire du Pape et des Evêques, la question de souveraineté doctrinale n' est douteuse pour personne. On a incontestablement dans cette union du Pape avec les Evêques et des Evêques avec le Pape, tous les éléments de la souveraineté doctrinale. Mais quand vous appliquez ce principe vrai au Pape seul , et que vous dites : Or, dans l’Egli-

se, en matière de décision doctrinale, le Pape sei;l est souverain, donc infaillible, ideôque ab errore immunem, vous prouvez la thèse par la thèse même ; et votre donc, votre ùleoque est une pétition de principe ; pas autre chose. Cela ne prouve ni pour ni contre; la question reste après cela absolument ce qu' elle était. Et eu récusant cet argument, je ne touche en rien , Monseigneur, à la question do l' infaillibilité elle même.

Oui, certes, il est nécessaire qu’il y ait dans l'Eglise une autorité doctrinale infaillible ; mais est-il nécessaire que cette autorité soit le Pape seul : ne suffirait-il pas que ce fût l’autorité du Pape et des Evêques réunis? Donc la nécessité supposée par l’ a-priori de M. de Maistre — car c’est un a-priori, remarquez le bien, qui conclut indépendamment de tout texte — cette nécessité n’existe pas, et l’argument tombe par terre.

Eu deux mots; l'infaillibilité dans l’Eglise, est-ce l’infaillibilité de l’Eglise, c'est-à-dire du Pape avec les Evêques, en ce sens que l’Episcopat ait une vraie et nécessaire part, au moins par sou consentement formel ou tacite , antécédent ou subséquent, dans la définition de la foi? Ou bien est-ce l’infaillibilité du Pape seui ,, sans qu'aucun concours de l’épiscopat soit nécessaire? voilà la question ; et le principe de M. de Maistre n’y touche pas.

Ici, cher et vénéré Seigneur, vous revenez sur le mot infaillibilité personnelle. Mais, en me servant de cette expression, j’ai fait purement et simplement ce qui est élémentaire dans une discussion loyale. J’ai posé la question dans les termes mêmes où la posaient les partisans de la définition que je combattais. C’est l’expression employée par eux tous les jours. L’infaillibilité active dans le Pape seul, et par lui dans l’Eglise enseignante à qui il la com-

mimique; l’infaillibilité du Pape, je ne dis plus séparément puisqu’on a désavoué le mot, quoique le terme anglais employé [aparl from ) ait exactement ce sens, mais indépendamment, puisqu’on accepte cette formule, indépendamment de l’ Episcopat reuni ou dispersé: voilà la thèse, et voilà ce que j’ ai entendu par l’infaillibilité personnelle.

Et vous-même, Monseigneur, dans votre première lettre, vous distinguez, et nécessairement, avec Muzzarelli, dans le Pape, la personne privée et la personne publique, et vous dites: « Ce n’est pas à la personne privée, mais à la personne publique, que l’infaillibilité a été promise ». L’infaillibilité de la personne publique dans le Pape, voilà l’in, faillibilité personnelle dont j’ai parlé.

11 s’agit d’ailleurs si bien ici d' infaillibilité personnelle, que vous citez, en les approuvant, ces paroles de Duperron: « L’infaillibilité du Pape consiste eu ce que toutes les ques- « tions auxquelles il se sent assisté d’assez de lumières, il « les juge; et les autres, auxquelles il ne se sent pas assisté « d'assez de lumières pour les juger, il les remet au con- « cile ». En définitive donc, se sentir ou ne se sentir pas assisté d’assez de lumières , et décider en conséquence , c’ est un fait de sens intime ; et voilà on quoi consiste, selon l’auteur que vous citez et selon vous, l'infaillibilité pontificale. Y a-t-il rien de plus personnel?

Mais serrons, si vous le permettez, de plus près encore la question, et voyons, à d’autres points de vue, combien la confusion des deux thèses est impossible, et combien est grave cette question d’opportunité que vous supprimez.

SECOND ASPECT DE LA QUESTION î

Les périls de la définition

Persuadé donc , comme vous le dites, que j’étais dans l'impossibilité de traiter de l’opportunité sans attaquer l’infaillibilité, vous glissez, Monseigneur, sur les autres aspects de cette question d’opportunité, avec un oubli des réalités qui m’ étonne.

A vos yeux, dans cette immense affaire , il n’y a pas même à se préoccuper des conséquences. Inutile de regarder autour de soi, à l’état des esprits contemporains , ni aux dangers de l’Église. L'Eglise n’ a ici à s’inquiéter de rien. On a un but : il faut y marcher, en détournant ses regards du reste, dût-il y avoir là des abîmes.

Quant à moi, je sens autrement. Sans illusion de parti pris, je me crois obligé de regarder, pour m’en rendre sérieusement compte, les temps où nous sommes, les difficultés, les besoins, les périls ; en un mot , les hommes et les choses, les faits, les faits, Cher Seigneur; et je ne puis revenir de ma surprise, lorsque j’entends un Evêque, dévoué comme vous 1’ êtes à la Sainte Eglise , me dire devant les Evêques du monde entier rassemblés pour porter remède aux maux de l’Egliso et de la société: Trepùhiverunt timor» ubi non erat timor.

Certes , Monseigneur, je n’ai guère eu jusqu’à ce jour coutume de trembler pour moi-même. Mais quand il s’agit des périls de la Religion, je n’aime pas à me mettre un bandeau sur les yeux pour ne rien voir.

En examinant avec la plus sévère circonspection , et je le dirai, sans croire manquer de courage, avec un religieux tremblement , s' il est opportun ou non de définir et de proclamer le dogme en question , nous avons , vous et moi, et nous tous qui sommes ici , nous Pasteurs et pères des peuples, Successeurs des apôtres, Evêques des âmes, comme disait S.' Pierre, nous avons à bien considérer l’état de ces âmes dans le monde entier, et à nous souvenir qu’à l'heure où ce saint Concile est rassemblé, il y a sur la surface de la terre plus de douze cent millions de créatures humaines, vers lesquelles nous sommes envoyés par le Père céleste, et qui sont l’héritage do Notre-Seigneur ; parmi lesquelles :

Huit cent millions encore d'infidèles , les deux tiers de l'humanité ! qui après dix-huit siècles de Christianisme ne connaissent pas Jesus-Christ! Y songeons-nous assez? Ajil quand cette pensée saisit mon âme , Monseigneur, les disputes domestiques, où nous usons péniblement nos forces, me remplissent d’amertume, et sont profondément tristes devant un si suprême intérêt, et cet avènement si mystérieusement différé du règne de Dieu sur tant d'âmes !

Puis il y a ces soixante dix millions de schismatiques, qui no reconnaissent pas la suprématie du Pape , et avec lesquels on n’ eût rien fait à Florence, ils seraient tous partis, Bessarion en tête, si on eut parlé de définir l’infaillibilité.

Qui ne voit quelle montagne de préjugés nouveaux la définition de V infaillibilité du Pape soulèvera chez ces pauvres schismatiques? Ayons pitié, cher Seigneur, même de leur ignorancel Et si l’on nous répond : Mais, que pensez vous à l’Orient! qu’ en peut-on esperer? Je répondrai toujours: Non, ne scellons pas ainsi la tombe de ces anti-

ques nations chrétiennes ! et quand même aucun souffle de Dieu ni aucun effort des hommes ne devrait les ramener de l’erreur qui les a perdues, ne croyons pas encore qu’il soit do la charité de Jésus-Christ, et de la mission d’un grand Concile, de les éloigner davantage, et de leur rendre le retour plus difficile. Est-ce pour cela qu'on les a invités?

Et ces quatre vingt dix millions de Protestants, qui n’admettent pas même 1’ autorité de 1’ Eglise? Faut-il entre eux et nous, je l’ai dit, je le redirai toujours, je le crierai, faut-il élever encore des barrières et creuser des abîmes? Bien vainement nous dit-on: S’ils sont sincères, qu’importe qu’on exige d’eux plus ou moins? Est-ce ainsi, c'est à vous-même, cher Seigneur, que je le demande, à vous en qui, depuis Liège, j’ai toujours vu un cœur si apostolique, est-ce ainsi qu’on traite ce qu’il y a de plus délicat dans la conversion des âmes?

Lisez un peu leurs journaux, soit d’Amérique, soit d’Angleterre: je me renseigne, quant à moi, autant que je le puis, sur le travail qui s’opère parmi eux. Eh bien! faites aussi grande que vous le voudrez la part des préjugés et de la passion, et voyez devant Dieu si les craintes que j’ai exprimées ici sont vraiment chimériques. Demandez-vous si vous secondez chez nos frères séparés le mouvement de retour, ou si plutêt vous n’arrêterez pas, à jamais, une foule d'àmes.

J’avais cité à propos des protestants, des faits récents, contemporains, considérables: j’avais cherché pourquoi, il y a peu d’années, les Archevêques et Evêques Catholiques d'Irlande ont été obligés de signer la déclaration expresse qu'il n'ètait pas exigé d’eux de croire le Pape infaillible; pourquoi avant do faire le premier pas dans la voie généreuse

de l’émancipation des catholiques, le célébré Pitt avait pris la précaution de consulter les plus fameuses universités catholiques d’Europe, toujours sur la question du pouvoir pontifical. Vous n’avez pas jugé à propos de répondre un seul mot à ces faits, si hautement significatifs; et c'est pour quoi je vous les rappelle.

Au lieu de nous payer ici de mots, voyons donc la vérité des choses; cette vérité, la voici :

Au IX siècle nous avons eu la douleur de perdro à peu près la moitié de l'Eglise; au XVI siècle, le tiers au moins de l’autre moitié. En ce moment la moitié peut-être de ce qui nous reste est plus ou moins entamée. Il nous faut donc reconquérir. Les courageux Evêques américains, allemands, anglais, y travaillent; nos héroïques missionaires y mettent leurs sueurs et leur sang. Et vous voudriez augmenter leurs difficultés , donner à l’antagonisme querelleur des prédicants qu’ils rencontrent partout sur leur chemin, un nouveau champ de bataille, et de nouvelles armes I Vous voudriez changer tout-à-coup, commo me le disaient hier plusieurs Evêques d’ Amérique, pour tout le clergé catholique qui vit au milieu des populations protestantes, tout le terrain de la controverse religieuse ?

Et parmi les nations catholiques, combien d’hommes, en France, en Belgique, vous ne l’ignorez pas, Monseigneur, en Allemagne, en Espagne, en Italie, partout, combien, Dieu le sait! qui ne croient plus, ou qui sont de ces infirmes dans la foi, dont saint Paul voulait qu’on eût pitié ! Infirmum in fuie assimile. (1)

Ces mèches qui fument encore, faut-il donc les éteindre î Ces roseaux à demi rompus, faut-il les briser?

(1) Ad Romanos, XIV, 1.

Et je parle ici de tant de jeunes gens, de tant d’hommes, nos compatriotes , nos amis , nos frères, os nostrum, cl caro nostra : (2) c' est à tous ceux là que ce que vous préparez peut porter un coup funeste. Et si on me répond comme on l’a fait déjà, que ce sont là des fruits médiocres et prêts à se détacher de l'arbre ! s’ il en est ainsi: eh bien, la secousse qui doit les faire tomber, je demande au moins que ce ne soit pas l'Eglise qui la donne I

Oui, il faut voir ce qui est , Monseigneur. J’ apprécie , non moins que vous, ce qu’il y a do touchant dans les manifestations catholiques : mais je dis que pour la France en particulier, ce serait une étrange illusion , vraiment trop puérile, de croire que ces listes de souscriptions, produites avec tant de fracas, expriment l'état vrai des esprits dans notre pays.

L'état vrai pour la France, et même ailleurs, le voici: le3 grands corps de 1’ Etat, les Parlemens, les Sénats , les Corps législatifs , les Conseils d'Etat, les administrations publiques , la magistrature , le barreau , la jeunesse des Ecoles, l’armée, la marine, le commerce, les finances, les arts , toutes les professions libérales, les ouvriers de nos villes, les électeurs dans nos campagnes, la grande masse de ceux qui chez nous et ailleurs décident les affaires, en un mot, la nation, assurément, elle n’est pas là.

Et les gouvernements! Vous le savez, ils tendent à s’isoler, à se séparer do F Eglise: tous , sans exception , ont pris une attitude exspectante et défensive vis à vis du concile. Voilà ce que tout le monde sait. Il est manifeste qu’il y a là un péril considérable Veut-on, je le demande encore, mettre partout à l’ordre du jour la séparation de

(1) Qen. XXIX, 14.

l’Eglise et de l' Etat , pousser à la prompte abolition des concordats, ou susciter, là où il n’y en aurait pas, des articles organiques?

Je ne veux rien dire des Etats Pontificaux. Et cependant pouvons-nous oublier combien dans leur situation actuelle, précaire, impossible, une solution serait nécessaire, sous une garantie européenne?

C’est les yeux fixés sur toute cette situation , sur cette triste statistique religieuse du monde, sur les pertes successives de l’Eglise, sur les difficultés des temps présents, sur les périls de l'avenir, que, m’isolant des entraînements et des enthousiasmes, dont mon cœur serait aussi capable que le vôtre, cher et vénéré Seigneur, j’ ai pesé les conséquences certaines de la définition que vous poursuivez: et voilà pourquoi je ne la poursuis pas. Je ne mets pas mon courage à braver des périls inutiles; ni ma gloire à provoquer des définitions, — qui ne sont pas nécessaires, dixhuit siècles de Christianisme l’ attestent. Et si j’ai écrit, Monseigneur, c’est avec la claire vue et la ferme conscience qu'il s’agissait ici do prévenir de grands malheurs et de rendre à l’Eglise un suprême service.

Et je ne suis pas le seul à avoir cette vue claire et cette ferme conscience. N’avez-vous donc pas entendu le cri des Evêques d’Allemagne, de la Hongrie, de la Bohême, et de tant d’autres?

S’émeuvent ils sans cause, ces Evêques vénérables, et pour le plaisir de s’émouvoir, ou de chagriner le Père commun des fidèles? Croyez vous qu’ils sont venus à Rome pour cela?

Ah! ils ont vu autour d’eux le trouble profond des âmes, et ils savent qu’on ne joue pas impunément chez eux avec de tels périls ! Ils ne comprennent pas surtout qu’on se plaise à les créer.

On a parlé ici d’opposition. Non, ce qu'on a entendu, c’est le tressaillement de leurs entrailles de Pasteurs et de Pères, c’est une partie des douleurs de l’enfantement laborieux des âmes.

Savez-vous, Monseigneur, ce qu' à mon tour je vous reproche! Ce n’ est pas de fouler aux pieds nos opinions ; c’est de fouler aux pieds nos craintes pour les âmes! Ah! je le sais, vous no vous en rendez pas compte ; mais, malgré votre admirable cœur, c’est ce que vous faites!

Ah! les luttes nécessaires, à la bonne heure! j'y serai toujours. Mais celles que nous susciterions nous-mêmes, comme à plaisir, c’est autre chose! J’v interviendrai, si des imprudences appellent do nouveaux périls, et si je puis y apporter un utile secours; mais après avoir tout fait pour les prévenir.

Monseigneur, on a bientôt fait de dire: « C’est un flot qui passera. » Ce Ilot peut faire en passant des ruines incalculables... et le passage durer longtemps.

Il y a trois cents ans, un flot aussi a passé sur l’Allemagne; un flot sur l'Angleterre, sur la Hollande, sur la Suisse ; et le flot, à 1’ heure qu’il est, n’est pas encore retiré, et il ronge toujours la grève.

Non , me dites-vous, vous craignez trop: l’Eglise a dos promesses d’ immortalité. Ah ! je le sais. Mais me sera-t-il permis de parler ici eu toute gravité? Oui l’Eglise a des promesses ; mais nul pays , nulle nation , si privilégiée de Dieu qu'elle ait été, ne peut se flatter d’en avoir, voilà ce que je sais aussi. Je sais que l’Espagne n’ en a pas; que le Portugal n’en a pas; que l'Allemagne n’en a pas. L'Orient en avait-il?... Je sais que le Brésil est malade, que le Mexique est malade, que les anciennes colonies Espagnoles marchent de révolutions en révolutions. Et ma conviction

douloureuse, Monseigneur, est que ce que vous préparez peut donner à l’Eglise une nouvelle et effroyable secousse dans tous ces pays.

Et l'Italie elle-même, qu’ en dirai-je? Ah I sans doute, le Siège Apostolique a des promesses, et demeure à jamais fondé sur une parole immortelle. Mais cette pauvre Italie, malgré ses excellents Evêques qui otit donné au monde entier un si beau spectacle de foi et de courage en face de la révolution, et de l’impiété, que deviendra-tellc?

Et d’ailleurs, nous, Evêques, pouvons-nous l’oublier? les âmes qui périssent, périssent à jamais; et les réparations quelquefois si tardives de la Providence n’empêchent pas l’Eglise de payer cher les imprévoyances et les méprises des hommes.

A ces craintes, il en est, je le sais, qui opposent une confiance illimitée, absolue. Ils disent: « Le grand mal au- « jourd’ hui, c’est que le principe d’autorité est par terre. « Exaltons-le dans l’Eglise, et nous sauverons la société ».

Je réponds simplement: Quant à l’Eglise, jamais peutêtre à aucune époque , le Saint Père n’ a rencontré plus de vénération et d’obéissance; et ce n’est pas là que le principe d’autorité est compromis. Il n’y a pas à relever dans l’ Eglise ce qui n’est pas tombé.

Quant à la société, je suis loin, Monseigneur, de fonder sur votre définition eje si hautes espérances. Croire qu’ eu proclamant l’.infaillibilité du Pape, vous allez faire reculer la révolution, c’est à mon sens , une de ces illusions comme s’en font quelquefois, dans les sociétés humaines , à la veille des crises suprêmes les partis désespérés.

Ma conviction est au contraire que parmi les révolutionnaires, Monseigneur, les habiles, les profonds, no se

troublent pas de ce que vous voulez faire. Vos solidaires de Belgique, êtes-vous bien sûr que devant le nouveau dogme ils vont désarmer, et que déjà , dans leurs loges secrètes , ils ne battent pas des mains ?

Non, faisons un grand Concile, développons les vives et fécondes puissances de l’Eglise, la sainteté, la science, etces richesses de charité et de zèle qu’elle recèle dans son cœur; montrons aux hommes do ce siècle qu’ entre nous et ce qu’ils ont droit d’aimer, il n’y a point d’ antagonisme , point d' incompatibilité; dissipons enfin par des déclarations nettes, précises, formelles, tous ces affreux malentendus qui nous dévorent : voilà comment nous ramènerons à nous ce siècle qui nous fuit , et comment nous pourrons sauver la société qui crio au secours par toutes les voix de ses souffrances et de ses périls.

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