‹ Réponses à des objections faites contra le principe de la dualité du dynamisme humain, lequel est une des bases de l'anthropologie médicale enseignée dans la Faculté de médecine de Montpellier:Chapitre 102 sur 229 · CXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CXIV INTRODUCTION

Mais cette curiosité n'est pas seulement un désir d'instruction : dès qu'on est convaincu que la Cause Première est toute-puissante et souverainement intelligente, il naît chez le Catéchumène un sentiment d'admiration et d'amour qui pénètre tout le Dynamisme Humain. On veut se mettre en rapport avec elle; pour arriver à ce but , on s'étudie soi-même pour y trouver ce qui peut nous rendre digne de ce commerce. On se compare avec tout le reste du monde , et l'on trouve que l'Ame Humaine est la seule partie de la Création qui mérite l'attention et la bienveillance du Maître. A force d'admirer et de solliciter Dieu, on finit par croire à un retour favorable , et dès-lors on compte sur ce que la Philautie Humaine a souhaité; on a horreur du néant; on voudrait ne pas mourir : puisqu'à cet égard Dieu est inexorable , on compte sur la pérennité de l'Ame Pensante séparée après la dissolution mortelle. On prend de grandes précautions pour conserver les restes les plus précieux de l'Agrégat Matériel, ou par l'embaumement, la dessiccation ou l'incinération, à l'abri de la dispersion et de l'insulte , et on fait en sorte qu'ils soient renfermés dans une demeure sacrée et monumentale. Quant à l'Intelligence, on a des raisons pour penser qu'elle est à l'abri de toute destruction, ou par sa nature, ou par grâce; qu'elle jouira éternellement de son Immortalité, de son Sens Intime, et, de plus, d'une Affectibilité heureuse ou malheureuse , en vertu de laquelle elle sera récompensée ou punie, suivant ses œuvres exercées durant la vie terrestre, conformément aux règles de la Justice dislributive Divine.

En un mol , la Fonction Religieuse consiste en ce que l'Ame Humaine est persuadée de l'existence de Dieu, de sa Providence

INTRODUCTION. CSV

en faveur de l'Homme, de l'Immortalité de cette même Ame Pensante, d'une vie future traitée suivant les œuvres de la vie terrestre, et en ce que les deux Puissances du Dynamisme Humain sont pathétiquement affectées dans les actes de religion , selon les conséquences de ces idées.

Ce besoin mixte , principalement d'origine intellectuelle, est chez l'Homme aussi général que celui de la vie sociale , que celui d'être en commerce de pensées avec ses semblables , que celui de vivre conjugalement avec un individu de l'autre sexe, que celui de se conserver soi-même dans son fils, et de joindre à cette espèce d'identité factice toutes les autres jouissances de la paternité.

Les besoins intellectuels peuvent n'être pas aussi généraux que les besoins instinctifs de la Force Vitale , tels que la faim , la soif, les excrétions : mais comme nous ne sommes pas dispensés d'étudier la théorie des appétits, quoiqu'il y ait des individus qui vivent des années non-seulement sans faim ni soif, mais encore qui sont privés du pouvoir de supporter tout aliment, de même nous ne pouvons pas nous dispenser d'étudier la théorie du besoin religieux, quoiqu'il y ait des hommes atteints d'athéisme. L'immense majorité a ce besoin ; il fait donc une partie intégrante du sujet de la Physiologie Médicale, quoique Diderot, Naigeon, Lalande aient eu autant d'aversion pour la Religion que Thomas-d'Aquin , Newton, Boileau en avaient eu pour le mariage. Occupons-nous donc de la règle générale ; ce sera peut-être un moyen de découvrir la vraie cause des exceptions.

Les Philosophes du xvme siècle ont paru croire que la Reli-

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gion était une institution conventionnelle. Ils prétendaient appuyer cette opinion sur quelques relations de voyageurs , qui disent avoir trouvé des peuplades sauvages chez lesquelles ils n'avaient reconnu aucune idée de ce genre. — Mais M. de Frayssinet , l'Auteur d'un Voyage autour du Monde , trèsestimé, m'a dit positivement que, dans cette grande expédition, il s'était fortement occupé de ce sujet. Le résultat de ses recherches a été contraire à cette opinion , et il n'avait point trouvé d'agglomération d'hommes en société, même de celles qui sont au premier degré d'une civilisation ascendante, où il n'ait rencontré des idées positives d'une grande cause générale providentielle avec laquelle l'Homme peut être en relation. Supposons que ce besoin ne naisse pas dans l'Homme isolé et réduit à une ignorance absolue : il paraît, au moins, qu'il se développe bientôt après que la Société se forme et que des idées sociales ont germé.

Dieu, sa Providence, un désir de continuer éternellement de penser, sont les objets du besoin religieux. Mais, disait un jour un Prédicateur très-distingué (4), « si l'Homme aspire »si ardemment à la possession de ces objets, peut-on imaginer »que ces objets n'existent pas? » Cette réflexion m'a paru si physiologique, que je serais bien fâché de ne pas la voir inscrite dans une Somme d'Anthropologie Médicale de Montpellier, entre les recherches des objets vers lesquels se dirige ce besoin de l'Homme.

Les idées religieuses, fondamentalement identiques de tous

il) M. l'Abbé Marcelin.

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les temps et de tous les lieux , sont des phénomènes qui ont une raison d'être : c'est à nous d'aller à sa découverte. Les Physiologistes spéculatifs peuvent s'arrêter dans leur étude dès que le plaisir cesse; il leur est permis de franchir les Chapitres dont les sujets déplaisent : mais le Médecin n'a pas cette liberté, sa Physiologie est toute pratique. Puisque l'Homme est un tout unitaire, il est obligé de travailler sans cesse à le connaître tout entier. Omettre un point important par négligence, par répugnance, par prévention , par antipathie, c'est prévariquer.

Quand un Médecin a médité sur les Causes Finales , et qu'il les a appliquées à l'étude de l'Homme, il ne peut pas s'empêcher d'admirer un mot attribué à Pythagore , et que je trouve dans un Livre de Philosophie publié par un Italien peu connu chez nous. Ce livre est le Voyage de Platon en Italie, de Vincent Cuoco , traduit en français par Bertrand Barère. Dans un Discours d'ÂRCHYTAs de Tarente sur la vie et les travaux de Pythagore , je remarque ce passage : « Pythagore devait parler » au peuple, aux prêtres, aux grands et aux savants. Il parla » au peuple de Morale et de Religion : qui pouvait s'y opposer? » Il ne fit aucune innovation dans la Religion qui était alors » pratiquée ; mais il enseigna que la base principale de toute » Religion est la Vérité. »

On doit donc voir que les questions du besoin religieux ne sont pas chez nous des sujets extra-médicaux. Ce besoin radical étant une partie naturelle de la Constitution de l'Homme , il faut s'en occuper comme d'une fonction hygide. Mais ce besoin, normalement dignum , justum , œquum et salutare, devient quelquefois morbidement insensé, absurde, pernicieux;

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