CXXXIV INTRODUCTION
Aristote s'est contredit lui-même sur ce point. Gicéron était dans le doute : il n'en sortit que lorsque la mort de sa fille lui fit comprendre combien il est utile de connaître un rendez-vous où des Ames Intelligentes pourront se retrouver après une séparation si déchirante. Citons encore l'Empereur Marc- Aurèle, et son Médecin Galien. Ils ne doutaient ni de Dieu, ni de sa Providence , ni de sa Justice distributive durant notre Vie Terrestre, mais ils ne comptaient pas sur une Vie Future. Il est possible qu'HoRACE ait été dans la même condition , quand il a fait le Carmen Seculare. Dans cet hymne religieux, on reconnaît chez l'Auteur un vrai Théisme, une Providence, une relation mystique entre l'Homme et Dieu , démontrée par l'opinion de l'utilité de la Prière ; . . . . mais pas un mot qui se rapporte à l'Espérance Théologale.
Il est vraisemblable que les Saducéens étaient dans cette disposition mentale. Il me semble que cette manière de pen^r n'est point une condamnation formelle de l'Immortalité Se l'Ame, mais seulement une ignorance de toutes les raisons soit affectives , soit morales , soit ontologiques , soit philosophiquement expérimentales. Je suis persuadé que des Théistes pareils ne ressembleraient point aux Hommes qui professent systématiquement le Matérialisme , et qu'ils entendraient avec intérêt ce que nous pourrions leur dire en faveur du Dogme de la Vie Future.
Notre Anthropologie Médicale Hippocratique peut-elle ajouter quelque chose aux raisons philosophiques que les Anciens et les Modernes ont accumulées sur ce sujet? Si je ne me trompe, la Doctrine de la Constitution de I Homme renfermée dans cette
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Science est un acheminement vers la croyance dont il s'agit, et renforce expérimentalement l'argument logique de Platon , de Descartes, de Mallebranche , de Wollaston.
L'idée capitale de cet argument est celle-ci : La Pensée ne pouvant pas provenir de la Matière, elle ne peut s'exercer que dans une Substance Unitaire : or, une Substance essentiellement Unitaire ne peut pas être susceptible de dissolution ; on ne conçoit une cessation d'existence que lorsque la substance est composée d'éléments agglomérés, susceptibles de séparation. Il faut convenir que ce raisonnement n'est pas assez convaincant pour que toute instance soit superflue. Je désire que les Hommes impartiaux disent si notre Principe de l'Agérasie (non vieillesse) du Sens Intime de l'Homme , malgré la vieillesse du Système Vital , n'est pas un argument tiré de la Philosophie Expérimentale capable de rendre plus difficile la supposition de la mortalité de l'Ame Pensante.
Pour que nous puissions bien nous entendre , il importe que les mots employés soient acceptés dans la discussion suivant la même signification de part et d'autre. Le mot Agerasia , employé par Galien, signifie une progression de la Vie sans éprouver la décadence que Von appelle vieillesse. Cette expression, que l'on n'a peut-être trouvée que dans un des livres de Galien, a été inscrite dans le Dictionnaire Médical de Castelli, qui l'a traduite en latin par le mot insenescentia , employant la syllabe in comme un mot privatif , analogue à l'a des Grecs mis à la tête de certains mots. Cet usage de la particule in dans cette signification , très-fréquente en latin et en italien , nous est familier dans notre langue , comme nous le voyons dans les