‹ Réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du dynamisme humainChapitre 14 sur 42 · CX XIV · texte numérisé non relu

CX XIV

INTRODUCTION

et des descendants représentatifs indiscernables. Elles ne sont donc pas susceptibles de récits historiques.

En comparant l’Homme avec la Bête, nous ne pouvons pas méconnaître dans le premier deux vies , et par conséquent deux Puissances, la Force Vitale et l’Intelligence. Considérés sous le premier point de vue, les Individus Humains sont soumis aux fonctions naturelles et aux nécessités qui y sont attachées. Ils sont instinctivement poussés à-conserver l’espèce, lors même qu’ils n’ont pas l’intention de procréer des successeurs. Des produits qui s’échappent d’eux peuvent porter le nom de fumées , autant dans le sens des Chasseurs et des Médecins que dans le sens des Moralistes. Mais ces fonctions biotiques n’entrent point dans l’Histoire des Hommes : la vie dont le récit doit entrer dans les Archives de la Civilisation, n’est que la Vie Intellectuelle. Les Biologies Humaines n’ont été inventées que pour l’instruction et l’édification du présent et de l’avenir. Que dirions-nous , en lisant dansla Nécrologie d’un homme célèbre les descriptions des fonctions naturelles du Héros ?

« Quand sur une personne on prétend se régler,

» C’est par les beaux côtés qu’il la faut ressembler;

»Et ce n’est point du tout la prendre pour modèle ,

» ..... Que de tousser ou de cracher comme elle. »

D’après cette contemplation de notre Être ainsi analysé, nous savons comparativement ce que nous sommes. Nous connaissons les éléments qui nous composent ; nous ne pouvons pas ignorer que tous sont également indispensables pour la formation de l’Agrégat qui nous constitue ; mais est-il possible de méconnaître entre eux une hiérarchie de dignité? Le système matériel seul, devenu cadavre, n’est qu’un Agrégat sans valeur

qu’on s’empresse de faire disparaître par l’inhumation, l’embaumement ou l’incinération ; à moins qu’il ne devienne un objet de respect par le souvenir d’un Dynamisme qui l’avait fabriqué, préservé et habité, et dont la Puissance principale l’a rendu vénérable par son contact.

La Puissance Yitaie Humaine est plus digne de considération que son habitacle; outre qu’une cause active finale est supérieure à un corps brut, celle qui coopère en quelque manière aux fonctions de l’Ame Pensante, son associée, est honorablement obombrée par cette relation.

Mais quand nous portons notre attention sur l’Intelligence Humaine, il ne nous est pas possible de ne pas la voir comme le phénomène le plus ravissant de la Nature. C’est elle qui renouvelle sans cesse la face de la terré ,et qui fait de l’Histoire du Monde l’épopée de l’Humanité , dont les péripéties successives ét variées semblent éloigner sans fin le dénouement. »

Ces réflexions ne suffisent pas sans doute pour savoir tout ce que nous sommes ; mais je ne considère ici mon Être que par rapport au besoin religieux; et quand il m’est prouvé, par la raison et par l’expérience, que l’Intelligence Humaine est un pouvoir plus admirable non-seulement que tout le système inas nimé, mais encore que toutes lés puissances métaphysiques irrationnelles , je suis convaincu que l’Homme est incomparable, et qu’il est dans des conditions supérieures à tout ce que nous voyons dans la Nature. ?aT3viuIi'l

L. 2° Quand un individu sait ce qu’il est comparativement, il se hâte de chercher l’origine de son existence.

La recherche de la Cause première du Monde embrasse la seconde question, relative au désir de connaître l’objet du besoin religieux. Dès la naissance de la Philosophie, on a vu que l’analyse de l’Univers est la source d’où notre entendement doit soutirer la notion d’un pouvoir proportionné à ses effets. Dans tous les temps, on a cherché à démontrer l’existence de Dieu par les merveilles de la Nature. On a remarqué que, comme l’étendue de la Création est indéfinie, il serait avantageux de rencontrer une miniature qu’on pût regarder comme une réduction du Monde, accommodée à la faiblesse de nos sens et de notre imagination, et néanmoins suffisante pour renfermer les principales lois générales qui gouvernent l’Univers. Il paraît que Ptthagore aperçut cette analogie dans l’Homme. Vizzanius de Bologne, traducteur latin du livre d’OcELLtis intitulé : De universâ Natùrâ , le dit expressément dans ses Commentaires : «C’est Ptthagore qui a dit que l’Homme estunpetit Monde (1).» D’après cette pensée , il est permis, de croire que la contemplation de l’Homme, entreprise dans l’intention d’y chercher la notion de sa cause première, peut nous être aussi profitable que l’étude du Monde; Bien plus, l’observation de l’Homme nous donne une idée plus nette de la nature de l’Intelligence que ne peut nous en donner l’observation du reste du Mondé, parce que l’Intelligence nous est connue par intuition. Où trouver hors de cette intuition une idée de l’Auteur unitaire de l’Univers?

En étudiant philosophiquement l’Homme médicalement ana-

(1) Bononiœ, 1646, p. 226.

INTRODUCTION

lysé, on reconnaît évidemment les divers ordres de Causes de la Nature. Les Causes Physiques, distinguées en Mécaniques, en

Chimiques, en Pneumatiques;. les Causes Métaphysiques

essentiellement Finales et Asyneidètes, dont les unes sont Ansesthésiques, comme sont les Forces Vitales des Végétaux, et dont

les autres sont Æsthétiques, comme sont celles des Bêtes;.

les Causes Syneidètes, dont nous ne connaissons qu’un exemple, qui est l’Intelligence Humaine : le caractère essentiel de cette Cause ne nous est connu que par nos Facultés Mentales mais nous pouvons concevoir des Intelligences variables par la multiplicité des facultés, par des assortiments différents; nous pouvons en concevoir de différentes par leurs degrés, en allant jusqu’à l’infini.

Dans P Agrégat Humain, nous trouvons un assortiment admirable de toutes ces Causes Naturelles, et nous nous demandons s’il existe une Cause Naturelle et Générale qui puisse répéter ce même Agrégat de toutes pièces. Ni l’Entendement Humain, ni l’Expérience ne nous font concevoir dans le monde des Puissances capables de créer un pareil Être : l’Homme n’existe qu’en vertu d’une succession génératrice.

Le phénomène de la Vie Humaine démontre une finalité continuelle. Le premier Homme n’a pu être fait que par une Cause assez Puissante pour disposer de tous les matériaux, et assez Savante et Sage pour réunir dans ce premier Type un miroir infiniment amoindri de sa Création.

D’après l’idée que nous avons acquise de nous-mêmes, d’après les notions que nous avons des éléments qui nous constituent, et d’après celles que nous possédons touchant les Lois qui régis-

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sent notre existence, nous sommes convaincus que la Cause première est une Intelligence , immense, infinie, qui a assez de caractères communs avec la nôtre, poureque nous puissions être auditeurs dans ses conseils.

Cette analogie que Pythagore avait aperçue entre la Nature de l’Homme et celle de Dieu , fut poussée par lui jusqu’à faire du premier un portrait exact en miniature du second : il enseigna que Dieu est l’Ame Intelligente de l’Univers, comme l’Esprit Humain est l’Ame Pensante de son Agrégat Corporel. La Philosophie rigoureuse a réformé de bonne heure cette manière de concevoir la Cause Première. Socrate , Platon , Aristote, Cicéron se sont rapprochés bien plus du dogme que la Théologie Mosaïque nous avait révélé sur ce point.

L’étude du Petit Monde est la source de la démonstration de la différence qui existe entre l’Ordre Causal Intellectuel et l’Ordre Causal purement Vital. L’Antiquité a connu cette Vérité, même indépendamment des connaissances médicales. Cette connaissance est étroitement liée à l’idée que nous devons avoir raisonnablement entre l’Ordre Physique, l’Ordre Vital, l’Ordre Intellectuel, l’Ordre Divin,

Dans le Cinquième Mémoire de l’Abbé Batteux ( ou le Batteux), sur le Principe Actif de VUnivèrs: Seconde Époque qui s'étend depuis Thalès jusqu'à Socrate, je lis lé passage suivant (1 ) : « Ocellus a intitulé son ouvrage: Péri Pantos Physeôs » (ce titre est celui de Timée : Péri Physès), parce que l’Ame dont

11), Mémoires de Littérature, tirés des Registres de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres , T. L , pag. 423 et suiv.

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» parle Timêe est le principe de ce que les Grecs appellent Physis.

» 11 a le même sens que celui d’ Aristote: Péri Kosmoy , parce «que c’est la Nature, selon ces Philosophes, qui a faitl’arrange- » ment de ce qu’on appelle Monde; le même que ceux de ses «livres: Per* Ouranou, parce que le Ciel est la Sphère qui contient » toutes les Causes et les Effets qui constituent le Monde ; le même «à peu près que celui des livres : Péri Geneseôs, kay Phthoras ,

» parce que ce sont les mouvements alternatifs de génération et de «corruption qui entretiennent la Nature; enfin, le même que «celui de Lucrèce : De Nàturâ rerum , c’est-à-dire des Causes «par lesquelles naissent toutes choses selon leurs espèces.

» Ce titre nous annonce un Système général de l’Univers, et » comme c’est le plus ancien de tous ceux qui nous sont restés «des Grecs, il est, pour la Philosophie, ce que fut pour les «Romains le Capitole couvert de chaume où commença la gloire «de leur Empire; ce que fut leur Jupiter d’argile, qui, plus «puissant que quand il fut d’or, les sauva, disent leurs Poètes,

» de la fureur et de la barbarie des Gaulois.

» Le mot Physis tire son origine du verbe grec Phyô, lequel «signifiant également engendrer et naître, c’est-à-dire la Cause » produisante et l’Effet produit, a communiqué ses deux signifi- » cations à son dérivé. Physis [Natura ) signifie donc tantôt le «principe qui donne la naissance et l’essence à quelque Être «déterminé dans sa forme; tantôt cet Être même comme né et « déterminé par sa formé particulière.

» C’est dans le premier sens surtout que la Philosophie an- «ciennel’a employé; et, dans ce sens, il signifie toute Cause Active «qui va d’elle-même à son but. C’est quelquefois Dieu agissant

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» par lui-même, réglant, ordonnant et plaçant tout dans l’Univers; «quelquefois aussi c’est un Principe subalterne ou secondaire, «intelligent, spirituel, mécanique (car il est difficile de s’en faire » une idée ), qui agirait sous la Divinité, et dont les Philosophes «ont cru nécessaire d’admettre l’existence, pour épargner à » Dieu les embarras et la fatigue des détails : en un mot, c’est une » Loi subsistante et agissante, par laquelle tous les Êtres nais- » sent, marchent et arrivent à la fin qui leur est propre. Aristote « définit cette Loi, un Principe immanent et inné du mouvement » et du repos dans l’Être où il réside.

» Cette définition , qui, je l’avoue , m’avait au moins semblé «singulière quand je ne l’entendais pas, m’a paru profonde et » juste depuis que j’ai cru l’entendre.

» Selon cette notion, la Nature est un Principe d’action attaché «primitivement aux principes et aux germes des Êtres, pour les » développer et les conduire, selon certaines Lois, aux perfec- » lions et aux fins de leur état .

» Que ces Lois tiennent à la partie matérielle des germes, «laquelle, par sa résistance, modifierait le ressort du Principe » Actif, ou au Principe Actif lui-même, qui exécuterait sur la ma- «tière l’ordre de la Cause Intelligente, de là manière à peu près «que quelques Modernes l’ont entendu de ce qu’ils ont appelé » Formes plastiques r nous n’entrons point dans cette question , «que l’Esprit Humain ne résoudra jamais; il nous suffit de dire «qu’il y a une Loi, une Règle substantielle dans l’Univers, en « vertu de laquelle les Êtres éphémères, comme disent les Phi- «losophes anciens, se meuvent jusqu’à un certain point où ils «s’arrêtent, etc. »

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La Science des Causes faite suivant les Règles de la Philosophie expérimentale rigoureuse, et partant de notre Anthropologie , doit arriver indubitablement à une Religion Naturelle, plus serrée et plus régulière, ce me semble, que celle du savant Wollaston. Au reste, les Élèves en Médecine ne viennent entendre nos Leçons que quand ils ont reçu une éducation capable de les instruire sur la Cause Première, ou par raisonnement, ou par insinuation. Un Dieu Intelligent, tout-puissant, Créateur de l’Univers, à qui rien n’est caché, source de toute Justice, est la première idée de toute Religion .D’où que viennent mes Auditeurs, tous entendent une démonstration anthropologique d’une chose qu’ils avaient apprise avec confiance de la bouche maternelle.

Mais la persuasion de l’existence de Dieu n’est pas une Vérité qui nous suffise : si une Notion est purement spéculative, elle est pour nous sans intérêt ; pour que nous puissions nous y attacher, il faut qu’elle soit pratique. Le Besoin Religieux de l’Homme ne se borne pas, en général, à la tendressè de son Créateur et à l’admiration de ses ouvrages : l’Intelligence Humaine, qui se croit son chef-d’œuvre, et conséquemment sa fille bien-aimée, est très-disposée à profiter de sa prédilection. Il n’v a pas de Religion complète où l’on ait pensé que: l’Aiiteur intelligent de la Nature abandonne l’Ame Pensante a son sort. La Providence est un dogme intégrant de tout Culte. Que serait une Religion sans prières et sans espérances? Bacon ne croyait pas que la Mécanique Céleste pût se passer de la surveillance d’un Pouvoir Métaphysique. Les Sceptiques les plus prudents se conduisent suivant la présomption d’une Providence Céleste. Marc-Aurèle avait profondément réfléchi sur les deux Systèmes

CXXSII

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Philosophiques opposés de son époque, savoir: sur la Pronoia et l 'Epacoloutèsis , la Providence et la Nécessité mécanique de l’Economie Cosmique : il est tout entier pour le premier. S’il en est ainsi quand il s’agit de l’Ordre Physique, on doit éprouver une confiance plus entière quand on s’occupe des Ordres Métaphysiques. La fragilité physique des Corps Animés, Végétaux et Animaux, est conservée par des Puissances Vitales douées de Facultés Finales et d’instincts; mais leur spontanéité les expose à beaucoup d’aberrations, et quand ces Corps nous sont précieux, nous faisons des vœux pieux pour leur conservation, qui fait voir que ces Êtres sont censés plus particulièrement placés sous la direction de la Providence.

Mais quand nous portons notre attention sur l’Homme, nous ne pouvons pas croire que la Providence oublie un instant une Intelligence Humaine. Chacun trouve successivement en soi tout ce que Pascal a dit de notre espèce : nous sentons la grandeur et la dignité, la petitesse et la misère de notre Ame. Notre raison et notre liberté nous enorgueillissent, l’usage que nous en faisons est souvent un sujet d’humiliation. Dans cette alternative pénible , où trouver consolation et conseil ? Il n’y a pas d’autre ressource que la Providence, avec laquelle l’Ame travaille à se mettre en rapport, pour en obtenir secours, lumière, patience. La Prière, premier acte de la Mysticité, est indispensable à tout Homme arrivé à l’âge de raison, et assez bien élevé pour qu’il comprenne un Catéchisme Élémentaire : aussi je ne crois pas pouvoir me dispenser de traiter cette matière dans mon Essai de la Doctrine de VAlliance des deux Puissances du Dynamisme Humain ..

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LI. 3° Si l’Homme reconnaît une Providence Divine, il est difficile que le Besoin Religieux s’arrête à cette région de son existence : il veut savoir où il va , c’est-à-dire si celte existence du Sens Intime a un terme, ou s’il peut franchir la catastrophe appelée mort , et continuer de vivre et de penser dans un autre ordre de choses.

Tout ceux qui n’ont pas à redouter un juste châtiment désirent une Yie Future ; toutes les Religions la leur promettent. La Révélation nous la fait voir au bout de la carrière ou nous sommes entrés sous les auspices et sous la direction de notre Auteur; les institutions mensongères ont eu assez de sagesse ou d’habileté pour que les Croyants s’y soient engagés d’après cette foi.

L’Immortalité de l’Ame Humaine est donc pour la Philosophie le problème le plus important et le plus noble. Le plus grand service que la Foi ait pu nous rendre a été de nous la présenter comme une Vérité incontestable , et de l’entourer de toutes les preuves capables d’en affermir la croyance.

Dans l’Antiquité Païenne, le Dogme de l’Immortalité de l’Ame Humaine était soutenu par les Lois, par les Poëtes, par les bons Citoyens, par la Morale publique, qui la considéraient comme nécessaire à la conservation de l’État. Socrate , Platon firent effort de dialectique et d’éloquence pour l’établir.

Des Savants et des Philosophes, qui ont été aussi persuadés qu’eux de l’existence de Dieu et de la Providence , sont restés à moitié chemin de la Religion Naturelle, et sont demeurés sceptiques relativement à l’Immortalité de l’Ame Pensante.

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