II
a4a . BÉfOtfSEs/CRiïiQaES.
dît que cette conception extraordinaire dont parle le prophète, regarde \e Messie.
Les fumeux' rabbins Naetunanide , dans le Berescith Rabba , Jacob-Baal-Hatturim , sur la Genèse , Elisa* , sur l'Ecclésiaste , Samiga , dam l'ouvrage qui a pour titre : Fruit et fleur , peu contents du sens littéral , se sont attachés aux allégories». Le rabbin auteur de l'ouvrage qui a pour titre : Fondement des cantiques , qui est une explication du Bvre de Ruth , montre qu'il y a deux sens dans l'Ecriture : l'évident et le cacbé. Le savant Mwmonide , dans son Jad-Ckazacah , dit que par la terre de Chanaan il Faut entendre la terre des vivants, qui est le siècle à venir» . Les! Juifs ne se contentent pas qu'on fesse remonter parmi eux l'étude des sens mystiques jusqu'aux siècles qui suivirent le retour de la captivité de Babylone ; ils la 'portent bien plus lojn. Ils prétendent que la plupart de ces sens mystiques ou allégoriques ,- auxquels ils donnent la même autorité qu'aux livres saints , ont été communiqués de vive voix par Moyse aux sages' de la nation, qui les ont transmis pa**letii*éine canal de siècle en siècle^ qu'ensuivais ont été 'écrits, soi* dans les paraphrases «haldaiqiies, soit dans le* Talmuds i soit dans les Miàrmttm^ ou «•»* mentai res sur l'Ecriture, soit dans les ouvrages des anciens rabbins. Tel* étaient, du
ÉVANGILES EN C&KJSRÀL. a43
temps de Jésus-Christ, les sentiments des Juifs sur les sens mystiques des livres saints* Voyes ce qu'on doit penser de cette loi orale donnée par Moyse à l'article incrédulité des. Juifs , t. i , p. 5^2.
Outre les sens mystiques que les Juifs prétendent avoir reçus de la tradition , ils en ont encore recherché d'autres. Les Juifs modernes ont pour maxime que l'Ecriture peut recevoir tous les sens dont ses paroles sont susceptibles , pourvu que ce sens ne soit point contraire à d'autres vérités. Dès lors ils ne peuvent plus accuser nos apôtres et nos évangélistes d'avoir fait de fausses applications des passages de l'ancien Testament, puisqu'il n'en est aucune qui soit contraire à quelque Yérité.
" Mais ne profitons point de l'avantage qu'ils nous donnent par celte maxime. Arrêtonsnous aux seules* règles qui sont autorisées par les exemples des anciens Juifs ; elles suffisent pour faire voir que les écrivains du nouveau Testament ne sont point condamnables pour avoir donné un sens mystique à plusieurs passages, puisqu'ils n'ont fait dans ces cas que suivre l'usage , la méthode et les principes des anciens docteurs de cette nation. Voici ces- règles *.
i° Lorsque les docteurs Juifs lisoient quelque promesse faite au genre Juppain ^iirgé-
lierai , ils croyoient qu'elle seroit accomplie par le Messie qui devoit être le bienfaiteur de toutes les nations , et qui devoit leur procurer la connoissance du vrai Dieu. C'est ainsi que les paraphrases de Jonathan et de Jérusalem disent : Que les hommes dont le serpent séducteur aura mordu le talon seront guéris par le roi Messie. Voyez leurs passages que nous avons rapportés plus haut.
a° Lorsque les paroles de l'Ecriture , prises dans toute leur énergie , ne pouvoient s'entendre de celui que la liaison du discours indiquoit , ils croyoient qu'il falloit les appliquer au Messie. C'est ainsi que dans le Midras Tehillim , ou commentaire sur les psaumes , on entend du Messie ces paroles : Je regardois, etc. , du i5e ps. que nous avons rapporté plus haut.
3° Les docteurs Juifs ont coutume de détacher des passages de la suite du discours 9 et d'y chercher des sens qui n'ont point de rapport aux paroles qui précèdent et qui suivent , comme M. Surenhuyse l'a montré dans son ouvrage : Des conciliations des passages de t ancien Testament qui sont cités dans le nouveau * . Le savant rabbin Abarbanel avoue en effet que les prédictions des prophètes ne sont pas toujours liées, et qu'à une délivrance
1 Basnage, Bût. det Jaiis , tom. 5 , ?•£. 127.
ÉVANGILES EN GÉNÉRAL. 2^b
présente ils ajoutent souvent la . promesse d'une grâce spirituelle.
L'oracle de Balaam est conçu en ces' termes :
a Je le verrai, mais non maintenant; je » le considérerai ' , mais non pas de près. » Une étoile sortira de Jacob $ un rejeton s'é- » lèvera d'Israël , et il frappera les chefs de » Moab et détruira tous les enfants de Setli ; » Edom sera sa possession , et Sehir sera pos- » sédé de. ses ennemis. »
Dans le livre qui a pour titre : IK Karim , les docteurs Juifs entendent cette prédiction de David et du Messie, parce qu'elle ne peut convenir à David dans toute son étendue. Voici les termes de Fauteur de cet ouvrage :
Nos docteurs expliquent ainsi cette prophétie : « Il transpercera^ les extrémités de » Moab , savoir, David; il détruira tous les » fils de Seth , ce qui appartient au Messie ; » et cela est véritable de toute nécessité , car >> David n'a point régné sur tous les fils de » Seth. Davantage il n'y a aifcun de tous les » rois d'Israël qui ait eu l'empire universel » d« monde , c'est-à-dire qui ait été le roi » de tous les fils de Seth. » Ailleurs on lit sur l'oracle de Jacob dont nous avons parlé * ,
* Nombres, ck. a3, v. 17, 18. — 'Beretcith Rabba.
246 RÉPONSES CRITIQUEE.
que c'est ce que di&rit Baiaam , une étoile est sortie de Jacob, parce que cette prédiction se devoit accomplir quand le scilo viendroit , c'est-à-dire le Messie.
Le fameux Maimouide , dans YHïlcot Schopetim , dit : Que cette prophétie a deux parties : l'une parle du premier Messie , qui -est David qui délivra Israël de ceux qui l'affligeoient ; l'autre regarde le second Messie y qui doit délivrer les enfants d'Israël du joug de la postérité d'Edora. Je te vois, mais non pas maintenant , c'est David > selon ce rabbin» Je le regarde , mais non de près, c'est le Messie ; il brisera les chefs Vfe Moab. C'est David qui a accompli cette prédiction -, ^t détruira tous les enfants de Seth , cela appartient au Messie. Edom sera sa possession , ceci regarde David ; et Sehir sera pos- " sédé de ses ennemis f cela convient au Messie.
Il y a donc des oracles qui pot deux personnes pour objet , et dans lesquels ce qui regarde une de ces personnes peut être entre* coupé par ce qui regarde l'autre ; des oracles dont il faut attribuer les parties à différents sujets , suivant qu'elles leur conviennent et que les expressions le demandent. •
C'est en suivant ces trois règles , qui sont, comme nous l'avons déjà dit, autorisées par les exemples des anciens Juifs, que l'on peut justifier toutes- les applications des passages
«du vieux Testament faits par les apôtres et les évangélis*** en faveur du nouveau* Donnons~en quelques exemples. .
On lit dans Isaïe * :
Lô Seigneur vous donnera lui-même un prodige : une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel*
Il mangera le beurre et le miel* , en sorte qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien.
Car, avant quel enfant sachejrejeterlè mal et choisir Je bifen-3, les deux pays que vous détestez à cause de leurs deux rois seront abandonnés.
Saint Matthieu , après avoir rapporté que la Sainte Vierge se trouva enceinte par la vertu du Saint-Esprit4, sans avoir eu aucun commerce avec saint Joseph son époux., ajoute ; Or tout ceci* s'est fait pour l'accomplissement de ce que le Seigneur a dît par le prophète*.
Voilà qu'une vierçe sera enceinte et mettra au monde un fils6 que Ton nommera Emmanuel , ce qoi signifie Dieu avec nous. '
M. Basnage 7 s'étant proposé de chercher dans les prophètes quelques caractères qui nous fassent connoître l'idée qu'ils ont eue du Messie, dit qu'on y trouve sa divinité, sa.
' * Ch. 7 , ▼. 14. — * V. xS. — * V. 16. ~* Ch. t. — - * V. «s. '— * T. a3L-*-' T$*.à<* IxAù ,1. S, ch. 6.
^48 RÉPONSES CBITIQUES.
naissance d'une vierge à Bethléem , ses souffrances et son élévation. Après avoir montré que selon les prophètes le Messie devoit être Dieu, il ajoute :
« Ce Dieu devoit naltie d'une vierge : c'est » le second caractère particulier que les pro- » phètes donnent au Messie. Je remarquerai » seulement sur cet article que les apôtres ». auraient pu se dispenser de parler de la » naissance de Jésus-Christ d'une vierge , s'ils » n a voient su que c 'étoit là un de| caractères » du Messie marqué par les prophètes, et que » les Juifs de leur temps attendoient cet évé- » nement miraculeux; il dépendoit deux de » taire la chose comme ils ont tu un grand » nombre de miracles que le Messie a faits. j> La c^jose étoit délicate : elle pouvoit expom ser la Vierge et la religion aux soupçons et » aux objections des profanes ; il étoit aisé de » la cacher, puisque Marié étoit mariée à Jo- » seph. Il faut donc que les apôtres aient cru » être obligés de rapporter ce fait , parce que » les Juifs de ce temps-là étoient persuadés » que le prophète Isaïe «voit prédit que le » Messie naîtroit <fuue vierge. Il faisoit assez » d'autres miracles qu'on a passés sous si- » lence 5 mais on ne pouvoit dissimuler celui- » ci sans trahir la vérité et sans* faire tort ait » Messie qu'on attendent avec ce caractère. D » falloit dpnc que les. apôtres et les Juifs de
yGqoQle
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ÉVANGILES EN GÉNÉRAL. 24kQ
» ce temps-là interprétassent l'oracle d'Esaïe » comme nous , et qu'ils s'accordassent tous à » croire que le Messie naitroit dune Vierge ; » et c etoit aussi pour cette raison qu'ils ci- » toient toujours la prédiction d'Esaïe lors- » qu'ils parloient de cette naissance* On ne » doit donc plus écouter ceux qui veulent » faire violence au texte , pour nous ôter la » véritable idée du prophète 5 en effet de sept » endroits de l'Ecriture où le mot hhhalmah » de l'original est employé , il n'y eh a pas » un seul où il ne signifie une vierge. »
Ce que ce savant a conjecturé par une raison très-forte, nous sommes en état d'en donner la preuve de fait. La créance des anciens Juifs sur le sens des prophéties .est contenue, comme nous l'avons déjà dit, dans les anciens livres de cette nation, dans les*Targumsr dans les Talmùds , dans les Midrascim ou commentaires sur l'Ecriture.
« Dans le Midras Téhïllim on lit que.: » lorsque l'heure de la génération du Messie » sera venue , le Dieu saint et béni dira : » C'est à moi de le créer nouvelle créature/ » et c'est ce qu'il dit par ces paroles : Je vous » ai engendré aujourd'hui, et c'est ce qu'en*- » seigne la tradition. »
Le rabbin Moyse Hadarsan , sur ces paroles du psaume 85 : « La vérité germera de la » terre > et la justice se fer* voir des deux,
a5<> RÉPONSES CRITIQUES.
• » fait cette note : Le rabbi Joden a dit : Cest
» notre saint qui sertira de la ferre par Tin-
»♦ tervention de Dieu , et la vérité et la justice
-» seront reunies ensemble. Et pourquoi le
» psalmiste a-t-il dît germera et n'a-t-il pas
•» dit naîtra? Cest parce que sa génération
» ou naissance ne seront point semblables à
• » la naissance ou génération des créatures qui n sont dans le monde , mais différente et * éloignée , et qu'elle sera sans compagnon ou «conjonction. Et cette personne sera notre » Sauveur et notre Juste que Dieu enverra :
: » et c'est ce qui est dit dans le même psaume : ~* Dieu donnera sa bonté , et notre terre don- » nera son fruit. Il est certain qu*il ne se » trouve et qu'il n'y a personne qui dise ou » qui sache le nom de son père; mais il est » caché aux yeux du vulgaire jusqu'à ce qu'il » vienne lui-même et qu'il le fasse connaître.» Dans le Berescith Rabba , ou grand comrmentaire sur la Genèse, au chap. a5, on fait ainsi parler -Dieu : Le Rédempteur (fueje .donnerai ou que je susciterai d'entiv vous sera sans père* Ce qui se .passa au concile que tinrent les Juifs en Hongrie l'an i65o» -confirme de la «manière la plus forte l'explication que nous avons donnée de la prophétie dlsaïe. Ils tinrent cette assemblée pour décider si lé Messie étoit venu , et si le peuple juif ne soupirok pas inutilement aprè3 «a
ÉVANOUIES EN OÊNÉHAL. a5l
manifestation. Trois cents rabbin* de diffé* lentes nations se trouvèrent à oe synode. On proposa dès le second jour la question en ces tenues : Nous deiMms examiner si Je Messie -est venu , ou $i nous devons V attendre encore. Quelques-uns penchoient à croire que le Messie étoient venu; mais la pluralité des vsix Femporta de beaucoup pour décider que le Messie n'étoit pas encore manifesté.
* On délibéra ensuite sur la manière dont le Messie devoit venir, et on convint aisément de ces trois choses : Tune qu'il paraîtrait en toi conquérant qui délivrerait son peuple du joug des nations ; la seconde qu'il ne ferait aucun changement à la religion que Moyse avoit établie, et que cette naissance d'une vierge doit être* un caractère pour le faire connoître aux étrangers de l'alliance.
Mais , disent les Juifs , la suite du discours montre qu'on ne peut entendre la prédiction d'Isaïe que de la femme de ce prophète et de son fils. Nous leur répondons qu'ils n'ont qu'à se /appeler la méthode de leurs anciens docteurs qui ont vu dans la même prophétie des personnes différentes lorsque la liaison du discours sembloit n'en présenter qu'une. Relises la troisième règle.
On lit dans Osée ' : J'ai aimé Israël lors-
C8i. ix, t. i.
a5a * réponses critiques.
qu'il n'était qu'un enfant, et foi appelé mon fils de t Egypte. Il est clair que ces paroles regardent le peuple d'Israël et sa sortie de l'Egypte ; cependant saint Matthieu en fait une prophétie qui annonce le retour de Jésus- Christ de l'Egypte , où il avoit été transporté pour éviter la fureur d'Hérode. Voici lés paroles de cet évangéliste : Jésus était en Egj/ffa jusqu'à la mort dHerode, afin que ce que le Seigneur a dit par le prophète s'accomplit. J'ai appelé mon fils de l Egypte.
Nous répondons que si ces paroles d'Osée regardent , dans le sens littéral , la sortie du peuple d'Israël de l'Egypte , elles renferment dans le sens mystique , selon la tradition des Juifs. que saint Matthieu a suivie, une prédiction de ce qui de voit arriver au Messie, qui est Jésus-Christ ; tradition qui est con- «ignée dans le Thalmud , où on lit au titre Berachoth, ou Bénédictions , que celui qui voit en songe un cep de vigne , verra le Messie de qui il est écrit au psaume 80 : f^ôus transporterez un cep de VEgypte; car il y a dans l'hébreu vous transporterez, et mon vous avez transporté, comme dans la -Vulgate.
Tradition consignée' dans le Berescith Habba j où l'ouï explique ainsi ces paroles de la Genèse, chap. 4o. Un cep de vigne étoil devant moi. ce Ce cep est Israël dont il est
» écrit au psaume 80,' vous transporterez Un » cep de l'Egypte. Une autre explication de ?> ces mots : Un cep étoii devant moi. Ce cep » est le roi Messie, duquel il est dit au psaume » 80 , préparez , perfectionnez ce cep que » votre droite a planté. Ce cep bien préparé , » bien disposé, est le roi Messie , qui devoit »;*tre transporté d'Egypte.»
On remarquera ici que Jésus- Christ s'est appelé la véritable vigne, et qu'il a dit que son père en étoit le vigneron.
On lit dans le Deutéronome , clap. 18 , f. i5 , 18. Le Seigneur votre Dieu vous suscitera un prophète, comme moi de votre nation, et d'entre vos frères : c7est lui que vous écouterez. Et au verset 18 , je leur susciterai du milieu de leurs frères , un prophète semblable à vous $ je lui mettrai mes paroles dans la bouche, et il leur dira tout ce que je lui ordonnerai. +
Les Juifs modernes entendent ces paroles en ce sens que Dieu, pour empêcher les Israélites de consulter les oracles des nations idolâtres, leur promet une succession de prophètes , qui leur feront connoître sa volonté; et ils blâment saint Pierre et saint Etienne , d'avoir appliqué cette prédiction à Jésus-.Cbriat.
Mais quand nous accorderions aux Juifs que le sais qu'ils' donnent à ce passage est
354 MTOKSES GBlXIQnBB.
littéral, les paroles de Moyse noas conduis m y voir le Messie. Ce saisi homme répète deux fois que ce prophète serai comme tari : or l'Ecriture , dam le dernier chap. du Deutéronome, atteste qu'il ne s est élevé aucun prophète en Israël comme Moyse; il faut donc chercher ailleurs qne parmi les prophètes qui ont paru jusqu a Malachie , un prophète semblable a Moyse, qui ait été législateur comme Moyse; et ce prophète ne peut être que le Messie , que Jérémie et Isaie ont prédit devoir être Fauteur d'une nouvelle alliance qui embrasseroit toutes les nations* Le passage de Jérémie * parle en termes fer* mels d'une nouvelle alliance, fiedus no-» vum; et ce passage est rapporté au Messie dans le Midras Shir Hasshirùn , c'esl-à-dire commentaire sur le cantique, des cantiques, ch. a. v. 10, de même que par le rabbin Moyse Nachmanide% sur la section duDen* téronome Netsibim.
Aussi les anciens Juifs ont bien tu dans ces paroles de Moyse , la promesse du Messie ; les rabbins remarquent que, lorsqu'il est dit, qu'il ne s'est levé aucun prophète en Israël * comme Moyse; les rabbins, dis-je, remarquent que le sens de ces. paroles n'est pas. qu'il ne doive jamais y avoir de prophète semblable
' Cb. 3i,t.3i. — *I»IKK»riai,L3,ch.**,
ÉVANOILB8 EN GÉNÉRAL. 2*55
'à Moyse, si ce n*e6t a quelque égard; mais qu'il faut entendre que dans tons les temps qui ont suivi jusqu'à ce que l'inspiration des prophètes ait cessé , il n'y en a point eu de semblable à Moyse , quoiqu'il y en doive avoir après cela quelqu'un qui soit semblable à Moyse , et même plus grand que lui. Un autre auteur dit , que le Messie * sera plus grand qu'Abraham, que Moyse et que les anges qui font l'office de serviteurs.
On lit dans le Midras coheleth , ou commentaire sur l'Ecclésiaste , que le dernier Rédempteur sera comme le premier qui est Moyse.
Oi|*rapporte ensuite des actions et des miracles de Moyse \ et on dit de chacun d'eu* successivement que le dernier Rédempteur, selon les prédictions des prophètes , en fera de semblables. Le soin qu'on a d établir une parfaite ressemblance entre Moyse et le dernier Rédempteur, montre évidemment que les anciens Juifs ont cru que le prophète semblable à Moyse , qui leur avoit été promis . étoit le dernier Rédempteur •, or de l'aveu de tous les Juifs , le dernier Rédempteur est le Messie ; ils ont donc cru que ce prophète semblable à Moyse qui devoit venir, étoit le Messie, et c'est de lui qu'ils ont entendu l'oracle que nous examinons.
Nctc ScnaiotBy I. 9 , cnv 5.
Les Juifs ne peuvent blâmer les écrivains du nouveau Testament d'avoir fait des applications mystiques de plusieurs passages de l'ancien. Ils n'ojit fait en cela que suivre leurs exemples et leur méthode.) Ils étoient aussi en droit qu'eux de faire ces applications, dès qu'ils se conformoient aux règles établies dans la nation pour la recherche des sens mystiques. Les applications que les apôtres et les évangélistes faisoient en pareil cas, étoient des arguments qu'on appelle dans l'école , ad hominem ; arguments qui ne peuvent être rejetés par les adversaires, parce qu'ils sont fondés sur leurs principes.
Mais outre le poids qu'a toujours ^argument ad hominem , les applications des auteurs du nouveau Testament avoient encore un degré d autorité contre les Juifs, qu'il faut faire connoître.
Les Juifs oublièrent l'hébreu dans la captivité de Babylone, et prirent la langue des Chaldéens dont ils continuèrent, de se servir après leur retour dans la Palestine. Il fallut donc alors leur expliquer en chaldéen les saintes Ecritures qu'on leur lisoit en hébreu. Cette interprétation ou paraphrase chaidéenne se transmit d'abord de vive voix parmi les docteurs de la nation , chargés d'instruire le peuple : elle fut ensuite écrite dans les Targums, le Talmud 9 les Midrascim. Cette
interprétation fut commencée par Esdras et par Néhémie, l'un et l'autre inspirés de Dieu ; car on lit au chap. 8 4u second livre d'Esdras , v. 9 , qu'Esdras et Néhémie interpré* toient au peuple la loi du Seigneur. Outre ces saints hommes , il y a voit en même temps à Jérusalem lies prophètes Aggée , Zacharie et Malachie. On ne peut douter que ces hommes inspirés et ces saints prophètes n'aient dévoilé les endroits de l'Ecriture, où ce qui regardent le Messie étoit Caché sous l'enveloppe de la lettre , et qu'ils n'aient donné des règles pour l'y découvrir, puisque nous trouvons dans les Targums , dans le Talmud , et dans les Midrascim , quantité de textes où le Messie , qui n'y* étoit pas aperçu auparavant , est à présent découvert. Voilà les sens mystiques que les écrivains du nouveau Testament ont appliqués à Jésus-Christ , qui , par sa résurrection et ses miracles , a si évidemment prouvé qu'il étoit le Messie ; sens mystiques que le Saint-Esprit a eus principalement en vue , sens mystiques qui , sans avoir la force de la démonstration , ont cependant un degré d'autorité capable de faire impression sur les Juifs qui en eonnoissoient la source. Oes sens mystiques né sont donc plus pour eux seulement des* arguments ad hominem , ils sont encore des preuves solides y et c'est par cette raison que les apôtres* et les évangélistes
les ont employés lorsqu'ils leur partaient.
Ce qui marque bien encore que ces sens mystiques venoient d'une source respectable et universellement respectée, c est l'assurance avec laquelle les disciples du Sauveur lés emploient. Dans les discours que fit saint Pierre, après avoir guéri le boiteux , il dit que Jésus» Christ est le prophète semblable à.Moyse que Dieu avoit promis d'envoyer, et plusieurs de ceux qui l'entendirent* au nombre de cinq mille , crurent.
Dans le discours que fit saint Paul à la synagogue d'Ântioche de Pissidie , il cita plu* sieurs passages dans un sens mystique qu'il appliqua à Jésus-Christ. Non-seulement les Juifs ne le contredirent point, mais on le pria de parler encore sur le même sujet le sabbat suivant. Actes, chap* i3.
Ces sens mystiques auroient été des preuves aussi solides pour les gentils que pour les Juifs , si ceux-là en eussent connu la respectable , origine de même- que ceux-ci. Mais comme il eût été trop long de la développer aux gentils , les apôtres a voient recours à une voie plus aisée lorsqu'ils leur annonçoient l'Evangile. Us emploient la démonstration des miracles et de la résurrection de Jésu*> Christ. C'est ainsi que saint Paul en. usa dans l'aréopage. Il n'allégua point les Ecritures aux Athéniens, qui ne Tes connoissoient pas; il
ÉVANGILES EN GENERAL. 25g
leur proposa pour motifs de la foî qu'il exigeoit d eux le grand prodige que Dieu a^oit fait , en ressuscitant f homme par lequel il a résolu de juger le monde. \
Lorsque nous disons que les sens mystiques sont des preuves solides , nous n'ayons garde de leur donner la même autorité qu'aux prophéties, qui , dans le sens littéral1, regardent le Messie et ne regardent que lut 5 comme celles de Jacob , de Daniel , d'Âggée et de Malachie , etc. , celles-ci excluent jusqu'à l'ombre du doute. Les sens mystiques n'ont pas la même certitude ; mais quoique inférieurs en force , les écrivains du nouveau Testament les ont sagement employés , soit parce que dans une cause de la plus grande importance on ne doi tnégli ger aucune preuve, soit parce que , vu les différentes dispositions des hommes , tel est plus frappé cTune preuve de moindre valeur que d*une autre qui lui sera supérieure en force.
Les Evangiles ont-ils été altérés par les chrétiens ? -
Dumarsais (i), après avoir rapporté le reproche que Celse fait à Origène que les chrétiens changent continuellement le texte de
(x) Analyse de le Religion dnéUcnnc ,p.3«, 3J.
a6o réponses critiques.
leur Evangile pour se mettre à couvert des objections qu'on leur propose , et la réponse d'Origène, qui dit (i) quil n'y a que les disciples des hérésiarques Marcion et Valentiu qui soient coupables .de ce crime ; que Ton ne peut par conséquent le rejeter sur le vrai christianisme, comme Ton ne doit point imputer à la philosophie les erreurs des sophistes , cet incrédule ajoute ;
« Mais ne nous appuyons pas du témoi- » gnage des ennemis du christianisme pour *» prouver les changements faits dans les » écrits évangéliques; écoutons saint Jérôme d lui-même , qui dit que de son temps il y » avoit autant de différents exemplaires de » l'Ecriture-Sainte qu'il y en avoit de copies, » parce que chacun y ajoutoit ou retranchoit » à sa fantaisie. Peut-on avoir un témoi- » gnage. plus formel des variations qu'ont » essuyées ces écrits avant de parvenir jus- » qu a nous ? »
Pour résoudre cette difficulté , voyons dans la préface du saint docteur sur Josué d'où sont tirées les paroles qu'on nous objecte, de quelle nature étoient les. différences dont il se plaint; mais coinme il est .nécessaire, pour entendre ce que saint Jérôme dit dans cette préface , que le lecteur connoisse les dif-
(i) Lit. a , contre Cebe, n° 27.
ÉVANGIIJES EN GENERAL. 26 1
férentes versions grecques de l'ancien Testament et les travaux d'Origène et de saint Jérôme sur l'Ecriture , nous commencerons par en donner une idée.
On a fait six versions grecques de l'ancien Testament.
La première est celle des Septante , ainsi nommée parce que Ton croît qu'elle a été composée par soixante-douze interprètes sous le règne de Ptolomée Philadelphe , environ deux cent soixante -dix ans avant Jésus- Christ. •
La seconde est celle d'Âquila, Juif prosélyte , faite l'an vingt-huit de notre ère.
La troisième est celle de Symmaque , Samaritain de nation, qui se fit juif , ensuite chrétien , et enfin éhionite. Il la composa sous l'empire de Sévère, au commencement du troisième siècle.
La quatrième est celle de Théodotion» On dit qu'il avoit été disciple de Marcion, et que, s'étant brouillé avec ceux de sa secte , il s'étoit fait juif.
Les auteurs des- deux autres versions grecques sont demeurés inconnus ; c'est pourquoi on leur a donné le nom de cinquième et de sixième. La cinquième fut trouvée à Jéricho dans un muid , sous le règne de Caracalla , l'an 217 de Jésus-Christ , et la sixième fut trouvée à Nicopolis, sous le règne d'Alexan-
a6a répokses critiques.
die, vers Fan aa8. Saint Jérôme, parlant des auteurs de ces rersions dans le second livre contre Ruffin 9 leur donne le nom de Juifs , aussi bien qu'à Aquila , à Théodotioa et à Symmaque.
Origène, ayant entre les mains les versions grecques de la Bible dont nous venons déparier, les réduisit toutes en un corps et les disposa vis-à-vis Tune de 1 autre en différentes colonnes à côté du texte hébreu; dans la première colonne étoit le texte hébreu écrit en caractères hébreux ; dans la seconde , le texte hébreu écrit en caractères grecs ; dans la troisième, la version d' Aquila ; dans la quatrième, la version de Symmaque; dans la cinquième, la version des Septante; dans la sixième , la version de Théodotion ; dans la septième, la cinquième version trouvée à Jéricho ; dans la huitième , la sixième version trouvée à Nicopolis. C'est cet ouvrage auquel es anciens ont donné le nom ftHexaples , à cause des six versions qu'il co&tenoit , et que Ton pourroit , avec saint Epiphane, appeler Qctaples, k cause des huit colonnes dont il était composé.
Origène ne travailla pas seulement à recueillir et ranger les versions grecques de l'ancien Testament ç mais aussi à corriger et perfectionner cçlle des Septante ; car ayant remarqué qu'elle «Jétoit pas oonfoime m,
texte hébreu ; que les exemplaires de cette version n'étoient pas tous conformes, et qu'il y avok des endroit corrompus dans l'édition Vulgateou commune des Septante , il entreprit de corriger celle qu'il mit dans les Hexaples , et afin de la rendre conforma au texte hébreu , eu sorte toutefois qu'on pût remarquer ce qui et oit de l'ancienne versiou et ce qui «toit retranché* ou ajouté , il mit unobèle ou uu trait couché à c6té des mots qui n'étoient point dans le texte hébreu , et des astérisques à côté de ce qu'il avoit ajouté, tire de la version de Théodotion ou des autres.
Rien né toit plus utile que le travail d'Origène sur la version des Septante s'il fût demeuré dans sa pureté et que les copistes eussent eu soin de conserver les astérisques et les obèles d'Orïgène -, mais comme il étoit fort difficile de les marquer tous exactement et que cela demaudoit beaucoup de peine et d'application , il arriva , ^paf la négligence les copistes , et peut-être parce que ceux qui faïsorênt faire ses copies (i) s'en soucioîent peu, que les obèles et les astérisques, étant retranchés ou omis en plusieurs endroits , les additions de Théodotion furent confondues avec l'ancienne version des Septaattf.
Ou pouvok toujours remédier à la/«opil«H
' ttj utttvfr ub vint Wtxvtn » SttBnft €t s Frétéu*
sion que ce retranchement des astérisques et des obèles a voit pu introduire dans les copies à faire de la version des Septante en recourant aux exemplaires des savants , où elle s'étoit conservée dans sa pureté et sans corruption , principalement en consultant une des copies qu'Eusèbe avoit fait transcrire sur l'original d'Origène (i) , et qu'il avoit disposées dans la bibliothèque de Césarée. Saint Jérôme nous apprend qu'il se servit de ces deux moyens lorsqu'il voulut corriger l'ancienne version Vulgate latine qui avoit été faite sur le grec des Septante.
. Il est hors de doute que les églises latines ont eu dès les premiers siècles une version de la Bible en leur langue ; mais comme la langue grecque étoit assez commune et que la latine étoit la vulgaire, chacun se donnoit la liberté de changer ou d'ajouter à cette version , ou plutôt d'en faire une nouvelle : c'est de là qu'est venue cette grande variété entre les exemplaires de la version latine du temps de saint Jérôme , qui pouvoient être considérés comme autant de versions différentes , ainsi que ce père le remarque dans sa préface sur Josué. Maxime quum apud latinos tôt sint exemplaria quot codices , et unus* quisque pro arbitrio suo, vel addiderit > vel
(i) Lettre à Sunnia et à Frétela , et liv. a , contre iBntf*
subtraxerit quad eivisum est. Saint Augustin remarque aussi dans le second livre de la doctrine chrétienne, chapitre n , qu'il y avoit une infinité de versions latines. On peut compter, dit-il, ceux qui ont traduit l'Ecriture $ainte en grec ; mais on ne peut pas compter le nombre des interprètes latins , cai> tous ceux entre les mains de qui sont tombés des exemplaires grecs dès les premiers siècles de l'Eglise* qui.avoient quelque eonnoissance des deux langues , ont entrepris de faire une nouvelle traduction. Qui ' enim Scripturas ex hebrœd lingue in grœcam verterunt 9 numerari possunt ; latini autem inr terpretes nullo modo. Ut enim cuique primis jifci temporibus in manus venit codex grœcus, etaliquantulumfacultatis sibi utriusque lihguœ hàbere videbatur , ausus est in. terpretari. Toutes ces versions étoient faites sur des exemplaires de la version des Septante» Mais entre toutes ces versions latines il y en avoit une plus en usagé , que saint Jérôme (i) appelle, à cause de cela vulgate ou commune:. Saint Augustin l'appelle italique, et la préfère à Joutes les# autres f parce qu'elle mt plus littérale et pjusclpife ; Ihipsis autem int^pretaùonibm (^yitala prœferatuf$
(x) In Isaïae , cap. 14 et 49*
(a) Liv. a , de Doctrinî ckrUtwt* >t. iS.\