INTRODUCTION. LXXI
» de la Vertu et la prospérité du Grime, c'est un besoin profon- » dément senti que celui d'un ordre de choses à venir ; car on » ne voit point que l'Auteur de la Nature ait soumis à un sem- »blable désordre aucune autre partie de cet Univers. » Mais quoique M. Girou de Buzareingues ait aperçu l'utilité d'aller à la recherche de quelque Principe de la Vie des Animaux , il a montré de l'aversion pour un Ordre Métaphysique , et , par conséquent , il a marché dans la direction du Cartésianisme.
Quant à Geoffroy , il ne reconnaît qu'un Principe général aveugle , dépourvu de toute finalité , qui travaille à former des Agrégats où s'opère la Vie. Cette durée phénoménale qui s'appelle la Vie, lui parut assez uniforme pour qu'il ait avancé que ce Principe , considéré dans la formation des Animaux , opère par unité de composition. Cette unité a paru incompréhensible à bien des gens. Ce qu'il y a d'unique dans tous les Êtres Vivants , c'est l'ensemble des phénomènes de la vie formulés par Linneus : Or tus, Nutritio, Mtas , Motus, Propulsio , Morbus , Mors, Anatomia , Organismus. Tout cela se passe également dans tout Être Vivant, animal, végétal. Mais quand il s'agit de comparer les instruments anatomiques avec lesquels s'exécutent ces neuf phénomènes , tout le monde est en admiration devant leurs variétés , et je ne crois pas que personne ait entrepris , avant et après l'illustre Auteur que je nomme , de faire voir une Unité de Composition Anatomique entre l'Homme et la truffe ou la moule.
Lorsque des Contendants qui s'occupent de Sciences Naturelles, renoncent aux règles d'une Philosophie Inductive Rigoureuse, et dédaignent les Causes Finales et le Principe de l'Ordre
LXXIl INTRODUCTION.
Vital distinct de l'Ordre Intellectuel et de l'Ordre Physique, ils peuvent être sûrs de ne jamais s'entendre. Leibniz nous l'a bien assez dit : Les Sciences ne se conservent qu'à l'aide ^Établissements^ de Propositions Générales expérimentalement incontestables. L'Ordre Vital est de ce nombre. Pour tout homme de bon sens qui veut s'arrêter à cette vérité de fait, et qui a la fermeté de mettre à part toute opinion , toute croyance pour laquelle il a du penchant , mais qui n'est pas certaine , l'Ordre Vital est un groupe de causes, qui, dans l'état actuel de nos connaissances, est limité logiquement entre les deux autres. S'il trouve du profit ou du plaisir à mettre en procès ces délimitations posées par le sens commun , qu'il les respecte jusqu'à ce que les progrès de l'Esprit Humain ou de la Science en aient démontré la fausseté.
XXV. De la connaissance de l'Ordre Vital, naît chez nous la nécessité de regarder la Force Vitale de chaque espèce vivante comme une individualité dont les caractères fournissent des signalements distincts. De toutes ces forces vitales individuelles celle de l'Homme pour nous la plus intéressante, est devenue l'objet d'une science prodigieusement étendue et profonde. Dans l'Agrégat Humain , elle est liée, associée, unie avec une puissance de l'Ordre Intellectuel. Leur coïncidence et leurs coopérations fournissent le moyen de les comparer, et de découvrir entre elles non-seulement leurs différences, mais aussi leurs ressemblances. Un parallèle entre elles est devenu l'occasion de pénétrer dans L'intimité de la Force Vitale , et de deviner ses modes d'être et d'agir dans le cours de la vie, dans la santé.