BARUCH
Nous avons prouvé ailleurs, par un grand nombre d'exemples, qu'où peut ( sans blesser la vérité) exprimer les choses d'une manière opposée à ce qu'elles sont réellement , dès que ce qu'on en dit est conforme au jugement qu'en portent ceux à qui l'on parle» Que les Juifs aient regardé la captivité de Babylone comme unepunitionqui excédoit leurs fautes, c'est de quoi on ne peut douter, puisqu'ils disent dan s Ezéchiel que leurs pères ontmangé la grappe verte , et qu'ils en ont encore les dents agacées.
Il faut expliquer de la même manière un autre endroit d'Isaïe, ou le Seigneur dit aux Juifs qu'il punira leurs iniquités et tout ensemble les iniquités de leurs .pères. Dieu parle à ce peuple selon la persuasion ou il étoit , et non selon la vérité de la chose.
Génération.
Jérémie avoit prédit que la captivité de Babylone ne seroit que de soixante-dix ans x*y cependant dans la lettre qu'il écrivit aux Israélites transportés dans la Chaldée, il leur annonça qu elle dureroit sept générations. On évalue ordinairement une génération à trentetrois ans \ k ce compte, la servitude des Juifs
* Baruch , ch. 6 , v. «.
a du durer deux cent trente-un ans : peut-on voir une contradiction plus mani feste ?
Réponse. Génération , pris pour l'âge ou la durée de la- vie, généa en grec, œtas , generatio , en latin , est un terme auquel les anciens ont donné une signification bien étendue , ils l'ont pris :
r i° Pour un siècle : Ovide fait dire à Nestor, qu'Homère fait vivre trois générations :
. ; ; .. yixi .
Àimos bis centum : nanc tertia vivitur'aetas'.
J'ai vécu deux cents ans , je suis à présent dans mon troisième âge. Varron, liv. V, et Denys d'Halicarnasse, liv. I, c. 1, donnent la même étendue à ce mot. Il est aussi employé dans le même sens dans la Genèse , où Dieu dit à Abraham' que les Hébreux retourneront dans le pays de Chanaan à la quatrième génération , c'est-à-dire après quatre siècles. Saint Irenée, liv. V, c. 3o, s'en* sert dans le même sens.
20 Hérodote met trois générations pour cent ans 3 : il prend donc la génération pour trente-trois ans quatre mois.
3* Censorin , dans son traité du jour
» Métamorph., liv. 12, v. 187. — * Chap. i5 , ▼. 16. — *Lîy. n,pag. 14».
BARUCH. XjZ
de la naissance , fait la génération de trente ans.
4* Eusèbe , liv. X de la préparation évangélique , chapitre dernier, ne lui donne que vingt ans.
5° Hésychius , au mot généa, dit que les uns font la génération de vingt ans, les autres de vingt-cinq.
6° Hérodote ' prend la génération pour un intervalle de vingt- deux à vingt -trois ans.
7° Saint Augustin, sur le Psaume io4, ne la compose que de quinze ans.
8° Artémidore ', dans son traité des Songes, ditque, suivant quelques-uns, une génération ne comprend que l'espace de sept ans. C'est pourquoi les médecins , ne voulant pas que Ton ouvre la veine aux hommes avant l'âge de quatorze ans, disent qu'il ne faut pas faire cette opération avant deux générations.
9° JE las, âge, génération, dans Virgile, ne désigne qu'une année :
At tribus ejactis uhi quarta advcncrct «tas1.
Trois âges étant passés , et le quatrième étant arrivé.
Le quatrième âge , dit Servius sur cet endroit , est la quatrième année.
1 LW. t.— * Lhr. xi, c. ?5. — ' Georg. , Kv. 3, v. xpo^
Varron a aussi employé le mot d'âge dans le même sens.
Plutarque, dans son traité de la cessation des oracles, l'a pris dans la même signification. •
io° Enfin, ce terme a été pris par Stace pour un seul jour.
.;.... Q&id crotina yafceret setas Scirc nefas hoxnini *. . . ,
Si l'on a employé le terme dç génération pour désigner une durée de sept ans, d'un an , d'un jour seulement, Jérémie a fcien pu s'en servir pour marquer un espace de dix ans, et sûrement aucun de ceux à qui il écrivoit ne s'est trompé sur. le sens qu'il donnoit à cette expression. Ce prophète avoît trop clairement fixé le temps de leur servitude à soixante-dix ans pour qu'ils pussent donner une autre étendue aux sept générations dont il parloit dans sa lettre.
Commandement du Seigneur à Ezéchiel.
v. ty.Sume tibi jrumentum * > et hordeum, etfabam, et lentem, et milium, et viciant, et mixtes ea in vas unumy et faciès tibi panes. ......
. * Théi*ïde, Ut. 3, y. 5fia, — * Efég^el, c. 4-
ÉZÉCHIEL. ly5
12. Et quasi subcihericium hùrdeaceurn comedes illud : et stercore quod egreditur de. hxmwne operies illud in ociilis eorum. '
i3. Et dixit Dominus : Sicjilii comedent Israël panem suum polluluminter gentes ad (juas ejiciam eos.
i4- Etdixi: Ha, ha, ha, Domine Deus, ècce anima mea non estpolluta : et mortieinum et lacération à bestiis non comedi ah infantid meâ usque mine , et non est ingressa in as meum omnis varo immimda.
1 5. Et dixit ad me ; Eccededifimum boum pro sterconbus humanis : et faciès panem tuum in eo.
v. 9. Prenez du froment , de Forge , dea fèves , des lentilles , du millet et de la vesce $ mettez-les dans un vaisseau , et faites-vousen des pains
ia. Ce que vous mangerez sera comme un pain d'orge cuit sous la cendre. Vous le couvrirez devant eux dç l'ordure qui sort de l'homme..
i3. Les enfants d'Israël, dit le Seigneur., mangeront ainsi leur j>ain tout souillé parmi les nations vers lesquelles je les chasserai.
i4» Je dis alors. Ah ! ah I ah ! Seigneur mon Dieu , mon âme n'a point encore été souillée ; tt . depuis mon enfance jusqu'à maintenant, jamais bête morte d'elle-même, ni qui ait été déchirée par les bêtas* ni
aucune chair impure n'est entrée dans ma bouche.
*i5. Le Seigneur me répondit : Allez, je vous donne de la fiente de boeufs , au lieu de ce qui sort du corps de l'homme , et vous en mettrez avec votre pain.
I/aUteur du Dictionnaire philosophique présente cet ordre que Dieu donne au prophète sous le point de vue le plus révoltât. Nous ne transcrirons point ici ses plaisanteries dégoûtantes : nous blesserions les personnes honnêtes, qui veulent que Ton mette toujours de la décence dans les expressions. Pour effacer les impressions odieuses 'que cet écrivain s'efforce d'insinuer, il suffit ^d'indiquer le vrai sens de ce commandement *dû Seigneur. Pour le faire connoître , il n'y a qu'à rapporter la manière dont les Orientaux préparent et cuisent leur pain 5 car en comparant les récits de nos livres saints avec les relations des voyageurs , on voit que ces peuples Ont toujours eu les mêmes usages , et que ce qu'ils font aujourd'hui est une image fidèle de ce que leurs ancêtres ont pratiqué.
'- « En remontant le Nil pour aller au Caire' , » je remarquai, dit Pjetro dellaValle, dans les » villages qui sont sur les bords de ce fleuve ,
1 Ta». 1, pag. 3o4.