‹ Réponses à des objections faites contre le principe de la dualité du dynamisme humainChapitre 31 sur 42 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

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INTRODUCTION

ments de circulation, des fluxions, des maladies, des inflammalions, doit avoir une grande analogie partout, puisque Louis XVIII a réuni, dans la même Académie de Médecine, les Médecins et les Artistes Vétérinaires ; que le Principe de l’Intelligence a été reconnu être d’une nature fort différente de celle delà Matière , puisque l’Autorité a créé une Académie des Sciences Morales et Politiques , sans doute parce que la Puissance qui fait les Lois, conserve la Religion , crée l’Encyclopédie , ne doit pas être une de celles dont on s’occupe à l’Académie des Sciences et à l’Académie de Médecine ; que l’Homme ne porte ce nom que lorsqu’il est complet ; que les productions humaines, où l’on est trèscertain que l’Ame Pensante ne réside pas, sont appelées Monstres et non pas Hommes ; que tout Individu manifestement pourvu de l’Ame Pensante est appelé Homme, quelque informe que puisse être l’Agrégat Matériel.

La Proposition Bonaldienne contient-elle une idée qui infirme quelqu’une de ces notions? «L’Homme est une Intelligence » servie par des Organes. » J’ai beau y chercher, ou une erreur, ou une pensée hasardée , ou l’omission d’une idée nécessaire à un caractère analytique : je n’y sais rien trouver de répréhensible.

Il ne s’agit pas de signaler l’Être par des caractères extérieurs comme les Naturalistes les demandent : la question roule sur la nature de l’Homme, afin qu’elle réponde à l’explication de l’histoire de sa vie connue.

Le Peuple a répondu à ce qu’a dit le Psalmiste : N'imitez pas le cheval et le mulet qui n'ont point d'Intelligence. Mais des Savants s’appliquent à professer que les Animaux et l’Homme

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sont tous foncièrement de même nature ; que leurs actions dépendent d’un même Dynamisme , c’est-à-dire de l’Intelligence exprimée par les besoins.

La définition : L’Homme est un Animal raisonnable, peut suffire à quiconque préfère l’avis de David à celui des Naturalistes , et qui, préoccupé de la destinée future de l’Homme , voit avec indifférence ses intérêts temporels. Le Médecin- Citoyenne peut pas se contenter d’une connaissance aussi superficielle , et dont le seul caractère distinctif soit Contesté dans une sphère très-considérée. Il a besoin d’un signalement qui fasse apercevoir dans l’Être l’élément dominant de toute la Nature , qui subordonne assez les autres éléments au premier, pour que cette subordination concoure puissamment à ce signalement ; enfin, qui nous permette de distinguer, entre ces élé>ments, les divers intérêts qu’il nous importe de soigner suivant leurs besoins respectifs..

La Définition Bonaldienne semble avoir été faite spécialement pour la Médecine ; elle nous présente l’Homme tel que nous avons besoin de le connaître. Elle a, de plus, le mérite de renfermer implicitement les réalités vulgairement connues , et de ne rien énoncer qui soit contestable. En disant ce que j’y vois , c’est dire que j’y cherche vainement la fausseté radicale dont le P. Ventura l’accuse.

Le premier élément que l’Auteur présente est une Intelligence : c’est donc une substance, et non une qualité.

Le second élémentestl’Ensembledes Organes : autre substance.

Est-il nécessaire de dire que ces deux éléments substantiels sont unis ? Non . puisque l’Homme n’est présenté que comme

un Agrégat. Cet Agrégat est formé de deux substances ; mais comme l’une des substances est une Intelligence douée de volonté , et que personne n’ignore que cette Intelligence ne peut pas abandonner l’autre substance spontanément, le sens le plus commun nous apprend que toutes deux sont unies, attachées ensemble, quoique cette union substantielle incontestable nous soit inconnue en elle-même. La réalité de l’union est à l’abri de tout problème. La séparation des deux substances est inévitable, et néanmoins l’Intelligence est incapable d’opérer un divorce volontaire. Les conditions physiques de cette union, les variétés de ces conditions , l’étendue de l’union par rapport à la totalité de la Substance Corporelle, les limites de cette même étendue, et les changements accidentels qui peuvent survenir dans le même Individu, dans le cours de son existence , sont des connaissances spéciales que les Agents de l’Art cherchent à fixer par de longues expériences. Ces connaissances sont trop spéciales pour qu’elles puissent entrer dans une définition générale. Néanmoins, il n’est pas mal que le Public ne considère pas l’union de ces deux substances comme-celle de deux substances qui, chimiquement réunies par combinaison, sont liées molécule pour molécule.

Mais un objet de la plus grande importance, dans la Définition Bonaldienne, est de présenter le Système des Organes comme une substance collective, vivifiée ainsi que celle des Animaux privés du Principe de l’Intelligence, avec cette différence que, chez les Animaux, la vivification est suffisante pour exécuter toute la Vie Naturelle de l’Individu ; tandis que, dans l’Espèce Humaine , la vivification du Système Organique

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est bornée à exercer les fonctions immanentes, les fonctions naturelles , les fonctions instinctives, et à rendre des services au Principe de l’Intelligence, où résident les sources de la fonction de la Vie , qui appartient à l’Homme seul.

Cette vérité , acquise par la Philosophie Expérimentale , et conservée spécialement par les Médecins, est du plus grand intérêt. Elle est pour nous si importante, que si nous l’ignorions, nous ne concevrions pas la possibilité de faire de l’Art Médical une vraie Science; Or, je ne puis pas croire qu’une connaissance aussi étroitement liée aux besoins de l’Humanité paraisse une superfétation dans une Définition de l’Homme.

Est-il moins important de connaître cètte vérité quand il s’agit de savoir, sous les rapports moral et religieux , si l’Homme et la Bête sont dans les mêmes conditions relativement à leurs moeurs respectives. Le Dynamisme de l’Animal est-il identique avec celui de l’Homme ?

Feu M. de Bonald a rendu autant de services à la Science, à la Médecine et à la Morale, qu’à la Religion , quand il a mentionné le servage dès Organes vivifiés en faveur de l’Intelligence. Ce qu’il a dit est l’expression de ce fait. «Quand l'Homme » naît, il est muni d’un Système d’Organes; le Principe de soii » Intelligence est profondément ignorant, et il est aussi înca- -» pable de se servir de ses instruments, qu’il l’était de les fabri- » quer. — Les besoins du nouveau-né sont pressants, et la » raison qui les appréciera et qui sera en état de les satisfaire, » n’existera qu’après plusieurs années. Cependant les Organes » ont exprimé ces besoins ; ils ont remué les entrailles de ceux » qui voulaient le conserver, et quand les moyens de secourir

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» le malheureux ont été à la portée du Corps Organisé qui les » demandait, les Organes s’en sont servis de concert, pour » retenir dans cette demeure l’Esprit Intellectif pour lequel elle » avait été faite. Yoilà pourquoi des muscles pectoraux qui » avaient entrepris le jeu alternatif de l’inspiration et de l’expi- » ration, se sont joints avec ceux du larynx et de la face, pour » opérer un vagissement propre à éveiller et intéresser la mère » ou celle qui en tient lieu. Yoilà pourquoi un mamelon appli- » qué sur les lèvres de l’enfant a été promptement embouché » par les lèvres et par les muscles correspondants, et pour- » quoi les lèvres et les muscles buccaux ont exécuté une succion » continue, au moyen de laquelle est venue couler la liqueur » qui devait alimenter la créature. Cette attraction ne suffisait «pas: avant que le lait parvînt à l’estomac qui doit le digérer, » il fallait qu’il traversât une gorge étroite d’où partent des » chemins par où l’aliment pouvait, ou se perdre, ou devenir la «cause d’une suffocation mortelle. Des muscles nombreux, dont » la Volonté sera le propriétaire quand la Raison saura vouloir, «sont provisoirement à la disposition d’une forme substanvtielle, automatique, vitale, régente durant la minorité de «l’Ame Pensante; forme puissante qui opère une déglutition » dont l’admirable mécanisme rivalise avec l’Intelligence la plus «exercée, afin que le lait n’incommode ni les caisses tympa- » niques des oreilles, ni les fosses nasales, et qu’il ne vienne «pas obstruer mortellement le conduit aérien du larynx et de «la trachée. La synergie de ces actions musculaires prouve » l’Unité de la Cause Agissante, mais purement Instinctive, qui «supplée à la future Intelligence. »

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Est-ce qu’il n’y en a .pas assez pour reconnaître dans l’Homme la Puissance Vitale Instinctive, pareille à celle des Animaux, et essentiellement différente del’Tntelligence Humaine? Faudraitil ajouter quelque chose pour prouver que cette Puissance Vitale n’est pas une faculté propre à l’Ame Pensante, comme les Partisans de l’hypothèse Animisme ou Stahlianisme aiment a le supposer? Il n’est pas difficile de les détromper. Ii n’y a qu’à leur citer la vie, d’un ou de plusieurs jours , observée sur des nouveaux-nés qui sont venus entièrement dépourvus d’encéphale. De pareilles monstruosités ne nous permettent pas même de soupçonner la présence de l’Ame Pensante.

En supposant que des obstinés voulussent feindre un doute sur l’absence du Principe de l’Intelligence, afin de terminer la contestation, il n’y aurait qu’à rappeler les Monstres Acéphales, dont une partie du corps a été imparfaitement fabriquée. De ces Monstres Acéphales il faut remarquer surtout celui que fit connaître au Monde Savant, dans la première moitié du dernier siècle, un homme célèbre par ses travaux en Anatomie, par ses efforts pour le perfectionnement de la Doctrine De Usu Partium , par ses recherches sur la Tératologie, et par sa délicatesse relativement à la Conscience Religieuse, qu’il mit sous la direction de l’illustre Bossuet : je veux parler du Danois Winslow, Neveu de Stenon. Le Monstre qu’il présenta à l’Académie des Sciences de Paris, en 1740, était « un Enfant sans tête, sans col, sans «poitrine, sans cœur, sans poumons, sans estomac, sans foie, «sans rate, sans pancréas, sans une partie des premiers intestins. » Dans cet Enfant on voyait , comme j’en suis certain par le dessin qui en est resté, une grande portion.de figure humaine,

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dont les extrémités pelviennes, les parties génitales externes, les pieds, quoique estropiés, ne peuvent appartenir qu’à l’Homme. Dans cette même représentation, on voit une création d’organes dont l’emploi nous est bien connu, l’ombilic, le cordon ombilical et ses vaisseaux, plusieurs veines du bas-ventre, la vessie, l’ouraque, les reins, les uretères, le rectum avec une partie du colon, les vertèbres des lombes ; instruments que nous jugeons avoir été entrepris par un Pouvoir qui agit conformément au type de l’Espèce Humaine à lui imposé, mais qui semble avoir été dans une sorte de découragement, quand l’absence du Principe d’intelligence a rendu vaine et sans but une grande fabrication commencée.

Que puis-je donc voir de radicalement faux dans la Définition Bonaldienne? Est-ce une Intelligence, mise en tête comme ce qu’il y a de plus digne? Est-ce que, mise la première comme objet principal, elle n’est pas déclarée substantielle? Est-ce que les Organes ne forment pas une autre substance ? Si les deux éléments de l’Homme sont des substances, leur union, quelle qu’en soit l’essence, n’est-elle pas. substantielle logiquement, quoique l’expression grammaticale ne soit pas articulée? Le mot t/mon était-il nécessaire, lorsque personne ri’ignore que l’on ne peut pas piquer un point de là peau avec la pointe d’une aiguille, sans faire souffrir l’Ame Pensante ? Puisque le Genre Humain entier a dit que l’Homme est un composé de l’Ame et du Corps substantiellement réwnis, est-il possible d’imaginer que feu M. de Bonald a voulu s’insurger contre cette vérité si vulgaire ? S’il n’a pas reproduit la même idée, en a-t-il reproduit -une autre qui dût l’exclure?.C’est oumue

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négation, ou une substitution de cette nature, qui auraient été nécessaires pour y trouver de la fausseté.

Des Propositions, explicitement formulées contre la Vérité, sont les seules que l’on puisse taxer de fausseté, quand elles sortent de la bouche ou de la main d’un homme dont l’intention est pure. J’aurais bien désiré que le P. Ventura se fût souvenu d’un mot de Saint Augustin , que je rencontre, non dans les textes de l’Auteur, mais dans une citation. Un Biographe moderne de Pélage dit : « Il ne faut pas oublier un trait remar- » quable de Saint Augustin à l’occasion de quelques Propositions » qu’il reprend dans Julien , quoiqu’elles paraissent conformes » aux Saintes Écritures. Ces Propositions ,—dit-il—, sont Vraies » et Catholiques : elles sont Vraies dans les Livres Saints ; » mais elles ne sont pas Catholiques dans Julien , parce qu’elles »ne sont pas dites avec un esprit catholique. C’est la réponse » qu’il convient de faire à ceux qui prétendent si souvent justi- «fier, par l’autorité des Divines Écritures et des Saints Pères, «les Propositions condamnées dans les Novateurs. Les expres- » sions peuvent quelquefois être les mêmes ; mais le sens qu’elles » renferment, et l’esprit qui les fait proférer, sont bien différents. » — Or, que pouvait-on supposer dans l’esprit et dans le coeur de l’Auteur de la Définition Bonaldienne, qui fût radicalement faux?

La prétendue fausseté de la Définition de M. de Bonald est la prévention malheureuse dont le P. Ventura n’a pas pu se défendre, le révoltant et dangereux Monothélisme de Stahl, et une aversion fort malencontreuse contre le Dualisme Hippocratique du Dynamisme Humain. Il lui a plu de.se figurer que

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l’Ame Pensante Humaine est unie à la Chair Humaine crue, telle que doit être le cadavre d’une bête assommée quand elle n’a plus ni chaleur, ni irritabilité, ni circulation, ni force motrice, ni puissance anti-septique ; car ces qualités conservatrices des chairs animales n’existent qu’en vertu d’une Force Vitale qui n’est point de l’Ordre Physique. Suivant lui , la Puissance Vitale, qui serait la source de la synergie des muscles dans l’exercice des fonctions instinctives d’un nouveau-né, serait contraire à la Proposition de V Union Substantielle de l’Ame et du Corps.

Ce que je ne conçois pas, c’est que dans les Substances de l’Ordre Métaphysique on compte autant sur l’impénétrabilité qu’alors qu’il s’agit des Corps grossiers. Cependant certains Impondérables se pénètrent sans peine. Les rayons de lumière obéissent aux Lois de leurs mouvements, sans que leurs croisements les entravent. S’il en est ainsi de substances dépourvues d’Unité, de Finalité, de Vie, est-il raisonnable de craindre des obstacles d’impénétrabilité, quand il s’agit de philosopher sur la rencontre de formes substantielles de l’Ordre Métaphysique, soit entre elles, soit avec les Corps?

Dans les Symboles de la Foi Chrétienne, nous lisons que le Verbe Divin s'est uni avec la Chair Humaine (et incarnatus estJ. Nous savons que cette Formule est abrégée; que Dieu ne s’est pas uni seulement avec la Chair, mais avec le Corps, le Sang (et l’on sait tout ce que signifie le mot Sang , suivant le langage du Vieux Testament ), et avec l’Ame Pensante de l’Homme tout entier. Les Théologiens les plus instruits en Philosophie Naturelle peuvent imiter l’ellipse grammaticale usitée dans

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la langue chrétienne , et dire, en formulant la Constitution de l’Homme, un Corps et une Ame Pensante substantiellement unis , et par conséquent omettre la Force Vitale que les Médecins savent être indispensable pour ce complément. Mais cette omission, permise en Théologie, est une tolérance qui ne doit pas être poussée jusqu’à laisser appeler fausseté une Vérité naturelle, acquise par la Philosophie Expérimentale, indispensable en Médecine Pratique et en Médecine Légale, insérée dans les Livres Saints, d’une grande utilité dans les Sciences, dans l’Éducation Libérale et dans la Morale Publique.

11 est vrai que, quand les deux propositions opposées sont libres, et considérées comme deux opinions, il est difficile de limiter l’improbation que chacun peut exprimer contre celle qu’il rejette. Cependant, la limite pouvant s’éloigner autant que la conscience et la conviction, un Homme de sens qui se sent porté à l’exaltation, et doué de verve et d’énergie, peut trouver dans son Ame une certaine règle : je veux parler d’un sentiment de pudeur qui ne permettrait pas d’employer des termes outrageants prononcés à côté du Nom respecté que l’on combat. Un Homme de goût trouve le moyen de modérer les coups donnés aux Adversaires que le Public honore. J’ai peine à croire que le P. Ventura eût traité de fausseté radicale la Doctrine de la Dualité, s’il s’était imposé d’articuler les noms des personnes à qui il avait affaire. Se serait-il servi de la même expression, s’il avait été obligé de l’accoler aux noms de Moïse , de Saint Paul , de Saint Augustin , de Saint Grégoire de Nysse, du Bienheureux Albert-le-Grand , Maître et Ami de Saint Thomas d’Aquin, et de tant de Personnages auxquels l’Humanité, la

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Science et la Vertu rendent hommage, et qui sont les Adversaires de son hypothèse ?

J’ai de la répugnance à revenir sur l’Écrit du P. Ventura, intitulé : De la vraie et fausse Philosophie ; cependant, comme c’est là qu’il a formulé le plus explicitement son argument contre la Doctrine de la Dualité du Dynamisme Humain, je ne puis guère me dispenser de le suivre, et de défendre notre Enseignement contre toutes ses attaques.

LXII. Les Paragraphes 20 et 21 de cette Lettre sont les lieux où l’Auteur a réuni la plus grande partie de sa Réfutation. Les déductions qu’il en tire forment d’autres Paragraphes : mais je dois me borner à l’examen de la Constitution de l’Homme, pour voir s’il est vrai que la connaissance acquise sur ce point par la Philosophie Naturelle Inductive et Expérimentale est en opposition avec la Foi Chrétienne.

Dans le titre du Vingtième Pai'agraphe, je lis les premières idées de la Réfutation. « Qu’est-ce qu’une définition? L’essence »de l’Homme consiste en cela, que l’Ame et le Corps y sont » substantiellement unis, en sorte qu’ils en forment un composé «substantiellement uni» — Dès ce moment, je vois la cause du mécompte qui nous empêche de nous entendre. Cette Unité de l’Homme, entendue différemment entre notre Censeur et nous, suffira pour faire des volumes de polémique, si la Théologie et la Philosophié Expérimentale ne se servent pas d’une langue commune.

Suivons pas à pas les Propositions du P. Ventura dans ce Paragraphe.

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ceux

Qu’est-ce qu’une définition, suivant lui? « Une définition » n’est que l’objet défini lui-même, présenté sous des traits et » des couleurs auxquelles il est impossible de le méconnaître ;

» c’est l’expression claire et précise de la nature, de l’essence » de l’objet défini. »

Si le mot définition n’était employé que dans ce sens, nous pourrions dire qu’il n’en existe qu’en Mathématiques et en Grammaire. Mais, dans la Science de la Nature, il faut bien que nous nous contentions de formules qui suffisent pour nous apprendre a discerner les objets qu’il serait aisé de confondre. Exiger que la définition soit l'expression claire et précise de la nature , de l'essence de l'objet défini, c’est vouloir une description longue, étendue, composée d’un grand nombre d’idées. C’est sans doute pour avoir été aussi difficile, que Port-Royal a trouvé si défectueuses presque toutes les définitions d’A ristote. Ce n’est pas à dire pour cela qu’elles soient, ou fausses, ou inutiles : il faut convenir qu’il y a une foule de signalements qui sont instructifs, suffisants et exempts de fausseté, qui rempliraient les fonctions de définitions, sans en mériter rigoureusement le titre.

Dans l’usage, nous pouvons considérer comme une définition relative , tout signalement précis d’un objet qu’il nous importe de bien distinguer de ceux avec lesquels il a des rapports. Or, cet intérêt peut varier suivant les temps, les lieux, les sphères sociales.

Plusieurs Définitions de l’Homme peuvent être vraies, quoique très-différentes. Je ne serais pas surpris qu’aucune de celles qui existent ne plût à tout le Monde; mais il n’en est pas qui

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ne convienne à quelqu’un, puisqu’elle plaît au moins à son Auteur. — Il peut très-bien se faire qu’un même Individu apprécie différemment une même définition à diverses époques de la vie, parce que ses besoins intellectuels ont changé dans différentes circonstances. C’est précisément ce qui est arrivé au P. Ventura , puisqu’il a vu d’abord avec admiration celle de feu M. de Bonald , et que, trente ans après , non-seulement il n’y a plus aperçu les qualités que demandait Port-Royal, de convenir complètement à l’objet, de ne convenir qu’à ce même objet, d’être aussi clair que juste , mais encore qu’il y a vu des idées radicalement fausses.

De tout cela je conclus que je dois conserver toute Définition de l’Homme, pourvu qu’elle ne soit pas fausse, et préférer celle qui me sera la plus conforme aux points de vue sous lesquels je dois connaître l’objet.

La seule qui me convient le plus, c’est la Bonaldienne. Je l’ai acceptée et enseignée dès. son apparition ; et comme l’étude que j’ai faite consciencieusement, depuis cinquante ans, du même objet, ne m’a jamais rien montré qui infirmât les idées renfermées dans cette Définition , je persiste dans l’emploi de cette formule, quand il faut présenter à nos Élèves^ l’idée médicale la plus substantielle de l’Homme.

Le P. Ventura (1 ) nous présente ce Syllogisme : « Une défi-r » nition qui donne une idée erronée et fausse de la nature et » de l’essence de l’Homme, n’est pas seulement inexacte et in- » complète, elle est fausse et erronée. Or, la définition que

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»M. de Bonald a donnée de l’Homme (une Intelligence servie »j oar des Organes) exprime une idée erronée et fausse de la » nature et de l’essence de l’Homme; donc, etc..... »

Tenons-nous bien sur nos gardes. — La majeure ne m’épouvante pas ; elle ressemble tant aux vérités de La Palisse que nous pouvons la laisser passer.

Quant à la mineure , c’est autre chose. Nego minorem , et je ne lui livrerai passage qu’à bonnes enseignes. — C’est à présent que l’Adversaire va chercher à nous fasciner avec les paroles de Substantialité et d’ Unité ; nous connaissons la valeur de la première, munissons-nous bien de celle de la seconde.

Le P. Ventura , pour bien préparer ces deux talismans, semble vouloir d’avance nous dispenser de songer aux Éléments du Corps, et porter uniquement notre attention sur l’ Union (1 ) : « La nature ou l’essence même de l’Homme n’est pas dans ce «qu’il est une Intelligence; car il y a des Intelligences (les » Anges ) qui ne sont pas l’Homme. » — Est-ce que l’Homme peut porter ce nom quand il est privé de l’Intelligence? EsVce que, quand il s’agit de l’Intelligence Humaine, et que nous la considérons comme une substance, nous ne sommes pas persuadés que cette Intelligence est une substance sui generis,

. unitaire, individuelle, essentiellement discernable, incommunicable? Est-ce que M. de Bonald a voulu faire l’Intelligence Humaine de la même étoffe que celle des Anges ? — Il ne s’agit de rien de tout cela. Le Censeur veut porter notre attention sur la question des Essences des Êtres : voilà la grande affaire. On

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introduction.

se souvient de la contestation entre Descartes et Gassendi sur VEssence de la Matière, le premier prétendant que c’est YÉtendue , et le second prétendant que c’est la Solidité. C’est cet ordre d’idées que le P. Ventura a voulu choisir pour terrain de la dispute. Continuons de le suivre.

« La nature ou l’essence de l’Homme n’est point non plus » dans ce qu’il a des organes ; car il y a des Êtres (les Animaux » et les Plantes ) qui, tout ayant des organes, ne Sont pas » l’Homme non plus. La nature ou l’essence de l’Homme n’est » pas enfin dans ce qu’il est une Intelligence ayant un corps »ou seryie par un corps : un Ange prendrait-il un corps hu- » main , aurait ce corps et serait servi par ce corps, qu’il ne » serait jamais un Homme. »

Je voudrais ne pas interrompre les idées de la discussion; cependant je ne puis pas m’empêcher de remarquer, dans l’argumentation de notre Adversaire, des assertions extra-logiques. La Définition Bonaldienne est de l’Ordre de la Philosophie Naturelle Inductive Expérimentale. Elle a été faite pour lès Savants occupés des connaissances sociales, et elle n’a eu et ne continue d’avoir tant de succès que parce qu’elle dérive du bon sens humain, qu’elle n’est associée avec aucune des croyances révélées , mais aussi qu’elle est exempte de toute idée qui pourrait être en opposition avec les Propositions textuelles de la Foi Chrétienne. Puisque nous disputons sur un point où il s’agit simplement d’indiquer la ligne de démarcation entre la Fraie Philosophie et la Fausse Philosophie, je prétends que la Définition Bonaldienne est tout entière dans la Philosophie Vraie, sans qu’il soit possible de la voir jamais aux confins des deux.

INTRODUCTION

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D’après ces conditions, tout argument théologique qui n’exciperait pas d’une atteinte à la Substance de la Foi, doit être exclu consciencieusement de la discussion. J’ai donc le droit de me plaindre de ce que, dans les exemples qu’il cite, l’Antagoniste prétend implicitement connaître assez Y Histoire Naturelle des Anges , pour la mettre en jeu dans notre polémique.

Cependant, puisque notre Adversaire a tant d’instruction sur des choses si éloignées de nos études, je serais curieux d’entendre sa réponse à la question que sa dernière assertion m’à suggérée.

Pourquoi une Intelligence , qui ne serait pas inférieure à celle de l’Homme, serait-elle radicalement incapable de remplir toutes les fonctions, et d’essuyer toutes les vicissitudes de la Vie Humaine , quand on lui fournirait un Agrégat Vivant capable de remplir tous les services de l’Organisme? — Nous sommes d’autant plus intéressés à connaître le savoir du P. Ventura sur cette matière, que dans des cas où il a plu au Tout-Puissant de donner à des Anges la charge de remplir certaines fonctions humaines, et de les munir pour cela d’organes anthropiques, tout le monde s’y est trompé.

Quand Dieu voulut annoncer à Abraham ce qu’il avait l’intention de faire pour lui et pour sa postérité, et de punir du dernier supplice des peuples pervers et criminels, trois Individus Humains vinrent faire ces communications au Patriarche, et personne ne se douta de la dignité des Intelligences qui animaient ces Agrégats Humains. Ils furent reçus comme trois hommes étrangers, et l’Historien Sacré les appelle trois hommes. Il est à croire que ces Anges firent pour lèurs corps

INTRODUCTION

humains ce que nous faisons pour les nôtres, et leurs Intelligences acceptèrent vraisemblablement de leurs organes ce que nous acceptons des nôtres. On leur lava les pieds; on usa de tous les moyens dont on se sert pour délasser les voyageurs ; on se hâta de leur préparer un repas fort copieux , des pains cuits sous la cendre, et un veau tendre convenablement apprêté. Les hommes mangèrent, et ils ne parlèrent d’affaires qu’après le dîner. Deux terminèrent leur expédition; ils furent convaincus de la culpabilité des villes inhospitalières qu’ils visitaient; et les soins employés pour les défendre des insultes dont ils étaient menacés, prouvent que toutes leurs formes et leurs actions ne permettaient pas de les voir autrement que comme des hommes.

Lorsque le Verbe Divin, l’Intelligence Infinie, daigna habiter parmi les Hommes pour opérer leur Rédemption et la nôtre, il ne se contenta pas de prendre la forme humaine : il devint réellement Homme. Nous savons bien qu’il était plus qu’un Homme; mais la présence de sa Divinité n’empêcha pas de voir en lui l’Humanité tout entière, d’en laisser développer les phases naturelles , les besoins, les souffrances, les faiblesses, la vulnérabilité , la mort , tout enfin, excepté le péché, comme dit Saint Paul.

D’après cela, je voudrais que le P. Ventura nous dît quelles sont les raisons naturelles d’après lesquelles il avance qu’il n’y a pas de possibilité à ce que l’Intelligence Angélique anime un Agrégat Matériel, vitalement organisé et construit suivant le type humain. Comment ont été les Anges que l’on a vus sous forme humaine, et dont le Nouveau Testament nous a conservé

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l’Histoire? S’il ne s’agissait que de ceux qui ont été vus, diverses Causes naturelles ont pu amener ces apparences, sans -avoir besoin des organes et des membres. Mais comment ont pu être produits des effets physiques, matériels, par des Anges qui avaient la figure humaine, et qui n’auraient pas eu des organes charnels ? Citons pour exemples l’Ange qui battit si rudement de verges Héliodore , spoliateur du trésor du Temple de Jérusalem ; l’Ange qui ôta du Tombeau de Jésus-Christ la lourde pierre qui le fermait ; les Anges qui, d’après Eusèbe , maltraitèrent un Prêtre du commencement du III e Siècle, chez qui la cupidité l’avait emporté sur la ferveur. Ce dernier fait se trouve ainsi reproduit par Le Lover , dans son Discours des Spectres. « Sous l’Empire de Septime-Séyère , Empereur, y eut » un Prêtre nommé Nat aiis visité des Anges: mais pour sa » correction, comme je dirai. En ce temps il y avait un Ascle- » piodotus , Hérétique, qui pour introduire une nouvelle secte » qu’il bâtissait en l’esprit, voulut attirer Natalis pour être de » son parti , lui promettant de grands gages, et qu’il le ferait » Évêque de ses Sectaires. A cela Natalis prêtait l’oreille : mais » Dieu ne voulut qu’il se perdît, et l’admonestâ par visions et » songes de ne croire Asclepiodotus. Ces avertissemens recevait » Natalis assez lâchement, ne pensant qu’ils vinssent de Dieu. »Mais enfin de nuit , ce dit Eusèbe (1), se présentèrent des » Anges à lui, et tant que la nuit dura ne cessèrent de le fouetter »si durement, que le lendemain il vint trouver le Pape Zephirin, » se prosterna à ses pieds, et lui montrant les plaies qu’il avait

(1) Bist . Eccl . Lib . V .

INTRODUCTION

«reçues des Anges, demanda humblement pardon de sa faute «qu’il lui confessa (1). »

C’est une digression peut-être inopportune; mais on conviendra que son initiative ne part pas de moi.

Voyons quelle est donc la nature ou l’essence de l’Homme , suivant le P. Ventura. « La nature ou l’essence de l’Homme » consiste en cela qu’il est une Intelligence unie au Corps, d’une «manière si intime, qu’elle ne forme avec le Corps qu’un com- »posé réel, naturel , essentiel, substantiel, et non pas un » composé seulement accidentel , artificiel , moral , factice. Cela » est si vrai, que, la séparation de l’Ame et du Corps arrivant » par la mort, on a une Ame d’un côté et un Cadavre de l’autre ; «mais Y Homme n’y est plus. Et c’est la raison pour laquelle, » dans le langage universel du Genre Humain, qui est le langage » de la Nature, et par cela même de la Vérité, on ne dit pas, on «n’a jamais dit de l’homme qui vient de mourir: Cet homme «est au Ciel ou aux Enfers; mais on dit : Son Ame est aux «Enfers ou au Ciel; car l’Ame de l’Homme n’est pas plus » VHomme que ne l’est son Corps. »

Franchement et sans détour, nous voyons que le P. Ventura ignore ou rejette la Dualité du Dynamisme de l’Homme, Principe démontré et établi chez les Médecins depuis vingt-trois siècles. Ce Principe peut être considéré comme une opinion chez les Personnes qui ne sont pas forcées d’étudier sérieusement la Science de l’Homme; mais, chez les Médecins, la Dualité

(1) Discours des Spectres, ou Apparition des Esprits, etc. L. III, Ch. IX, pp. 229-230.

INTRODUCTION

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du Dynamisme Humain est un fait dont la dubitation est une preuve de noviciat, et dont la négation formelle est une preuve d’inscience relative , passible d’un renvoi à l’école.

Remarquons que, chez l’Auteur, le mot Intelligence est employé comme synonyme de Dynamisme Humain. Souvent une assertion n’est vraie que lorsque le mot est employé, seulement quand il se rapporte à là coopération des deux Puissances ou à l’action de la Force Vitale. Je prie mon Lecteur de se souvenir de la distinction des Deux Puissances de notre Dynamisme r en une Force Vitale, commune, avec des différences, à l’Homme et aux Bêtes; et en une Ame Pensante ou une Intelligence, Substance Spirituelle, Principe de l’Entendement, appartenant exclusivement à l’Homme. Faute de cette distinction, notre Adversaire brouille tout, et attribue à l’ensemble ce qui n’appartient qu’à une des Puissances , ou il attribue à l’Intelligence ce qui n’appartient qu’à la Force Vitale.

Il vient de dire : « La nature ou l’essence de l’Homme con- »siste en cela que VIntelligence est unie au Corps, d’une ma- » nière si intime qu’elle né forme avec le Corps qu’un composé «réel, naturel, essentiel, substantiel. » — Un peu plus bas, pages 65 et 66 : « La nature ou l’essence de l’Homme consiste » encore en cela qu’en conséquence de cette unité d’être, propre » de l’Ame et partagée par le Corps, les opérations humaines » ne sont pas tout-à-fait ni de l’Ame toute seule, ni du Corps « tout seul, mais sont du corps animé, ou de l’homme-corps, « sont de tout le composé, sont, en un mot, de l’Homme. «

La conséquence de cela est que tout acte humain a son initiative dans l’Ame Pensante et dans le Corps ; que le Corps est

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