INTRODUCTION. CXXIX
» parle Timée est le principe de ce que les Grecs appellent Physis. »11 a le même sens que celui cTAristote: Péri Kosmoy, parce «que c'est la Nature, selon ces Philosophes, qui a fait l'arrange- » ment de ce qu'on appelle Monde; le même que ceux de ses «livres: Péri Ouranou, parce que le Ciel est la Sphère qui contient » toutes les Causes et les Effets qui constituent le Monde ; le même »à peu près que celui des livres : Péri Geneseôs, kay PhthoraSj » parce que ce sont les mouvements alternatifs de génération et de » corruption qui entretiennent la Nature ; enfin , le même que » celui de Lucrèce : De Naturâ rerum , c'est-à-dire des Causes »par lesquelles naissent toutes choses selon leurs espèces.
» Ce titre nous annonce un Système général de l'Univers , et » comme c'est le plus ancien de tous ceux qui nous sont restés »des Grecs, il est, pour la Philosophie , ce que fut pour les «Romains le Capitole couvert de chaume où commença la gloire » de leur Empire ; ce que fut leur Jupiter d'argile , qui , plus » puissant que quand il fut d'or, les sauva , disent leurs Poètes , » de la fureur et de la barbarie des Gaulois.
» Le mot Physis tire son origine du verbe grec Phyô , lequel «signifiant également engendrer et naître , c'est-à-dire la Cause «produisante et l'Effet produit, a communiqué ses deux signifi- » cations à son dérivé. Physis (Natura) signifie donc tantôt le «principe qui donne la naissance et l'essence à quelque Être » déterminé dans sa forme ; tantôt cet Être même comme né et » déterminé par sa forme particulière.
» C'est dans le premier sens surtout que la Philosophie an- » cienne l'a employé ; et, dans ce sens, il signifie toute Cause Active «qui va d'elle-même à son but. C'est quelquefois Dieu agissant
cxx:: INTRODUCTION.
» par lui-même, réglant, ordonnant et plaçant tout dans l'Univers; » quelquefois aussi c'est un Principe subalterne ou secondaire , » intelligent, spirituel, mécanique (car il est difficile de s'en faire » une idée) , qui agirait sous la Divinité, et dont les Philosophes » ont cru nécessaire d'admettre l'existence, pour épargnera » Dieu les embarras et la fatigue des détails : en un mot, c'est une »Loi subsistante et agissante, par laquelle tous les Êtres nais- » sent, marchent et arrivent à la fin qui leur est propre. Aristote «définit cette Loi, un Principe immanent et inné du mouvement »et du repos dans l'Être où il réside.
» Cette définition , qui , je l'avoue, m'avait au moins semblé » singulière quand je ne l'entendais pas , m'a paru profonde et » juste depuis que j'ai cru l'entendre.
» Selon cette notion, la Nature est un Principe d'action attaché » primitivement aux principes et aux germes des Êtres, pour les » développer et les conduire , selon certaines Lois , aux perfections et aux fins de leur état.
» Que ces Lois tiennent à la partie matérielle des germes, » laquelle, par sa résistance , modifierait le ressort du Principe » Actif, ou au Principe Actif lui-même, qui exécuterait sur la ma- » tière l'ordre de la Cause Intelligente , delà manière à peu près » que quelques Modernes l'ont entendu de ce qu'ils ont appelé » Formes plastiques , nous n'entrons point dans cette question , »que l'Esprit Humain ne résoudra jamais ; il nous suffit de dire » qu'il y a une Loi, une Règle substantielle dans l'Univers, en » vertu de laquelle les Êtres éphémères, comme disent les Philosophes anciens, se meuvent jusqu'à un certain point où ils » s'arrêtent , etc. »