‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 24 sur 31 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

3l4 RÉPONSES CRITIQUES.

» à la Tille ou à la campagne s'assemblent 9 en un même lieu. On lit les mémoires ou » histoires écrites des apôtres ( telle est la » signification du mot grec upomnemoneu- » mata) , et les écrits des prophètes , autant » que Ton a de temps. Le lecteur ayant cessé, » celui qui préside fait un discours au peuple, » pour l'exhorter à imiter de si belles choses. » Puis nous nous levons tous , et nous faisons » nos prières , qui étant faites , on offre, » comme j'ai dit, du pain, du y in et de l'eau. » Le prélat fait la prière de l'action de grâces, » selon qu'il le peut , et le peuple répond , » amen. On distribue à tous ceux qui sont » présent les choses sanctifiées , et Ton en » envoie aux absents par les diacres. »

La lecture des histoires écrites par les apôtres faisoit partie delà liturgie de l'Eglise, Tépandue alors par toute la terre. Un usage si universel n'a pu venir que des fondateurs des Eglises ; savoir , des apôtres et de leurs disciples. Cet usage est donc aussi ancien que le christianisme. Les apôtres dont on lisoit les histoires dans les assemblées des fidèles sont saint Matthieu et saint Jean-, car jamais l'Eglise n'a fait lire dans sa liturgie d'autres Évangiles composés par des apôtres que ceux qui ont été écrits par ces deux saints. Ainsi , dès le premier âge de l'Eglise , ces Evan-

ÉVANGILES EN GÉNÉRAL. 5l5

giles existaient et étaient connus de tous les chrétiens.

Papias dit que saint Matthieu a écrit en hébreu9 les divins oracles , que chacun a traduits comme il a pu* On voit par ces pa~ rôles qu'il y avoit déjà , du temps de Papias, plusieurs versions de l'Evangile de saint Matthieu , et que , par conséquent , cet Evangile étoit fort commun parmi les fidèles.

On nous objectera peut-être ', car il faut s'attendre à tout , que Papias , selon Eusèbe , étoit un homme d'un esprit médiocre.

Nous répondrons qu'il ne faut pas être un grand jgénié pour écrire que saint Matthieu a composé un Evangile , ce que Papias avoit entendu dire cent et cent fois aux disciples des apôtres , avec lesquels il a vécu , et qu'il consul toit soigneusement pour apprendre d'eux ce qù^avoient enseigné ces saints hommes. D'ailleurs Eusèbe3, en un autre endroit, dit que Papias étoit un homme fort éloquent et savant , surtout dans les écritures.

Panlène enseignoit â Alexandrie, Paji 180. de Jésus-Christ4. Il alla prêcher la- fot jusques dans les Indes, où il trouwi l'Evangile d*

1 Pu» Entêta; Bi«teir«c*^iMati4ii£., Ut, 3 „ oJ$. — • * Idem, ibidem.—* Liv. 3 , c. 36. •— 4 Lit. 5 , c. iq.

Sl6 RÉPONSES CRITIQUES.

saint Matthieu chez quelques chrétiens , qui lui dirent que c'étoit l'apôtre saint Barthélemi qui Favoit apporté dans leur pays.

Saint Irénée , disciple de saint Polycarpe', tjui le fut lui-même de saint Jean , parle en termes exprès de nos quatre Evangiles, et en nomme les auteurs. Le premier, dit-il, fut écrit par saint Matthieu ; le second par saint Marc , disciple de saint Pierre ; le troisième par saint Luc, compagnon de saint Paul 5 le quatrième par saint Jean , disciple du Seigneur , et qui reposoit sur sa poitrine.

Tatien, sur la fin du second siècle, fit une concorde de nos quatre Evangiles , qu'il intitula Diatessaron ; preuve certaine que nos Evangiles étoient bien communs parmi les chrétiens , puisqu'on travailloit à concilier leurs récits pour en faciliter l'intelligence aux fidèles.

Saint Ignace, disciple de saint Pierre et de saint Jean , cite plusieurs fois dans ses lettres des passages de l'Evangile de saint Matthieu: Onconnoît I arbre, par son fruit* . En saint Matthieu, ch. 12, v. 33, on lit : Cest au fruit que Ton connott I arbre.

Jésus-Christ fut baptisé par saint Jean \ pour que toute justice fût accomplie par lui»

1 liv. 3, c< Xt — • ? Anx Ephé»., fc° 14. — * Aux Smjf

ÉVANGILES JSN GENERAL. 5lJ

En saint Mathieu, c. 2 , v. 1 5. Jésus dit k saint Jean : Ilest à propos que nous accomplissions toute justice.

Qui comprend comprenne \ et en saint Matthieu', c* 19, v. ia :c Qui peut comprend dre comprenne.

Soyez prudent comme le serpentet simple comme la colombe *. En saint Matthieu,c. 10, v, 16. Soyez donc prudents comme les serpents , ret simples comme les colombes.

On trouve aussi dans la lettre devint Polycarpe aux ^hiJBppSens , des citations de l'Evangile de saint Matthieu -.Prions Dieu qu'il ne nous induise point en tentation % comme le Seigneur a dit, l esprit est prompt, mais la chair estfoible. En saint Matthieu , c. 6, v. i3t. Ne nous exposez pas à la tentation, etc.- , c. 26, y, 4*« V esprit est prompt, mais la chair, est fpibte.

Tous ceux qui agiront de bonne foi ne pourront s'empêcher de reconnoître les paroles de saint Matthieu dans les citations de saint Ignace et de. saint Polycarpe.

Démontrons à présent l'authenticité de l'Evangile de sahit Jçan'.

Le passage de saint Justin que nous avons rapporté prouve autant l'authenticité de cet

1 Anx Smynieeiis , n# 6. — * A Polycarpe, n° a. — ■ Nomb. , 7.

3l8 RÉPONSES CRITIQUES.

Evangile que celle de l'Evangile de saint Matthieu , comme on a pu le remarquer lorsque nous l'avons discuté plus haut.NLes disciples de Yalentin recevoient l'Evangile' de saint Jean en entier, et n'en reconnoissoient point d'autres* Yalentin vivoit sous l'empire d'A~ -drien.

Les alogiens et les théodotiens, qui vivoient sur la fin du second siècle , rejetaient l'Evangile de saint Jean. Il existait donc alors, et il étoit connu pour être de cet apôtre.

Saint Irénée, liv. HT, chap. XI, n. 7 , ne fie contente pas de parler de l'Evangile de saint Jean $ il en fait encore , dans les chapitres suivants un grand usage pour combattre les hérétiques. Le témoignage de saint Irénée suffi roi t seul pour établir l'authenticité de l'Evangile de cpt apôtre, puisque ce saint évèque a voit été le disciple de saint Poly* carpe , qui avoit vécu long-temps avec saint, Jean*

Pierre , évêque d'Alexandrie , cjui vivoit sur la fin du troisième siècle ' , assure que Ton voyoit encore de son temps , à Ephèse', l'original de cet Evangile , écrit delà propi* main de saint Jean.

* Dans U Chron. Pascale de redit, du Louvre, p. 5.

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SAINT MATTHIEU. 3l g

Généalogies de Jésus-Christ.

Il n'est point de difficultés que les déistes proposent avec un aussi grand air de triomphe que celle de l'opposition apparente des deux généalogies de Jésus-Christ; elles sont absolument inconciliables selon eux , et chacune d'elles renferme des faussetés palpables. En parlant ainsi, ils ne font que copier Porphyre^ Julien et .les juifs modernes, qui tous ont cru altérer le ch Atianisme par cette objection.

Réponse. On ne peut raisonnablement ut»

tendre que nous montrions l'accord de ces deux généalogies arec évidence, le tempe nous ayant ravi les monuments nécessaires pour dissiper pleinement les obscurités de ce sujet. Tout ce qu'on peut avec justice exiger de nous, c'est que nous donnions un dénouement plausible à la difficulté qu'on nous oppose $ et en effet il ne faut rien de plus , car toute conciliation , quand même elle ne seroit que possible , suffit pour faire dispafoitttè une contradiction apparente. D'ailleurs, lors* qu'on trouve quelques obscurités «dans les auteurs grecs et latins , on n'attend point deft savants qu'ils les expliquent, qu'ils répandent sur ces endroits une évidence qa\ jb* laisse rien i désirer. On est satisfait si * par

quelque conjecture probable , ils en facilitent l'intelligence. Ne sommes-nous pas fondés à demander qu'on ne soit pas plus difficile pour nos livres saints ?

C'est ici l'endroit de placer une judicieuse remarque de M. Prideaùx(i).Voici les paroles de ce savant.: « A peine est-il une histoire » écrite qui, dans le siècle suivant, ne paroisse, » par rapport au temps , aux lieux • et aux » autres circonstances, chargée de cbntraaïc- » tions apparentes qu'on a bien de la peine » à concilier quand le softvenir de ces faits » vient à s'effacer de la mémoire des hommes, » Combien plus sommes-nous sujets à nous » méprendre quandnous portons les yeux sur » des objets qui sont éloignés de nousdeprè» » de deux mille ans , et que nous ne pou- » vons apercevoir qu'à la foible lueur de quel- » ques restes d'histoires , sï. obscurs et si peu » suivis , que nous sommes réduits à marcher » à tâtons, quelque lumière que nous en puisusions tirer! »

- Il ne sera pas hors de propos de rapporter un exemple bien propre à justifier la judicieuse remarque de M. Prideaux.

Le sacre de Louis XIV étoit arrêté pour un jour marqué (a), et il fut différé par un in-

(i) Histoire des Juifs et des peuples voisins , tom. x > A : {?) Jlfeofee des ouvrages des savants , mai 1 709 , p. *5i*

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cident qui survint* Les médailles étaient frappées, et elles subsistent encore avec une date différente du jour, de la cérémonie. Supposons pour un moment que D. Ruinard n ait pas fait cette observation : comment , dans deux ou trois siècles les savants auroient-ils pu concilier la médaille avec nos historiens ? Cette difficulté , qui n'en est pas une pour nous , n'auroit-elle pas été insurmontable pour eux?

L'obscurité que le. temps répand sur lès faits anciens est bien augmentée sur les généalogies des Juifs par les coutumes de ce peuple*

i° La loi ordonnent à un frère d'épouser la veuve de son aîné quand il étoit mort sans laisser d'enfants -, et les enfants qui naissoient de ce second mariage étaient ■censés appartenir à l'aîné , de sorte qu'ils avoient deux pères , l'un que la nature leur donnoit , et l'autre qu'ils recevoient de la loi.

2° L'adoption étoit usitée chez les Juifs , et elle y avoit tant de vigueur qu'elle dispensoit un frère d'épouser la veuve de son aîné, quoiqu'il n'eût point laissé d'autre enfant que ce fils adoptif , qui entrait dans tous les droits et dans tous les privilèges de son père qui Pavoit adopté. On lit cette maxime dans la: Mime r qui est le code de l'ancien

droit des Juifs , an titre ftoi* , hatfaa \ c'est-à-dire partie troisième , c. 8 : Cehiqui Ht c'est là monfih , dfet* <#ra cru ; sur quoi le rabbin Obadias ajoute : De telle sorte qu'un tet enfimt doit être l héritier > et en ce cas Im veuve n'est plus obligée à la loi , qui lui enjoint d épouser te frète de son mari. Ainsi le fils d'adoption atoit nécesairemeat deux aïeux , le père de son père naturel , et le père de celui qui l'avoit adopté.

3Q La même personne chem les Juifs avoit Souvent deux nom §. Voye* VzriiQteZaoharie, fils de Bàraehie.

On yoit aisément que cette duplicité de pères , d'aïeux , de noms , a dû laisser des difficultés qu'on ne peut entièrement éclaire» dans les généalogies des Juifs , quoiqu'elles soient certaines et indubitables.

Nous présentons une explication qui donne ce dénouement plausible , qui est , comme nons l'avons dit , tout ce qu'on peut raisonnablement demander de nous. Cette expli* cation n'est ni singulière , ni nouvelle \ elle est , depuis deux siècles , la plus commune parmi les interprètes : nous ne la placent dans ce recueil que parce que nous y avons ajouté des observations et des preuves <pi nous ont paru propres k la fortifier et à Wclaircir.

On commentera par ' rapporter les deux

généalogies dont il est ici question i on ne prendra celle de saint Luc que depuis David, parce que ce n'est que depuis ce degré quelles paroissent opposées. Nous proposerons successivement les difficultés qu'on forme contre , afin de mettre plus de clarté dans ce sujet , qui est fort embarrassé par lui-même.

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