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distinguer la Force Vitale d’avec l’Être auquel elle est associée, pour qu’il ait pu formuler un théorème rigoureux, semblable à ceux qu’on cherche à rédiger dans l’École Hippocratique de Montpellier. Mais cette formule, telle quelle, mérite d’être conservée dans la Science, pour qu’on voie ce que peut faire le simple bon sens sur une matière aussi importante, et qu’on la mette en regard avec les Doctrines relatives au Dynamisme, professées par le Cartésianisme, le Solidisme, le Stahlianisme, l’Organicisme, la Physiologie des Naturalistes, etc.
Passons ce que le Poëte a dit sur le Dynamisme Instinctif des Animaux, où il a raisonnablement censuré le Mécanisme des Bêtes; arrêtons-nous un instant sur son opinion relative au Dynamisme Humain :
« A l’égard de nous autres Hommes,
» Je ferais notre lot infiniment plus fort;
» Nous aurions un double trésor :
«L’un, cette Ame pareille en tous tant que nous sommes,
» Sages, fous , enfants, idiots,
» Hôtes de l’Univers sous le nom d’Animaux ;
» L’autre, encore une autre Ame, entre nous et tes Anges » Commune en un certain degré ;
» Et ce trésor à part créé » Suivrait parmi les airs les célestes phalanges ,
» Entrerait dans un point sans en être pressé,
» Ne finirait jamais, quoique ayant commencé :
» Choses réelles, quoique étranges.
» Tant que l’enfance durerait, n Cette fille du Ciel en nous ne paraîtrait
» Qu’une tendre et faible lumière :
» L’Organe étant plus fort, la Raison percerait «Les ténèbres de la Matière,
«Qui toujours envelopperait » L’autre Ame imparfaite et grossière. »
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On voit donc que ni la Raison Générale, ni la Morale Publique, ni l’Autorité Religieuse, n’ont réclamé contre l’idée d’une Puissance Vitale, non-seulement opératrice des fonctions naturelles , mais encore instinctivement exécutrice des volontés de l’Ame Intelligente Humaine, maîtresse du système.
Les Partisans de notre Adversaire, moins instruits que lui, diront peut-être que cette Idée ingénieuse, poétique, plus littéraire que scientifique, a pu vaguer sans obstacle, grâces à sa frivolité et à son défaut de consistance ; mais que puisqu’elle est érigée en proposition doctrinale et sérieuse, elle est digne d’un examen rigoureux, et susceptible d’une censure. — Mais ceux qui auront lu ma Leçon intitulée : Accord de la Doctrine Anthropologique de Montpellier avec ce que demandent les Lois, la Morale Publique et les Enseignements Religieux prescrits par l’État, doivent savoir que le Principe de la Dualité du Dynamisme Humain a été considéré de bonne heure, dans l’Église Chrétienne, comme une Doctrine très-grave et très-importante; que des Théologiens profondément savants l’ont acceptée et professée. C’est dire au moins qu’elle est incapable de nuire à la Foi, et qu’elle ne déplaît nullement aux Fidèles instruits.
Si dans les Écoles on la considère comme une opinion libre , cela veut-il dire que chacun est obligé de la regarder comme radicalement incertaine, et comme inaccessible à toute démonstration ? Je ne puis le croire : à mon sens, cette liberté veut dire que la question du Monothélisme Anthropologique et celle de la Dualité du Dynamisme Humain ne paraissent pas assez étroitement liées avec la Foi Chrétienne, pour que de leur solu-
introduction.
tion doive dépendre le salut de notre Ame ; que, par conséquent, il est permis à chacun de s’occuper de ces problèmes ou de s’y rendre étranger, et de se complaire à l’une de ces solutions ou à l’autre, pourvu qu’il sache sur l’Ame Humaine ce qu’il doit connaître touchant l’origine, la nature, la destination et les devoirs de cette Puissance.
Indépendamment de la liberté que l’Église Catholique a donnée aux Fidèles de prendre sur ces questions le parti qui leur conviendrait le mieux, liberté expressément énoncée par Lactance , spécialement dans le Septième Livre de ses Institutions Divines contre les Gentils, elle a été récemment inscrite et propagée dans le centre de la Catholicité, à l’occasion de l’examen de la Doctrine de la Dualité du Dynamisme Humain enseignée à Montpellier. Il y a soixante-treize ans que cela s’est passé à Rome, et il y en a trente-quatre que j’ai publié l’histoire de ce fait dans mon Exposition de la Doctrine Médicale de Barthez (1 ), d’après les Documents conservés dans les manuscrits de ce grand Professeur. Je vais reproduire ici ce que je revois dans ce Livre, et qui se rapporte aux succès divers des Nouveaux Éléments de la Science de l’Homme. « Le Car- »dinal de Bernis , qui était à Rome et qui avait une haute opi- »nion de Barthez, inspira à M. Salicetti, Médecin de Pie VI, » l’envie de lire cet ouvrage. M. Saliçetti. la communiqua à «plusieurs de ses Confrères. La Doctrine déplut au plus grand « nombre. Ceux dont elle contrariait les préjugés (2), ne se
(1) Montpellier, 1818, in-8°, p. 280.
(2) Les préjugés d’alors devaient être le Cartésianisme et le Hailé* rianismc-
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» contentèrent pas de la déclarer fausse ; ils voulurent encore la » rendre ridicule. Un Élève de Barthez , qui, par extraordinaire ,
» avait un zèle ardent pour la gloire de son Maître, le Docteur vCremadells, Médecin-adjoint de l’Hôpital du Saint-Esprit,
» tâcha de la défendre et contre la censure et contre la raillerie.
» Il fit d’abord quelques progrès ; mais bientôt il trouva dans un vautre Élève du même Professeur un Adversaire acharné, qui » se mit à déclamer avec une véhémence que ne donne pas » communément l’amour de la vérité. La querelle s’échauffant,
» et les Ennemis du Livre ou de l’Auteur commençant à man- » quer d’objections médicales, ils recoururent à d’autres armes.
» Ils prétendirent que cette Doctrine contenait des principes » hétérodoxes, téméraires, sentant le Matérialisme, et ils par- » vinrent à faire imposer silence à celui qui s’en était déclaré » l’Apôtre. Lejeune Docteur était prêt à quitter Rome de dépit,
» quand un Personnage de marque lui conseilla de soumettre » une analyse de toute la Physiologie de Barthez au jugement »du Saint-Siège. Cette analyse, tirée de VOratio de Principio » Viiali Hominis, de la Nova Doctrina et des Nouveaux Élé- » ments, fut renvoyée à une Commission composée de plusieurs » Théologiens et de deux Médecins, dont l’un était M. Adinolfi , » ci-devant Médecin de Clément XIV. Les Cabaleurs persuadè- » rent aux premiers que la Doctrine était pernicieuse ; mais lès «Médecins l’approuvèrent sans restriction (1). Cetté appro- » bation soutint l’espérance du Docteur, malgré le jugement » contraire de la majorité. Il eut encore le courage de porter
(!) Avis au Lecteur.
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«l’affaire à la Congrégation de l’Index, qui nomma deux Théo- «logiens pour l’examiner. L’un des deux était le P. Bonfili, » Religieux Dominicain du Couvent de la Minerve, qui, ayant » attentivement lu toutes les propositions attaquées, prit à cœur » la Doctrine , et fit tant qu’il ramena ses Confrères, dissipa «leurs préventions, leur fit sentir que l’Auteur, loin de favo- «riser le Matérialisme, loin de croire le Corps capable de «penser, mettait en doute s’il l’était d’opérer les Fonctions » Vitales par ses propres forces, et obtint enfin VImprimatur » pour l’Analyse. Elle fut dédiée à M. Salicetti, et publiée » à Rome, en 4779, sous ce titre : Nova Physiologies Elementa ; » elle est accompagnée de deux amples approbations de Mes- » sieurs Adinolfi et Pirri. »
Il est donc évident que la Doctrine de la Dualité du Dynamisme Humain est aux yeux de l’Église Catholique une opinion libre . Est-il donc conforme à la discipline ecclésiastique, à la charité, à la délicatesse, de la déclarer fausse et de la poursuivre , non dans un Dialogisme où un Interlocuteur peut la défendre, mais dans un vrai Sermon, dans un Monologue où un Prédicateur instruit un Auditoire respectueux et muet ? 11 ne faut pas que les Lecteurs se méprennent sur la valeur du nom équivoque de Conférences , que le P. Ventura a préféré pour désigner ses Sermons prêchés à Paris en 4 854.
En réfléchissant sur cé qui se passait à Rome à l’époque assignée , on ne peut pas se dispenser de croire que le Parti contraire à notre Doctrine devait être imbu d’une prévention bien aveugle, pour trouver dans l’ouvrage de Barthez une teinte de Matérialisme. Les esprits devaient alors être gendarmés contre
INTRODDCHON.
VEncyclopédie. Pour tout homme sensé, la Doctrine de la Dualité est un des plus vigoureux arguments contre cette triste erreur. C’est un plaidoyer expérimental contre le Matérialisme et pour le Spiritualisme. Le Livre a été fait pour prouver d’abord que la Vie des Êtres Animés ne pouvait point provenir de la Matière telle que nous la concevons, et qu’il fallait logiquement reconnaître pour les plantes et pour les animaux des Puissances Vitales différentes de celles que l’on voit dans les Êtres Inanimés ; ensuite, que chez l’Homme il faut reconnaître une Puissance Vitale qui a des ressemblances avec celles des Animaux, mais qui a des caractères spéciaux par rapport à ses relations avec l’Ame Pensante ; Puissance Vitale que le Médecin ne peut pas se dispenser d’étudier profondément, puisque cette cause est celle sur laquelle il doit le plus agir ; enfin , que la Puissance Vitale Humaine serait incapable de faire la Vie Intellectuelle qui distingue l’Homme d’avec les Bêtes : il faut donc qu’à cette Puissance Vitale se -joigne une Ame Pensante , trèsdistincte d’avec l’autre cause. L’Auteur a parlé de cette Ame Pensante comme la Foi Chrétienne en parle. Grave, sévère dans sa Dialectique, il n’avait pas mis dans son Livre un mot qui s’écartât de ces pensées générales. Il faut même noter que, dans la seconde édition qu’il a publiée à Paris en 1806, lorsqu’il pouvait écrire en toute liberté , il n’a rien changé à ce qu’il avait mis sur la nature du Principe de l’Intelligence. — D’après cela, que peut-on dire des Théologiens de Rome qui devaient juger cette Doctrine, et qui la trouvaient favorable au Matérialisme? Il y avait certainement chez eux plus que de scrupule théologique.
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