CCLXVIII
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actif comme l’Ame Pensante. La Philosophie Expérimentale ne nous apprend pas cela : le Corps Animal, dépourvu de Force Vitale, n’a d’autre tendance active que celle de corrompre l’Agrégat. S’il faut à l’Ame Pensante une coopération pour un acte, elle ne peut la trouver que dans la Force Vitale.
Dans mes Conférences de Physiologie, j’ai fait plusieurs fois cette demande : Pour une action morale, pour s'imposer l’obligation de remplir un devoir pénible, d’où part l’initiative? Est-ce de l’Ame Pensante , ou est-ce des molécules des muscles? La Matière a-t-elle sa part dans la naissance du motif ? Le Dialogiste à qui je m’adressais a toujours répondu que l’initiative ne pouvait être que dans le Principe de l’Intelligence. C’est sans doute le bon sens qui suggère cette réponse.
On vient de voir que, suivant le P. Ventura , l’Ame, toujours composée avec le Corps, pense toujours conjointement avec la Matière, son inséparable. Cependant il ne doit pas être bien sûr de son fait, puisque, dans son même Livre : De la vraie et de la fausse Philosophie , je lis aux pages 111 et 112 ces mots qui s’adressent à certains Philosophes : « Ainsi, on a généralement «méconnu la sublime faculté de l’Esprit Humain de se former » des idées, non pas au moyen du cerveau, ou de la parole » recueillie et pensée dans le cerveau , mais au moyen de Z’en-
» TENDEMENT AGISSANT. »
Mais si l’Entendement Agissant, c’est-à-dire l’Intelligence, opère sans le cerveau, il n’est donc pas vrai de dire, ce qui est assuré dans la page 66 du même Ouvrage, « que les opérations » humaines ne sont pas de l’ Ame toute seule, ni du Corps tout «seul, mais du corps animé, ou de l’homme-corps. » Il y a
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de la contradiction relativement à F Union de l’Ame et du Corps. Puisque, dans cette Lettre, il s’agit de la vraie et de la fausse Philosophie, où la Vraie se trouve-t-elle? Est-ce à la page 66, ou est-ce à la page 142?
LXIII. La Doctrine de l’Union du Dynamisme Animateur avee l’Agrégat Matériel des Êtres Vivants, est trop difficile et trop profonde pour qu’elle puisse entrer dans une définition concise, claire et à l’abri de toute discussion. L’Auteur de la Définition Bonaldîenne s’est bien gardé de toucher cette corde. — Les termes de cette Union , si chers à l’Adversaire : Compose réel, naturel , essentiel , substantiel, sont acceptés sans peine par tout le monde; pourquoi? parce que cette Union est pareille à celle des Dynamismes de tous les Animaux. D’après cette pensée, on ne voit jamais une solution de continuité entre les deux éléments, entre le Corps et son Dynamisme. Mais une Union pareille, également la même chez nous et dans les Bêtes, peutelle être VEssence de l’Homme?
Une semblable Union est'celle de la Force Vitale, ou Ame à la fois végétative et irrationnelle de l’Homme et des Animaux. Chez tous ces Êtres Vivants , la Puissance préserve le Corps d’une corruption toujours imminente. Mais cette fonction n’a pas son pouvoir et son origine dans l’Intelligence, qui est étrangère à la nutrition, à la formation, à la conservation des Organes ; qui est incapable de rien changer au nombre des poils et des cheveux, mais qui est la créatrice des Nations, de leurs villes, de leurs lois et de leurs bibliothèques.
Mais s’il s’agit d’examiner le mode, ou, pour ainsi dire, le
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mécanisme de l’union de l’Intelligence avec le Corps de l’Homme, presque tout est problème. — L’Intelligence est unie avec l’Agrégat Matériel ; mais celte union est-elle immédiate, ou se fait-elle par l’intermédiaire de la Force Vitale? Une Ame Pensante peut-elle être liée avec un Corps qui n’est pas muni de la Force Vitale ? Il faut le demander aux Médecins.
L’Intelligence est liée au Système Matériel, et quelle que soit l’étendue de sa volonté, elle ne peut pas rompre arbitrairement cette union. Si elle veut impérieusement sortir de cette demeure, elle est obligée de perturber ou les instruments nécessaires à son service, ou la Puissance Vitale qui vivifie le Corps et qui est le maître immédiat de l’Équipage. Mais dépend-il d’elle de suspendre immédiatement , par sa volonté, soit la Force Vitale elle-même , soit les mouvements organiques des fonctions immanentes ?
L’union de l’Intelligence avec l’Agrégat Vivant est substantielle. , puisque l’autre élément réuni, quel qu’il soit, est toujours une substance comme elle. Mais cette Intelligence est-elle unie avec toutes les parties de l’Agrégat Vivant? Les poils et les cheveux , l’épiderme, les os, qui font partie intégrante du Corps, et par conséquent sont dans le domaine de la Force Vitale, mais dont les lacérations ou la coupure ne causent aucune sensation , entrent-ils dans l’union avec l’Ame Pensante ?
Nous venons de lire ce Passage du P. Ventura : « La sépara- » tion de l’Ame et du Corps arrivant par la mort, on a une » Ame d’un côté et un Cadavre de l’autre ; mais l’Homme n’y » est plus. » La chose n’est pas si simple en Médecine. Dans des cas où l’on doit dire que l’Homme n’y est plus , on ne peut pas
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dire qu’il y a un'cadavre. Appellera-t-ou cadavre le corps et la tête d’un Guillotiné que l’on porte à l’Amphithéâtre d’une Faculté de Médecine, pour démontrer par l’expérience les phénomènes de V Irritabilité , et pour aller a la recherche des signes de la mort irrévocable ? Dans la bibliothèque de tout Médecin instruit, on trouve plusieurs volumes dont le sujet est De Miraculis Mortuorum. La plupart des faits désignés sous cette expression sont des Fonctions Naturelles Vitales, qui se sont normalement exécutées après le trépas définitif : citons des femmes qui se sont accouchées régulièrement, après avoir été légalement pendues.
Il ne faut pas douter un instant de l’aptitude qu’a la Force Vitale à exécuter des fonctions instinctives, lorsqu’il y aurait impossibilité de la présence d’une faculté volontaire imaginée chez les Bêtes. Supposons que le Chien soit doué d’une Puissance supérieure : cette Puissance aurait de l’analogie avec la nôtre, et par conséquent elle résiderait, comme chez nous , dans l’encéphale. Eh bien ! des fonctions instinctives peuvent s’exécuter dans cet animal, après que l’absence de la Puissance supérieure est démontrée. Le Docteur Le Gallois , Vivisecteur trèscélèbre du Siècle courant, mort trop jeune pour la Science, Vit, en faisant des expériences pour aller à la recherche de l’origine de la Force Vitale, que de petits chiens à qui l’on avait coupé la tête, et pour qui l’on avait ménagé le sang du corps, avaient porté leurs pattes antérieures vers le cou, au lieu où devait s’exercer la susceptibilité défavorable de l’amputation.
Les Hommes incomplets doués de la Force Vitale , et chez qui l’Ame Pensante est, ou manifestement absente, comme sont les
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Monstres Acéphales, les Monstres Anencéphalés dont j’ai déjà parlé ; ou restée latente , inerte , incapable de montrer aucun acte intellectif, tels que sont les Crétins de la première espèce, portent, jusqu’à la démonstration, deux sortes de Vie dans l’Homme, l’une qu’on peut appeler Biotique, et l’autre Intellectuelle. La première, analogue à la Vie Bestiale , quoique moins douée de viabilité, ne peut pas être considérée comme caractéristique de l’Homme. Mais la Vie Intellectuelle, qui dans l’Univers n’est connue que chez cet Être, est un grand phénomène qui manifeste une sorte d'union de l’Ame Pensante à l’Agrégat Matériel, en tant qu’il est vivant. Je ne sais pas si cette union peut être représentée par le mot de composé , comme le prétend le P. Ventura ; j’ai bien des raisons pour préférer, au moins provisoirement, l’expression qu’avait employée Bacon , savoir : l’Alliance des deux Puissances du Dynamisme Humain. Ce rapport entre ces Forces Métaphysiques est le sujet d’une Science imposante qui donne à la Physiologie Humaine une richesse et une dignité immensément élevées au-dessus du rang des Physiologies Bestiales.
La Doctrine de l’Alliance de ces deux Puissances est le plus, grand moyen philosophique de faire concevoir la Substantialité, la réalité de la Puissance Intellectuelle, son incommensurabilité et son incomparabilité avec toutes les autres Causes de l’Univers connu. Je doute fort que VEssence de l’Homme imaginée par le P. Ventura , comme un composé d’Ame et de Corps, réel , naturel , essentiel , substantiel , fasse concevoir, plus nettement , plus profondément, d’une manière plus instructive, la nature de notre Être.
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