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la valeur que P Albert de Molière (4 ) ne connaissait ses Heures. J’y ai trouvé toutes les Vérités révélées nécessaires au Salut du Catholique, et il ne m’a pas été difficile de déclarer , avec connaissance de cause, que rien de ce que j’enseigne n’èst en opposition avec ces articles de foi. Je trouve dans les Conférences du P. Ventura , publiées plus tard, qu’il n’est pas plus exigeant que les Catéchistes. « A l’École de l’Église, dit-il, il suffit, à » la rigueur, de connaître le Symbole des Apôtres et vouloir le » croire, les Commandements de Dieu et vouloir s’y soumettre, «les Sacrements et vouloir en faire usage. L’âge le plus tendre, » le sexe le plus faible, l’esprit le plus borné, la condition la «plus pauvre, sont bons pour cela. Personne donc, à cette «École divine, n’est incapable, n’est exclu du bienfait de la » lumière, de l’enseignement du Dieu (2). » Je suis donc dans la règle. Or, je puis assurer que dans l’Enseignemént Anthropologique qui m’ést confié, je n’ai jamais énoncé, et je n’énoncerai jamais, une Proposition qui soit contraire à aucun des Dogmes, à aucune des Règles de cette École Divine.
La proposition de la Dualité du Dynamisme Humain est-elle en opposition avec quelqu’une des Croyances nécessaires et suffisantes au Salut du Catholique ? Non, évidemment.
Le P. Ventura prétend que cette Proposition est fausse, parce qu’un Théologiën du moyen âge, Saint Thomâs-d’Aquin, adopte l’opinion contraire , c’est-à-dire l’Unité du Dynamisme Humain. Par surérogation et par surabondance de
(1) Le Dépit Amoureux: Acte II, Scène 7.
(2) Conférences : IV, pag. 303.
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preuve, je lui oppose l’autorité de Saint Paul , qui enseigne la distinction de l’Ame (irrationnelle) et de VEsprit: le combat de la Chair Vivante contre cette Ame Pensante. Chose singulière ! L’Adversaire, qui connaît certainement Saint Paul , est assez prévenu pour qu’il n’y voie pas cette Dualité qu’ont parfaitement signalée des Théologiens aussi clairvoyants que lui.
Nous semblions être sur le point de nous comprendre en convenant qu’il fallait recourir à la Métaphysique. L’Adversaire l’avait proposée, et je l’avais acceptée; mais bientôt je m’aperçus que le nom de Métaphysique était assez équivoque, pour que nous l’ayons employé dans des acceptions très-différentes. Pour lui, la Métaphysique était une partie de la Scolastique du moyen âge, ainsi définie dans le Dictionnaire de Trévoux :« Science qui considère lés Esprits et les Êtres imma- » tériels ; dernière partie de la Philosophie, dans laquelle l’es- » prit s’élève au-dessus des Êtres créés et corporels, s’attache à » la contemplation de Dieu , des Anges et des choses spirituelles, » et juge des Principes des Sciences par abstraction, et en les » détachant des choses matérielles. Ce n’est pas d’une telle Science que j’espérais pouvoir tirer des lumières pour arriver à des connaissances solides de la Constitution de l’Homme. Depuis environ soixante ans le mot Métaphysique est employé par moi dans les sens de Bacon : la Métaphysique générale est la même chose que l’Ontologie ou la Science première , et la Métaphysique particulière est la recherche des Causes qui agissent suivant des fins : les Puissances Intellectuelles et les Puissances Vitales, quoique très-différentes par leur nature,
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méritent d’être placées dans une même catégorie, eu égard à la tendance de leur Finalité. C’est sous ce point de vue que cette Métaphysique, Science véritablement expérimentale, pour nous indispensable, me semblait pouvoir être un bon moyen de nous réunir dans cette discussion; mais je ne suis pas resté long-temps dans cette erreur.
En nous séparant, nous sommes demeurés dans les mêmes dispositions mentales où nous avions été lors de notre réunion. La Métaphysique de mon Adversaire ne peut pas convenir à une Faculté où se réunissent des Élèves attachés à des Cultes divers, et la mienne, qui est naturelle, expérimentale,empirique, doit être à ses yeux une folie au-dessous de toute critique.
XLI. En passant , nous pouvons bien remarquer le service que Bacon nous a rendu par l’acception néologique qu’il a donnée au mot Métaphysique. Pour lui, ce mot porte notre attention sur la connaissance abstraite de la Finalité, en la séparant de celle de l’ Intelligence et de celle du Sentiment de conscience. De cette manière, on conçoit que la Finalité peut appartenir à des Causes profondément différentes par leurs natures respectives; de plus, si la Finalité peut exister sans Intelligence, elle peut exister aussi indépendamment de certaines Lois Physiques : par exemple, elle est en contraste avec la nécessité et l’infaillibilité de la Physique. Cette distinction, nullement hypothétique, mais intuitivement évidente, n’a pu être connue que par la Médecine Humaine : c’est au moins là seulement qu’on a pu la démontrer. La révoltante erreur du Stahlianisme suppose dans l’Auteur une ignorance de ce Principe qu’HipPOCRATE et toute son École
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avaient confusément senti : faute de cette notion , Stahl s’est obstiné à ne jamais séparer la Finalité d’avec l’Intelligence. L’École de Montpellier s’est bien gardée de tomber dans cette faute. Après avoir distingué les deux Puissances Dynamiques Humaines au moyen delà Philosophie Inductive, cette École a su se servir de tout ce que Stahl avait assemblé touchant la Finalité au profit de son hypothèse, pour caractériser respectivement ces deux Pouvoirs, et pour assigner, d’abord, les rapports qui les rendent propres à leur coopération et à leur harmonie ; ensuite, les dissemblances qui démontrent la non-identité de leurs natures, de leurs opérations, de leurs destinées. Ainsi, notre École a trouvé dans toute la Finalité des Phénomènes hygides et pathologiques, ce qu’il fallait pour réfuter le Monothélisme de Stahl ; pour établir la distinction de l’Ordre Intellectuel et de l’Ordre Vital ; pour signaler les lignes tranchées et les terres indivises qui sont aux extrémités de la Médecine , d’une part entre elle et la Physique, d’une autre entre elle et la Morale ; pour séparer nettement l’Instinct d’avec l’Intelligence, l’Automatisme Vital d’avec la Volonté. Un Parallèle suivi, pied à pied , des deux Puissances, nous a fait connaître deux ordres d’idées du plus grand intérêt : premièrement, les affections de l’Ordre Moral et celles de l’Ordre Vital nous ont donné, des Notions pathologiques et thérapeutiques fondamentales qu’on chercherait inutilement dans les Écoles où ce Parallèle est inconnu; secondement , les Histoires respectives des deux Puissances considérées dans toute la Vie-Humaine , nous ont prouvé que leurs durées sont deux Épopées si différentes entre elles , que nous aurions honte d’inscrire l’Homme dans le Règne Animal.
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Cette conquête sur le Matérialisme et sur le Stahlianisme nous donne, en Anthropologie, de l’assürance et de la sécurité. On peut penser d’après cela, que lorsque nous avons su que l’arme du P. Ventura contre notre École était la négation de la Dualité du Dynamisme Humain, nous avons pu continuer d’agir comme par le passé, attendu que le trait est une erreur de la part de l’assaillant.
XLII. Les objections continuaient de se répandre dans la ville, et de prendre diverses formes ; les récits qu’on m’en faisait étaient des provocations ; enfin, je priai qu’on les formulât, et je promis d’y répondre. Elles furent rédigées, et ne me furent remises que lorsque des devoirs m’obligèrent à retarder les solutions.
L’impatience de ceux qui s’intéressaient à cette Question me fait voir qu’on leur avait persuadé qu’il s’agissait du danger d’un des Dogmes les plus importants de la Foi Catholique. Je pouvais craindre qu’il y eût de l’inquiétude, ou chez quelques Élèves, ou chez leurs Parents; je pouvais craindre surtout qué des Ecclésiastiques de cette ville, étrangers à l’esprit de notre Enseignement, ne fussent persuadés, d’après la chaleur des attaques, qu’il s’agît d’une véritable Hérésie. En attendant ma réponse aux objèctions, et pour détromper les curieux sur ce sujet, la première Leçon de mon Cours de 1851-52 eut pour objet d’établir que dans notre Enseignement Médical il existe un Accord de la Doctrine Anthropologique de Montpellier avec ce que demandent les Lois , la Morale publique et les Enseignements religieuse prescrits par l'État. Cette
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Leçon, prononcée le 1*'Décembre, fut publiée peu de temps après dans la Revue Thérapeutique du Midi, et distribuée en particulier à des Ecclésiastiques, à des Prélats, et à diverses Personnes que je croyais s’intéresser à des Questions de ce genre.
Cet Écrit n’était pas seulement une protestation générale d’attachement aux Dogmes qui font la base de toutes les Religions; une bonne partie de la Leçon était employée à rassurer tout le monde sur le point de Doctrine Physiologique qui paraît offusquer un Prédicateur étranger, et quelques Catholiques scrupuleux pleins de confiance en lui. Ce point de Doctrine, disais-je, est le Principe de la Dualité du Dynamisme Humain en deux Puissances, qui est une Vérité incontestée dans les Écoles Hippocratiques, mais qui, entre les Théologiens, est une opinion libre en opposition avec l’opinion d ’Unicité de ce Dynamisme , analogue à l’Animisme Stahlien. Ces opinions sont également tolérées en Théologie , sans doute parce qu’elles ne sont pas plus nuisibles l’une que l’autre à la Foi Chrétienne.
Pour prouver la liberté de ces opinions, j’ai cité des Auteurs illustres qui enseignent la Dualité, et Bossuet qui fait plus que de la tolérer.
Cette démarche provisoire a produit son effet. Je n’ai pas reçu une réclamation : mes réponses ont été attendues sans impatience. Plusieurs Ecclésiastiques m’ont remercié de mon envoi, avec approbation. Ceux qui se sont dispensés de m’accuser réception , ont incontestablement pensé que notre Doctrine est religieusement irréprochable : un Prêtre qui aurait su que j’enseignais publiquement une Proposition théologiquement
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condamnable, et qui ne m’aurait pas averti et exhorté, serait gravement coupable.
Je me suis sérieusement occupé des objections, et je n’ai rien épargné pour que l’Aristarque, personnel ou collectif, et moi pussions nous bien comprendre. J’ai été assez heureux pour qu’on fût satisfait. Mon Travail m’a été rendu avec approbation , comme on le verra au bas de cette assez longue Dissertation.
Lorsque je rédigeais ma réponse, et ensuite qu’on la jugeait, le P. Ventura avait quitté Montpellier, poursuivait ses succès à Paris, et publiait ses sermons. Je ne fus pas des derniers à prendre connaissance de ce livre, et l’on peut en deviner la raison. J’y trouvai les germes de la plupart des objections qui m’avaient été adressées, et je fus convaincu que jamais personne n’aurait cherché à jeter des suspicions sur l’Orthodoxie de notre Enseignement, si un Homme d’esprit et de savoir n’avait trouvé du plaisir à convertir un tatillonnage en un danger capable d’alarmer les consciences.
XLIII, Comme un des grands objets de ses travaux apostoliques est de mettre en opposition la Scolastique du moyen âge avec la Philosophie tant ancienne que moderne, soit Naturelle, soit Morale, soit Matérialiste, soit Inductive, le Prédicateur a cru pouvoir montrer en chaire toute son aversion poiir le Principe Médical de la Dualité du Dynamisme Humain, et sa prédilection pour le Monothélisme Anthropologique Stahlien. Il en a trouvé l’occasion dans la Définition fameuse de VHomme rédigée par feu M. de Bonald : L’Homme est une Intelligence servie
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par des Organes. Il l’a attaquée avec une grande vivacité, et l’a déclarée radicalement fausse.
On sait que cette Définition a été constamment à mes yeux celle qui répondait le mieux à la connaissance de l’Homme, en tant que cette connaissance se rapporte à l’Art Salutaire : je m’en suis expliqué surtout dans une des Leçons que j’ai publiées durant le Cours de 1848-49, où j’ai cherché à présenter à nos Élèves une Idée Pittoresque de la Physiologie Humaine Médicale enseignée à Montpellier. Cette sorte de réfutation ne pouvait donc pas m’être indifférente, puisque je m’étais associé à l’Auteur : je ne puis pas me dispenser d’examiner si cette attaque doit changer mon premier sentiment.
Dans le livre du P. Yentura, de Bonald n’a pas été censuré seulement sous le point de vue de la Définition de l’Homme, il l’a été encore par rapport à diverses parties de la Scolastique du moyen âge, où le Prédicateur trouve que ce Philosophe s’est montré trop orgueilleux , pas assez conforme aux opinions que le Censeur lui-même préfère, et très-susceptible dé réfutation dans quelques idées de Métaphysique. — Ces improbations ont affligé les descendants de notre illustre Écrivain, réputé aussi grand comme Philosophe que comme Publiciste. M. le Yicomte de Bonald, Chef de la famille, a cru devoir défendre la mémoire de son père, en écrivant au P. Yentura Une Lettre apologétique qu’on lit dans un Numéro de VUnivers (1).
Dans cette Lettre, modèle de convenance , de politesse, de raison , de clarté, d’urbanité, pareille à quelques autres Écrits
(1) 15 Avril 1852.
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polémiques du meilleur ton, dus à la même plume, l’Auteur ne pouvait pas omettre l’attaque contre la Définition de l’Homme qui a tant contribué à populariser la célébrité de son père. Cet article, qui est le seul dont je ne puis pas me dispenser de faire mention, est très-remarquable par une singularité. Son Auteur sentit que la valeur de la Définition ne pouvait être foncièrement appréciée que par une étude scientifique de la Constitution de l’Homme : un Lettré de Montpellier a appris de bonne heure que, pour connaître la Nature de l’Homme, on ne peut pas se dispenser de consulter la Médecine; Trop modeste pour vouloir s’embarquer dans le fond delà question, M. de Bonald trouva le moyen d’interloquer l’ennemi de son père par un argument ad hominem , qui, en polémique, est de très-bonne guerre. Après avoir montré combien cette Définition avait été moralement utile dans un temps où le Matérialisme le plus déhonté était professé dans les Écoles, il termine ainsi moins la justification que l’excuse de l’Auteur : « Je doute fort, mon Révérend Père, » qu’avec une Définition plus rigoureuse et dans les termes » mêmes de l’École, on eût obtenu le même succès contre le » Matérialisme, et qu’on eût détrôné Saint-Lambert.
» Vous déclarez dans votre Deuxième Conférence que cette «Définition est radicalement fausse; vous la traitez même avec » une espèce de mépris : L’une vaut l’autre , dites-vous, en la » rapprochant de celle de Platon ; mais j’oserai vous citer en- » core une autorité en sa faveur, celle d’un Homme éminent par » son caractère, sa science et son éloquence. — Pour parler, » écrivait-il, d’une façon plus exacte et en même temps plus » honorable pour l’Homme, la Définition qui lui convient le
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» mieux est celle-ci : L'Homme est une Intelligence servie par ■ndes Organes. Elle n’attribue rien à l’Homme qui ne lui appar- » tienne ; elle le distingue de tout ce qui n’est pas lui ; elle le » range dans la Classe des Êtres Intelligents, où il doit être ; » elle le définit par tout ce qui l’élève et l’ennoblit ; elle est » donc vraie.... J’ose affirmer que cette Définition, bien déve- » loppée, équivaudrait à un Traité complet de Physiologie. — » «Quel était le Personnage éminent qui faisait ce bel éloge? » C’était vous-même , mon Révérend Père ! Ce que vous disiez «être vrai, vous le déclarez aujourd’hui radicalement faux.
» Mais soyons justes : si cette Définition laisse quelque chose » à désirer; si, considérée en elle-même et indépendamment de » l’heureux effet qu’elle produisit, elle a pu être trop louée, » elle est aujourd’hui trop dépréciée. Excellente pour le temps » où elle parut, elle a été jugée depuis avec plus de sang-froid » et un peu moins de faveur; maison doit toujours lui conserver » un souvenir reconnaissant de son apparition au milieu des » ténèbres du Matérialisme. »
XLIV. Cet argument n’a certainement pas été sans effet : la Science n’y a pas gagné grand’-chose, mais l’ennemi a été blessé. Quelques mois après cette Lettre, il en a paru une autre qui n’est pas composée seulement de quelques colonnes d’un Journal ; c’est un Livre de 128 pages, y compris la Table, en très-petit caractère, intitulé : De la Vraie et de la Fausse Philosophie , en Réponse à une Lettre de M. le Vicomte Victor de Bonald. Cet Écrit, fort inattendu , surprend autant par la forme que par le fond. La seule chose qui doit m’y intéresser, c’est tout l’appa-
reil des preuves qu’il a réunies pour obtenir la Définition Bonaldienne de l’Homme, comme il l’appelle commodément. Il prétend la détruire de fond en comble, et il ramasse pour cela tout ce que la Dialectique Scolastique du moyen âge a dans son arsenal. A la place de cette Définition, il prétend y mettre la Définition : L Homme est un Animal raisonnable. Tout ce labeur serait-il une vengeance contre la découverte qu’on a faite de la contradiction où le P. Ventura est tombé ?
Moi, qui dans ma conduite professorale me suis appliqué à faire en sorte de n’avoir pas besoin de rétractation, je persiste à enseigner la Définition Bonaldienne, jusqu’à ce qu’une démonstration m’en fasse connaître la fausseté. La tentative que le P. Ventura a faite pour la réfuter m’a si peu ébranlé, qu’elle aurait ajouté à ma certitude si ma conviction avait été susceptible d’accroissement. Tout ce que j’ai à faire dans le moment actuel est de montrer à mes Auditeurs l’origine des Paralogismes ou des Sophismes opposés à une si heureuse formule.
XLV. Mais, avant d’entrer dans le détail des arguments et des assertions relatives à cet objet, que nous présentent les Conférences et l’Adresse à M. de Bonald , je dois prier le Lecteur de réfléchir sur les motifs qui m’obligent à ne pas refuser une discussion devenue presque un combat.
Les premières paroles du présent Opuscule ont été de dire que, pour la conservation de son Enseignement, la Faculté de Médecine de Montpellier a besoin de vivre dans une sorte dë paix armée. L’histoire rapide des épreuves qu’elle a dû soutenir suffit, je crois , pour me justifier.
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Est-ce que l’attaque de la Définition Bonaldienne est autre chose qu’une provocation contre nous? Par un hasard singulier, cette attaque n’a pas été faite en Chaire à Montpellier ; le lieu n’en était pas indigne : le Preux y aurait au moins trouvé des Ennemis. Il a développé sa valeur dans le côté faible des remparts de la Doctrine Hippocratique, où il trouvera non pas ses Amis, mais des Matérialistes et des Stahliens Spinosistes, nos Ennemis, qui se coaliseront avec lui contre notre Doctrine. — Je crains que dans Paris il n’y ait pas un Champion pour la Définition.
XLYI. Dans \a Revue Médicale, rédigée par M. Cayol (15 Mai 1852, page 564), je lis ce passage qui sert d’Épigraphe pour un article relatif à cette matière ; « A ceux qui nous repro- » cheraient d’admettre des discussions extra-médicales, nous » répondrons que jamais la Revue n’a pris l’initiative d’aucune » discussion de ce genre ; que nous évitons, plus peut-être qu’au- » cun autre Journal de Médecine, de toucher aux questions » religieuses, et que nous ne l’avons jamais fait sans y être » provoqué comme aujourd’hui par quelque organe de la Presse » Médicale (1 ). »
Ici, on n’évite pas plus une initiative consciencieuse qui exige du courage, qu’une réaction contre une impression malfaisante. L’extrême discrétion dont le célèbre Rédacteur se félicite n’aurait pas été un modèle pour nous, si nous avions été à la portée d’éclairer I’Évêque d’Hermopolis , lorsqu’il fit tout ce
(1) Revue Médicale, 1845: T. III, p. 136.
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qu’il fallait pour détruire à Montpellier la Doctrine Métaphysique d’HippocRATE sur la Constitution de l’Homme , et pour la remplacer par l’Organicisme, par l’Anatomisme, par le Matérialisme et tout ce qui s’ensuit, et par la Conversion du nom des Animaux Mammifères en Animaux Hoministes. Si les Médecins que ce Prélat honorait de sa confiance se souviennent de cet événement, je doute qu’ils se vantent de leur excessive réserve. S’ils ont participé à l’acte de réparation que le pieux Évêque voulut faire en envoyant à Montpellier les Professeurs Gruveilhier et Frédéric Bérard, ils doivent sentir que cet effort de satisfaction était indispensable pour rendre le calme à leur conscience.
Ensuite, il est vraisemblable que les Médecins de Paris et ceux de Montpellier ne sont pas bien d’accord sur l’étendue et les limites de l’Art Salutaire, de l’exercice de la Médecine- Pratique : et si l’on y regarde de près, on verra que la différence provient de ce qu’à Montpellier on ne perd jamais de vue la Constitution de l’Homme Hippocratique, et qu’à Paris on est généralement ou Stahlien ou Cabanisien. Je vois, en effet, dans l’article ici transcrit, que certaines questions renfermées chez nous dans l’Anthropologie Médicale sont regardées dans la Revue comme des discussions extra-médicales. Il faudrait de longs raisonnements pour que nous pussions nous bien entendre sur la circonvallation de notre profession. Par exemple , on lit dans des livres médicaux de Paris, que les Passions Humaines sont Vexpression des besoins indispensables de l’Homme, et nous voyons dans la Revue que la considération de la Religion est une pensée extra-médicale. Il s’ensuit de là que si tous nos
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Confrères de Paris ne justifient pas les péchés capitaux et les crimes condamnés dans le Décalogue, du moins ils les excusent; que, de plus, ils n’ont pour palliatifs que la Matière Médicale, la Chirurgie et la partie matérielle de la Diététique. Notre connaissance de la Constitution Humaine, et spécialement de la Dualité du Dynamisme Humain, nous fournit le moyen de mieux analyser les Passions; d’en reconnaître deux sources différentes, appréciables dans la Pratique ; de démontrer dans ces Phénomènes la Faculté qu’a l’Ame Pensante d’assigner intuitivement ces origines, et l’obligation consciencieuse et impérieuse d’abord de s’abstenir des effets condamnables, et ensuite d’en chercher des traitements radicaux relatifs à la nature de ces sources. En nous occupant de ce traitement, nous avons occasion de reconnaître tout ce qu’il y a d’utile à cette fin, dans les recherches intellectuellesaffectives, morales, faites pour la satisfaction du besoin religieux ; de ce besoin qui est à la fois un des plus beaux caractères de l’Intelligence Humaine, et un des moyens diététiques les plus efficaces de la Thérapeutique Clinique, et qui, néanmoins, est considéré dans la Revue comme une discussion extra-médicale.
On voit par là que l’esprit de ce Journal n’est pas le nôtre; que, loin de vouloir éviter les questions religieuses, nous sommes persuadé qu’une connaissance du Sentiment Religieux est d’un très-grand intérêt pour la Pratique Médicale : j’ajoute que la Revue ne paraît pas se douter du point de vue sous lequel la Religion est pour nous une partie intégrante de P Anthropologie. On se figure que nous nous occupons des Cultes et des Confessions dont les Religions formulées ont été arrêtées, et l’on s’at-
UNRODUCTION.
tend à voir que nos Propositions Anthropologiques seront des sujets de contestations éclatantes : il n’en est point ainsi. Les besoins religieux de l’Homme se réduisent à trois ou quatre persuasions qui élèvent, consolent, fortifient l’Ame Pensante, et lui donnent la plus agréable espérance. Or, notre Doctrine, loin d’affaiblir quelqu’une, de ces persuasions, fournit souvent à l’esprit des faits et des arguments propres à suggérer les unes ou à raffermir les autres ; elle leur construit ou des démonstrations ou des probabilités qui leur servent de corps et de base solide.
XLVII. Que peut donc être le Chapitre de l’Anthropologie Médicale enseignée dans notre Faculté, lequel a pour titre : Physiologie de la Religion Naturelle et de sa mysticité, si ce n’est celui-ci : Théorie du sentiment mixte du besoin religieux ? Ce sentiment mixte est une Fonction Anthropologique qu’il n’est pas permis d’omettre dans le Catalogue général des Fonctions Physiologiques. L’étude de cette fonction est d’autant plus obligatoire dans une Faculté de Médecine, que cette fonction n’appartient qu’à l’Homme, et que sa théorie ne peut trouver aucune place légitime dans les Traités de Physiologie de notre temps, attendu que l’on affecte aujourd’hui de n’écrire la Physiologie qu’en tant qu’elle est Générale et Comparée.
Le besoin religieux est, ai-je dit, un sentiment mixte, c’està-dire que la source n’en est pas uniquement dans l’Intelligence, mais qu’une propension instinctive y a sa part.
Ce besoin est d’abord une curiosité de connaître au moins mentalement la Cause Première du monde dont on fait partie.
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Mais cette curiosité n’est pas seulement un désir d’instruction : dès qu’on est convaincu que la Cause Première est toute-puissante et souverainement intelligente, il naît chez le Catéchumène un sentiment d’admiration et d’amour qui pénètre tout le Dynamisme Humain. On veut se mettre en rapport avec elle; pour arriver à ce but, on s’étudie soi-même pour y trouver ce qui peut nous rendre digne de ce commerce. On se compare avec tout le reste du monde, et l’on trouve que l’Ame Humaine est la seule partie de la Création qui mérite l’attention et la bienveillance du Maître. A force d’admirer et de solliciter Dieu, on finit par croire à un retour favorable, et dès-lors on compte sur ce que la Philautie Humaine a souhaité; on a horreur du néant ; on voudrait ne pas mourir : puisqu’à cet égard Dieu est inexorable, on compte sur la pérennité de l’Ame Pensante séparée après la dissolution mortelle. On prend de grandes précautions pour conserver les restes les plus précieux de l’Agrégat Matériel, ou par l’embaumement, la dessiccation ou l’incinération, à l’abri de la dispersion et de l’insulte, et on fait en sorte qu’ils soient renfermés dans une demeure sacrée et monumentale. Quant à l’Intelligence, on a des raisons pour penser qu’elle est à l’abri de toute destruction, ou par sa nature, ou par grâce; qu’elle jouira éternellement de son Immortalité, de son Sens Intime, et, de plus, d’une Affectibilité heureuse ou malheureuse, en vertu de laquelle elle sera récompensée ou punie, suivant ses oeuvres exercées durant la vie terrestre, conformément aux règles de la Justice distributive Divine.
En un mot, la Fonction Religieuse consiste en ce que l’Ame Humaine est persuadée de l’existence de Dieu , de sa Providence
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en faveur de l’Homme, de l’Immortalité de cette même Ame Pensante, d’une vie future traitée suivant les œuvres de la vie terrestre, et en ce que les deux Puissances du Dynamisme Humain sont pathétiquement affectées dans les actes de religion , selon les conséquences de ces idées.
Ce besoin mixte, principalement d’origine intellectuelle, est chez l’Homme aussi général que celui de la vie sociale , que celui d’être en commerce de pensées avec ses semblables, que celui de vivre conjugalement avec un individu de l’autre sexe, que celui de se conserver soi-même dans son fils, et de joindre à cette espèce d’identité factice toutes les autres jouissances de la paternité.
Les besoins intellectuels peuvent n’êlre pas aussi généraux que les besoins instinctifs de la Force Vitale, tels que la faim, la soif, les excrétions : mais comme nous ne sommes pas dispensés d’étudier la théorie des appétits, quoiqu’il y ait des individus qui vivent des années non-seulement sans faim ni soif, mais encore qui sont.privés du pouvoir de supporter tout aliment, de même nous ne pouvons pas nous dispenser d’étudier la théorie du besoin religieux, quoiqu’il y ait des hommes atteints d’athéisme. L’immense majorité ace besoin; il fait donc une partie intégrante du sujet de la Physiologie Médicale, quoique Diderot, Naigeon, Lalande aient eu autant d’aversion pour la Religion que Thomas-d’ Aquin , Newton , Boileau en avaient eu pour le mariage. Occupons-nous donc de la règle générale ; ce sera peut-être un moyen de découvrir la vraie cause des exceptions.
Les Philosophes du xvm e siècle ont paru croire que la Reli-
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gion était une institution conventionnelle. Ils prétendaient appuyer cette opinion sur quelques relations de voyageurs, qui disent avoir trouvé des peuplades sauvages chez lesquelles ils n’avaient reconnu aucune idée de ce genre. — Mais M. de Frayssinet , l’Auteur d’un Voyage autour du Monde, trèsestimé, m’a dit positivement que, dans cette grande expédition, il s’était fortement occupé de ce sujet. Le résultat de ses recherches a été contraire à cette opinion, et il n’avait point trouvé d’agglomération d’hommes en société, même de celles qui sont au premier degré d’une civilisation ascendante, où il n’ait rencontré des idées positives d’une grande cause générale providentielle avec laquelle l’Homme peut être en relation. Supposons que ce besoin ne naisse pas dans l’Homme isolé et réduit à une ignorance absolue : il paraît, au moins, qu’il se développe bientôt après que la Société se forme et que des idées sociales ont germé.
Dieu , sa Providence, un désir de continuer éternellement de penser, sont les objets du besoin religieux. Mais, disait un jour un Prédicateur très-distingué (4), « si l’Homme aspire » si ardemment à la possession de ces objets, peut-on imaginer »que ces objets n’existent pas? » Cette réflexion m’a paru si physiologique, que je serais bien fâché de ne pas la voir inscrite dans une Somme d’Anthropologie Médicale de Montpellier, entre les recherches des objets vers lesquels se dirige ce besoin de l’Homme.
Les idées religieuses, fondamentalement identiques de tous
(I) M. l’Abbé Marcelin.
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les temps et de tous les lieux, sont des phénomènes qui ont une raison d’être : c’est à nous d’aller à sa découverte. Les Physiologistes spéculatifs peuvent s’arrêter dans leur étude dès que le plaisir cesse; il leur est permis de franchir les Chapitres dont les sujets déplaisent : mais le Médecin n’a pas cette liberté, sa Physiologie est toute pratique. Puisque l’Homme est un tout unitaire, il est obligé de travailler sans cesse à le connaître tout entier. Omettre un point important par négligence, par répugnance, par prévention, par antipathie,.c’est prévariquer.
Quand un Médecin a médité sur les Causes Finales, et qu’il les a appliquées à l’étude de l’Homme, il ne peut pas s’empêcher d’admirer un mot attribué à Pythagore , et que je trouve dans un Livre de Philosophie publié par un Italien peu connu chez nous. Ce livre est le Voyage de Platon en Italie, de Vincent Cuoco, traduit en français par Bertrand Barère. Dans un Discours d’ARCHYTAS de Tarente sur la vie et les travaux de Pythagore, je remarque ce passage : « Pythagore devait parler » au peuple, aux prêtres, aux grands et aux savants. Il parla » au peuple de Morale et de Religion : qui pouvait s’y opposer? » Il ne fit aucune innovation dans la Religion qui était alors «pratiquée; mais il enseigna que la base principale, de toute » Religion est la Vérité. »
On doit donc voir que les questions du besoin religieux ne sont pas chez nous des sujets extra-médicaux. Ce besoin radical étant une partie naturelle de la Constitution de l’Homme, il faut s’en occuper comme d’une fonction hygide. Mais ce besoin, normalement dignum , justum , œquum et salutare, devient quelquefois morbidement insensé, absurde, pernicieux ;
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il est alors indispensable de le réprimer dans l’intérêt de la Personne et de la Société : et comment serions-nous en état d’en chercher une Thérapeutique, si nous restions étrangers à la Doctrine de cette fonction régulière ?
Enfin, l’étude du besoin religieux est pour nous d’autant plus importante, que cette faculté est un des caractères distinctifs les plus manifestes de l’Intelligence Humaine. Depuis que les Naturalistes s’obstinent tant à placer l’Homme dans le Règne Animal et à lier l’Art Vétérinaire avec la Médecine Humaine , nous sommes plus intéressés que jamais à mettre en relief un mode d’intelligence tout-à-fait inconnu dans l’Ordre Bestial. Ce besoin est d’autant plus remarquable, que ceux qui ne réprouvent nullement ne se contentent pas de ne point user des objets auxquels il se rapporte, mais qu’ils deviennent sujets à une aversion, à une hiérophobie qui les rend cruellement hostiles contre les individus pieux. Cette maladie ne peut pas trouver son équivalent dans la Nosologie Vétérinaire, soit des Hominiaires, soit des autres Brutes. Cette vésanie est un des caractères de l’Anthropologie mise en opposition avec la Physiologie Générale et Comparée.
XLVIII. La Revue Médicale , etc., de Paris, paraît être en peine de savoir comment nous faisons, à Montpellier, pour enseigner ce point de Physiologie Humaine, sans blesser des croyances religieuses : cela n’est pas aussi difficile qu’elle le croit.
Gomment doit-on se conduire à l’égard des Hommes qui, par nature ou par système, sont irréligieux? Ils sont en assez
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petit nombre pour qu’on en use avec eux comme on en use avec les Hommes raisonnables pour lesquels la Musique est seulement un bruit incommode : on leur donne la permission de s’éloigner des lieux où des chants se font entendre; mais leur infirmité n’empêche pas d’entretenir l’Opéra et le Conservatoire, de fabriquer des orgues, de perfectionner les méthodes de l’Enseignement Musical.
Dans un État où l’Autorité n’admet qu’une forme religieuse, et où les autres sont textuellement prohibées, comme en Espagne , les Hommes chargés d’enseigner l’Anthropologie Médicale savent très-bien de quelle manière ils doivent parler, quand ils formulent les Propositions Doctrinales relatives à cette Science. Là, les vérités naturelles sont associées avec les croyances religieuses, et les précautions didactiques sont fondues avec la grammaire nationale.
Il n’en est pas ainsi chez nous, où plusieurs Communions Religieuses sont caractérisées par des dogmes très-distincts. L’Autorité les protège toutes, et en entretient l’Enseignement aux frais de l’État. Bien plus, dans la Constitution Politique actuelle, nous remarquons, entre les devoirs du Sénat, celui de s’opposer à toute Loi qui tendrait à gêner la liberté des Cultes. Ce fait est d’autant plus digne d’attention, que les Cardinaux Français font partie de la Corporation conservatrice des Lois.
Il s’ensuit que nous qui sommes officiellement chargés d’enseigner FAnthropologie, quand nous arrivons à la considération de la Constitution de l’Homme et des besoins religieux, nous devons ne jamais perdre de vue l’esprit de tolérance dont le
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Législateur s’est lui-même pénétré. Quelle que soit notre Foi individuelle, nous sommes obligés d’instruire également tous nos Auditeurs sur ce qui regarde cette matière, sans en blesser un seul, quoique chacun suive une Religion différente de celle des autres.
Le moyen d’arriver à ce résultat, c’est d’imiter Pythagore : c’est d’enseigner, de la Religion, non les cultes, mais seulement les notions fondamentales qui sont communes à toutes les Religions et qui sont la Vérité. Une Cause Première Intelligente qui ne fait rien sans un but raisonné ; sa Providence en faveur des Intelligences créées; l’Homme formé d’une nature autre que celle des Animaux; l’Ame Humaine Immortelle en dépit de la mort du système ; une vie future durant laquelle cette Ame sera traitée suivant ses mérites pendant la vie actuelle : voilà les bases de toute Religion. C’était là le besoin de notre Sens Intime; notre Anthropologie Médicale ne nous a jamais fait défaut. Le Christianisme nous a révélé des choses que noiis ne pouvions ni découvrir ni deviner ; mais notre Philosophie n’a jamais été en opposition avec ces croyances. Quant à la plupart des Dogmes religieux qui se rapportent à notre Nature, nous, sommes assez heureux pour que nos Propositions Doctrinales aillent à leur rencontre. Si dans ce Culte il existe des- dissidences , des controverses, il semble qu’une connaissance plus profonde de notre Enseignement: pourrait éclaircir certaines obscurités de la Révélation. J’ai fait remarquer que Bossuet avait senti que la connaissance de la Dualité du Dynamisme Humain pourrait contribuer à résoudre des objections faites contre le Libre Arbitre. Qui sait si cette Vérité Physiologique ne
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pourrait pas rendre un service pareil pour la solution de tant d’hypothèses contradictoires faites sur la Grâce Divine?
Mais laissons de côté les Communions, et ne pensons ici qu’à l’objet fondamental de toute l’Humanité, et dont aucune Société politique ne peut se passer.
XLIX. Entre les formules employées pour exprimer notre besoin religieux , la plus usitée et la plus commode est ce problème renfermant ces trois questions : Que suis-je ? D’où viens-je? Où vais-je? — La réponse, logiquement rédigée par un homme éclairé, doit être ce que l’on appelle la Religion Naturelle;, c’est une réunion des Vérités pures obtenues de faits incontestables parle moyen d’une Philosophie expérimentale et rigoureuse.
1° La première question nous obligea faire l’analyse de notre Être. Le. long phénomène appelé la Vie Humaine , est composé d’opérations naturelles dont les causes actives sont renfermées dans P Agrégat Humain. Les actes , considérés dans leurs formes, ont démontré d’avance aux esprits sensés que l’Agrégat où se passent des événements si divers ne peut pas provenir d’une seule cause. La décomposition matérielle et mentale qui a été faite de l’Homme, a mis en évidence la distinction de causes propres à répondre aux catégories des effets convenablement groupés. De très-bonne heure on avait vu dans l’Homme nonseulement un Corps, mais encore un Dynamisme, principe d’animation, et capable d’établir une différence entre les Corps Animés et les Corps Inanimés.
L’Homme n’a pu être rapproché des Êtres inanimés que
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lorsqu’il a perdu la vie et qu’il est devenu cadavre ; il n’a pu être comparé qu’à des êtres où s’opère la vie. Toutes les vies même n’oht point paru susceptibles de parallèle. Ne parlons pas de celle des Végétaux : celles des Animaux n’ont pas assez de rapport avec la vie de l’Homme, pour que l’individu, auteur et objet de la question actuelle (Que suis-je ?), ait été disposé à se dire identique avec la Bête la plus industrieuse. Durant celte comparaison attentive, l’Homme s’est trouvé, sous quelques rapports, dans des conditions analogues à celles des Animaux les plus rapprochés de son espèce : même forme d’origine génératrice , même vie intra-utérine, semblables fonctions naturelles , plusieurs ressemblances entre les fonctions évidemment instinctives ; mais quand il a voulu chercher en eux des aptitudes qui répondissent à celles du Sens Intime Humain, où résident la pensée, les sentiments moraux , le talent de créer des mondes fictifs , l’art d’exprimer toutes les idées et les sentiments par des moyens artificiels, tels que le langage, la peinture ; quand il a voulu voir s’il s’y trouverait quelque germe du besoin religieux qui tourmente tant l’Espèce Humaine, il ne lui a été possible de trouver rien de pareil ni d’analogue dans les Règnes Organiques. Il est vrai que des Naturalistes modernes travaillent à nous faire croire que l’Instinct ( puissance dont nous connaissons très-bien la réalité, et qui se montre en nous-mêmes en concurrence avec notre raison), auteur de la Vie Bestiale , est de la même nature que le Principe de notre Sens intime, de notre Entendement. Il est vrai qu’ils s’obstinent à donner le nom d 'Intelligence à une Puissance irrationnelle dont nous reconnaissons en nous plusieurs effets, et
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que nous savons très-bien ne pas mériter ce nom. J’ose croire que la grande majorité des Anthropologues Médecins continuera à démontrer par des raisons et par des œuvres démonstratives, combien est profond et infranchissable le fossé qui sépare le Domaine Humain d’avec le Règne Animal. S’il reste encore quelque contestation sur cet objet parmi les Médecins, il y aura moyen de s’accorder, en fixant rigoureusement l’acception du mot Intelligence , et en séparant de cette notion toutes les idées voisines avec lesquelles elle n’est.pas continue.
L’Intelligence Humaine n’est point une faculté attachée à la Force Vitale : c’est le: caractère principal d’une substance faite pour exercer ce phénomène. La substance elle-même;ne nous est connue qu’en tant que nous pouvons en contempler cette opération. L’opération elle-même est si bien le signalement de la cause, que le même nom désigne indifféremment la substance et la fonction. Les Êtres intelligents sont appelés des Intelligences. v
Les Intelligences ne sont sur la terre que pour un. temps , mais leur passage, quoi qu’on en dise, n’est pas comme le sillage d’un navire en mer ; la trace de l’impression est indélébile , puisqu’elle est attachée à la tradition , à des caractères d’écriture , à des constructions,A l’art du dessin , aux: institutions sociales ; la collection dé ces idées est un corps de notions abstraites qui constitue une Histoire de la Civilisation. Cette Histoire est un monde idéal qui n’est jamais immobile, et qui chaque jour accroît ses dimensions.
Dans le Règne Végétal et dans le Règne Animal, les vies individuelles ne laissent après elles que des débris excrémentitiels