‹ Réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du dynamisme humainChapitre 18 sur 42 · CL VI · texte numérisé non relu

CL VI

INTRODUCTION

dès l’origine de la Science, et qui a toujours été l’unique base de toute Médecine. Cet Ordre , toujours présent dans l’usage et repoussé scientifiquement par la Secte, a toujours été solennellement professé dans l’Enseignement de Montpellier. A mesure que le Cartésianisme s’éteint, la Philosophie Inductive remonte, et les Médecins entendent mieux notre idiome. 11 y a quelques années, nous étions inintelligibles à Paris. Aujourd’hui bien des gens de la même contrée conversent avec nous. Pourquoi? Notre langage n’a pas changé : ils ont donc consenti à en étudier le Dictionnaire et la Syntaxe.

Il plaît à M. Piorrv de professer une Pathologie Humaine tout-à-fait Cartésienne. Dans son Éloge de Fouquier , prononcé dans la Séance publique de la Faculté de Médecine de Paris , du 3 Novembre 1852, il avait l’occasion et peut-être l’obligation de manifester sa Doctrine Anthropologique ; mais il retrancha de son Discours ce qui ne convenait pas sans doute à la majorité de la Compagnie. En publiant ce Discours, il a mis dans une note sa manière de voir sur la Constitution de l’Homme, et par conséquent sur la nature des maladies, et voici comment il l’annonce: « Le passage suivant n’a pas été lu en Séance, »et les opinions qui y sont exprimées sont personnelles à » M. Piorrv. »

Ces opinions personnelles sont le Cartésianisme pur : Le Corps et VAme Pensante, et plus rien; par conséquent des indications tirées seulement des Puissances de l’Ordre Physique. Quels peuvent être les sentiments de la Faculté qui s’éloignent des opinions personnelles de l’Orateur? Ce ne peut être le Matérialisme , dont elle est aussi éloignée que Descartes lui-même.

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— Serait-ce le Monothélisme Stahlienquela Faculté préférerait? Hypothèse pour hypothèse, elle serait plus médicale que l’Anatomisme; mais je m’aperçois que dans Paris l’Animisme est fortement ébranlé par ceux mêmes qui le voyaient avec prédilection. Il nous est permis de croire ce que l’on pense du Stahlianisme dans l’Aristocratie Médicale de cette contrée, en lisant un Discours que M. Lélut a prononcé, en 1852, dans l’Académie des Sciences Morales et Politiques de l’Institut, et qui avait pour objet des Recherches sur les Phénomènes et le Principe de la Vie.

L’Auteur n’est content d’aucune des Doctrines qui ont eu de la vogue, mais il témoigne un penchant déterminé pour l’hypothèse de Stahl. Cependant il n’a garde de l’accepter sans réserve. Réflexion faite, il sent la nécessité de mettre dans l’Homme une Cause qui manque au Stahlianisme, une Puissance qui n’appartienne ni à l’Ordre Physique, ni à l’Ordre Intellectuel, et partant il établit implicitement l’idée capitale du Vitalisme, qu’il avait l’intention de repousser. Je relis donc son Mémoire avec un double intérêt, dont l’un est l’agrément des formes, et dont l’autre est la violence qui est faite à l’Auteur de se trouver un véritable Vitaliste lorsqu’il voulait s’en préserver. Remarquons ce long passage; il fait sentir tout ce qu’il y a de révoltant dans une Doctrine qui suppose que le Principe de l’Intelligence fabrique ses organes sans le savoir : « Ce n’est » pas qu’il faille tout adopter de Stahl. Son interprétation dés «faits ne leur est pas toujours parfaitement conforme; quelque- » fois même elle les contredit. Cette demeure , par exemple , » que l’Ame se bâtit à elle-même, dans les ténèbres de notre

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» origine, me semble une œuvre d’architecture, je ne dirai pas » assez difficile à comprendre, car dans ces matières tout l’est,

« mais assez difficile à mettre d’accord avec l’ordre d’apparition «des faits. Je crois qu’ici comme ailleurs , l’Hôte n’arrive que «lorsque le logis est prêt. Mais ce qu’on peut dire avec Stahl,

« c’est que dans cet édifice tout n’est pas transparent ou sonore, «et que le Maître n’y voit et n’y entend pas tout. Seulement, «comme la maison est bonne, qu’elle est l’ouvrage d’une main » dont l’habileté égale la toute-puissance, que les serviteurs en «sont bien dressés, le service, dans les parties mêmes qui sont « soustraites à l’œil ou à,l’oreille du Maître , se fait comme s’il «l’avait ordonné. Quelquefois, et par suite d’une modification ;» mystérieuse, telle de ces parties, actuellement sombre et «muette, s’éclaire soudain, devient:retentissante, et le Maître « alors voit et entend ce qu’il n’avait ni vu ni entendu jusque-là.

«En d’autres termes, et pour parler sans figure, dans cet «Être double que nous sommes, \e Moi, le Principe, quel qu’il » soit, qui sent à la fois et a conscience, n’exerce son activité «et sa clairvoyance que de compte à demi avec les organes, «qui, de leur eôté, sont obligés de compter avec lui.

«Parmi ces organes, il y en a (ceux de la vie exclusivement «nutritive) dont le jeu purement vital ne donne lieu à aucune » émotion qu’ait à contrôler la conscience. Ge n’est que dans les «occasions les plus rares, et par l’effet de quelque changement » dans leur disposition ou leur santé , que le Moi , averti de leur j> activité par une souffrance, rapporte cette sensation insolite » à un point de l’économie qu’il avait ignoré jusque-là.

«Ici, le Moi est éveillé par suite de l’établissement d’un

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» rapport nouveau entre son activité et celle des organes. Dans » d’autres cas, au contraire, il reste sourd aux impressions des «organes mêmes avec lesquels il est habituellement en com- » merce intime, c’est-à-dire aux impressions des sens propre- « ment dits. Fortement occupé ailleurs, réfléchi en lui-même, » ou absorbé par quelque sensation, il ne prend ou ne partage «l’initiative d’aucune autre. Les conditions nerveuses dans les- » quelles son attention, son activité, mettent à la fois son cer- » veau, le nerf de transmission et le sens, ces conditions ne «sont pas remplies; les corps extérieurs, dans leurs molécules » ou leurs masses, ont beau se heurter au sens, ni celui-ci, ni » le nerf, ni le cerveau ne répondent. Dans ce cas, il né faut pas «dire que la sensation est inaperçue : c’est un non-sens; elle » n’existe pas, parce que le Moi et son organe n’agissent pas. ».

Ce qu’il y a d’un peu plaisant dans cette concession, c’est qu’il faut renoncer à ce Monothélisme, idée fondamentale de la Doctrine qu’on chérissait, et confesser une Dualité du Dynamisme Humain, dogme essentiel de la Doctrine pour laquelle on sentait de la répulsion.

Ce n’est donc ni en considération du Stahlianisme, ni en celle du Matérialisme , que le Cartésianisme de M. Piorry a dû être éloigné de son Discours et réservé pour une note: la grande raison est que dans ce pays-là on s’aperçoit que le Principe de l’Ordre Vital est une vérité assez démontrée pour être inévitable, et que la Médecine Humaine n’est rien, si cet Ordre n’est bien distingué de l’Ordre Physique et de l’Ordre Intellectuel»

Je trouve une confirmation du progrès du véritable Hippocratisme à Paris dans l’Écrit, que M. le Docteur Auber vient de

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publier, et qui a pour titre : De la Nature de VHomme et de ses Facultés. Nous y reconnaissons la distinction des Forces diverses de la Nature , les caractères de celles qui agissent infailliblement et sans but, et celles dont les tendances sont constamment finales. Il ne manque pas de séparer les Puissances Vitales Instinctives d’avec les Puissances Intellectuelles. On voit que PÀuteur ne se gêne plus, et qu’il parle des Forces du Dynamisme Humain avec autant de franchise qu’HiPPOCRATE.

Je ne puis pas me dispenser de signaler une autre production récente où l’on reconnaît un acte de Vitalisme malgré soi : je veux parler du Discours prononcé à ^ouverture du Cours de Physique à la Faculté des Sciences parM. Marié-Davy, Docteur en Médecine, Professeur de Physique; Discours intitulé: Considérations sur les Forces Naturelles, et que le public a entendu en Novembre 4852. Le savant et spirituel Auteur retrace, dans cette composition, les règles de la Philosophie Inductive en tant qu’elle s’applique à distinguer les diverses Forces de la Nature signalées d’après la considération de leurs effets. Comme dans les progrès de cette Philosophie Expérimentale, le nombre des causes va en diminuant, par la fusion de celles qui, après avoir paru différentes eu égard à quelques diversités des effets, sont reconnues identiques suivant leur nature, le Professeur ne veut pas que l’on s’arrête jamais à un chiffre de ees causes et à leur délimitation définitive : il veut que nous soyons toujours prêts à voir la diminution des catégories.

Il se plaît donc à contempler la forme pyramydale de la Nature Scientifique imaginée par Bacon. Par cette fiction, chaque siècle amène une assise diminuée par le nombre décrois-

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sant des Formules Causales. Le Professeur paraît s’attendre à voir sa pyramide devenir si aiguë, que toutes les causes se réduisent à une. Cependant, comme il est Médecin, il sent qu’on doit agir, et nous ne connaissons pas où est la pointe à laquelle il faudrait s’adresser. Il convient que provisoirement on est obligé de reconnaître dans l’Homme les trois Ordres de causes, l’Ordre Physique , l’Ordre Intellectuel, l’Ordre Vital, puisqu’ils expriment trois ordres de phénomènes relatifs assez distincts pour que le bon sens ne nous permette pas d’en supposer moins de causes. Ainsi, nous voilà d’accord avec lui par rapport à notre conduite pratique et à notre conduite didactique. La seule chose . sur laquelle nos dispositions mentales peuvent n’être pas dans ce moment uniformes , c’est l’Espérance. Les trois mille ans qui se sont écoulés depuis la distinction des Ordres, n’a rien changé au nombre : cette considération n’empêche pas M. Marié-Dayy d’espérer de voir poindre la pyramide, tandis que nous attendons toujours à la voir rester mousse, ou à trois tiges. Nous ne concevons point le solide scientifique comme une pyramide, mais bien comme une colonne qui est incapable de diminuer en montant jusqu’à se terminer en aiguille, attendu que les lignes ascendantes extérieures sont mutuellement asymptotes. Cette différence entre lui et moi, c’est qu’il a le bonheur d’être au commencement de l’Espérance , et que la mienne est si longue que mon droit au Désespoir est proverbial.

L’entrée de tant et de si considérables Opposants dans la Doctrine Hippocratique m’inspire une curiosité qui ne pourra vraisemblablement être satisfaite , mais dont on voudra peutêtre me pardonner l’expression. Il y a déjà bien des années

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qu’un jeune Docteur élevé à Paris eut envie de concourir pour une Chaire de la Faculté de Médecine de Montpellier. Dans une confidence, qui n’a pas été tout-à-fait discrète, il dit à un Ami « qu’il croyait pouvoir rendre à cette École le service de l’aider »à sortir de l'ornière où elle marchait péniblement depuis » long-temps. » Ces expressions étaient celles dont on se servait à Paris, à l’époque où l’on ne se doutait guère dans ce pays de ce qui se passait chez nous. Le Concurrent voyait notre Enseignement embourbé, incapable d’avancer; et, quoique personne ne l’eût invoqué, il se crut I’Hercule de cet embarras, et il eut l’excellente intention de faire cette bonne œuvre ou par l’action ou par le conseil. Cependant il ne vint pas. La Faculté se passa d’un secours dont elle n’avait pas besoin, et le Docteur officieux trouva ailleurs l’occasion de développer ses moyens. Aujourd’hui, c’est un homme fait, jouissant d’une célébrité honorable : je serais curieux de savoir comment il apprécie aujourd’hui la charrette dont il avait tant de pitié ou de dédain, et le mauvais pas où il lui semblait qu’elle était engagée. En rappelant à mon esprit les phases d’un Enseignement Médical que j’ai suivi cinquante-cinq ans, dont le passé ne m’est pas inconnu, où je suis plus ou moins actif suivant mes moyens depuis plus de cinquante ans , sur lequel je pourrais au moins fournir quelques Mémoires historiques, lors même que je ne serais que la mouche du coche, je désirerais que le même homme, dans sa jeunesse sévère Censeur de notre École, aujourd’hui parvenu à la maturité, voulût, saris changer de métaphore, caractériser cette Didactique Médicale dont il est maintenant capable d’apprécier l’étendue, le poids, la solidité, l’esprit,

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la marche, la tendance, le but; et nous dire si elle est réellement une voilure à foin,... embourbée... enfoncée dans une ornière boueuse d’un chemin des environs de Quimper-Corentin (1 ), d’où il n’est plus possible d’avancer ni de reculer ;... ou bien si elle est un convoi imposant, formé de wagons consciencieusement confectionnés, munis de tout ce qui est nécessaire, utile et confortable pour la conservation et le bien-être de l’Humanité civilisée, convoi qui roule sur un rail continu, et va toujours vers son terme, avec une vitesse proportionnée à l’habileté des ouvriers et aux convenances intellectuelles qui les dirigent.

Que si le Confrère à qui je m’adresse continue de détracter l’Enseignement de Montpellier, en rappelant des récits défavorables , je le prierai de réfléchir sur les désastres survenus dans les chemins de fer. La plupart sont l’effet de déraillements causés par l’imprudence, par la paresse, par l’impéritie, par la malveillance ou de quelques agents ou de quelque ennemi. Mais la nature dé. l’institution est-elle responsable de pareils sinistres, et faut-il détruire des instruments parce qu’ils ont été l’occasion des malheurs amenés par l’abus qu’en ont fait les sots et les méchants ?

J’ai fait connaître que l’Hippocratisme est repoussé particulièrement par l’ignorance de la Philosophie Inductive Expérimentale; j’ai montré cette cause en indiquant les progrès qu’il fait à mesure qu’on s’instruit sur sa méthode logique : cette application deviendrait plus évidente, si les Professeurs de Philosophie voulaient consentir à joindre à l’Enseignement de

(1) La Fontaine, Fables, Iiv. VI, 17.

la Philosophie Morale celui de la Philosophie Naturelle. Mais, pour ce qui regarde l’aversion que montrent contre notre Doctrine les hommes qui ont horreur des sentiments religieux, c’est une maladie de l’instinct contre laquelle je ne connais aucun remède; je ne trouve de moyen thérapeutique ni dans la Raison, ni dans la pharmaceutique. Heureusement elle n’est pas toujours également incommode : quand elle est sporadique, les cas sont rares ; si elle devient épidémique, elle est turbulente, mais elle n’est pas d’une très-longue durée.

LV. Je me permets de mettre encore ici quelques courtes remarques relatives aux causes des appréciations différentes de notre Enseignement de la part de nos Confrères.

A Montpellier, on est sans cesse occupé de l’Homme : et pour se mettre en état de s’associer avec tous ceux qui ont l’intention de rendre la vie humaine aussi heureuse qu’il est possible, on s’èst appliqué à pénétrer dans la complexité de cet Être tous les éléments qui le composent, toutes les lois de leur constitution , afin de concevoir la production des phénomènes prodigieusement variés de cette même vie. Les personnes judicieuses ne nous soupçonneront pas de vouloir employer notre temps à former des théories spéculatives : nous pouvons assurer à ceux qui nous méconnaissent que nos efforts logiques tendent nonseulement à lier scientifiquement l’Harmonie de toute la vie humaine avec l’Unité systématique de l’Homme, mais encore à coordonner toutes les indications de cet Ensemble Anthropique avec la pratique de sa Thérapie Universelle, soit raisonnée, soit expérimentale.

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D’après cette intention, et conformément à la seule Philosophie Naturelle que nous puissions accepter, nous sommes obligés d’étudier avec le même zèle et avec le même soin l’Anatomie Humaine, la Psychologie et la Force Vitale de l’Homme.

Ces connaissances isolées seraient stériles si nous n’avions pas étudié les lois de leur coïncidence, de leur union , de l’alliance qui règle leurs coopérations, de leurs influences réciproques, et des conditions extérieures et intérieures de leur existence.

Aussi notre Physiologie Médicale a une physionomie particulière. Elle n’est pas une Physiologie vague qui puisse convenir à toutes les espèces du Règne Animal : elle est la Science de l’Homme ou l’Anthropologie, formée de l’Anatomie Humaine, de la science de l’Intelligence ou Psychologie, delà Biologie Anthropologique, qui n’est pas de l’espèce des biolégies bestiales, attendu que notre Force Vitale est destinée à s’unir avec l’Ame Pensante, et qiie,par conséquent, elle a des facultés,dès penchants, des instincts, des affectibilités morbides qui diffèrent beaucoup des forces vitales des Animaux.

La Biologie Anthropologique étant associée avec une Ame Pensante, l’étude que nous en avons faite est devenue l’occasion d’un parallèle entre ces deux Puissances, dont le résultat a été premièrement un accroissement des connaissances Hippocratiques de la Force Vitale, grâces à l’analogie aperçue entre cette Puissance et l’Ame Pensante ; secondement un perfectionnement de la Psychologie, grâces à des analogies aperçues dans la Force Vitale, médicinalement épiée. De là , une nouvelle démonstration, d’abord de la Dualité des deux Puissances du

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Dynamisme et de la non-identité de leurs natures ; ensuite , de la différence radicale entre les instincts vitaux et les propensions intellectuelles.

La Dualité de notre Dynamisme nous rend raison des divers Ordres de fonctions hygides, logiquement divisées en fonctions immanentes , naturelles , instinctives, et fonctions opérées par les deux Puissances qui sont les fonctions animales de Galien. Il ne nous est pas difficile de dire pourquoi ce dernier Ordre de fonctions ne: peut pas appartenir à la Physiologie Zoologique.

Notre parallèle entre les deux Puissances nous a fait apercevoir une analogie que Galien et Fernel semblent avoir soupçonnée, et que notre Enseignement a rendue plus évidente et plus utile. Si l’Ame Pensante possède une règle pour la succession des idées et des volontés, règle que l’on appelle la Raison, la Force Vitale possède aussi une règle pour la succession de ses fonctions, et qui peut porter le nom d’Économie Normale Biologique. De même, l’Ame Pensante , susceptible d’affectibilité, est sujette à des modes insolites et excentriques nommés Passions Morales, qui troublent le cours de la vie intellectuelle de l’individu; à son tour, notre Force Yitale est susceptible d’Affections morbides qui altèrent plus ou moins le cours de la santé. — En grec, en latin , en français; ces modes insolites portent les mêmes noms, qu’ils existent soit dans l’Ame Pensante, soit dans la Force Vitale. Ainsi, la Théorie des Passions mentales ou des Affections intellectuelles forme un grand épisode de la vie psychologique, et Ta Théorie des Affections morbides de notre Puissance Vitale n’en est pas un épisode moins considérable dans le cours de notre.durée mortelle.

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Les Passions Mentales se présentent sous des formes différentes : elles peuvent n’être que des réactions passagères, à l’occasion d’une impression forte, et accidentelles; elles ont un autre caractère quand elles ont pour cause des impressions défavorables bien moins violentes que les premières, mais assez répétées ou de nature assez profonde pour que l’Ame en reçoive un mal-être grave de longue durée. La conséquence en est une réaction de long-temps préméditée et proportionnée au ressentiment. Les Affections Morbides sont distinguées d ? après des réponses analogues : celles que l’on appelle traumatiques sont l’expression d’une susception subite plus ou moins nuisible à la durée biotique, et celles que l’on appelle Affections Internes ou Spontanées sont des modes vitaux amenés par des causes appelées proea tare tiques.

Les Passions Morales, quoique perturbatrices de la vie intellectuelle, ne peuvent pas être toujours moralement condamnées : considérées par rapport à leur initiative intellectuelle, on est obligé de les distinguer en louables , en perverses et en pernicieuses, c’est-à-dire en celles dont les motifs sont vertueux, en celles que la raison improuve et en celles qui tournent directement vers la perte de l’individu, telle que le désir de cesser de vivre. Nous ne pouvons pas nous empêcher de faire une distinction pareille dans la pathogénie des maladies : il en est qui sont d’origine médicatrice, et qui constituent des fonctions salutaires; il en est dont la source affective est redoutable; il en est, enfin, qui sont irrévocablement destructrices , témoin le cancer.

Les Lois de l’Alliance des deux Puissances de notre Dyna-

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misme forment un sujet d’étude du plus grand intérêt : ce Gode, qui appartient à des conditions de la santé , est une des parties intégrantes de la Constitution de l'Homme. Mais, puisque ces Lois existent dans les relations contingentes de deux Forces de l’Ordre Métaphysique, il est aisé de sentir que les règles de l’Alliance peuvent être tantôt observées , tantôt violées. Dèslors une partie essentielle de la Science de l’Homme doit être la connaissance de l’exercice normal ou anormal des Lois de l’Alliance, tant en santé qu’en état de maladie. Un assez bon nombre de maladies insérées dans la Nosologie ont pour caractère essentiel l’anarchie ou l’infraction de ces Lois.

D’après ces notions sur la Constitution de l’Homme et sur les Lois de son Dynamisme, on voit d’avance que la partie pratique de la Science doit avoir un caractère fort différent de celle qui appartient aux Systèmes Hypothétiques. Nos vues indicatives ne peuvent pas être celles de l’Organicisme, de l’Anatomisme, du Bichatisme, du Stalhianisme, du Brownisme, du Broussaisisme, purs et conséquents ; si les Sectaires qui leur appartiennent se rapprochent de l’Hippocratisme , comme il leur arrive assez souvent, ce n’est, commejé l’ai déjà dit, que par d’heureuses inconséquences. Chez la plupart des Sectes , il n’y a qu’une sorte de Thérapeutique, c’est le traitement physique, parce que, dans toutes les suppositions, le Médeein est étranger à tout traitement mental. Les Stahliens doivent reconnaître deux Thérapeutiques, pas davantage: la physique et la morale.

Nous ne pouvons pas rester dans ces limités, parce que la Constitution de l’Homme étudié par la Philosophie Inductive nous démontre que cet Être est plus compliqué, et qu’il nous est

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permis et même prescrit de nous adresser à divers éléments du Système, suivant l’initiative de l’indication ou du projet.

Ainsi, les besoins tant hygiéniques que thérapeutiques du Système peuvent partir : ou 1° de l’Agrégat Matériel, altéré primitivement soit dans sa structure, soit dans sa cause, soit d’une manière accidentelle ; ou 2° de la Force Vitale, dont les tendances, les affections morbides, les instincts , exigent un changement favorable ; ou 3° de l’Ame Pensante, dont les sentiments, les désirs, les passions, la raison, ont besoin d’exercer une certaine influence donnée sur la Force Vitale* ou 4° de l’exercice actuel des Lois de l’Alliance entre les deux Puissances, état présent qu’il importe de changer pour l’intérêt de l’individu. Voilà au moins quatre éléments très-différents auxquels nous devons nous adresser, suivant les états où ils se trouvent, dans les circonstances différentes de la santé ou de la maladie.

Si le Lecteur s’est donné la peine de suivre ces idées, il pensera que nos Partitions Médicales ne doivent pas être identiques avec celles des autres Écoles. Elles diffèrent non-seulement de celles des Sectes Hypothétiques, mais encore de celles des Écoles Hippocratiques retardataires. Dans les petites Écoles, on ne voit guère que l’Anatomie et la Clinique; on y laisse croire ou que l’Anatomie suffit pour expliquer toute la vie humaine, ou que, s’il existe une lacune entre la connaissance de l’Agrégat Matériel et les actes hygides et pathologiques, il n’ést pas possible à l’esprit humain de la combler. Dans des Écoles du premier ordre, il y a un Enseignement pour la Physiologie ; mais cette Physiologie n’est pas toujours adaptée à la Médecine. Dans certains lieux , la Physiologie, semblable à celle

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de Boerhaave et de Blumembach , n’a pour but que d’expliquer les fonctions hygides ; le Professeur prend pour modèle le fameux livre de Galien De usu partium. Dans d’autres lieux, la Physiologie est Zoologique : elle embrasse tous les Êtres du Règne Animal ; le résultat en est ou une Biologie Comparée, ou une Zoonomie comme celle de Darwin. Les Physiologies de Burdach et de M. Muller sont de ces sortes. Suffisent-elles pour la Médecine Humaine ? Il n’est pas probable qu’on le pense : du moins je n’ai pas vu de Vétérinaire qui se crût capable de conduire îa santé de l’Homme social comme il conduit celle des Animaux à lui confiés.

Depuis la Renaissance, il me semble que Barthez est le premier qui a considéré la Physiologie Médicale comme une Science complète de l’Homme, comme une connaissance de cet Être assez étendue et assez profonde, pour que tous les phénomènes de la vie humaine trouvassent dans cette Science tous les principes, les lois, les causes d’où ils découlent. En cela, il profitait de la maxime d’HippocRATE qui prétendait que tout ce qu’il y a de vrai et de solide dans l’Homme provient de la Médecine.

Les successeurs de Barthez dans l’exercice de l’Enseignement Médical ont eu eh ont toujours l’intention de se pénétrer de son esprit, qui est celui du Père de la Médecine. En marchant dans le sentier qui lui avait été désigné, Barthez s’est plus rapproché de la vérité que son Maître ; nous croyons l’honorer lui-même en imitant sa laborieuse progression. Il s’ensuit que notre Table des Partitions est sensiblement plus étendue que la sienne :

1° Démonstration de la non-identité radicale de la Force Vitale et de l’Intelligence dans l’Homme ;

2° Non-vieillesse de l’Ame Pensante pendant la vieillesse de la Force Yitale ;

8° Parallèle .des deux Puissances pour que l’étude de chacune puisse mieux faire connaître les caractères de l’autre ;

4° Doctrine de l’Alliance des deux Puissances, pour l’intelligence de la coopération de chacune dans les fonctions où elles doivent concourir, et pour la détermination de l’initiative d’un délit survenu dans une fonction de cette nature ;

5° Recherches sur la comparaison de la sensation d’un Être doué d’animalité sans Intelligence, et de celle de l’Être doué des deux Puissances (1) ;

6° Idée aussi exacte que possible des Affections morbides, d’après le parallèle des deux Puissances ;

7° Nécessité d’appeler Morosophies les maladies nommées Morosités par Sauvages , et de les exclure de la Classe des Folies, Vesaniæ;

8° Théorie des diverses sortes d’Alalie (des mutités) des individus intelligents qui entendent, théorie éclairée par la connaissance de la Doctrine de l’Alliance ;

9° Théorie du Magnétisme Animal, du Somnambulisme, de l’Anæsthésie artificiellement produite, d’après la même notion et d’après la connaissance de la Dualité et de l’Alliance ;

10° Théorie des Passions Morales;

(1) Il s’agit de distinguer la susception, ou sensation végétative: 1 ’æsthésie asynéidète, ou sensation bestiale, d’avec Vœsthésie synéidète, ou sensation humaine.

INTRODUCTION

1 1 ° Théorie générale physiologique des Arts Libéraux , et spécialement de la Musique ;

12° Solution de la question de l’Intelligence des Bêtes ;

13° Obligation de reconnaître, entre les deux Puissances, une sorte de Contagion pour la théorie des Aliénations Mentales ;

14° Thérapeutique Physique exercée sur l’Agrégat Matériel pour en changer, corriger, retrancher, etc., des parties viciées de l’instrumentation ;

1 h° Thérapeutique Vitale , dont le but est de modifier l’état actuel de la Puissance Biotique ;

16° Thérapeutique Mentale , dont les moyens, quels qu’ils soient, sont employés afin que l’Ame Pensante soit dans un certain état d’intelligence, de sentiment ou d’affection, désirable pour l’intérêt de la santé ;

17° Thérapeutique Spondématique , capable de gouverner l’Alliance des Puissances suivant les besoins actuels du système.

Une salle qui précède l’Amphithéâtre de notre Faculté, et porte le nom d 'Atrium, a été décorée dans une intention didactique : on a voulu présenter par des inscriptions , par des emblèmes, par des portraits en grisailles et en bustes, les Partitions Médicales indiquées en vingt-quatre divisions. Les sujets, depuis long-temps connus, doivent rappeler l’ensemble de toute la Science à ceux qui en ont suivi un Cours complet; elle n’est pas moins utile aux curieux, qui doivent comprendre sans peine les principales matières traitées dans un grand établissement.

Ce tableau, qui a été tracé d’après un Enseignement Bar-

thezien, doit être compris aujourd’hui par tout le monde, excepté par les fidèles de l’Anatomisme qui n’entendent pas même le sens grammatical de la Langue Vitaliste. Mais si nous voulions insérer, entre les vingt-quatre sujets antérieurs, les dix-sept sections que je viens d’indiquer, nous causerions infailliblement de la surprise, de l’improbation, des murmures de la part des Sectes Monothélites ; mais les Écoles Hippocratiques n’en seraient point étonnées : elles ne verraient dans tout cela qu’une prolongation ou un progrès de la vérité capitale. A Séville, où l’on comprend parfaitement la Métaphysique d’Hippocrate, et à Athènes, où l’on entend parfaitement cette Science et où l’on en vénère l’Auteur, nous sommes sûrs de trouver non-seulement de l’approbation, mais encore de l’émulation.

LVI. Nous avons trop d’expérience pour attendre des approbations de Paris : nous nous contentons de son silence, et de ses rapprochements progressifs vers nous sans qu’il s’en aperçoive. De temps en temps nous trouvons quelques attaques dans des Journaux médicaux de la Capitale : mais comme leurs Auteurs ne paraissent être que des novices , qui aiment à imprimer leur nom sur une feuille périodique, en attendant pratique , nous ne mettons pas leurs articles à l’Index , parce que, quand ils connaîtront l’Enseignement contre lequel ils font des sorties, ils rougiront de leur juvénilité, et ils nous remercieront tacitement de notre dédain.

Mais il me semble qu’il est prudent, dans l’intérêt de notre École, de relever les attaques faites contre notre Doctrine x quand elles viennent d’Auteurs connus et considérés..

INTRODUCTION

On a remarqué à Montpellier, dans une Lettre imprimée, de 103 pages, à l’adresse de MM. les Professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, intitulée : Lés vrais principes de la Matière

Médicale et de la Thérapeutique , par le Docteur Pidoux,.

un passage qui, sans être hostile contre notre Enseignement, en parle dans des termes où l’on aurait voulu trouver un ton plus digne, plus sérieux, plus exact. Nous sommes accoutumés à considérer un homme qui a coopéré avec M. Trousseau à la composition d’un bon livre de Médecine : c’en est assez pour que 'nous désirions qu’il connaisse bien notre Enseignement.

M. Pidoux prétend que l’École de Paris et l’École de Montpellier tendent à se rapprocher par leurs idées. A l’entendre (1 ), cette fusion existe « nécessairement dans les deux Écoles, et a elles la réalisent chacune selon son esprit et ses tendances. »

Je me suis bien aperçu d’une tendance de Paris vers le Vitalisme; mais je n’ai pas vu un effort de fusion réciproque. D’ailleurs, les esprits respectifs ne sont pas les mêmes, suivant l’Auteur. Le Dynamisme de Paris n’est pas un Mécanisme il est vrai; « c’est un principe de vie;.... mais ce n’est qu’un Deus r> ex machina »; c’est-à-dire une hypothèse pour le moment, en attendant mieux.—M. Pidoux ne s’explique pas bien sur l’esprit de Montpellier; mais comme je suis en état de suppléer à cette lacune, j’affirme qu’ici la Force Vitale humaine n’est point une hypothèse, mais un fait incontestable dont on est sûr en vertu de la Logique Inductive expérimentale. Il y a bien loin de cette

(I) Page 7.

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disposition mentale à celle des Médecins de Paris, chez qui, selon l’Auteur, « on dépose donc la chose dans un coin de toutes «les Préfaces, comme une relique vénérable : et, à certains «jours, on la montre au peuple. » Peut-on compter beaucoup sur une fusion de la part de tendances si différentes?

Je dis que M. Pidoux n’a pas bien caractérisé notre École : je parle ainsi, parce que les traits de son portrait sont tous ou équivoques ou faux. « Gomme l’École (de Montpellier ) est plus » philosophique, ou peut-être plus raisonneuse qu’expérimen- » taie, elle s’occupe beaucoup moins de l’observation des phé- «nomènes organiques que des lois de son principe abstrait. » — Ce coup de pinceau n’a pas été fait certainement d’après nature. La Philosophie de notre École est toute expérimentale , rigoureuse, continuellement en opposition avec l’hypothèse et l’anticipation, Tels sont sa vccatipn, ses vœuxson esprit général. Je ne serais pas surpris qu’elle regardât la détraction de M. Pidoux comme une calomnie contre la plus chère de ses vertus. Mais comme je ne permettrai jamais que l’on traite de calomniateur un homme que je considère beaucoup, je crois que le reproche doit se réduire à convenir que le Censeur s’est hâté de caractériser un Enseignement avant de l’avoir assez exactement connu. Nous allons trouver quelques autres preuves de jugements précipités.

Dans une École collective, il n’y a pas de Membre qui se charge de la solidarité de tous les autres ; mais, d’après une intention capitale, chacun doit signaler toute violation de la règle, afin de conserver l’esprit de la Corporation. Je n’ai donc garde de défier personne, et d’être le champion de l’infaillibilité

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de l’École dont je suis disciple et zélé défenseur ; mais je serais plein de reconnaissance pour M. Pidoux s’il voulait nous indiquer les points de notre Doctrine qui ne seraient pas des déductions rigoureuses d’observations suffisamment constatées, et qui ne trouveraient pas leur démonstration dans l’expérience. Ce service me serait d’autant plus digne de remercîments, que j’ai toujours regardé comme un modèle la marche didactique de Barthez , dont les propositions dogmatiques sont tirées de fait^ parfaitement racontés et analysés. J’ai dit souvent que les faits de ce grand Professeur, choisis ou dans la Nature, ou dans les récits des Observateurs les plus consciencieux, sont de véritables hypotyposes aussi utiles pour l’Enseignement que pour l’érection de la Science. J’ai besoin d’apprendre ce que je dois retrancher de mon appréciation de ce grand Maître.

M. Pidoux dit que notre Enseignement est « le Vitalisme ¥ Ontologique, Animisme timide, et l’une des formes dégéné- » rées de ce système. »

Je voudrais bien savoir quel est le sens dans lequel le mot Ontologique a été employé dans cet Écrit de M. Pidoux. Est-ce dans le sens de Wolff, ou est-ce dans celui de Broussais ? Si c’est suivant l’acception légitime, nous recevons le terme, quoique l’Auteur l’ait mal employé. — Si c’est suivant le jargon du Physiologisme, ce serait une injure que nous ne méritons sous aucun rapport.

Cette courte phrase de M. Pidoux contient autant d’erreurs que d’assertions.

1 0 S’il a voulu se servir du mot Ontologique dans le vrai sens, c’est-à-dire comme exprimant une règle de Métaphysique

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rigoureuse, il l’a gâté en l’employant pour exprimer que notre Vitalisme est un Animisme.

2° Le Vitalisme Hippocratico-Barthezien a pour base la Dualité du Dynamisme Humain; il est, par conséquent, le contraire de VAnimisme , qui est le Monothélisme Stahlien.

3° L’Animisme est une hypothèse d’autant plus vicieuse, qu’elle heurte continuellement le Sens Intime humain. Dire que nous l’avons accepté ontologiquement , c’est dire que c’est conformément aux règles de la Science Première de Bacon que nous avons acquis cette hypothèse : proposition qui frise l’absurdité.

4° Notre Doctrine Hippocratique, agrandie et perfectionnée par Barthez , serait une des formes dégénérées de l’Animisme ! Où en sommes-nous? Notre Doctrine a été formulée par Hippocrate ; cet embryon a été renforcé par Galien; Fernel et Sennert ont beaucoup travaillé à son développement ; mais elle ne me paraît avoir reçu toutes les conditions nécessaires pour sa viabilité indépendante, que lorsque Barthez lui a imprimé une Philosophie rigoureuse et stable, et l’a entourée de faits capables de former un corps harmonieux, unitaire, inattaquable.

Pendant tout le temps où l’Hippocratisme est resté dépourvu des vrais appuis de la Philosophie Naturelle Expérimentale , il a dû demeurer précaire, et se conserver plutôt par une sorte de foi humaine que par conviction raisonnée. On sait que le Cartésianisme a paru prêt à éteindre la lumière médicale. Yan Helmont a voulu la préserver de cet anéantissement ; mais il l’a entourée de tant de suppositions ou arbitraires ou absurdes, que la vérité, c’est-à-dire la Dualité du Dynamisme Hippocratique, a

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pensé être noyée dans des hypothèses. Durant cet ébranlement, Montpellier lui est resté fidèle et conservateur. Stahl a cru pouvoir anéantir le Cartésianisme Médical et les Hypothèses Helmontiennes par l’Animisme; mais Montpellier, également éloigné de toutes les fictions, a eu le bon esprit de garder la tradition antique , qui n’est pas susceptible de surannation, parce que la Vie de l’Homme en démontre continuellement la réalité à quiconque veut la voir. Sous la minorité de Louis XV, un Professeur de notre Faculté, Chirac, fut nommé Médecin du Régent. Le séjour de Paris changea les idées doctrinales de ce Médecin, qui devint Cartésien, et qui travailla à corrompre sa Compagnie. Il ne réussit pas : à son tour, Sauvages travailla à la préserver; mais, dans cette bonne intention, il eut la malencontreuse idée d’opposer au Cartésianisme l’Hypothèse de Stahl. L’expérience prouva que ce dernier stratagème était superflu : personne ici ne voulut du Mécanisme de Desçartes. Quant à l’Animisme, il n’eut point de progrès, parce qu’il avait l’Hippocratisme pour adversaire; aussi n’eut-il pour apôtre décidé que Roussel, et pour fauteur incertain et équivoque que Grimaud. Quand le Principe de la Dualité eut été démontré par Rarthez au moyen d’une méthode inductive rigoureuse sévèrement appliquée, l’Hippocratisme devint une vraie science démonstrative, en dépit des attaques externes et internes.

D’après ce court fragment historique, comment et, en quel sens M. Pidoüx a-t-il pu dire que l’Enseignement de Montpellier est VAnimisme timide , et l’une des formes dégénérées de ce système. Historiquement parlant, on pourrait présumer que Stahl s’est inspiré de Montpellier pour s’insurger contre Descartes,

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mais en corrompant l’antique vérité , en confondant en une seule les deux Puissances que le bon sens avait judicieusement séparées. Mais dire que notre Enseignement, qui date de vingt-trois siècles ; qui n’a, jamais été généralement interrompu dans la sphère médicale ; qui depuis huit cents ans à Montpellier n’a fait que s’agrandir et se fortifier, surtout depuis soixantequinze ou quatre-vingts ans ; qui ne cesse de protester, par des preuves journalières , pour la Dualité du Dynamisme Humain et contre le Monothélisme Stahlien , est une dérivation dégénérée de l’Animisme !. G’est ce qu’il ne m’est pas possible

de comprendre.

Avant de travailler à la fusion de nos idées fondamentales de la Science, il faudrait avoir entre nous une grammaire commune. Or, je vois évidemment que celle de M. Pidoüx n’est pas la nôtre : jugeons-en d’après ce passage.

« Voilà donc ce qui, explicite ou latent, déclaré ou nié, » comme théorie ou instinct, chez le Vitaliste de Montpellier » et l’Organiciste de Paris changé aujourd’hui en Physicien- »Chimiâlre, voilà ce qui se trouve au fond de tous les esprits : » c’est l’ Animisme. Plût à Dieu qu’on en eût conscience, qu’on » l’enseignât haut et ferme ! (4 ) »

Il est incontestable que l’Auteur et moi nous ne donnons pas la même signification aux noms Vitalisme et Animisme. S’il y a quelque chose de commun entre nous par rapport à la propagation de la Science Médicale, ce ne peut être que le vœu de voir éteindre le Matérialisme et l’Anatomisme, et de voir

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reconnaître généralement une différence entre les Causes Physiques et les Causes Animatrices ; c’est-à-dire de séparer mentalement les corps inanimés d’avec les corps animés, par la notion d’un Dynamisme Vivifiant. Je ne crois pas sur cela que nous ayons beaucoup à désirer dans la collection des Ames Pensantes.

Mais Vitalisme et Animisme, qui appartiennent au Dictionnaire de la science du Dynamisme (Vivifiant), expriment des idées opposées par rapport à des connaissances pratiques du plus grand intérêt.

L’Animiste pourrait, à la rigueur, renfermer tous les êtres vivants dans une seule catégorie : cependant il consent à les diviser en deux sortes, en végétaux et en animaux, et à les ranger dans deux Règnes. Mais le Règne Animal une fois formé, l’Animiste n’a pas la moindre raison pour en exclure l’Homme. S’il est conséquent, il n’éloignera pas l’Anthropologie d’avec les Physiologies bestiales, et pour lui la Médecine Humaine ne pourra pas différer radicalement de la Vétérinaire. La vie humaine , n’étant qu’un phénomène animique comme celui des bêtes, ne doit pas être gouvernée par d’autres règles fondamentales. Les mêmes considérations doivent fournir les lois destinées à régler les mœurs de tous les sujets d’un même Règne. Cette conséquence a été suivie par M. le Professeur Lallemand , puisque le premier Chapitre de son Traité de l'Éducation a été en faveur des animaux.

On a dû remarquer que l’Enseignement Vitaliste ne voit pas ainsi l’Homme. L’Ame Pensante n’est nullement une faculté de la Force Vitale : le Principe de la Dualité du Dynamisme Humain est l’essence de sa doctrine. L’Animisme a pour base la persua-

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sion que la Cause des fonctions naturelles est la même que le Principe de l’Intelligence et de la Volonté. Cette hypothèse, qui révolte le Sens Intime, est regardée comme une absurdité par le Vitalisme. Comment concevoir une fusion entre ces deux idées fondamentales ?

Je prie tout homme sensé de considérer que l’Animisme est en opposition avec le sens commun , et que le Vitalisme est l’expression de l’expérience, de la sensation, de l’intuition.

Pour accepter le premier, il faut un effort de croyance. Le second n’est que la réponse la plus naturelle à ces deux questions: D'où vient la pensée quand on est éveillé? D'où viennent le pouls , la respiration , la digestion de Valiment qui s'opèrent pendant le sommeil?

Je ne puis donc pas croire que les hommes qui sont pénétrés d’un Dynamisme propre aux corps animés et exempts de prévention, trouvent naturellement l’Homme composé des mêmes éléments de la bête.

L’Animisme ne me paraît pas devoir être l’idée la plus générale à Paris et à Montpellier. La plus générale partout doit être la différence des corps inanimés et des corps animés. — La seconde doit être une différence entre l’Homme et les bêtes. — La troisième a dû être la Dualité de l’Homme, et l’absence de l’Intelligence chez les animaux.

Je ne pourrai m’associer au vœu que forme M. Pidoux pour la propagation de Y Animisme, que lorsque l’acception de ce mot sera très-différente, et que le terme voudra dire que tout animal diffère des corps inanimés en ce qu’il est pourvu d’une forme substantielle d’un des deux ordres métaphysiques, en

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donnant à ces mots le sens qui leur était donné dans l’ancienne Philosophie. Quand il signifiera uniquement que cette expression est l’opposé du Matérialisme, je consens à tout. Mais ce mot a une autre signification.

Le véritable Animisme de Stahl , que nous connaissons, est si loin de convenir à un Vitaliste de Montpellier, que celui-ci le considère comme une rapsodie contre laquelle la Médecine est dirigée. Les Partitions Médicales de notre Enseignement, telles qu’elles ont été rédigées il y a trente-quatre ans , énoncent assez cette intention : les dix-sept articles que je viens d’y ajouter font voir combien la Science s’agrandit à mesure que le Vitalisme démontre la pauvreté et la fausseté de l’Animisme. Ainsi, avant d’aller plus loin , il faut convenir de la langue dont il faudra se servir.

Je né comprends rien aux deux phrases suivantes deM. Pidoux. « Le vieux Vitalisme est usé, parce que, dès qu’il sort du vague » et des lieux communs, il est impuissant. Les progrès de l’Ana- »tomie, de la Physique, de là Chimie, l’ont débordé et devaient » le faire (1). »

L’auteur fixe l’âge du Vitalisme d’après son extrait de naissance. Pour nous, l’âge d’une Science sé juge d’après ses modes de progression. Si ses traits étaient comme ceux de l’Hippocratisme, nous ne les trouverions pas plus vieux que ceux du soleil, parce qu’une vérité n’est pas sujette à la caducité. Mais comme nous voyons le Vitalisme croître depuis bien des années, nous le jugeons adolescent.

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