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Religion y a fait apercevoir des traits qui n'étaient pas à la portée de l'observation , elle n'a jamais été en opposition avec les propositions de notre Anthropologie. Ainsi , nous avons entendu désigner distinctement , dans l'Homme , la Dualité de son Dynamisme ; une Puissance analogue à celles qui animent tous les Êtres vivants de la Nature ; plus une Ame Pensante , d'une nature différente , qui , malgré des ressemblances métaphysiques avec plusieurs caractères de la Force Vitale , s'éloigne d'elle par ses fonctions, par ses facultés, par sa progression , par sa destination , et même par sa destinée. C'est tout ce qu'il nous fallait pour l'apologie de la Définition Bonaldienne, et pour celle de notre Enseignement.
Une des choses les plus importantes de l'Anthropologie Médicale a été , dans notre Enseignement , d'élever la Thérapeutique au rang des Sciences , sans jamais avoir recours à l'hypothèse. La peine que nous avions prise de démontrer toutes les Analogies Métaphysiques qui existent entre la Force Vitale Humaine et l'Ame Pensante , a trouvé sa récompense dans l'avantage que nous avons eu de justifier les Méthodes Thérapeutiques , et de les reconnaître naturellement comme des déductions de notre Physiologie Humaine. De très-bonne heure on a dit que l'Hygiène et la Vertu étaient inséparables; en effet, Hygiès, en grec , veut dire également santé de la Force Vitale , et bonne conduite de l'Ame Pensante. Une pareille homonymie se trouve dans le mot Euhios.
Je l'ai déjà dit , à toutes les époques de la Médecine, le mot A/feclion a servi à exprimer les passions morales el les modes morbides vitaux. On pouvait, d'après cela, présumer une ana-
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îogie entre ces phénomènes, et un parallèle suivi a confirmé ce soupçon. La Thérapeutique usuelle des Passions , fondée sur l'observation, l'expérience et la réflexion , est un art rationnel dont se servent la Législation , la Morale Publique et les Bonnes Mœurs. — La Thérapeutique des Maladies de l'Homme , tirée de l'observation et du hasard, a été long-temps une pratique peu rationnelle , presque toute empirique , jusqu'à ce qu'on fût parvenu à bien déterminer les ressemblances qui existent entre la Force Vitale de l'Homme et son Ame Pensante , sans perdre de vue les graves différences qui démontrent la non-identité de ces Puissances , et en se préservant du Monothélisme Anthropique où Stahl était tombé. Dans les lieux où la Constitution de l'Homme et l'analyse de son Dynamisme sont imparfaitement connues ou bien rejetées, la Thérapeutique Médicale, toujours empirique , est appelée une Science Physique , parce que la plupart des moyens employés sont de l'Ordre Physique , et que la Puissance à laquelle ils sont adressés est considérée comme un ridicule Être de raison. Mais, chez nous, la Thérapeutique des Maladies Humaines est une Science pratique qui appartient principalement à l'Ordre Vital. Il est vrai qu'en cherchant dans les Ordres extrêmes qui nous sont bien connus, les analogies propres à nous conduire à travers les sentiers inconnus, nous avons trouvé, dans la pathogénie, dans la marche , dans la résolution spontanée et dans la Thérapeutique des Passions , ce qui pouvait mieux nous diriger dans la recherche des indications et dans celle des Méthodes de traitement. Ne cherchons pas en ce moment à déterminer, dans la résolution des Passions , si l'initiative part de la Force Vitale , ou si elle
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part de l'Ame Pensante : il nous suffit de savoir que la résolution , tant spontanée qu'artificielle , de la Passion , a la plus grande analogie avec la résolution, tant naturelle qu'analytique, de la Maladie Vitale. J'ai fait le spécimen d'un parallèle entre la Thérapeutique des Passions et la Thérapeutique des Maladies, dans ma Lettre à M. Donné (1 ).
Mais , enfin , comment M. l'Abbé Bautain est-il parvenu à instruire le Public de tous les rangs , en insinuant dans les esprits la réfutation de l'assertion que le P. Ventura a proclamée en Chaire contre la proposition de feu M. de Bonald , qui est la même qu'une des vérités fondamentales de notre Enseignement? Gomment s'y est-il pris , sans s'élever contre un Confrère , sans substituer de pédantesques arguments scientifiques à des exhortations évangéliques convaincantes et onctueuses?
Notre Orateur, qui non-seulement reconnaît le Dynamisme Humain aussi bien qu'HippocRATE et Saint Grégoire de Nysse , mais encore est pénétré de la réalité des combats que Sénèque et l'Apôtre des Nations ont signalés entre la Chair et l'Esprit, a trouvé le moyen de lier dans les besoins de l'Intelligence Humaine deux intérêts puissants , fort différents en dignité , mais fort analogues par la ressemblance de leurs soins respectifs. L'un de ces intérêts est l'amour de tous les avantages de la Vie Naturelle, et l'autre est l'amour de tous les avantages de la Vie qu'il appelle Surnaturelle , et qui est celle qui n'aura pas de fin. — L'Ame Pensante aime son existence , sa
(1) De la Nécessité de créer dans chaque Faculté de Médecine une chaire de Philosophie Naturelle Induclive. 1 1 !<-• Lettre adressée à M. Donné. — Montpellier, 1846, in-8<>.
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santé, la combinaison de certaines sensations, des jouissances sociales : voilà sa Vie Naturelle. — Quand elle est persuadée de l'existence future , son amour se partage entre celui de la Vie Naturelle et celui de la Vie Surnaturelle , qui est continue avec la Naturelle.
Les deux Vies sont continues. La Naturelle est la première en date ; l'Intelligence ne peut la soigner que lorsque la Raison est développée. La Surnaturelle commence lorsque la grâce des Sacrements et ensuite celle de la Foi s'établissent. Ces deux Vies ne sont pas seulement continues , mais encore la Naturelle entre dans la seconde , si l'on me permet de le dire , par une sorte d'intus-susception , jusqu'à ce que la Mort Naturelle laisse à la Vie Surnaturelle une continuation d'existence seule , infinie , qui lui a été promise, et dont le mode sera réglé d'après le résultat des épreuves de la durée terrestre.
L'affaire essentielle de l'Intelligence est donc de gouverner les intérêts de ces deux Vies. La Vie Naturelle de l'Homme ayant commencé comme celle de tous les Êtres Vivants , les procédés de l'existence , de la santé, du bien-être, dont l'origine provient de la nature et des instincts de la Force Vitale , ont fourni à l'Ame Pensante l'apprentissage expérimental de l'art de conduire l'Homme durant toute la durée temporaire. Le Sens Intime a trouvé , dans un parallèle entre la Force Vitale et l'Ame Pensante , les analogies entre leurs fonctions et la nonidentité de leurs natures. L'Entendement a donc pu recevoir de la Vie Naturelle des notions précieuses sur la manière dont elle doit se conduire dans l'intérêt de la Vie Surnaturelle.
Gomme la mission de Prédicateur était ici digne de diriger.
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vers les intérêts de la Vie Surnaturelle, des Auditeurs parfaitement instruits des besoins de la Vie Naturelle, il crut devoir porter leur attention sur les ressemblances des deux Vies, afin que l'une leur servît d'exemple et de modèle pour l'autre. Il leur montra la naissance, le développement, l'éducation , les infirmités , les maladies , les affections , les dangers , la Prophylactique , la Thérapeutique de la première , pour leur faire apercevoir dans la seconde une nouvelle naissance mystique , un développement selon la grâce , une adolescence à laquelle répondait un Art Analeptique Spirituel; puis des indispositions morales , des langueurs religieuses pour lesquelles il fallait une Hygiène préventive ; l'apparition des Passions de tous les genres , qui sont les maladies , les affections , les dangers de Vie Surnaturelle, maladies dont il importe de connaître les causes, la théorie , les tendances , les terminaisons , les indications ; les méthodes de traitement , toujours efficaces pour les malades confiants et dociles , mais impuissantes pour les insouciants et les rebelles.
Ce parallèle , fait avec moins de justesse que d'habileté , a produit tout l'effet désirable. L'Orateur, familier avec la Langue Médicale, sut rendre très-intelligibles et agréablement pittoresques les faits de Spiritualité que les Ascétiques expriment en des termes trop abstraits. Il profita du tact exquis dont il est doué, pour aller aussi loin qu'il le pouvait, sans blesser le goût, dans l'emploi dos mois techniques de l'Anthropologie; il savait qu'il s'adressait aux Habitants d'une; ville essentiellement Médicale, dans les salons de laquelle l'Idiome de cette Langue est à peu près compris même par les Femmes. Sans guère
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quitter le ton d'une discussion élégante et animée, il dut beaucoup instruire et plaire , puisque l'Auditoire fut toujours aussi remarquable par la qualité que par la quantité. Il fut toujours aussi Gatholique que le Médecin de Philippe II ; mais comme c'était sans affectation ni provocation , des Chrétiens de toutes les Communions vinrent l'entendre. Trop instruit dans la Doctrine de la Constitution de l'Homme pour n'être pas pénétré de l'Idée Hippocratique , il la professa sans aucune intention , n'imaginant pas qu'il soit possible de l'arrêter sur ce point. Plusieurs Ecclésiastiques ont suivi assidûment ces Sermons. Monseigneur l'Évêque les a entendus presque tous , et après le dernier, repondant aux adieux que l'Orateur avait faits au Public, il lui adressa des paroles éloquentes , d'autant plus mémorables , qu'en sortant de cette bouche elles suffisaient pour la récompense et la consolation du Prédicateur, et que , pour l'Auditoire , elles formaient une autorité irréfragable en faveur de la Science.
Les Notabilités de la Compagnie des Pénitents- Blancs le jugèrent ainsi. Un banquet fut arrêté pour le lendemain , afin d'avoir l'occasion d'exprimer au Prédicateur la reconnaissance qu'il avait inspirée. Ces honorables Frères chargèrent M. de Boussairolles de lui témoigner les sentiments intimes qu'ils avaient pour sa personne. Ils voulurent que le Doyen des Médecins-Enseignants de Montpellier, quoique étranger à la Confrérie, fût à la gauche de M. Bautain ; et, vers la fin du repas , M. l'Avocat Estor, dans un remercîment solennel, déclara que la Station de l'Année 1852 serait marquée par le souvenir d'un acte d'union manifeste de la Religion avec la Science, et l'on