‹ Réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du dynamisme humainChapitre 19 sur 42 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Nous sommes très-sûrs qu’il n’est pas impuissant , surtout quand nous comparons les Consultations qui émanent de ses mains avec celles qui proviennent de l’Organicisme.

Les Sciences que l’on dit Y avoir débordé sont si loin de lui avoir fait le moindre mal, qu’il tire d’elles les plus grandes ressources de ses succès. C’est en comparant la marche de l’Anatomie, de la Physique et de la Chimie, à celle des Physiologies, et spécialement celle de l’Anthropologie, que nous apercevons mieux la profondeur qui sépare l’Ordre Physique d’avec les deux Ordres Métaphysiques : l’Ordre Vital et l’Ordre Intellectuel.

Je ne puis pas quitter M. Pidoux sans chercher à deviner son intention dans un mot fait sur les vieux Vitalistes. Après avoir comparé le Vitalisme de quelques Parisiens, et l’avoir assimilé à leur culte pour une relique, il dit : « A son aspect, les vieux » Vitalistes se signent et s’en vont contents. Après quoi, on est «libre de ne plus voir que les organes tout formés (1 ). »

La pointe épigrammatique se rapporterait-elle à des hommes qui ne mettent aucune relation entre leur croyance doctrinale et leur pratique, comme je crois en avoir vu parmi des Praticiens , et particulièrement chez les Organiciens ? Si cela est, je n’y trouve rien à redire.

Mais comme la forme du trait est Catholique, l’Auteur auraitil voulu faire entendre que le Vitalisme est un Acte de Foi? Je ne puis pas le penser : la malignité serait trop Voltairienne pour qu’elle pût entrer dans une polémique scientifique.

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D’ailleurs, BL Pidoux peut bien voir que la Dualité du Dynamisme Humain est du ressort du bon sens le plus ordinaire , et que le véritable Animisme Stahlien est une supposition incroyable pour laquelle il faut, ou un sacrifice sublime de la Raison , quand une Logique rigoureuse le commandé contre le vraisemblable; ou une crédulité ridicule, quand cette même Logique le repousse. Il sait bien que tant de Médecins Hippocratiques illustres qui ont professé la Dualité dans leurs Leçons et dans leur Clinique, ont été :

« Tous malheureux morts sans confession. »

Nous assurons que tout ce que nous enseignons dans nos Chaires Médicales ne provient point de la Foi Religieuse, mais de la Philosophie Naturelle Expérimentale : de plus, nous nous félicitons de ce que rien ne contrarie en quoi que ce soit ni la Morale Publique, ni des dogmes de la Religion Naturelle, ni les croyances spéciales de la Religion que la majorité de notre Patrie professe.

En général, nous savons très-bien la différence qui existe entre croire et savoir. Nous n’enseignons ordinairement que ce que nous savons. Il y a pourtant des cas où il faut parler d’après ce que nous croyons, comme lorsqu’il faut profiter des cas rares. Mais on sait qu’il, y a des croyances dont les motifs de crédibilité équivalent à l’expérience autoptique.

LVII. On doit voir que la Constitution de l’Homme, qui est la seule base de la Médecine, ne peut être connue que par la Philosophie Naturelle. 11 en faut conclure que rejeter la Philosophie comme contraire au Catholicisme serait un attentat

INTRODUCTION

contre l’Humanité, qui ne peut se passer de l 'Art Salutaire. Le P. Ventura condamne un Principe de la Doctrine de la Constitution de l’Homme, la seule acceptable par le bon sens et par la Philosophie Inductive ; Principe sans lequel la Médecine n’est plus une Science.

La Raison Sociale, la Politique ebla Religion ont réclamé contre la séparation de la Philosophie et du Catholicisme. Mon ministère didactique légal m’oblige à porter mes doléances en faveur d’une vérité naturelle étroitement liée aux intérêts de la santé publique et particulière.

Le second sujet de plainte est de voir ce remarquable Orateur soutenir dans la Chaire Sacrée l’Unité ou le Monothélisme Anthropologique , autrement dit l’Animisme Stahlien, avec l’exclusion du Principe de la Dualité du Dynamisme Humain.

Ma pénible surprise ne se rapporte pas à l’opposition d’un sentiment doctrinal contraire à notre Enseignement; elle se rapporte au lieu où elle est proclamée avec autorité, dans une circonstance où tout appel est interdit.

L’Église Catholique regarde P Unicité du Dynamisme Humain et sa Dualité comme deux opinions libres , assez détachées des Dogmes Révélés, pour que chacun accepte celle des deux qui lui conviendra. D’après cela, je ne puis pas trouver mauvais que, dans une Chaire de Faculté, un Professeur se prononce en faveur d’un de ces avis. Mais un Orateur Chrétien, qui parle dans le lieu appelé la Chaire de Vérité , a-t-il la même liberté? Profiter du respect religieux dû à la Prédication, pour faire valoir une opinion personnelle, et pour flétrir sans preuve

INTRODUCTION

l’opinion contraire, n’est-ce pas s’écarter des règles de la délicatesse ?

Le bon sens le plus vulgaire signale, dans mille circonstances, la Dualité du Dynamisme Humain ; mais je n’ai pas vu que le Catholicisme en ait pris ombrage. On n’a mis à l’Index ni Y Homo duplex de Buffon , ni le Voyage autour de ma Chambre de X. de Maistre , dont les traits les plus saillants font allusion à cette pensée.

Depuis près de deux cents ans que les Fables de La Fontaine sont entre les mains de tout le monde, on peut penser qu’il y a eu peu de Théologiens de l’Europe qui ne les aient pas lues. Cependant je n’ai jamais ouï dire qu’aucune des Églises Chrétiennes se soit élevée contre la profession que l’Auteur a faite de sa croyance dans la Dualité du Dynamisme Humain.

Le Mécanisme des Bêtes soutenu par Descartes , et surtout par son École, a eu pour adversaire notre Fabuliste. La Fable intitulée : Les deux Rats > le Renard et l’OEuf{\), est une protestation Contre cette hypothèse. L’Auteur la soutient par des faits qui me paraissent trop douteux pour qu’on puisse les regarder comme des arguments. Mais l’Épilogue est l’expression du résultat des réflexions que La Fontaine avait faites sur le Dynamisme des Animaux et sur celui de l’Homme. Cette synthèse n’est pas assez exacte pour qu’on puisse la considérer comme un synonyme de notre Doctrine de la Constitution de l’Homme; le Poète ne connaissait assez ni les caractères de la Puissance Biotique, ni ceux de l’Instinct ; il n’était pas assez en état de

(1) Livre X, Fable Première.

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