‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 26 sur 31 · Bftathan, la. Jacob · texte numérisé non relu

Bftathan, la. Jacob

i3. Joseph.

'14. Jesus-Christus.

On ne voit dans cette généalogie aucune omission qu'il faille suppléer. Toutes les* classes, conformément au dessein de Tévangéïiste ? renferment quatorze personnes , ou engendrantes ou engendrées , et par consé-^ quent quatorze générations ; car les générations se comptent par le nombre des personnes engendrantes ou engendrées.' c*est

54o RÉPONSES CRITIQUES.

ce qui se proiïve par la généalogie d'Odiiia depuis Zorobabel , rapportée au chap, 3 du premier des Paralipomènes , où Odûia qui en fait le douzième degré , est seulement engendré et non engendrant, tandis que ceux qui sont dans les dix degrés supérieurs , sont engendrés et engendrants , et Zorobabel qui fait le premier y paroît seulement comme engendrant. Dans la généalogie de Jésus- Christ , Abraham y paroît seulement comme engendrant; saint Joseph et Jésus seulement comme engendrés.

Cinquième difficulté.

Il y a un défaut essentiel dans la manière dont vous composez les classes de la généalogie, puisque vous placez la même personne , savoir, David dans deux classes différentes-, 3 termine la première et commence la seconde.

Réponse.

On ne peut appeler défaut l'exécution da dessein de levangéliste 5 il compte- lui-même quatorze générations depuis Abraham jusqu'à David; David est sûrement compris dans ce nombre^ car s'il en étoit exclus, il n'y en anroi t que treize. Saint Matthieu place de non-

yeau David à la tête de la seconde classe, en disant qu'il y a quatorze générations depuis David jusqu'à la transmigration qui se fit à Babylone.

Si Ton demande encore pourquoi l'évangéliste met David à la tète de la seconde classe, et s'engage ainsi à compter deux fois Ce saint roi , nous répondrons qu'il en a agi de la sorte, parce que, i° ce prince est le plus considérable des ancêtres de Jésus-Christ \ 20 c'est à lui que les promesses du Messie ont été plus particulièrement faites -, 3° le Messie devoit naître de son sang -, 4° saint Matthieu, par sa généalogie , se proposant de faire voir que Jésus étoit le Messie, s'est principalement attaché à montrer qu'il descendoit de David , duquel le Messie devoit être issu; c'est pour toutes ces raisons que Tévangéliste a distingué ce roi^de tous les autres ancêtres de Jésus-Christ , et qu'il l'a placé à la tète de la seconde classe , quoiqu'il se trouvât déjà dans la première.

Sixième difficulté. •

Saint Matthieu nous promet la généalogie de Jésus-Christ, et il nous donne celle de saint Joseph , qui n'est pas son père.

Réponse.

On pouvoit être fils de plusieurs manières chez les Hébreux 5 savoir, par nature , par la loi , par alliance , par adoption , par éducation.

Le fils par nature est celui à qui Ton a donné le jour.

Chez les Israélites , le premier mâle qui naissoit à un homme qui avoit épouse la veuve de son frère mort sans enfants, étoit selon la loi censé le fils du défunt.

Celui qui est marié est fils par alliance du père de son épouse.

Le fils d'adoption est celui qui a été . adopté.

Le fils d éducation est celui qu'on a nourri et élevé comme son enfant.

Saint Matthieu nous apprenant que le Sasuiseur a été conçu par l'opération du Saint- Esprit , n'a pu tracer sa généalogie par son père selon la nature; c'est pourquoi il Fa donnée par saint Joseph , dont il étoit fils par éducation et par adoption.

Celui qui nourrit et élève un enfant, en est le père, disent les rabbins ipater est qui eâucat. L'adoption chez tous les peuples donne les mêmes droits que la nature \ et nous voyons dans les livres saints des pères

remplir les mêmes devoirs envers leurs fils adoptifs, qu'envers ceux à qui ils avoient donné la vie. Jacob ayant adopté Ephraïm et Manassés , voulut qu'ils eussent dans la terre de Chaoaan un partage égal à celui de ses enfants ; Mardochée a pour sa nièce Esther qu'il avoit adoptée , les mêmes attentions que si elle eût été sa fille* Nous lisons que Machir, de la tribu de Manassés ' , eut soin de marier ses fils Haphim et Saphan. Haphim et Saphan étoient les fils naturels de Hif, de la tribu de Benjamin ; ainsi ils ne pouvoient être fils de Machir que par adoption. Saint Joseph ayant réuni à 1 égard de Jésus l'adoption et l'éducation, peut et doit à plus juste titre. être appelé son père , puisqu'un seul de ces bienfaits suffiroit pour lui* mériter ce nom ; et par conséquent Jésus peut et doit à juste titre être appelé son fils, et jouir en cette qoalité des mêmes droits qu'un enfant né de lui. \

^Septième difficulté.

Saint Matthieu donne à saint Joseph Jaeob pour père , et saint Luc le fait fils d'Héli. Jésus , dit-il y était cru fils de Joseph , qui fut fils d'Héli.

1 IParalip., c. 7.

Réponse.

Quelques interprètes rapportent ces paroles 9 quifutjils d'Héli , à Jésus , et disent <jue Jésus est appelé fils d'Héli , parce qu'il en étoit le petit-fils par Marie sa mère : ils appuient cette explication par plusieurs pas* sages de l'Ecriture , où le relatif ne se rapporte pas à l'antécédent immédiat , mais à un plus éloigné ; ils prouvent de même que dans les livres Maints, le petit-fils est souvent appelé fils.

Nous convenons sans peine que dans l'Ecriture , les petits-fils sont souvent appelés fils, et que le relatif ne se rapporte pas toujours à la chose ou à la personne qui précède immédiatement ; mais on sera obligé -d'avouer que la construction la plus commune et la plus naturelle , surtout 'dans les généalogies , est de faire rapporter le relatif à la chose ou à la personne qui précède immédiatement : c'est pourquoi noul croyons que c'est saint Joseph que l'évangéliste appelle fils d'Héli, parce qu'Héli étoit son beau-père. Nous disons donc que saint Joseph est fils de Jacob , selon la nature \ c'est ce que marque saint Matthieu , lorsqu'il écrit que Jacob engendra Joseph, et qu'il est fils d'Héli par alliance, parce qu'il en a épousé la fille.

Les Israélites donnoient aux gendres le nom de fils ; l'Ecriture en fournit bien des exemples. Au chap. 3j de la Genèse, y. 35 9 on lit dans l'hébreu , que tous les fils et toutes les filles de Jacob vinrent pour consoler le patriarche , qui croyoit que son fils Joseph étoit mort. Et dans les Septante , on lit au même endroit que tous ses fils et filles vinrent et s'efforcèrent de le consoler. Jacob n'avoit qu'une fille ; ainsi celles que l'Ecriture nomme ici ses filles étoient les épouses de ses fils.

On répète dans le même livre , au 46e chap. , v. 6 et 7 , que Jacob vint en Egypte a vec ses fils , ses pçtits-fils et ses filles , qui , au v. 26, sont appelées les épouses de ses fils.

Noémi , dans tout le livre de Rutli , appelle toujours les épouses de ses fils , ses filles.

David, au premier des Rois, cliap. 24 9 v. 12 , appelle Saûl son père , et Saûl , v. 17, l'appelle son fift -, il le nomme encore de même au chap. 26 , v. 21 et 25.

Cet usage netoit point particulier aux Hébreux : on le voit chez les Gtecs(i). Priam appelle Hélène sa chère fille ; et Hélène dit que Priam a toujours été pour elle un tendre père (2).

(1) Iliade , Ut. 3, ▼. 16a.

(a) Iliade, liv. a 4 , sur la fin.

Oa le voit chez les anciens peuples d'Italie. Turaus , au livre 12, v. i3 de l'Enéide , donne le nom de père au roi Latizms., qui lui avoit promis sa fille Laviaie. ,

Il se trouve chez les Romains. Nous avons une médaille de Constantin, où il est nommé •fils des deux Augustes, FIL AUGG , ce qui ne p eut s'expliquer qu'en disant que ee prince étoit fils (Fun Auguste , à savoir de Constance Chlore , et gendre d'un autre, à savoir Maximien Hercule , dont il avoit épousé la fille nommée Fausta ; car il n'étoit fils par adoption d'aucun Auguste.

On remarque aussi cette manière de s'exprimer presque chez tous les peuples 5 maïs particulièrement parmi nous, non seulement le gendre appelle père le père de son épouse ; mais il joint encore à ce titre uneépithète qui désigne la considération, en le nommant beaupère , et celui-ci, par un retour d'estime, appelle le mari de sa fille beau-fils : c'est, ainsi que les religieux que nous appelons aujourd'hui révérends pères , étoient autrefois qualifiés beaux - pères .En D a ne ma rck et en Suède, la bru appelle beau-père le père de son mari , et celui-ci la traite de fille. En Espagne , la bru appelle père ïe père de.son mari , et celui-ci l'appelle fille.

Dans le Thalmud/ la mère. die Jésus £S(

SÀItfT MATTHIEU. 3^

nommée Marie , fille à'Héli (i); ce qui es} une preuve de la vérité du récit de saint Luc , et de la justesse de l'hypothèse que nous dé^ fendons.

Huitième difficulté.

Dire que saint Luc donne la généalogie de Jésus par Marie sa mère , c'est assurer unç chose contraire à la coutume des Juifs, qui ne faisoient jamais les généalogies des femmes, et qui tenoient pour maxime que la famille de la mère n'est pas famille.

Réponse.

Il est vrai que les Juifs ne faisoient pas, ordinairement la généalogie des femmes \ on dit ord'nairement, parce que nous voyons celle de Judith au chap. 6 du livre qui porte son nom, et celle de Métabel, épouse d'A« dad , roi dans l'Idumée , au premier livre des Paralipomènes , chap. i , v. 5o. Il est pareillement vrai que la famille de la mère n'étoit pas considérée ordinairement comme famille ; on dit ordinairement, car nous voyons Joab et Abisaï toujours appelés dans l'Ecriture fils de Sarvia, parce que cette femme

(i) Toile de Sanhcdriu , chap. H#eç.

étant sœur du roi David, étoit par cela même plus distinguée que son mari-, mais quand les Juifs n'auroient jamais dérogé à leurs coutumes et à leurs maximes , il ne s'ensuivroit pas de là que saint Luc n'ait pas dû s'en écarter : cet évangéliste vouloit montrer que Jésus étoit du sang de David et de Salomon. Comme ce divin Sauveur n'avoit point de père selon la nature, il étoit obligé de tracer sa généalogie par sa mère.

Neuvreme difficulté.

Saint Matthieu compte les descendants de Zorobabel par Abiud , et l'on n'en voit que dix jusqu'à saint Joseph inclusivement. Saint •Lftc décrit les descendants de ce prince par Résa son autre fils , et il s'en trouve dix-neuf jusqu'à Marie, épouse de saint Joseph inclusivement. Est -il croyable que dans deux branches d'une même souche, une surpasse l'autre en générations de moitié?

" Réponse.

Oui , deux branches dans le même espace fle temps peuvent différer beaucoup dans le nombre des générations. Grotius, aux connoissances duquel on se fiera sans peine , assure que cela arrive souvent, ainsi qu'on le

voit dans les arbres généalogiques. Scepe eodem temporis spatiof ami lias inter se comparatas generationes habere unam.aut altérant plures et pauciores ; quod in omnibus stemmatibus videre est.

Veut-on un exemple d'une grande inégalité de générations dans les différentes branches d'une même souche ? l'Ecriture en présente un bien frappant. Les enfants de Jacob'

formèrent chacun une branche ou tribu;

lorsqu'une année après leur sortie de l'Egypte, Moyse, par l'ordre de Dieu, fit le dénombrement de chacune de ces tribus, il se trouva entre elles une prodigieuse inégalité : mais la plus surprenante est celle qu'on vit entre la tribu de Lévi et celle de Juda •, celleci comprenoit soixante-quatorze mille mâles depuis l'âge de vingt ans, et celle-là vingtdeux mille trois cents mâles à les compter depuis un mois. Ce n'est pas là une supériorité de moitié seulement , mais de plus des deux tiers.

Autre exemple. En comparant la généalogie du grand-prêtre Sadoc avec la généalogie de David., on voit que la première est plus nombreuse de moitié que la seconde. David étoit contemporain de Sadoc : d'un autre côté, Naasson étoit dans le désert contempo-

* Nombres, c. z et 3.

35o RÉPONSES CRITIQUES.

rain d'Eléazar, ancêtre de Sadoc : or entre Naasson et David on ne trouva que Salrnon, JBooz , Obed et Jessé; au lieu qu'entre Eléazar et Sadoc on trouve Phi nées1, Abisiné, Bocci, Ozi, Zarias, Mérajot, Amarias et Achitob : quatre d'un côté et huit de l'autre. Voici une seconde réponse qui n'est pas moins solide que la première. Saint Matthieu ayant fixé le nombre des générations depuis Abraham jusqu'à Jésus-Christ, à quarantedeux ou à trois fois quatorze , a dû faire des retranchements qui ne nuisent point à la vérité de la descendance, puisque ceux que l'on retranche n'empêchent pas que leurs fil» ne soient immédiatement les enfants de leur* ancêtres.

Dixième difficulté*

Saint Matthieu donne Je o ho ni as pour père à Salathiel, et saint Luc le fait fils de Néri.

Réponse.

Salathiel fut fils de Jéchonias selon la nature , et ayant épousé la fille de Néri , il en fut fite par alliance comme saint Joseph fret fils de Jaoeb selon la nature; et d'Héli par alliance. Voyez la réponse à la septième difficulté.

* I des Paralip. , c. 6 , v. 4 et suiy.

Conclusion.

Il n'y a donc point d'opposition entre les deux généalogies , puisque dans Tune on donne celle de Marie, dans l'autre celle de son époux. Il n'y a point de fausseté ni dans l'une ni dans l'autre. Jésus est vraiment selon la chair fils de David et de Salomon , puisque les branches de Salomon et de Nathan se sont réunies dans Zorobabel , un des ancêtres de Marie sa mère. Il est fils par adoption et •par éducation, de saint Joseph. En cette qualité , il a les mêmes droits que s'il en eut été fils selon la nature : îl est par conséquent l'héritier légitime du sceptre d'Israël , qui appartenait <de droit k son père adoptif et nourricier.

Étoile des Mages.

Comment le Saint-Esprit1, disoit un incrédule , a-t-il pu inspirer à sain* Matthieu une absurdité semblable à celle qu'on lit ausecoad -chapitre de son évangile? 11 y assure qu'une •étoile cotndutsoit les mages de Jérusalem à Bethléem. Ceux qui ont la plus légère connoissance du système du monde , sentent tout le ridicule de ce récit.

z Saint Jfettaieu, c. 2.

55a RÉPONSES CRITIQUES.

Les étoiles , à raison de leur étonnante élévation, ne peuvent indiquer une ville, pas mêjne un pays, bien moins une maison. Si Ton dit qu'une étoile s'abaissa et s'approcha de terre pour marquer la maison où étoit Jésus, on tombera dans une absurdité plus grande que la première , puisqu'en ce cas cette étoile, par son étendue, auroît couvert nonseulement Bethléem , non-seulement toute la Judée, mais encore tout notre hémisphère.

Nous lui répondîmes que le terme aster dont levangéliste s est servi, signifie également météore lumineux et étoile : or vous conviendrez , lui dit-on , que dès qu'un mot a deux acceptions dont Tune renfermerait des absurdités, l'autre ne présenterait rien que de possible et de commun , il n'y a pas à balancer sur le choix : tel est le cas où nous nous trouvons $ en prenant le terme de saint Matthieu pour une étoile , on tombe dans les inconvénients que vous avez marqués; en disant que c'est un météore. on les évite. LTétoile des mages ne fut donc qu'un météore lumineux, formé miraculeusement assez près de * la terre , dirigé dans son . cours par la main qui l'avoit produit.

Mais, répliqua l'incrédule, où avez-vous trouvé qu'aster a la signification de météore? Où nous l'avons trouvé ? dans Homère, au

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