INTRODUCTION. XL1H
la Personnalité Humaine, en ce sens qu'il y a finalité dans les phénomènes et unité dans la puissance , et que pour cela les Dynamismes des Êtres vivants sont dits agir ratione moris ? Savait-il que les Agrégats inanimés sont dépourvus d'unité, d'action finale, de consensus et de conspiration, quoique les parties fussent réunies par une continuité ou une adhésion physique, et que, par conséquent, leur manière d'agir est dite ratione entis par opposition à celle des corps vivants ? Enfin , se doutait-il de la différence qui existe entre une proposition abstraite rigoureuse et une hypothèse?
XVIII. Une telle absence des premières notions de la Philosophie Naturelle, et ces inconséquences , ont mis Bichat et son Ecole hors d'état de comprendre la différence qui existe entre la Doctrine de Barthez et celles d'HippocRATE . de van Helmont et de Stahl : ni l'un ni l'autre n'ont su distinguer les propositions rigoureuses, exactes, inattaquables de la première, d'avec les alliages hypothétiques qui adultèrent la plupart des propositions doctrinales des autres. Chez Hippocrate , la Nature Vivante est trop fréquemment l'égale de l'Ame Intelligente. Chez van Helmont , l'Archée est le siège de la raison , et les maladies sont les manifestations des fureurs de cette raison. Chez Stahl , il n'y a pas une proposition qui ne heurte le Sens Intime Humain, en lui soutenant en face que c'est lui-même, Sens Intime , qui est l'Auteur de toutes les maladies. Trouvet-on des suppositions pareilles dans l'Ecole de Barthez?
Les Propriétés Vitales de Bichat ne veulent ni la Dualité du Dynamisme Humain, ni une différence de nature entre les deux
XLIT INTRODUCTION.
Puissances de ce Dynamisme , ni une différence radicale entre l'Homme et les animaux, ni une doctrine de l'Alliance des Puissances dans l'exercice des fonctions animales chez l'Homme, ni une étude comparative anthropologique entre l'Instinct et la Volonté , ni une Pathologie rationnelle, ni une distinction entre la Maladie et l'Affection, ni une Pathogénie scientifique , ni une Nosologie naturelle , ni une Hygiène qui réponde à tous les besoins de la santé humaine et aux ressources des choses non naturelles, ni une Thérapeutique capable de distribuer les moyens en méthodes proportionnées aux indications. De toutes ces Sciences pratiques qui composent la Médecine cultivée à Montpellier, Bichat ne put en essayer aucune , si ce n'est une Thérapeutique grotesque qu'il avait imaginée avant de se livrer à la Médecine Pratique ; Thérapeutique dont Lafabrie disait qu'il n'y avait pas pu trouver un principe capable de justifier un verre de la plus innocente tisane.
Voilà pourtant la Doctrine dont Paris s'est enthousiasmé, qui a régné dans la plupart des Écoles Médicales de l'Europe, qui a été la source de la Médecine de Broussais, qui a mérité l'Apothéose à son Auteur, et qui est encore l'Ame latente de l'Organicisme : je dis latente, parce que feu M. Royer-Collard a dit , dans un Discours prononcé lors de l'Inauguration de la Statue de Bichat , qu'à la Capitale on ne conservait plus un des Principes du Héros (1).
(1) Voy. Inauguration de la Statue de Xavier Bichat à Bourg , le 24 août l8i(J, suivie de l'Éloge de Xavier Bicijat par le Docteur Miquel, des Discours prononcés à l'Inauguration , etc. — Bourg-en- Bresse, 1344, in-fol., fig. 130, 1" col.