‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 9 sur 31 · ISAÏE · texte numérisé non relu

ISAÏE

mais ce mot signifie certainement un habit de dessus , comme tous ceux qui savent le grée en conviennent. L etymologie même de cette expression présente ce sens.

Saint Paul , parlait de soi , dit : Nudi su» mus , nous sommes nus; sûrement il ne veut pas dire qu'il soit sans aucun vêtement ; mais seulement qu'il est pauvrement et petitement habillé.

Nous disons aussi dans notre langue qu'un homme est nu lorsqu'il est si mal habillé qu a peine il est couvert.

Dès que ce ternie a deux acceptions , ce sont les circonstances qui doivent décider s'il faut l'entendre d'une nudité qui choque la pudeur, ou d'une nudité qui ne soit qu'un défaut des habillements convenables à sa condition. Qu on juge par ce principe de la nudité d'Isaïe. Voyons de qui vient cet ordre , et dans quelle vue il est donné. Cet ordre est émané de Dieu. Quoi! le Dieu de toute sainteté commanderait à un de ses saints, à un de ses prophètes , de faire une action qui serait la source d'une infinité de pensées condamnables? Quoi! Dieu voudrait que Ton pratiquât une chose que toutes les nations qui ont fait quelque usage de leur raison ont toujours regardée comme honteuse et infâme ? Quoi ! Dieu, qui avoit défendu de monter à son autel par des degrés, de crainte qu'il n'arrivât la moindre

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indécence dans l'exercice des fonctions de ses ministres, donnerait lui-même à tout son peuple le spectacle le plus révoltant! spectacle qui d'ailleurs n'étoit point nécessaire pour la fin qu'il se propôsoit ; car qu'est-ce que le Seigneur vouloit faire connoître aux Juifs par la nudité de son prophète? Il vouloit annoncer la future captivité des Egyptiens et des Ethiopiens. Il leur marquoit parlà que ces peuples alloient être esclaves des Assyriens. Il n'étoit pas nécessaire pour cela qu'Isaïe parût en public entièrement découvert. Il suffisoit qu'il se montrât avec la seule tunique qui étoit l'habillement des esclaves. Concluons donc qu'il nVst ici ordonné au prophète que de marcher en habit de captif pour faire connoître par cette action typique quel seroit bientôt l'état des Egyptiens et des Ethiopiens.

Nous n'ignorons pas le mépris que les incrédules témoignent de ces actions typiques ou symboliques, parce qu'elles ne sont pas en usage parmi nous. Us devraient, par ce principe, trouver mauvais que les orientaux aient des habits longs tandis que nous en portons de courts.

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Double châtiment.

Dieu charge Isaie' d'annoncer à Jérusalem que ses iniquités lui sont pardonnées , qu'elle a reçu de là 'main du Seigneur un double châtiment pour, tous ses péchés.

C'est un axiome reçu de tous les théologiens que Dieu récompense au-delà du mérite , et qu'il punit au-dessous de la faute. Comment donc le Seigneur dit-il ici, qu'il a fait souffrir à Jérusalem une peine double de celle qui lui étoit due pour ses crimes ?

Quelques commentateurs disent que le terme chiphel, double, signifie ici grand, rude ; ainsi lorsque Dieu assure que Jérusalem a reçu un double châtiment pour ses crimes, il ne veut dire autre chose , sinon qu'elle en a été bien punie, et non point qu'elle ait souffert au double de ce qu elle méritoit.

Pour que cette explication fût solide , il faudroit prouver que chiphel se pr^nd quelquefois dans l'Ecriture pour grand, rude; et c'est ce qu'on ne fait pas, et ce quenous osons assurer qu'on ne fera jamais.

Ce mot se trouve quatorze fois . dans les livres saints; il signifie double dans tous

'" Isale , 40, v. a.

ces endroits. Les anciens et les nouveaux interprètes Font constamment entendu ainsi, car lorsque l'auteur de la Vulgate , au ch. 1 1 de Job, v. 6 j le rend par multiplex, il ne s'écarte pas de l'interprétation de double, qu'il lui a donnée partout ailleurs, puisque dans Cicéron et dans Piaule multiplex se met pour double.

D'autres interprètes disent que Dieu parle ainsi à Jérusalem , son épouse , non parce qu'il l'a punie au double , mais parce que la tendresse qu'il a pour elle lui exagère les maux quelle a soufferts, à peu près comme un bon père qui après avoir corrigé un enfant chéri, apercevant -sur son corps les marques -des coups qu'il lui a donnés, lui dit pour l'apaiser : Mon ami , je vous ai châtié avec trop de sévérité; ma colère m'a emporté trop loin.

Le discours que ces auteurs mettent dans la bouche de Dieu ne paroît pas convenable* Ils lui font porter un faux témoignage contre lui. Ils lui font dire qu'il a commis une injustice envers Jérusalem, quoique cela ne soit pas.

M'est-il pas plus naturel de croire que le Seigneur, en disant que Jérusalem a reçu un double châtiment pour ses péchés, parle selon les sentiments de cette ville infortunée, quoiqu'elle fût dans l'erreur en pensant ainsi.

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