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son nom , qui fit oublier celui qu'elle portait auparavant. C'est ainsi que Constantin passe pour fondateur de Constanlinople, quoique dans la place où elle est il y ait eu longtemps, auparavant une ville du nom de Byzance.
Ptolomée nous a conservé le véritable nom de Ninive ? il dit qu elle s'appelle Ninos ou Ninevi. Ce dernier est le nom asiatique formé de iV/n, et eniy habitation* Ninevi> habitation deNinus. Eni, en persan, ew, en turc ou en tartare ; signifie habitation* Ces langues doivent avoir beaucoup d'affinité avec l'ancienne langue d'Assyrie , qui de même que le persan et le tartare n'étoient que des dialectes de la langue primitive. Ninos est un abrégé de Ninevi) avec une terminaison à la grecque.
L'abbé Bazin continue en ces termes * : *< II se peut que la circonférence de Baby- » lone ait été de vingt-quatre xle nos lieues » moyennes ; mais qu'un Winus ait bâti sur le » Tigre , à quarante lieues seulement de Ba- » bylone, une ville appelée Ninive,. d'une » étendue aussi grande, c'est ce qui ne parolt » pas croyable. On nous parle de trois puis- » sants empires qui subsistaient à la fois ; » celui de Babylone , celui d'Assyrie ou de
» Ninive , et celui de Syrie ou de Damât l** » chose est peu vraisemblable. C'est comme » si Ton disoit qu'il y avoit à la fois dans une » partie de la Gaule trois puissants empires, 7> dont .les capitales , Paris , Soissons et Or» » léans , avoient chacune vingt-quatre lieues » de touF» D'ailleurs, Ninive ne toit pas bâtie » oudu moins é toit fort peu de choseau temps » où il est dit que le prophète Jonas lui fut » député 'pour l'exhortera la pénitence, et » fut englouti en chemin par un poisson qui » le garda trois jours et trois nuits. — » Le prétendu empire d'Assyrie n'existoit » pas même encore dans le temps où l'on place » Jonas*, car il prophétisoit, dit-on, sous le »* melk ou roitelet juif Joas : et Phul, qui est » regardé dans les livres hébreux comme le d premier roi d'Assyrie, ne régna selon eux » que cinquante-deux ans environ après la » mort de Joas. C'est ainsi qu'en confrontant » toutes les dates , on trouve partout de la » contradiction , et on demeure dans rincer- » tilude.
)> Il est* dit dans le livre de Jonas qu'il y » avoit à Ninive cent vingt mille enfants nou« » veau-nés. Cela supposerait plus de cinq » millions d'habitants , selon le calcul asses » juste de nos dénombrements, fondés sur le » nombre des enfants vivants et nés dans la )> même année. Or cinq millions d'habitants
jouas. *o5
» dans une ville qui n'est pas encore bâtie » sont quelque chose d'assez rare. »
Telles sont les difficultés que l'abbé Bazin propose contre, la grandeur, l'antiquité, k population de Ninive; nous allons répoudré k chacune en particulier*
Diodore de Sicile ' , après avoir raconté le* grandes conquêtes de Ninus , ajoute :
« Ce prince, ayant effacé tous ses prédéce** » seurs par l'éclat de ses victoires, forma » encore le projet d'une ville si magnifique -» que non seulement elle surpassât toutes celles » qu'on pouvoit avoii vues jusqu'alors, mais » encore qu'il fût très-difficile à la postérité » d'en voir jamais une pareille. Ainsi, aprèa » avoir comblé de présents le roi des Arabes, » et partagé avec lui ses riches dépouilles, il » le renvoya dans son royaume avec ses troupes, » 11 ne songea plus qu'à rassembler des our )> vriers et à ramasser des matériaux sur le » bord de l'Euphrate (Diodore se trompe ici $ » il devoit dire le Tigre), où il bâtit une » ville entourée de puissantes fortifications , » et plus longue que large. Sa longueur étoit » de cent cinquante stades , et sa largeur de » quatre-vingt-dix , ce qui fait en tout quatre » cent quatre-vingts stades de .tour. (Vingfc- » quatre stades font une dé nos lieues f selon
1 Lir. a.
a<>4 RÉPONSES CRITIQUES.
» l'opinion commune). Ninus ne fut point ' » trompé dans ses espérances 9 car aucune » ville n'a égalé celle-ci , ni par la grandeur » du circuit , ni par la magnificence des mu- » railles : elles avoient cent pieds de haut, et » trois chariots pouvoient marcher de front •"sur leur épaisseur. Elles étoient encore for- » tifiées de quinze cents tours posées d'espace » en espace , dont chacune a voit deux cents » pieds de haut. La plus grande partie de la » ville étoit occupée par les plus riches Assyvt riens-, mais Ninus y reçut aussi tous les étran- » gers qui voulurent s'y établir. Il donna aux » habitants les campagnes des environs pour » leur subsistance, et nomma la ville Ninus j> ou Ninive de son nom. »
Il se forme ordinairement autour des capitales des grands états des faubourgs qui égalent , qui surpassent même quelquefois la -ville en étendue.
Rome , du temps des premiers Césars , avoît •trois lieues de circonférence : elle avoit outre «•cela $ de tous côtés , des faubourgs qui étoient •aussi , et même plus grands que la ville. Pline, parlant de cette capitale du monde, dit que les maisons qui étoient hors de son enceinte lui avoient ajouté plusieurs villes : Exspatiantia tecta multas urbes addidisse ' >
' Ur. 3, c. 5.
JONAS. 3o5
ce qui signifie que les faubourgs de Rome s'étoient étendus jusqu'à plusieurs villes qui en étoient voisines. Denys d'Halicarnasse s'exprime sur ce sujet d'une manière encore plus forte que Pline. Voici ses paroles ' : Tous les » lieux habités autour de Rome sont sans » muraille». On se fatigue en vain pour con- » noître la grandeur de cette ville au-delà de » ses faubourgs, parce qu'on ne peut distin- » guer où elle commence ni où elle finit, » tant ses faubourgs , qui sont d'une étendue » immense, lui sont joints. »
Mais qu est-il besoin d'aller chercher dans l'antiquité des exemples de villes agrandies, puisque nous en avons un bien frappant au milieu de nous ! Qu'on jette les yeux sur les sept plans de Paris donnés par M. de La Mare ; avec quelle surprise n'y verra-t-on pas les accroissements de cette ville dans l'espace de treize cents ans ! accroissements si prodigieux que l'ancien Paris n'est pas la trentième partie de celui de nos jours (i).
Il se forma auprès de Ninive * , capitale d'un grand empire pendant treize cents ans , des faubourgs qui l'accrurent au triple. C'est ce que nous apprenons des Livres saints , qui
(i) Trahi de h police , tom. x.
* Jonae, c. 3.
loi donnent trois journées de chemin dTétendue.
Cette autorité décisive peur tout antre n'est d aucun poids sur l'esprit de l'abbé B*zin y qui prétend , comme on l'a tu , que no* livres sacrés «ont pleins de faussetés. Confondons sa témérité en lui présentant les témoignages des auteurs profanes, qui s'expliquent sur ce sujet comme l'Ecriture sainte.
Strabon ' parle ainsi des voyages qu'il a faits pour connoitre la. position des lieux qu'il décrit dans sa géographie.
« Nous avons parcouru une partie de la terre et de la mer, nous avons voyagé au couchant , dès l'Arménie jusqu en Sardaigne, et au midi dès le Pont-Euxin jusqu'aux ex> trémités de l'Ethiopie; On ne trouvera point parmi ceux qui ont fait des descriptions de la terre quelqu'un qui en ait parcouru une plus grande étendue que nous -, car ceux qui ont navigué plus avant en occident , ne sont pas allés aussi loin que nous en orient; et ceux qui sont allés plus loin en orient n'ont pas pénétré si loin que nous dans V occident. Il en est de même par rapport au septentrion et au midi. »
Strakon , en allant du Pont-Euxin êa Ethiopie , a vu les ruines de Ninive et les
- fLiv. xi, p. 109.
restes de Babylone ; car ces deux Tilles si fameuses et oient sur sa route. C'est doue comme témoin oculaire qu'il nous assure que JNinive avoit été plus grande que Baby-» lone. Or 9 on va voir que cette dernière viÛe avoit près de trois journées de chemin de longueur.'
Aristote écrit " <s que Von pourroit environner d'un mur tout le Péloponèse; que Babylone est peut-être dune égale étendue , laquelle ayant été prise par ses ennemis , on dit qu'une partie de cette ville n'en savoit encore rien a u troisi ème j our . . »
Elle avoit donc trois jours de chemin en longueur.
Ce grand philosophe ne vivoit pas longtemps a près la prise de Babylone : il de voit être bien instruit de ce qui étoit arrivé dans cette ville lorsque les Ptôses s'en emparèrent, puisque son élève Alexandre , à la tète des Grecs , venoit d'en faire la conquête. Cet auteur assure dans le même chapitre qu'il y a des villes si grandes qu'on doit plutôt les appeler des pays environnés de murs que des villes. ^
Lorsque nous disons que Babylone avoit environ trois journées de chemin en longueur, nous y comprenons les faubourgs,
* Politique , liv. 3 , c. a.
comme nous les avons compris dans retendue de Ninive. Ils étoient un peu moindres que ceux de Ninive, parce que Strabon nous assure que cette ville avoit été plus grande que Babylone ; différence qui ne peut se prendre du côté de l'enceinte qui étoit absolument la même dans ces deux villes.
La comparaison que fait l'abbé Bazin entre Ninive , JBabylone , Damas, et Paris, Orléans , Soissons, est entièrement défectueuse. Orléans et Soissons ne sont chacune qu'à vingt lieues de Paris. Ninive étoit à près de cent lieues de Babylone (je me sers des cartes de M. Liébaux (i) , données en 1729 ) *, elle étoit voisine de l'Arménie (2) , qui est un des plus beaux et des plus fertiles pays de l'Asie , ce qui a engagé plusieurs interprètes à y placer le paradis terrestre. Babylone étoit dans la Mésopotamie (3) , si vantée pour sa fécondité, et près de la Syrie (4) , 40nt ^e terr<>ir est très-fertile en froment , Qrge , vins , oliviers, palmiers , citronniers , orangers , figuiers , etc. (5).
L'abbé Bazin (6) suppose ses lecteurs bien
(1) Strabon , liv. 13.
(a) Tournefort, tom. 3 , p. 191 etsttiv.
\3>) Shaw, tom. a, p. 58.
(4) Strabon, 1. 16.
(5) Otter„tom. x, p. 8o, 89, ga , 96. •
(6) Darvieax, tom. a , c. a6.