‹ Réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du dynamisme humainChapitre 30 sur 42 · CCXL1V · texte numérisé non relu

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passage que je viens de transcrire : « L’Ame et le Corps étant » unis dans l’Homme d'une manière substantielle. »

Quelle est donc la valeur de l’expression : Manière Substantielle? Dans le cas actuel, elle veut dire que l’Ame dont il s’agit n’est pas une qualité, un mode d’être du Corps, une modification accidentelle de cet assemblage d’Organes; mais qu’elle est une vraie Substance qui, dans la vie, est unie avec le Corps, et qui peut en être séparée après la mort. Cette acception du mot Substance est opposée au Matérialisme, dont l’essence est de considérer l’Intelligence comme une modalité d’un état anatomique du Cerveau. Quiconque déclare qu’il y a incohérence et incommensurabilité entre Pensée et Propriété de la Matière, et qu’il est logiquement forcé de reconnaître une Cause Substantielle autre que le Corps, estïpso facto Spiritualiste ou Anti-Matérialiste.

Quiconque s’est aperçu de la différence qui existe entre le Cadavre et l’Homme Vivant, reconnaît que le second est pénétré d’une Cause de vie et de pensée qui s’est dissipée au moment de la mort. Mais s’il veut réfléchir sur la pénétration réciproque de ces deux Substances, il s’arrête par l’impossibilité de con-r naître, ni même d’imaginer comment des Êtres si différents par leurs natures, soit visibles, soit invisibles, ont pu s’unir. Ce que les Êtres Corporels lui ont appris sur le mélange de ces Êtres Inanimés, sur les attractions des masses, sur l’affinité des molécules, sur la distinction d’une composition et d’une combinaison, n’a pas la moindre relation avec ce qui se passe dans l’union d’une Ame Pensante et d’un Corps. Les Chrétiens, en méditant sur l’union du Verbe et de l’Homme, ont désespéré

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de la représenter par des mots capables de rappeler des idées concrètes : ils se sont contentés de signaler un fait réel, incomparable , qui ne s’est passé que dans l’Homme, lorsque des formes substantielles si disparates se sont unies dans une personne humaine : ce mot est celui d ’Union Hyposlatique. Je ne trouve pas le moyen de formuler autrement la jonction de l’Ame Pensante avec le Système Humain Vivifié.

Ainsi, l’expression Union Substantielle de l’Ame et du Corps chez l’Homme n’exprime qu’un fait incontesté dans l’immense sphère des Intelligences qui repoussent le Matérialisme, sans nous donner aucune idée sur le mode de cet ensemble unitaire.

Que fait donc l’idée de l’ Union Substantielle par rapport à la Constitution de l’Homme, à la nature de cet Être, aux connaissances capables de nous éclairer relativement aux intérêts de sa Santé, et à celles qui se lient à la Morale, tant sociale que religieuse?

De bonne foi, cette idée, exprimant la Sübstantialité d’une Cause essentiellement différente de la Substance Corporelle, et non autre chose tant qu’elle n’emporte pas avec elle d’autre notion, est stérile par rapport aux intérêts multiples dont je parle. Une Sübstantialité sui generis est le résultat du sens le plus ordinaire. Je sais bien qu’elle est inséparable de la Médecine, de la Morale, de la Théologie Naturelle, delà Religion Croyante; mais elle ne les engendre pas nécessairement. Quand on a reconnu que le Principe de l’Intelligence doit avoir une existence spéciale, différente de toutes les autres Causes qui tombent sous nos sens, ou par elles-mêmes, ou par leurs effets, il faut acquérir d’autres pensées pour former la Science Pra-

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tique Médicale , la Science Pratique Morale, la Science Pratique d’une Théologie complète et aimante. Descartes était bien convaincu de la Substantialité de l’Ame Humaine et de son union avec le Corps ; cela ne l’a pas empêché d’imaginer une Médecine fictive, sans usage. Galien était convaincu de la Substantialité de l’Ame, mais il la croyait mortelle. Lucrèce était bien sûr de la réalité d’une Ame Humaine Pensante, et il s’est élevé contre les Organiciens de son temps ; cependant son Poëme n’en a pas moins été une insurrection continuelle contre toute idée religieuse. .

M. de Remusat a dit, peut-être trop brièvement, que la persuasion de la Substantialité de l’Ame Humaine ne nous apprend rien, ni sur sa nature, ni sur sa durée, ni sur le mode de l’union de cette Substance avec le Corps. Plus on y pense, plus on est surpris que le P. Ventura ait mis tant d’importance à cette formule. Il est à croire que son esprit a joint à ce mot non-seulement toute la Psychologie, et tout ce que la Foi nous promet sur la destinée de l’Ame Pensante : mais s’il voulait réfléchir sur la signification radicale et usuelle de ce terme, il verrait que tout le monde la reçoit, excepté les Matérialistes, qui s’obstinent à professer une Foi opposée à la Science de la Substantialité. Il verrait peut-être que si elle n’est pas exprimée dans les Propositions Doctrinales, c’est parce qu’elle est trop vulgaire pour avoir besoin d’être nommée.

Il importe maintenant d’examiner comment le P. Ventura a cherché à prouver que la Définition Bonaldienne de l’Homme est radicalement fausse. Il prétend bien que cette fausseté est pareille à celle des propositions doctrinales de Descartes , de

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Platon et d’autres, dans lesquelles on ne trouve pas articulée la pensée de PUnion Substantielle de l’Ame et du Corps ; maison vient de voir la valeur de ce mot tel que les Lexiques nous l’apprennent. Notre Censeur lui donne une signification beaucoup plus vaste. Ce n’est pas dans un Sermon qu’il a pu construire tout son argument fondé sur ses idées de la Constitution : nous le trouverons ailleurs. Mais, en attendant, regardons quelle est l’idée d’après laquelle il croit avoir rencontré la fausseté radicale de la Proposition Bonaldienne.

A la page 140, il dit : «Or, à la question : Qu'est-ce que c’est d que VHomme ? le Genre Humain entier a répondu : L’Homme » est un composé, non pas artificiel, non pas accidentel, mais » substantiel, de l’Esprit et de la Matière, de l’Ame et du Corps,

» de manière que ces deux Substances nè forment dans l’Homme » qu’un seul composé , un seul individu, une seule personne. »

Je m’imagine que le Genre Humain, livré à lui-même, a été formé de gens qui pensent et d’ignorants ; que les ignorants ont répondu ab hoc et ab hâc, ou suivant une fantaisie, ou de manière à dire : Ego vero Contra ; que les hommes sensés et de bonne foi ont dit que l’Homme, loin d’être homogène, est un composé de substances très-diverses , de substances prodigieusement différentes ; que l’Homme n’a pas été fait artificiellement par l’Intelligence Humaine; que non plus ses éléments n’ont pas été réunis par la nécessité de la cristallisation, ni par le hasard ; que tout a été fait par une Intelligence Supérieure ; que chez l’Homme, comme dans tous les Animaux, le Corps, semblable à de la terre j est uni à un Dynamisme Animateur ; que ce Principe Animateur, qui est celui de l’irritation, des mouve-

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