‹ Réponses critiques a plusieurs difficultés proposées par les nouveaux incrédulesChapitre 27 sur 31 · livre 4 de rilîade, et dans Aristote, au livre premier des météores · texte numérisé non relu

livre 4 de rilîade, et dans Aristote, au livre premier des météores

Du moins , reprit l'incrédule , vous serez obligés de convenir que votre Vu! gâte , en traduisant Stella, nous a induits en erreur. Point du tout, parce que ce mot a la double signification du terme grec : voyez l'Histoire naturelle de Pline, livre 18, chap. 35, et Virgile, livre i des Géorgîques, vers 365 et suivants.

Saepe etiam stellas, vento impendente, vide bis Précipites coelo labi.

Nous pouvons même , sans sortir de notre langue , vous donner un exemple de cette double acception. On appelle parmi nous étoile un météore qui paroi t souvent en été, en forme d'une étoile qui tombe , et ce n'est pas seulement le peuple qui parle'1 ainsi : nos philosophes , qui se piquent d'une si grande exactitude dans leurs expressions , ne s'expliquent pas autrement. Il n'est pas jusqu'à des météores factices que nous ne nommions ainsi : telles sont ces étoiles par lesquelles les fusées se terminent assez souvent.

Les Arabes appellent aussi étoiles ces météores lumineux qui semblent tomber du ciel. Voyez le poème d'Abulola , page a3i du recueil de Goliusj à la suite de la grammaire d'Erpénius.

Les Chinois sont dans le même usage. « Je » lisois, dit Fontenelle dans un abrégé des » Annales de la Chine, écrit en latin , qu'on » y voit des mille étoiles à la fois qui tombent » du ciel dans la mer avec un grand fracas, ' » ou qui se dissolvent et s'en vont en ploie $ \ » cela n a pas été vu pour une fois à la Chine; » j'ai trouvé cette observation en deux temps » assez éloignés , sans compter une étoile qui » s'en va crever vers l'orient comme une fu- » sée, toujours avec grand bruit. U est fa- » cheux que ces spectacles-là soient réservés » pour la Chine , et que ces pays-ci n'en aient » jamais eu leur part. »

On voit bien, et M. Fontenelle le fait assez connoître par les paroles qui terminent son récit, que ces étoiles qui tombent dans la mer, que cette étoile qui fait une. traînée de lumière comme une fusée ne sont pas de véritables étoiles, quelles ne peuvent être que ce météore lumineux que nous appelons étoile tombante. Leur grand nombre , le bruit qu'elles font, la pluie quelles produisent, sont des ornements dont les Chinois , qui exagèrent tout ce qui les regarde, ont embelli ce phénomène pour le rendre plus merveilleux. Remarquez que ce peuple, formé .depuis tant de siècles, placé a l'extrémité du monde , donne comme nous le nom d'étoile au météore dont il est ici question : tant est

. SAINT MATTHILU. 355

ancienne , tant est universelle la coutume de donner aux choses le nom de celles dont elles ont l'apparence ! C'est donc bien injustement que les déistes blâment Moysc et les autres auteurs de nos livres saints, d'avoir parlé du système du monde et des choses naturelles , non selon la réalité, mais selon les apparences , puisqu'ils n'ont fait en cela que suivre le langage de tout l'univers, celui-mème que les philosophes emploient tous les jours dans le commerce dç la vie.

Massacre des Innocents1.

Josèphe, dit Fauteur du Dictionnaire philosophique*, qui ne dissimule aucune des cruautés d'Hérode , ne parle point du massacre de tous les enfants , ordonné par lui, en conséquence de la nouvelle à lui parvenue , qu'il étoit né un roi des Juifs. Le calendrier grec compte quatorze mille enfants égorgés dans cette occasion.

Je réponds qu'il y a plusieurs choses dans Suétone et dans Tacite , que personne ne révoque en doute , quoiqu'elles ne soient attestées que par un de ces historiens \ y a-t-il de l'équité à refuser une semblable créance à .saint Matthieu, qui rapporte un fait public et connu , arrivé de son temps dans sa patrie ?

1 Saint Jfeuhiea, et,*. i$. — »' P. 1*3.

Mais voyons qu'est-ce qui auroit pu porter l'évangéliste à inventer cet événement. Est-i] glorieux à celui dont il écrit la vie ? Est-il propre à lui concilier l'affection de son peuple? Tout au contraire, il est aux yenx de la chair déshonorant pour lui -, quoi ! celui qu'on vient de donner pour fils de Dieu, pour maître absolu de l'univers, est obligé de fuir pendant les ténèbres de la nuit dans une terre étrangère , pour sauver sa vie! Quoi! cet enfant dont les anges ont annoncé la naissance comme le sujet d une grande joie , oecasione, peu de jours après, une calamité publique ! Il faut donc convenir de bonne foi que l'écrivain sacré n'avoit aucune raison de feindre ce massacre , et qu'au contraire il en avoit de trèsbonnes de le passer sous silence , s'il n'eût pas été sincère.

J'ajoute que si Josèphe n'atteste pas le massacre des Innocents en termes exprès, il le rend vraisemblable, et qu'il le fait pour ainsi dire entrevoir dans l'histoirequ'ilnousa laissée des actions et des mœurs d'Hérode. Ce prince selon lui , fut soupçonneux , défiant , excessivement jaloux de sa couronne, crueljusqua la férocité $ son règne fut un règne de sang? épouse, enfants, alliés , sujets, sans distinction de naissance, de dignité, de rang, dage ou de sexe , furent les victimes de sa barbarie. Il faisoit mourir; dit cet auteur, sous le pre-

mîer prétexte qui se présentait, ceux qui avoient le malheur de lui faire quelque ombrage^ il n épargna pas même Costobaré,Lysimachus,Gadias, surnommé Àntipater, etDositbée , les meilleurs de ses amis.

La dernière maladie de ce prince, qui fut assez longue, augmenta infiniment ses soupçons et sa cruauté*, il devint insupportable à tout le monde et à lui-même ; tout lui faisoit ombrage; il tomba dans une mélancolie si atrabilaire , qu'il voulut se donner la mort, et qu'il ordonna à sa sœur Salomé de faire tuer à coups de flèche i après son trépas y les plus considérables des Juifs qu'il avoit fait enfermer dana l'Hippodrome.

« On voit que dans ces circonstances , le massacre d'une cent aine d'enfants, parmi lesquels il y en a un qu'on dit être né roi des Juifs, est un trait qui se place comme de lui-même dans le tableau de ee prince.

Que si l'on insiste et si l'on demande pourquoi Josèphe n'a pas fait une mention expresse' de cet infanticide , je répondrai que les grands événements qui sont arrivés dans le même temps ont attiré toute son attention. La Judée n'offroit alors qu'un spectacle plein d'hor* reur : la famille royale déchirée par des haines implacables, six mille Pharisiens rebelles, une sédition excitée dans Jérusalem , la* conspiration d' Antipater , la mort violente de ce

fils dénaturé, la maladie extraordinaire du roi , les noires fureurs dont il étoit agité, ses variations sur lechoixxTun successeur, Tordre barbare qu'il donna de massacrer les principaux des Juifs ; ce sont là des objets qui ayant 'paru plus considérables à cet historien que le massacre de quelques enfants, l'auront uniquement occupé.

Le silence de Josèphe ne peut donc infirmer le récit de saint Matthieu, qui, selon les règles de critique reçues de tous les savants, doit passer pour certain, comme nous l'avons fait voir : ainsi, quand nous n'aurions dans cette dispute que le témoignage de l'Evan-* géliste à opposer aux incrédules, l'avantage seroît pour nous; mais pour appuyer sa narration, nous avons encore une autorité qui pour nos adversaires sera bien supérieure à la sienne, c'est celle de l'empereur Auguste. Ce prince ayant appris que parmi les enfants qu'Hérode , roi des Juifs, a voit fait tuer dans la. Syrie , âgés de deux ans et audessous , son fils a voit été enveloppé dans ee massacre, dit : Il vaut mieux être le pourceau d'Hérode que son fils* Cum audisset inter pueros quos in Syriâ Herodes rèx Judœo~ rum intra bimatum jussitinterfici>filium queque ejùs oceisum, ait: meàus est Herodisporcum êsse quàmfilium.

SAINT MATTHIEU. 55g

Macrobe , auteur païen * , parmi plusieurs bons mots d'Auguste , qu'il rapporte dans ses Saturnales , nous a conservé celui-ci qui fait si bien connoître la véracité de nos écrivains sacrés.

La mort d'Hérode arriva vers la fin de mars $ l'exécution d'Antipater ne l'avoit précédée que de cinq jours, et le massacre des Innocents que de quelques semaines; ces deux événements se touchant de si près , Auguste en apprit la nouvelle en même temps , ce qui occasiona l'union qu'il en fit dans le trait que nous venons dé rapporter.

Les Juifs nous fournissent aussi une preuve de la vérité du récit de saint Matthieu. Le philosophe Celse composa un livre contre la religion chrétienne au commencement du second siècle. LeJuîfqui parle dans cet ouvrage, dit que la mère a de Jésus étoît une pauvre femme qui gagnoit sa vie à filer $ qu'ayant été convaincue d'adultère, elle fut chassée par son époux 5 qu'après avoir accouché de Jésus, elle se retira en Egypte , où elle l'éleva en cachette.

Le Juif et notre évangéliste s'accordent sur la retraite de Jésus et de sa mère en Egypte; mais ils sont opposés sur la cause de cette

w Lit. t , c. 4.

•Σy. tt contre Celse, Nombres a 8 , 53.

36o RÉPONSES CRITIQUES.

fuite. Le premier en indique une dont la fausseté saute aux yeux : rien au contraire n'est si vraisemblable que celle qui est rapportée par le second.

i° Si Marie avoit étéN convaincue d'adul-V tère, elle auroit été lapidée, suivant la loi du Deutéronome , chap. 4*

2° Il n'étoit pas nécessaire à Marie chassée par son mari de faire un voyage de plus de cent lieues dans lequel il falloit traverser un désert de plusieurs journées , pour s assurer d'un asile -, elle auroit pu le trouver dans la Judée ou dans la Syrie, qui sont voisines de la Galilée.

5° Pourquoi Marie élevoit-elle son enfant en secret ? Cette précaution ne marque-t-elle pas que cet enfant étoit suspect à quelque personne puissante qui étoit à craindre même dans un pays éloigné?

Qui étoit cette personne puissante qui menaçoit la vie de son fils , sinon Hérode ? Dès que ce prince veut le faire périr, l'ordre de le massacrer est une suite naturelle de cette disposition; mais comme il ne connoissoit point cet enfant en particulier, et qu'il n'est pas facile de discerner les enfants à cet âge, il est à présumer qu'il fit en ce cas ce que font les princes cruels et défiants tel qu'il étoit : il enveloppe dans son barbare commandement tous les enfants qui sont nés dans

SAINT MATTHIEU. 36l

le même lieu , pour ne pas manquer ce .qu'il redoute. Cet ordre inhumain fait fuir Marie en Egypte avec son fils , où elle le tint caché ' tout le temps que vécut encore Hérodei. Voilà donc le Juif qui rend témoignage à la vérité du récit que poursuit saint Matthieu sur le massacre des Innocents.

' Ce n'est pas là le seul avantage que nous pouvons iifer de son témoignage. Je demande, pourquoi l'enfant d'une pauvre femme alarmoit-il le roi des Juifs ? On n'en peut donner d'autre raison sinon que sa naissance avoit été acompagnée de quelque chose d'extraordinaire : dès lors l'apparition de l'étoile aux mages Q celle des anges aux pasteurs deviennent croyables même à ceux qui ne reconnoissent pas l'autorité de nos livres saints. ' " Bethléem étoit une petite 'ville à deux lieues do Jérusalem, dont le territoire ne pouvoit être considérable : nous avons donc été fondés à n'estimer qu'à une centaine ou environ les enfants au-dessous de deux ans qu'Hérode fit massacrer ; c'est en effet tout ce qu'il pouvoit naturellement s'en rencontrer dans un aussi petit endroit et ses dépendances ; ainsi il faut placer les ^quatorze mille innocents des Grecs au nombre des fables dont cette nation* a toujours aimé à se repaître. «

ii. . iô

5Ô2 RÉPONSES . CKmÇTJJSS.

Jésus-Christ est tenté par le démon.

v. i. Alors Jésus fut conduit par l'esprit dans le désert1 ppur y être tenté du diable.

2. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits , il eut faim ensuite.

3. Et le tçntateur rapprochant de lui , lai dit : Si vous êtes le fils de Dieu , dites que ces pierres deviennent des pains.

4* Mais Jésus lui répondit ; Il est écrit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort àe la bouche de Dieu,

5. Le diable alors 1b transporta dans la ville sainte , et le mettant sur le naut du temple,

6. Il lui dit : Si vous êtes le fils de Dieu, jetez-vous en bas, car il est écrit qu'il a ordonné à ses anges cT avoir soirî de vous, et qu'ils vous soutiendront de leurs mains , de peur que vous heurtiez le pied^contre quelque pierre.

7. Jésus lui répondit : Il est écrit aussi : Tous ne tenterez point le.Seigneur votre Dieu.

J8. Le diable le transporta encore sur une ^montagne fort haute , et lui montrant tous les royaumes du monde et la gloire qui les accompagne,

1 Saint Matthieu , c. 4.

9. ïl lui dit : Je Vous donnerai toutes ce» choses si en vous prosternant devant mût vous m'adorez.

ïo. Mais Jésus lui répondit : Retire- toi, Satan, car il est écrit : Vous adorerez fe Seigneur vetre Dieu , et vous ne servirez que lui seul.

1 1 . Alors le diable le laissa , et en même temps les anges s'approchèrent, et ils le ser* voient.

On ue forme point de difficulté contre là première tentation : examinons celles que Ton propose contre les deux autres.

Le démon ne put mettre Jésus-Christ su* le haut du temple \ il n'auroit pu s'y tenir, puisque, comme nous l'apprend. Josèphe*, le toit de ce saint édifice étoiï tout couvert de broches à" or très*pointues , afin, que les tri* seaux ne pussent s'y poser et le salir. Si l'on dit que, conformément à la Joi du Deutéronome , il y avoit un parapet autour du toit sur lequel le démon plaça Jésus*, on répondra que cette loi ne regardoit que lfes maisons des particuliers, dont les toits, étant plats et fort fréquentés, auroient occasion* bien des chutes si l'tm n'eût pris cette pré* caution. On n'avoit poiht de semblables accidents a craindre au sujet è& toit du temple,

'Otftn* Aèê Jtf*fs,L5,ei<t4<*»-<* CL*», V. *.*

sur lequel il n'étoit n] permis ni possible de monter^ et dont on éloîgnoit même les oiseaux.

Réponse. Nous convenons que le démon ne mit point Jésus sur le toit du temple, où il n'auroit pu se tenir à cause des broches très-aiguës dont il étoit tout hérissé : nous croyons qu'il n'étoit point environné d'un parapet \ le silence de Josèphe , qui a fait une description si exacte du tempTe , en est une preuve certaine. D ailleurs la raison de la loi du Deutéronome n'avoit pas lieu pour ce saint édifice, puisqu'on n'avoit point de chutes à craindre d'un lieu qui étoit inaccessible. Cherchons donc quelque autre endroit où le démon ait pu placer Jésus-Christ.

Cet endroit est appelé dans le grec de l'Evangile ptérugion. Ce mot est formé de ptérux , qui signifie au propre une aile d'oiseau, et au figuré une aile de bâtiment. Il en est de jnêoie dans les langues latine et française, où le mot qui signifie au propre aile d'oiseau signifie au figuré l'aile d'un bâtiment. Hésychius explique ptérugion par okroterion ptéfux , le haut de l'aile. Qu'on ne s'étonne point de voir ici un nominatif pour un génitif, ptérux pour ptérugos; il J * bien d'autres négligences grammaticales dans les anciens lexicographes grecs et latins.

Josèphe nous a donné une description du

temple, dont il avoU une parfaite comtois* sance, puisqu'il le vit jusqu'à sa destruction. Cet auteur , après avoir parlé des parvis qui environnoient ce saint édifice 9 ajoute : « Le » temple , ce lieu saint consacré à Dieu , étoit » placé au milieu. On y mon toit par douze » degrés. La largfeur et la hauteur de son fron- » tispiceétoient décent coudées ; maisiin*yen » avoit que soixante dans son enfoncement et » sur le derrière, parce que sur le devant et à » son entrée étoient deux établissements de » vingt coudées chacun , comme deux bras » ouverts j pour embrasser et pour recevoir » ceux qui y entroient. » (On dit , en architecture, les bras 'd'un bâtiment, en parlant d'un des corps de logis qui sont à côté du grand : on les appelle aussi ailes. Dictionnaire de Trévoux , au mot Bras. ) « Son » premier portique, qui étoit de septante cou- » déesde haut etde vingt-cinq de large, n'a voit » point déportes, parce qu'il réprésentoit le *> ciel , qui est visible et ouvert à tout le mon de. » Tout le devant de ce portique étoit doré, et » tout ce que l'on voyoit à travers dans le » temple l'étant aussi, les yeux en pou voient à » peine soutenir l'éclat.

» La partie intérieure du temple étoit se* » parée en deux , et de ces deux parties, celle » qui paroissoitia première s'élevoit jusqu'au » comble. Sa hauteur étoit dfe nouante ccju**

» dées , $a langueur de cinquante , ta largeur » de vingt. La porte de dedans étoit toute y couverte de laines d!or , comme je 1 ai dit , » et les cçtés du, mur, qui Faccai&paguoient » étoient tout dorés. On voyoit au - dessus » des pampres de vignes de la grandeur d'un » homme, où pendoient des raisins , et tout » cela étoit d'or. De cette, autre partie de la » séparation .du «temple , .la plus intérieure * étoit la plus basse* Ses -portes 9 qui étoient » d'or , avoient cinquante coudées de haut et » seize de large. Il y avoit au-devant un tapis » babylonien de pareille grandeur x pji l'azur, » le pourpre , l'écarlate et le lin etQJejit, mêlés » avec tant d'art qu*on ne le pouvoir voir » sans admiration •«..,

. » On entroit de là. dans la partie inférieure » du temple 9 qui avoit soixante coudées de » long, autant de haut et vingt de large. Cette » longueur de soixante coudées étoit divisée » en deux parties inégales , dont la première ^ étoit de quarantç.çpudées , et lVw y voyoit » trois choses si admirables qu'on ne pouvoit ». se lasser de les regarder : le chandelier , la » table et l'autel des encensements.

» L'autre partia du temple , la plus intéix Heure, étoit, de vingt coudées. EUe étoit se- » parée de l'autre aussi par un voile, et il n'y » avoit alors rten dedans. L'entrée n'en étoit » pas seulement défendue k tout le monde ;

SAIOT? MATTHIEU. $67

» mats iïn'étoit pas même pern&îs de la voir. » Onfonommott lesanctuaire, eu le saint des » saints. Il y a voit tout alentour plusieurs ». bâtiments à trois étages ; on pouvoit passer » des uns dans les autres , ety aller par chacun » des côtés du grand portail. Comme la partie, » supérieure étoit plus étroite , elle n'a voit » point de semblait es bâtiments. EUen'étott » pas non plus si magnifique -% mais elle étoit » plus élevés que l'autre de quarante cou- » dées , et ainsi toute sa hauteur étoit de » cent coudées : son plan n'en avoit que n soixante.

» Il n'y avoit rien dans toute la surface » extérieure du temple qui ne ravît les yeux ». en admiration , et ne frappât l'esprit d'étou- » nement ; car il étoit tout couvert de laines » d'or si épaisses que dès que le Jour corn- » mençoit à paraître on n'en étoit pas moins )> ébloui qu'on l'auroit été par les rayons » mêmes du soleil. Quant aux autres côtés 9 où il »*y avoir point d'or , les pierres en » étoient si blanches que cette superbe masse » paroissoit de loin , aux étrangers qui ne Fa- » voient point encore vue , être une montais gne couverte de neîgp.

» Toute la couverture du temple étoit se- » mée et comme hérissée de broches ou poîn- » tes d'or fort pointues , afin d*empêcher les » oiseaux de s'y abattre et de la salir, et une

» partie des pierres dont il étoit bâti av oient » quarante -cinq coudées de long, cinq de* » haut et six de large. »

On nepeut plus se méprendre sur Tendroit où Satan plaça Jésus-Christ. Le sommet d'une de ces deux ailes est précisément le lieu désigné par ce terme Iptérugîon dont l'Evangéliste s'est sçrvi. Ces deux ailes ne faisoient pas partie du temple , qui ne consistait que dans le Saint et le Saint des Saints , puisqu'elles étoient au-devant de cet auguste édifice. Cela se voit encore par l'ordre de la description de Josèphe 9 qui ne parle du temple qu'après avoir décrit tout ce qui lui étoit antérieur. Ces ailes n'étoient pas hérissées de broches pointues comme le toit du temple , puisque , comme nous l'avons dit , elles n'en faisoient pas partie*, ainsi, elles n'avoient rien qui rendît leur somme} inaccessible.

Il faut traduire la Vulgate de la même manière que l'original. Penna et pinna se mettent l'un pour l'autre f selon la remarque de ' Gesner; ainsi pinnaculum , qui est dans saint Matthieu , et pinna , qui est dans saint Luc , sont les mêmes que ptérux , aile -, on doit donc traduire sur l'aile du temple, ce qui fait le même sens que sur le haut ou sur le sommet de l'aile du temple.

Venons à la troisième tentation \ Les déistes nous demandent d'un àir insultant où est 4a montagne de laquelle on voit tous les royaumes du monde et la gloire qui les ad-» compagne*

Réponse. Le grec deiknueine , le latin ostendere , le fvançoi&jnontrer, faire voir , est un terme général qui signifie rendre une chose présente ou en elle-même, ou dans son image, ou dans la description qu'on en fait de vive voix. Je fais, voir un homme en le présentant lui-même, en présentant son portrait, ou en décrivant sa taille , son teint , sa figure , son caractère , etc. Et il est si vrai que je le montre véritablement lorsque je le décris ainsi qu'on appelle «communément portraits les descriptions que les historiens font de ceu.x dont ils racontent les actions.

Il est vrai qu'il nj a point de montagne ,' et qu'il ne peut "y en avoir, d'où. l'on découvre tous les royaumes du monde , pas mfyne tous ceux de notre hémisphère. La terre étant ronde, et les rayons visuels étant droits , ils Ue peuvent fléchir pour atteindre les parties de la terre qui sont au-dessous dq l'horizon ; mais le démon a pu montrer ces royaumes à «fcsfcSyChrist d'une autre manière, à savoir,

1 L'Evangile de la raison * page 14. Sermon des Cin- <F*ante, page aa,

en formant dan* Fair leurs représentations m leurs images ; et xftst ainsi que les interprètes expliquent communément cette tentation. On peut aussi dire , ce qui est plus simple , que le démon décrivit de vive voix et par le discours ces royaumes et leur pompe , ce qui est y comme on Fa remarqué, la troisième manière de montrer une chose à quelqu'un.

On ne doit pas être arrête dans cette dernière explication par ce que dit saint Luc, que Ja. représentation des royaumes se fit dans an moment,. et qu'il eût fallu quelque temps pour qu'elle se fit par le discours ; car le ternie de moment ne désigne pas toujours dans l'Ecriture un seul instant , mais il marque souvent un temps un peu considérable» U est dit que Sodome fut renversée en un moment ' , subversa est in momento\ c'est-à-dire en peu dé temps 9 car on voit dans la Genèse qu'elle fut brûlée. L'incendie d'une ville dure plus d'titt'taàtneiit. ' ' ' r

U est dix que Roth , suivant cansumnest totit le jour les moissoûnetfffirdé Boo* * , ne retourna pas un moment dans su mtfison , ne âd momentum quidem reversa est demu/n } <*i ne retourner )>*j*»cfce£ kôi pour un motnemu U ffA eit'de même dafts l'usage commun. On dit : Je vais faire une visite ; je reviendrai

* Lament, , c. 4 , v, 6. — * Ruih., c. 2/

SAINT MATTHIBIT. 5*J1

daastm» moment. La gloire du monde passe en ira moment.

• On dïra que pour représenter les royaumes Ai monde par le discours il n'était pas nécessaire d'aller sur une montagne , et que cela pouroît se feire également en tout autre lieu. Fous répondons que peut-être le démon prît ce parti afin qu en faisant voir à Jésus-Christ une grande étendue de pays , qui ne devoît cependant être qu'une très-petite partie du domaine qu'il lui promettait, ilen fût frappé, et se déterminât plus facilement à la démarche criminelle qu'il exîgepit de lui ^ ou que peut-être il voulut i effrayer , et par cette impression de frayeur le faire succomber plus aisément a la tentation , en le menant à cette montagne dont les voyageurs nous représentent la montée et la descente comme très-* périlleuses. Ecoutons Morizon : *

« Jésus-Christ * n'eut pas plus têt été bapy> tîsé dans le Jourdain par son précurseur , » qu'il fut conduit par le Saint-Esprit dans » un désert pour y être tenté par le démon , » dit l'Evangile. Ce désert , où Jésus- Christ y> triompha du démon a\ec tant d*éclat , est » à un quart de lieue de la fontaine d'Elisée, » et à trois quarts de lieue de Jéricho , du

* "Voyagea du mont Éinsa et de Jérusalem, page 5a a.

372 REPONSES v CRITIQUES.

» côté du nord. Je suis persuadé qu'il est peu » de déserts au monde aussi affreux que ce- » lui-là ; et je suis obligé d avouer que , quel- » que tristes que soient ces vastes solitude? r de l'Arabie Pétrée que je traversai passant » d'Egypte à Sinaï , elles n'ont en comparai- » son rien qui ne soit agréable. Ce champ 3» de bataille et du triomphe du Sauveur est » au pied d'une montagne que nous appelons » de la Quarantaine , par rapport au jeûne » de quarante jours qu'il y souffrît, pour » venger Dieu , par cette abstinence si longue » et si rigoureuse , des péchés que nous de- » vions commettre par nos excès. de bouche » et par notre intempérance.

» Cette montagne fameuse , qui se courbe » et s'abaisse insensiblement du coté du sep- » tentrion , est extrêmement élevée du côté » du couchant , où elle est absolument inac- » cessible., n'étant autre chose qu'une suite » de rochers escarpés et rôtis des ardeurs du j> soleil. Cette façade de - rochers , - dont la j» seule vue jette la terreur dans 1 ame de ceux *> qui se proposent d'y monter, est percée en » divers endroits , et c'est là où parmi plu- » sieurs grottes* de grandeur et de figure dif- » férentes se trouve celle que le Sauveur du » monde consacra par sa présence dans cette » solitude de quarante jours, à laquelle il joir gnit l'austérité du jeune et la ferveur delà

» prière, pour nous marquer quelles doivent » être nos retraites si nous voulons qu elles » nous soient utile* Le péril auquel s'expoi» sent ceux qui entreprennent d'aller visiter » ces saintes grottes est si grand et si évident » qu'il se trouve peu de pèlerins qui aient j» s^sez de résolution pour y monter. D'enr » viron quarante que nous étions , plus de » trente restèrent au pied de la montagne , » et se contentèrent de révérer delà ces sanc- » tuaires. Le révérendissime , craignant plus » pour moi que moi - même , m'avoit fort j> exhorté à prendre le parti ;de ceux qui ne » crurent pas devoir exposer leur vie pour » ' satisfaire leur dévotion ; mais me souvenant » d'avoir , cinq ou six mois auparavant , » grimpé sur la cime des montagnes de Sinaï » et de Saiute*Catherine, qui sont infiniment » plus hautes et plus pénibles , je ne pus me » figurer que celle de la Quarantaine fût plus » dangereuse, en quoi je me trompois bien » fort. Quoiqu'il en soit, plus animé peut- » être de présomption que de vraie confiance » en Dieu , je suivis l'exemple de ceux que » je vis déterminés à tout risquer, et mon » eçprit s'affermit de telle sorte que j'exé- » cutai heureusement un projet que je n'ar 4> vois pu former .sans trembler y et auquel je *> ne penbe jamais sans frayeur et sans être » surpris de ma témérité.

3j4 RÉPONSES CffjTIQOES.

y Du pied jusqu'au tiers de U montagae, » an monte arec plus de fatigue que de dan- » ger par un ëbenm «rtrèmement rapide, » mais un peu écarté du précipice. Ce che*

* min aboutit à un autre taillé dans le roc, 9 qui s'élève en forme de degrés, et se ter- » mine à une certaine partie du rocher quoi n accroche comme on peut pour se rendre » dans un sentier qui- peut avoir deux pieds a dans sa largeur la plus considérable, sur

. a environ vingt pas de longueur. Ce sentier a dont on se tire en détournant les jeux d'un » .précipice affreux , qu'on a sous ses pieds, a et en s'attachant des mains au rocher, est ft l'écueil ordinaire de la fermeté de la pb- » pa^t de ceux qui se sont trouvés d'abord i» assez «courageux pour se proposer de mon- » ter aux saintes grottes : c'est le non phu a outre de ces prétendus Hercules , dont le

* sang commence k se glacer , le visage à par » lir i la tète à s'appesantir , et les pieds i % trembler. Rétourna donc, en arrière qui » voulut , et qui craignit les vertiges $ mais i > l'égard de six religieux, de nations dùTé- » rentes , et de moi , nous franchîmes heure* y> sèment (grâce à Dieu) ce mauvais pas; y> après quoi, marchant encore quelque temps n itiHebord de l'abîme rta«tot comme des n homme*,» et tantôt à la façon des bètes, » nous arrivâmes enfiirassefc près des «u»t*s

SAINT MATTHIEU* 5fB

» grottes; mais comment achever ce qui reste » de chemin à faire ? Hoc opus9 hic labor est* » Je vous avoue, mon cher lecteur, que je ne » fus pas alors insensible au péril , et que » mon âme, qui en fut ébranlée, commençoit » déjà à se reprocher à soi-même sa témérité, » lorsque, voulant calmer ce trouble dange- » reux qui commençoit à naître , je me » munis du signe de la croix ; je m'armai de » confiance en Dieu, et , me trouvant en- » suite assez tranquille et assez fort pour n mépriser le péril, j'entrepris de faire ce qui ».jne paroîtroit impossible en toute autre * occasion*

» Le lieu, où je me trouvai en ce moment », terrible est un petit rebord formé par la roche » qui avance dHin pied et demi tout au plus* » J'avois à me; côtés et derrière moi le pré- » cipice du monde le plus épouvantable pour » sa profondeur » et je me considérons comme » moulu et réduit en poudip spge tombois » sur les morceaux de rdçhe dont je le voyoia » semé , la1 chose ne pouvant se faire autre-* » ment sans un miracle que je n'attendois » pas. Devant moi j'avois :un cocher escarpé f » de neuf pieds de hauteur « droit presque » ft>mme un mur, et dans lequel je lie t«>u- » vai pour Caution de ma vie que quelque» » inégalités propres à appuyer la pointe du » pied et à attacher la main d une manière

» fort légère. Rien de ce que je pouvojs appre- •> hender n'arriva cependant ; et 1 infinie bonté » de Dieu détourna cet accident funeste, » dont la crainte faisoit frémir ceux qui » étoient au pied de la montagùe , et qui se » figuraient à tout moment que le poids de » notre corps alloit nous séparer du rocher » auquel nous n'étions que foiblement accro- » chés en grimpant.

» Nous nous trouvâmes donc d'abord sur » une plate-forme, dans le fond de laquelle » est une grotte d'une grandeur considérable, » que la Providence semble avoir pratiquée » dans cet endroit pour dédommager en » quelque sorte les pèlerins des peines et des » frayeurs souffertes par le plaisir qu'une *> vue très-charmante leur fait goûter. Nous » étant délassés, tant desprit que de corps, » daps cette grotte , nous passâmes presque » de plain pied dans une autre, par un sentier » aussi étroit et aussi dangereux que le pre- » mier dont j'ai parlé, présentant aux yeux » un abime même encore plus profond , puis- » ce lieu est plus élevé. Mais comme ce sen- » tier est un peu plus court , que nous avions » d'ailleurs pris des forces nouvelles dans la » première^ grotte , «t que nos frayeurs s'é- )» toient en quelque sorte dissipées , ce pasusage nous causa peu d'émotions, et nous » nous trouvâmes ainsi dans la seconde grotte»

SJLINT MATTHIEU. 5jJ

» qui est passablement grande et élevée, mais * beaucoup moins que la troisième , qui lui » estcQntigùë , et dans* laquelle on tient par » tradition que Jésus - Christ prenoit quai- » que repos , pour ne point accabler sou » corps , déjà trop épuisé par un jeûne ri- » goureux. On y voit l'endroit où Ton croit » que cet adorable Sauveur se couchoit , et 9 Ton y révère la partie du rocher sur la- 1» quelle il posoit sa tète sacrée pendant ce » sommeil assez court qu'il accordoit à la » nature humaine dont il a voit éppusélesfoi- » blesses.

. . » Cette saintegrotte est comme l'anticharn- » bre de la. quatrième et dernière, par lav quelle on monte par un escalier de sept ou » huit marches assez en désordre. Ce fut dans » cette grotte que Jésus-Christ fit, pour nos » péchés, la pénitence la plus rigoureuse » qu'on puisse se figurer, et où , par son jeûne » de quarante jours, il se rendit en quelque » sorte l'instituteur de celui du carême , que » l'Eglise , son épouse , a depuis ordonné à » tous les chrétiens. Cette grotte sacrée , qui » est de figure presque parfaitement carrée, » peut avoir quinze ou seize pieds de diamètre. » Sa voûte, formée du rocher .même, est ex- » traordinairement élevée , et dans le fond , »du côté. de là montagne,. est un creilx en «forme, de niche, dans lequel on tient que

%J& RÉPONSES GRmQlUBS.

a Jésus-Christ prosterné, dans ses ferventes » et continuelles oraisons, offrait « Die» son a père , pour noter salut, le sacrifice de tonte » M personne, et le mérite infini des actions » et des souffrances de sa ne , divinement » humaine.

a On montait autrefois de cette grotte sur a la cime de la montagne où Lucifer trans- » porta le Sauveur pour lui faire voirtous les

* royaumes du monde, et lui en promettre la a jouissance pour fruit de l'adoration sacri*

* l^e qu'il lui proposa avec un orgueil et une )> insolence dignes de ce prince des ténèbres; » mais la porte a été murée, pour ôter aux » pèlerins l'envie de. grimper sur le sommet » fameux, où, après de grands périls essuyés, a ils tomboient souvent entre les mains des a Arabes, qui les maltraitaient arec »hu- » inanité , ou qui les dépouillaient du motus, a et les réduisoient dans l'état honteux de leur a ancienne et première nudité. On se cona tente donc aujourd'hui de voir, du pied de a la montagne, cette eime sur laquelle ou a considère des yeux de l'esprit Jésus-Christ » refusant avec justice d'adorer celui qui » n'est tombé du ciel que pour av*ir refusé à a ce verbe divin le culte qui lui étoit légiti- » mëment dé.

» La oonsolatiott que je goùtois dans la ri* a site dé ces grottes , consacrées parla pré-

» sfcnce du Fils, dé Dieu» et par b pratiqua » de* vertus austère dwt il accompagna sa j» longue solitude, fut grande à lu vérité 5 «tais » elle ne fut pa* pure et sans inquiétude» » L'idée taule fraîche des périls que j'avois » courus en y montant faUoit sur mou esprit » une impression vive, qui me représentait v la descente owxmè beaucoup plus danger j» reuse ; et la nécessité indispensable où j'é- » toi* de veitfcre ou «de mourjr me sembloit y> cruelle, parce que j'avois lieu de craindre » qu'elle ne me fut dans peu funeste. Te m'ap- » prochai souvent , et en tremblant, de cet » endroit le plus voisin de la première grotte, » pour essayer de prendre quelques mesures ; » mais n'apercevant qu'à demi les pierres sur » lesquelles je devois appuyer au hasard la » pointe du pied et accrocher la main, je » considérai cet abîme effroyable comme le » tombeau qui m'étoit. préparé. Ne pouvant » donc espérer aucun secours de la part des » hommes, la situation du ]ieu .et du rocher » ne le permettant pas > et n'en espérant pas » beaucoup de moi-même en cette occasion, » où mes yeux pouvoient me trahir par un * » éblouissement fatal , levavi oculo* meos ad » montes, undè véniel auxilium mi Ai.Nosçnt » abaisser mes yeux vers le précipice qui me- 9. naçoit de m'engloatir, je les élevai ver? la » cime de la montagne où j'étois; y implorai

» le secours de Jésus-Christ, que je sivois y » être encore aussi présent par sa puissance » et par sa bonté qu'il y fut visible autre- » fois par sa présence corporelle; et considé- » rant que mes péchés m a voient si souvent » rendu digne de mort , je le priai d'accepter » le sacrifice de ma vie. Enfin après avoir ré- » cité, peut-être avec plus de crainte que de » componction, le psaume de la pénitence Mi- » serere met, J}eus, et invoqué avec confiance » cette mère de miséricorde , au trône de la- », quelle nul ne recourut jamais en vain , me » sentant parfaitement résigné à 1 événement » Iç plus tragique, je descendis, je ne sais » pas bien comment ; mais je sais que ce fut » très-heureusement, grâce à l'ineffable bonté » de Dieu, dont la force daigna soutenir ma » foiblesse* La chaleur que nous souffrîmes » tout le reste du jour dans la plaine 4e Jéri- » cho fut étouffante. Les alarmes que les » Arabes nous y dpnnèrent pendant la nuit » interrompirent souvçnt notre -sommeil , et » les fatigues qui accompagnèrent notre re- » tour à Jérusalem, furent extrêmes; maïs * » tout cela n'eut pour moi rien que de trèsi> supportable, et le seul souvenir des périls » çssuyés sans disgrâce dans le désert de la » Quarantaine > fut dans la suite toujours ca- » pable d'adoucir toutes mes amertumes, et » non pas sans raison 5 car la mort que j'évi-

SAINT MATTHIEU. 38ï

» lai en grimpant sur cette montagne, me » semble à présent si inévitable que quand, » pour gi engager à y remonter, le démon ma » proposeroit la jouissance de tous les royau- » mes du monde qu'il y promit à Jésus-Christ, » j'ose m'assurer que je ne succomberois pas » à cette flatteuse tentation. »

Assumpsit Jesum diabolus.

Presque tous ceux qui ont donné des versions du nouveau Testament1 ont rendu ces paroles* , assumpsit Jesun*, diabolus , par celles-ci : le démon transporta Jésus $ et les déistes, parlant dans leurs livres de cet événement , ont dit que le diable emporta Jésus.

Ni Tune ni l'autre de ces traductions n'est juste, et la seconde, outre le manque de fidélité , nous rappelant une imprécation malheureusement trop commune ptrmi le peuple; présente une image qui fait frémir.

Il est une autre manière de traduire ce passage qui n'offre rien de choquant, et qui même, selon les règles de la critique, doit être préférée à celles que l'on a données jusqu'ici.

Le terme grec paralambanein , de même que le mot assumere , par lequel il est rendu

1 Saint Matthieu, c. 4, y. 5 et 8. ..,

by V»C)(

38a RÉPONSES CRITHJT3BS.

dans la Vulgate, aplusieurs significations outre etàle d'emporter ) de transporter, de porter > parmi lesquelles une des pkrs communes est celle de prenfce avec soi.

Post dies sex assurait Jésus Petrum * et Jacobum et Joannem > fratrem ejus, et ducit illos in montera cxcelsum seorshm. Six jours après, Jésus , ayant pris avec lui Pierre , Jacques et Jean, son frère, les mena, à 1 écart sur une baute montagne.

Asceades Jésus Jerosofyman* , assumpsit duodecim discipulos. Jésus allant à Jérusalem /prit, les douze disciples.

Asswnpto Petro * et duobusfiliis. Zebedœi eœpit contristari et m&stus esse. Ayant pris Pierre et les deux fils de Zébédée > il commença à être triste et affligé.

- Assurait patrem et matrem * puellcBy et qui secum erant. Jésus prit le père et la mère de la fille et ses trois disciples.

Assumens iterhm duodecim *. Jésus prf nant de nouveau les douce disciples.

Assurait Petrum et Jacobum 6 et Joannem Secum. 11 prit avec lui Pierre, Jacques et Jean.

Assumptis Âpostolis , secessit1 seorshm in

*Mttth;,'e. 17, ▼. i» — ■ C» »6, ▼. t?.— *C*6, t. 37. — * Marc , c. S, y. 40.— « C. 10 , v. 3a.— *C. i4» t. 33. — T Lnc , c. 9 , *. ro.

Digitiz'ed by VjOOQIC

haw desertmm. Jésus, prenant ]es apôtres avec lui , se retira à l'écart dans un lieu dé* sert» »

Asmmpsit Jésus ' duodecim. Jésus prit les douse apôtres.

. Barnabas auîem et Saulus * reversi sunt ab Jerosolymis expîeta ministerio, assumpto Joann&, qui cognominatus est Marcus* Bar* nabé et Saul , ayant accompli leur ministère, partirent de Jérusalem pour s'en retourner , ayant pris avec eux Jean, surnommé Marc.

Barnabas 3 autem <volebat secum assumere et Joannem* Or Barnabe étoit d'avis qu'ils prissent avec eux Jean. .

Tumç PauiusÀ> assumptis viris, postera die purificatus cum illis intravit in templum. Paul donc , prenant ces quatre hommes et se purifiant le lendemain avec eux , entra dans le temple.

Marcum assume* y et adduc. Prenez Marc, et amenez -le.

U est donp bien prouvé que le terme assumere , qui est cpmme nous l'avons dit la Ura* duction de paralambanein , signifie prendra avec soL Cela étant ainsi 9 on ne doit pas hé* si ter de donner ce sens au passage que noua expliquons -, car tout le monde «on vient que,

■ C 18 , r. 3i. — ■ Ace. , c. 13 , v. *5. — • ' C. x5 , ▼. 37. — 4C. ai , y. a6. — * a aâ Tîmot, c. 4, v. xx.

lorsqu'un terme a deux acceptions, il faut lui attribuer celte qui. convient le mieux au sujet duquel on parle. Les lois de la grammaire exigent donc qu'on rende ainsi ces deux versets : Tune assumpsit eum diabolus in sanctam civitatem : iterùm assumpsit eum diabolus in montent excélsum valdè. Alors le démon mena avec soi Jésus , et le conduisit dans la sainte cité -, le démon le mena pour la seconde fois avec soi , et le conduisit sur une montagne fort élevée.

Mais ce qui lèveroit toutdoutesurce point, s'il y en avoit encore , c'est que saint Luc , en racontant cette histoire, s'est servi du mot egagen , qui ne signifie pas transporter, mais mener.

Seconde béatitude.

Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu'ils posséderont la terre*.

Plusieurs interprètes expliquent cette béatitude en ce sens : Les homme» doux, gagnant tous les cœurs parleur douceur, jouiront en paix de leur possession -, mais, comme remarque saint Jérôme, cettç explication est contraire à l'expérience que notfs faisons tous les jours , qui ne nous fait que trop voir que

" Saint Matthieu, c. 5.

ceux qui sont d'un naturel doux et pacifique perdent souyent par leur extrême douceur l'héritage que leurs pères leur ont laissé1. D'autres commentateurs croient que la terre dont il est ici parlé, et qui est promise aux hommes doux, est le ciel. Mais jamais le mot de terre simplement et s£ns addition n'a signifié le ciel dans l'Ecriture : d'ailleurs tout le monde convient que Jésus-Christ , dans cette béatitude, fait allusion au onzième verset du psaume 36 : La terre tombera en héritage à ceux qui sont doux : Mansueti autem hœreditabunt terrain. Or il est évident» que la terre dont il est parlé dans ce psaume est la terre de. Chanaan-, d'où il me paroi t que Ton doit conclure que c'est dans la possession de cette terre qu'il faut placer la récompense que Jésus-Christ attache à la douceur. L'événement a pleinement justifié notre conjecture ; c'est ce que nous allons développei*.

Les Juifs étoient d'un caractère fier et violent. Quoique la domination romaine fût moins un joug qu'un gouvernail , ils ne pouvoient la souffrir, et ils n'attendoient qu'une occasion dé se révolter : aussi saisirent-ils avec empressement la première qui se pré* senta *, mais leur soulèvement contre les Ro»

1 Lettre à Dardanps.

il. 17

mains, loin de les affranchir, causa leur raine. Les disciples de Jésus-Christ, toujours soumis aux ordres de la Providence et fidèles imitateurs de la douceur de leur maître , ne prirent point de part aux mouvements séditieux de la nation. Divinement avertis, ils se retirèrent au commencement de la guerre à Pella , ville d'Arabie ; ils y vécurent tranquilles tandis que Dieu, par le fer ides Romains' , détruisoît leurs criminels compatriotes. Après la destruction de Jérusalem «et la désolation de la Palestine , ils y retournèrent ; et comme leur caractère pacifique ne f ai soit rien appréhender deux, les empereurs les laissèrent jouir tranquillement des biens et des possessions qu'ils y avoient eus auparavant. Ainsi se vérifia la promesse de Jesu&oCnrtst : Les hommes doux possédèrent la <«erre <dV>u les violents avoient été ehassést •

Vous restreignez , dira-t-on , cette béatitude à uni seul événement. 'Mous répondons que ce n'ast pasnèfis , mjns'le Sauveur qui la limite. Que promet^l dsatts cette béatitude? La terre de Gnanaan* Pour eombien de temps et pour qui cette terres devoit-elle tenir» lien de récompense? Pfeur le temps que l'Eglise Judaïque durerait , «t pendant que les Juifs

' Ensèbe, Histoire ecclésiastique, liv. 3 , ch. 5; Ut. 4 » c. 5 , 6. *

observeraient fidèlement la 1 oi du Seigneur. Cette promesse avoit donc des bornes dans sa durée comme dans ses sujets. Si les Juifs a voient reconnu Jésus-Christ pour le Messie, s'ils fussent devenus ses disciples , il leur auroit enseigné à être comme lui doux et humble de cœur; il leur auroit enseigné à être soumis aux puissances établies de Dieu. Suivant ses maximes, ils ne se fussent point révoltés contre leurs maîtres , ils n'eussent point éprouvé ces affreuses calamités qui furent la peine de leur rébellion, ils fussent demeurés tranquilles dans la terre que le Seigneur avoit donnée à leurs pères. Réunis avec les Gentils dans l'Eglise de Jésus -Christ, soupirant comme eux après le ciel, la Palestine auroit été bientôt une terre indifférente à leurs yeux •, et, renversant eux-mêmes le mur de séparation, ils n 'auraient fait "avec le reste des hommes qu une même famille qui auroit eu le même Dieu , les mêmes prérogatives et les mêmes espérances.

Cela* se réalisa dans ceux des Juifs qui crurent en Jésus-Christ } ils restèrent fidèles aux Romains , et furent ainsi à couvert des terribles fléaux qui accablèrent leur nation. La guerre finie, ils revinrent daus leur patrie, où ils passèrent tranquillement leurs jours. Après quelques années s'étant réunis avec les gentils qui s'étoiênt convertis à la foi,

388 BÉPONSES CRITIQUES.

et sachant que l'on pouvoit adorer Dieu partout en esprit et en vérité , la Judée n'eut plus de privilège à leurs yeux , et , regardant le ciel comme la véritable terre promise , tous leurs vœux et tous leurs désirs s'y portèrent.

La huitième béatitude paroît aussi être déterminée à un temps certain, puisqu'elle ne parle que des persécutions que les Juifs d'alors, qui étoient les enfants de ceux qui avoient tué les prophètes, dévoient faire aux disciples de Jésus-Christ ; persécutions que les Juifs ne pouvoient faire que pendant le temps qu'ils formeroient un peuple et qu'ils auroient quelque autorité : temps qui est passé depuis bien des siècles. Nous n'ignorons pas que le Sauveur, en d'autres endroits , a étendu cette béatitude à toutes les persécutions que ses disciples souifriroient $ mais il ne parle ici que de celle des Juifs, soit parce qu'elles étoient plus prochaines , soit parce quelles dévoient leur être plus sensibles à cause quelles viendroient de la part de leurs compatriotes.

Similitude tirée du sel.

, Jésus-Christ ', disent les déistes , demande

* Saint Matthieu, c* 5, t. i5.

avec quoi on saleroit le sel s'il s'affadissoit , comme si le sel pouvoit s'affadir*

Réponse. Nos adversaires croient- ils, ou veulent-ils faire croire que Jésus-Christ ne savoit pas que le sel ne s'affadit point? Soupçonner en lui une ignorance qu'on ne peut supposer dans un enfant de quelques années 'est un sentiment si déraisonnable que nous n'osons l'attribuer à ceux que nous combattons ici. Il faut donc que leur blâme tombe sur ce que le Sauveur a pris pour ofyjet de comparaison un événement impossible, et même en ce cas leur censure est injuste et très-mal fondée.

La vérité, si Ton peut parler ainsi , d'une similitude, d'une parabole , d'un apologue , consiste dans la justesse de l'application de la chose que l'on compare à l'objet de comparaison } dès lors, que cette chose soit réelle ou simplement possible, ou même impossible, cela estindifférent. Jésus-Chrit compare la propagation de l'Evangile , qui des plus foibles commencements se répandra rapidement par tout l'univers , à un peu de levain qui , mêle à une grande quantité de farine , la fait entièrement fermenter. Cet objet de comparaison est pris de ce qui se pratique tous les jours.

Pour faire sentir l'égalité qu'il y aura dans l'Eglise chrétienne entre les Juifs , appelés

depuis tant de siècles au culte du vrai Dieu, et les gentils qui ne l'ont adoré que depuis la prédication de l'Evangile , on rapporte en exemple la conduite d'un homme qui , ayant envoyé des ouvriers travailler en sa vigne à différentes heures du jour, leur donne cependant à tous le même salaire $ il n'y a pas d'apparence que cela soit jamais arrivé, mais il est possible.

Jésus-Christ dit aux apôtres qu'ils sont le sel de la terre pour leur faire connoitre avec quel soin ils doivent se préserver de la corruption du monde 5 parce que , s'ils s'y laissoient aller , ils ne seroient plus propres a remplir le divin ministère qui leur a été confié : ils ne ponrrofent plus retirer les hommes de leurs désordres; de même que le sel, s'il venoit à perdre sa saveur, ne seroit plus bon à rien qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds : voilà une similitude tirée d'un événement impossible.

Ces trois paraboles sont également bonnes, parce que les applications qu'on y fait sont également justes.

On trouve encore dans le livre des Juges un apologue dont l'objet de comparaison est pris d'une chose impossible. Abimélech, fils de Gédéon , tua tous ses frères , à l'exception du plus jeune ,. nomme Joathan , qu'on sauva 4e ce massacre. Alors les habitants de Sichem,

saint Matthieu. 3gx

avec ceux de Mello , établirent ce meurtrier roi d'Israël. Tandis qu'ils étaient assemblés pour cette cérémonie , Joathan parut sur la montagne au pied de laquelle étoit Sichem, et élevant la voix , il leur dit : Ecoutewnoi , Sichimites! Les arbres, voulant s'élire un roi, allèrent offrir successivement cette di* gnité à l'olivier. , au figuier , à la vigne , qui tous la refusèrent» Ils s'adressèrent ensuite au buisson, qui accepta leur offre, et leur dit: Si vous m'établissez véritablement pour votre roi , venez vous reposer sous mon ombre \ si vous ne voulez pas m obéir , que le feu sorte de mou sein et qu'il dévore les cèdres du Liban. Joathan fit ensuite l'application de son apologue aux Sichimites , qui plaçoient Abimélech sur le trèntf en leur annonçant que ce tyran seroit pour eux un feu dévorant qui les feroit tous périr : l'événement vérifia cette prédiction.

Ce ne sont pas les Hébreux seuls qui ont cherché des objets de comparaison pour leurs paraboles dans des choses ou des événements impossibles; cet usage a été universel : les. fables d'Esope, de Loeman, de Pilpay , de Phèdre , de La Fontaine ne font-elles pas les délices de toutes les nations qui les connoissent ? Et que sont ces apologues , sinon des similitudes ingénieuses dont Pobjet de comparaison est presque toujours emprunté

5g2 REPONSES CRITIQUES.

de' choses qui ne peuvent arriver ? Ce sont des animaux, des arbres, des roseaux , le vent , le soleil qui parlent et qui disputent ensemble.

Après tout ce que nous venons de dire , il ne doit rester aucune difficulté sur la comparaison employée par le Sauveur. Nous ajouterons cependant encore une réponse qui auroit suffi toute seule pour réprimer les censeurs de notre divin maître : nous la tirons d'un proverbe des Arabes , qui est conçu en ces termes :

Le sel préserve de la corruption toutes les choses qui y sont sujettes (1)5 mais lorsqu'il vient à se corrompre,. on le traite comme la cendre (c'est-à-dire on le jette dehors). Les Arabes vont bien plus loin que Jésus-Christ: ils parlent de l'insipidité du sel comme d'une chose qui arrive quelquefois, tandis que le Sauveur se contente de dire ;. S'il arrivoit que le sel perdît sa force, il ne seroit plus bon à rien.

Pourquoi donc blâmer dans la bouche de notre divin législateur une sentence dont toute une grande nation voisine de la Palestine fait usage comme d'un proverbe ?

- De même qu'en prenant pour objet de comparaison dans une parabole une chose ou

(1) Proverbe 65, dans le recueil de Golius , pag. i53.

un événement impossible , on n'en affirme ni Ton n'en suppose point la réalité où la possibilité, mais seulement que cette chose ou cet événement est propre à figurer ce qu'on veut faire entendre -, ainsi lorsqu'on tire une similitude d'une action impossible dans Tordre moral'ou illicite , on n'affirme ni Ton ne suppose point qu'elle soit honnête ou perçaise ; mais seulement que cette action , quoique mauvaise , peut signifier de quelle manière il en faut faire une bonne.

Par cette raison, dans la parabole de l'économe infidèle * on veut uniquement que l'attention criminelle qu'il a de se procurer par des remises injustes une retraite dans sa disgrâce •, on veut , dis-je , que cette attention soit le modèle du soin que nous devons avoir de nous assurer par nos aumônes en cette vie du bonheur éternel de l'autre. •

Paralytique du centurion.

(Jn centurion aborda Jésus, et lui fit cette prière : Seigneur , j'ai un serviteur chez moi * qui est au lit paralytique , et qui souffre de grandes douleurs. Jésus lui dit : J'irai et je le guérirai. DQmine, puer meus jacet in domo paralyticus , et maie torquetur* Et ait Mi Je su : Ego veniam et curabo eum, ■

* Saint Matthieu, c. 8 , y. 6 , 7.

5g4 RÉPONSES CRITIQUES.

Comment , dit-on , un paralytique peut-il souffrir dé grandes douleurs , puisque dans la paralysie on n'a ni ntauvement ni sentiment ?

Réponse. La paralysie est une privation du mouvement et du sentiment * , ou du mou* veinent seul , ou du sentiment seul , dans une ou dans plusieurs* parties du corps. Elle •est parfaite quand il y a privation du mouvement et du sentiment ensemble; elle est imparfaite lorsque 1 une de ces deux est abolie, et que l'autre demeure.

Tous les médecins , tant anciens que modernes, ont reconnu ces deux genres de paralysie.

Celse , liv. 3 , cbap. 17 , dit que la paralysie des parties est quelquefois une maladie aiguë * , souvent longue , et presque incurable ; Esse interdiyn partium paratysiumao tam œgritudinem , scepè Iougam,fere ûsc«rafyilem.

Sehnert définît la paralysie l'abolition du mouvement dans une ou plusieurs parties du corps , et quelquefois ensemble du senti-

ment 3.

Plater dit qu'il y. a une paralysie qui est accompagnée de grandes douleurs dans la partie paralysée 4.

1 Dictionnaire de Médecine. — * DePWîdon deLmge» rac. — ' Practicœ , liv. i , pàg. n , c. 27. — 4 Des lésions des fonct. , c. 11.

SAINT MATTHIEU. 5g5

Paré , après avoir dit que dans la paralysie le sentiment est perdu , ajoute que toutefois quelques paralytiques ont une douleur poignante à la partie paralysée , et qu'il leur semble qu'ils brûlent quelquefois *.

Rivière dit que dans la paralysie les membres sont quelquefois privés du mouvement sans l'être du sentiment *•

M. de Senac, après avoir expliqué comment le sentiment et le mouvement peuvent subsister séparément dans la même partie du corps , en apporte un exemple bien frappant. Voici ses paroles :

« Les nerfs * qui sont les instruments des » sensations ne sont pas les mêmes que les » nerfs qui mettent les muscles en contrae* » tion. Le sentiment et le mouvement peu- » vent subsister séparément dans la mêope » partie. C'est ce que prouvent diverses pa- » ralysies ; mais en voici un exemple sîn- » gulier , qui met dans un grand jour cette » différence. Un bomme avoit le sentiment » très-vif a un bras , qui étoit dans une im- » puissance totale de se mouvoir ; au cou* » traire , le bras opposé n'avoit rien perdu » de son action naturelle , tandis que le sen- » timent y étoit absolument éteint. Une par-

lf *%Lît. 9, c. lï. — f liv. f de sa pratique médicale, ch. 5 de la paralysie. — "Traité du coçar, tom. n» p. açii. i

» tie devient quelquefois si insensible , quoi- » que Faction y soit très-libre et trè s-prompte , » qu'un homme se brûla la main jusqu'aux » os sans sentir la plus légère douleur. »

.. Ce dernier fait est encore appuyé sur une observation insérée dans l'Histoire de l'Académie des sciences, de Fan 17^ , pag. 92 et suivantes. On y lit qu'un soldat dont le bras gauche étoit absolument dépourvu de sentiment, y conservoit cependant la faculté de le mouvoir en tout sens. Il empoignoit son fusil et son épée avec ce bras ; il mettoit son .fusil sur Fune et l'autre épaule , et en général il remplissoit fort bien les fonctions de son état. Il jouoit à la boule , il fendoit du, bois , en y employant les deux bras , sans que celui qui est insensible y ait fait remarquer de la peine ou de la contrainte. Au mois de janvier 1739 , il leva par\mégarde , avec la main insensible , le couvercle d'un poêle de fer trèsardent et presque rouge ; il le posa ensuite tranquillement , et il ne s'aperçut point du tout, du moins par le sentiment , qu'il setoit brûlé tout le dedans de la main. Les téguments internes , les tendons et Je périoste de l'index en furent tout-à*fait détruits. La gangrène se mit à la plaie ? et l'on y fit bien des incisions auxquelles il ne sourcilla pas , non plus que lorsqu'on lui appliquoit la pierre

SAINT MATTHIEU. 5gj

infernale. Il en étoit demeuré estropié de deux doigts.

Du reste, ajoute le célèbre historien de l'académie , cette sorte de* paralysie , qui ne tombe que sur les organes du sentiment, quoique très-rare , n'est pas inconnue aux modernes : Willis et Juncker en ont parlé dans leur ouvrage. Il rapporte ensuite un second-exemple , dont M. Garcin est le sujet. Tous ses doigts sont insensibles sans être privés de mouvement. Il est obligé d'en prendre un soin infini pour les garantir des atteintes auxquelles ils sont continuellement exposés.

Ayant un jour approché sa main d'un poêle, où le feu étoit plus ardent qu'il ne pensoit , il se brûla les doigts , et ne s'aperçut de cette brûlure que deux heures après par une grosse -vessie qui en occupoit la moitié de la circonférence. •

Dans l'Histoire de l'Académie des sciences*, de Tan 174^, on lit l'histoire d'une femme paralytique dont les parties paralysées , qui avoient entièrement perdu le mouvement , n'étoient pas moin»sensibles aux impressions du froid et du chaud que les saines , et dans lesquelles les corps aigus causoient, par leurs piqûres , des douleurs aussi vives que dans celles qui n'étoient pas. paralysées.

• Il n'est donc pas étonnant que le serviteur

* Histoire de l'Académie", pag. 92 ci snir. ' '

paralytique du centurion ait souffert de gno*. des douleurs , même dans les parties paraly-» sées \ il suffisoit que les nerfs moteurs fussent seuls affectés, tandis que les nerfs sensiûfs étoient entièrement libres et propres à exprimer la douleur.

Pourceaux nourris chez les Juifs.

Les évangélistes racontent que Jésus-Christ ayant chassé des démons du corps de deux possédés, ces esprits impurs entrèrent dans un troupeau de pourceaux* Les incrédules traitent de fausse cette narration , parce que, disent-ils, il ne pouvoit y avoir un troupeau de pourceaux chez des gens à qui la loi défendoit d en manger.

Nous répondons que la loi qui ne permet-» toit pas aux Juifs de manger du pourceau ne leur défeudoit pas d'en nourrir. L'Âne et le chien étoient immondes comme le porc -, ils étoient cependant d'un usage commun parmi lès Israélites. JMoyse même avoit réglé certains cas qui concernoient ces animaux. H avoit ordonné qu'on rachetât le premier né d'un âne par une brebis * , et il avoit défendu de porter dans le 4résor du Seigneur le prix d'un chien. Il avoit permis * ailleurs de '

* Exode, .«.M*, ▼.!$•*-* gratte. 2$,*, MU

dre aux étrangers une tête qui seroit morte d'elle-même , et qui , par cette raison 9 étoit immonde pour les Israélites \ Pourquoi donc, par parité de raison, ri'auroient-ils pas pu leur vendre des bêtes immondes vivantes , et par conséquent en nourrir ? Salomon * assure que la femme belle et insensée est comme un anneau d'or au museau d'une truie. Ce prince, dans un livre comme celui des Proverbes , qui doit être à la portée de tout le monde, n'eût pas pris une comparaison d'un animal inconnu à la nation , ou à la plus grande partie de la nation pour laquelle il écrivoit. Auguste , disant qu'il valoîl mieux être le pourceau d'Hérode que son fils :

Meliùs est Herodia porcnm esse qakm filmm ' 5

Pétrone , imputant aux Juifs d'adorer le pourceau :

Jnditns licet, et porquinm nmnen adoret * ;

Juvénal , disant <jue les pourceaux vieillissent chez les Juifs 9 parce qu'on ne les tue poiat :

Et ve.tns indnlget senibqs clementia porcis' ;

1 Dent., 14 f ▼• ai. — f Prov., c. 11 , y. aa. — * Ma- <**)>. Satoro. ,1. 1 , o; 4.—* $*tjr*k#r*gm. — 'Attire 6.

N'indiquent - ils pas évidemment que ce peuple nourrisson de ces animaux ?

Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive.

Jésus est venu pour le malheur des hommes, disent les incrédules. Il nous assure lui-même qu'if n'est pas venu apporter la paix , mais le glaive.

Réponse. La partie ut, afin que, a dans les livres saints deux significations opposées ; tantôt elle marqua la cause et la fin; plus souvent elle ne marque pas la cause et la fin, mais l'événement ou l'occasion d'une chose.

Dieu mit le soleil 9 la lune et les étoiles dans le ciel pour luire sur la terre * : Posuit eos in firmament^ cœli ut lucerent super terrant. La lumière que la terre recevroit de ces astres fut la cause et la fin pour laquelle Dieu les mit dans le ciel.

Je suis venu , dit Jésus-iChrist * , pour que les brebis aient la vie , et qu'elles l'aient plus abondamment. Ego veni ut vitam habeant , et abundantius habeant. La [vie des brebis est la cause et la fin de la venue du Sauveur.

David- dit à Dieu : J*ai péché contre vous seuP et f ai fait le mal en votre présence :

4 Genès*, c. i , y. 17. — • • Jean , c. 10 , v. xo.— • Ps. 5o.

SAINT MATTHIEU. 4oi

afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles, et que vous demeuriez victorieux lorsqu'on jugera de votre conduite. Certainement David ne pécha pas afin que Dieu fût reconnu juste -, mais il arriva qu'ayant péché Dieu fut reconnu très-juste ; car Dieu ayant envoyé Nathan à ce prince pour lui reprocher son crime, l'humble aveu qu'il fit de sa faute fit recônnoître la justice du Seigneur qui le condamnoit.

Quand vous serez invité à des noces* , allez vous mettre à la dernière place, afin que celui qui vous a invité étant venu vous dise : Mon ami, montez plus haut, Jésus- Christ , qui donne ici des préceptes d'humilité, suppose que celui qui se met à la dernière place ne s'y met pas afin qu'on le fasse monter plus haut-, il marque donc par ces paroles non la fin que s'est proposée ce convié en se mettant à la dernière place , mais l'événement qui suivra son humilité.

Dieu a fait connoître clairement aux Gentils* ce qùon peut connoître de lui , afin qu'ils soient inexcusables. Non, dit Théophilacte , que Dieu leur ait donné cette connoissance afin qu'ils péchassent sans pouvoir s'excuser 5 car au contraire il la leur avoit donnée pour qu'ils ne péchassent pas ; mais parce qu'ayant*

1 Luc , c. 14, y; ïo.— * Rom. , c. 1 , y. 19 , ao.

402 ' RÉP ONSES CRITIQUES.

péché dans la suite, et ayant connu leur crime , la connoissance que Dieu leur avoit donnée fît qu'ils se trouvèrent sans excuse. La particule ut , afin que, ne désigne donc ici que 1 événement , que ce qui arriva après cette connoissance donnée, et ne marque point la cause ou la fin pour laquelle elle fut accordée.

La loi est survenue y afin que le péché de* vînt plus abondant \ Quoique, dit Théophilacte, la loi eût été donnée pour réprimer le péché , parce que ceux qui l'avoient reçue n'ont pas voulu le réprimer, la loi est devenue pour eux une augmentation de péehé, car le péché est plus grief dans ceux qui ont péché ayant la loi. La particule afin çue ne marque donc pas ici la cause , mais l'événement , ou ce qui est arrivé après la cou* cession de la loi. Rien de plus sensé que celte explication -, car y eut-il jamais un lé* gislateur qui donna une loi dans la vue de multiplier les désordres ou d en augmenter la grièveté ?

Il est donc bien prouvé qu'il y a dans les livres saints des expressions qui semblent indiquer la cause , la fin , le but , l'intention , qui cependant ne les marquent point, et qui • ne désignent que l'événement. Telles sont ces

1 Rom.» c. 5, v. 30 ; tqr saint Jaai», c. $>, v. ».

saint Matthieu. • 4o5

paroles du Sauveur : Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive; paroles qui paraissent dire qu'il est venu pour apporter le trouble, la division et la guerre, mais qui ne disent autre chose sinon qu'étant venu pour établir la paix sur la terre , il est arrivé par la malice des hommes que sa venue a occasioné des troubles , des divisions et des guerres.

Que tel soit le sens de. ces paroles , on s'en convaincra par la conduite qu'a tenue ce divin législateur; elle est le' meilleur commentaire et la plus sûre explication de 'sa doctrine. Qu'a-t-il fait ? qu'a-t-il enseigné ? Bienheureux sont les pacifiques , dit-il y vous seres heureux lorsqu'on vous persécutera \ si Ton . veut prendre votre manteau , donnez encore . votre tunique \ si l'on vous donne un soufflet, présentez l'autre joue ; je vous envoie comme des brebis au milieu des loups*, si quelqu'un veut être mon disciple , qu'il porte sa croix chaque jour et qu'il me suive ; on vous flagellera, on vous tuera , on vous crucifiera, on croira servir Dieu en vous mettant à mort; vous serez haï de tout le monde à cause de moi. Toutes ces démarches ne respirent que la soumission et la paix \ le peuple veut-il le proclamer roi, il s'enfuit ; lui faiton une entrée triomphale dans la capitale, il se retire aussitôt dans le désert; un de ses

4û4 RÉPONSES CRITIQUES. ^

disciples veut-il le défendre contre les satellites Vf nus pour le prendre , il l'arrête et condamne sa résistance. Est-ce là la conduite d'un séditieux ? est-ce par de pareils procédés, par de pareils enseignements qu'on sème le trouble , la .division et la guerre ? Il faut donc convenir que rien n'est plus injuste que l'accusation que les incrédules intentent ici au 'Sauveur, et qu'on ne peut plus mal prendre le sens de ses paroles qu'ils le font.

Jésus accusé (F avoir dit une fausseté.

v. 9. Jésus entra dans la synagogue.

10. Là se trouva un homme * qui a voit une main desséchée : sur quoi on demanda à Jésus , à dessein de l'accuser , s'il étoit permis de faire des guérisons le jour du sabbat.

1 1 . Mais il dit à ceux qui Tinterrogeoient : Y a-t-il quelqu'un parmi vous qui , ayant une brebis , ne la prît et ne la retirât d'une fosse où elle seroit tombés un. jour de sabbat ? -

12. De combien l'homme est -il au-dessus de la brebis ? Il est donc permis de faire du bien les jours du sabbat.

Un juif , qui composa dans le douzième

■ Saint Matthieu, c. ia. *

SAINT MATTHIEU*. 4o5

siècle , un ouvrage contre la religion chrétienne y auquel il donna le titre de Nizzachoriy prétend que Jésus avance ici une fausseté :

« N'est-il pas connu de tout le monde, » dit-il, qu'il n'est pas permis aux Juifs de » tirer , le jour du sabbat, aucune bête d'un » puits ou d'une fosse où elle sera tombée? » A quelle fin Jésus parle-t-il ainsi ? N'est-ce » pas pour permettre aux Juifs de travailler le » jour du. sabbat ? »

Nous confirmerons la difficulté du rabbin par un texte formel duTalmud, qu'il n'a point cité.

Sur la fin du soixante-cinquième précepte négatif, dans la Gémarre, on lit : «Sï une bête de charge tombe dans une fosse , ou dans un réservoir d'eau , il nest pas permis de la relever avec la main , mais on lui donne de la nourriture jusqu'à la fin du sabbat.

Les Juifs étendent à présent cette défense sur les hommes , même sur ceux de leur nation. Munster raconte que , dans une ville d'Allemagne , un Juif étant tombé dans les latrines , les Juifs ne voulurent pas l'en retirer , parce que c'étoit le jour du sabbat. L'évèque de la ville, averti de cela , ne vou* lut pas, pour les punir, leur permettre de

4c6 RÉPONSES CRÏTIQUES.

l'en retirer le lendemain, parce que c etoit le jour du dimanche.

On voit par là que loin de dissimuler ou d'affoiblir les objections de nos adversaires , nous les fortifions.

Réponse. Outre la loi écrite dans le Pentateuque, les Juifs prétendent que Dieu ea donna une seconde à Moyse , qui ne fut point écrite, et qui se perpétua de vive voix, depuis ce législateur jusqu'à Judas le Saint, qui vivoît sur la fin du second siècle de 1ère • chrétienne. Ce rabbin , voyant la dispersion du peuple, craignit que les traditions, ou la seconde loi, qui s'étoit perpétuée jusque là de bouche en bouche , et que pour cette raison les Juîfe nomment loi orale, ce rabbin, dis-je, craignit que ces traditions ne périssent 5 c'est pourquoi il en fit un recueil. C'est ce recueil qu'on appelle la Misnàh , c'est-à-dire la seconde : on sous-entend loi. Ce recueil fut reçu avec un applaudissement général des Juifs , et toute la nation l'approuva.

Cependant Judas le Saint avoit à peine achevé cet ouvrage qu'un rabbin publia , tous ses yeux et pendant sa vie, des traditions toutes différentes, et parmi lesquelles il y en a qui sont même contraires. On en fit un recueil sous le nom d'extravagantes, et on les inséra avec la Mimçh, pour faire *n même

SAINT MATTHIEU. ^OJ

corps de droit, dans lequel , par ce moyen , on voit des décisions opposées.

Les Juifs y sur la fin du cinquième ou au commencement du sixième siècle, composèrent une explication très -étendue de la Misnah. Cette explication est une collection des décisions des rabbins , qui ont vécu après que la Misnah a été écrite. Les Juifs nomment cette explication Gémarre, ç est- à-dire * perfection , achèvement , parce qu'ils la regardent comme une explication de la loi à laquelle il n'y a rien à ajouter , et après laquelle il ne reste rien à souhaiter. La Misnah et la Gémarre forment le Talmud.

La Misnah en est le texte , la Gémarre le commentaire*

Il est à propos de faire ici connoître le Talmud par quelques-unes de ses ordonnances.

Dans la Misnah , livre 6 , traité Para , c'est-à-dire de la vache,, chap. 9, les uns demandent si la vache ronsse , que Ton brûlait an jour de l'expiation , peut être pleine, et le aient pendant que les autres l'affirment. Le rabbin Dliéser ne veut pas qu elle vienne des Gentils ;* mais ce sentiment est combattra. On dispute au cinquième livre , traité Bécoroth , c'est-à dire des premiers ués des animaux , chap, 1 , si le premier né d'une ânessedoit être racheté par un agneau.

4o8 RÉPONSES CRITIQUES»

Josué et Tsadoc décident que, si l'ànon meurt , il ne doit pas être racheté ; mais Rabbi Eliézer est d'un sentiment contraire. Mais qu'est - il besoin d exemples ? Les Talmudistes eux-mêmes conviennent qu'il y a des contradictions dans le Talmud , et au lieu de se donner la peine de les lever , ils font intervenir une voix miraculeuse du ciel, - qui crie qi%e ïun et î 'autre , quoique directement opposés,. vient du ciel.

Voici quelques-unes des ordonnances qui regardent l'observation du sabbat.

Ilnefaut pas ce jour-là marcher sur l'herbe1 . Quelques docteurs le permettent , mais d'autres le défendent , parce que ce seroit un crime d'emporter un brin d'herbe avec son soulier.

On ne peut lâcher un coq auquel on a attaché un petit bout de ruban à la jambe pour le reconnoître ; mais il faut le lui ôter le vendredi , afin que r suivant la loi , il puisse passer le sabbat dans le repos»

Il est défendu aux hommes et aux femmes de courir le jour du sabbat. On ne peut, ce jour-là , faire un pas qui soit plus grand d'une coudée.

U n'est pas permis de traverser de l'eau ,

* Liv. 6 , Traité du Sabbat. Oraeh chajim, c'eat-a-dire chemin de la vie, Nombres 3oi , 3oa, 3o8.

de peur que cela ne donne occasion de sécher ses bas.

On ne peut porter aucune arme, ni épée, ni lance , ni cuirasse, etc. Un tailleur ne doit pas sortir de la maison avec une aiguille plantée dans sa manche.

11 est défendu à un aveuglé de porter un bâton , ce qui est permis à un boiteux et à un paralytique, qui né peut marcher sans cela. Si l'emplâtre que Ton a sur une plaie vient à tomber, il n'est pas permis de le relever ni de le relier sur la plaie. ~

Il est défendu de porter de l'argent en chemin.

On peut torcher la boue de ses souliers à une muraille , mais non contre terre , de peur qu'il ne semble qu'on remplit une fosse.

Il est permis d'enlever avec ses mains la boue qui est sur ses bas et sur son manteau lorsqu'elle est fraîche , mais non lorsqu'elle est sèche , parce qu'elle produit de la poussière, et que celui qui la racle alors paroit moudre et diviser quelque chose.

Il est défendu de porter un chasse-mouches. On ne peut courir après une puce qui saute sur la terre ou sur les habits : on peut la prendre si elle pique, mais non l'écraser. On peut écraser le pou; mais le rabbi Eliezer regarde cela comme un crime. •

Il ne faut point se regarder dans un mi* H. i*

roir , de peur que les femmes , curieuses de leurs ajustements, ne remarquent un «neveu mal placé , et y mettent la main pour le raccommoder.

Il est défendu de jouer d'aucun instrument de musique ; on ne peut pas même frapper la table avec les doigts pour apaiser un enfant qui pleure.

Il n est point permis d'écrire sur une table mouillée, sur des cendres, ou sur de la poussière; mais li n est pas défendu d'écrire enTair.

On ne peut effacer aucune écriture , "soit sur le papier, soit sur la cire.

On dispute si une nourrice où une servante, qu'un enfant aura salie de son ordure ou de son urine , peut se laver tout de suite .* quelques-uns le croient permis : Rabbi Josué le défend , en disant que c'est une lessive.

Qu'est-ce donc que la loi orale des Juifs ? C'est une loi qui n'a été écrite que seize cents ans après qu'elle a été donnée. Une loi qui fat combattue aussitôt qu'elle fut publiée -, une loi qui , de l'aveu des Juifs , est remplie de contradictions ; urne loi pleine d'ordonnances puériles et de décisions ridicules ; une loi dont plusieurs règlements ne sont appuyés que du témoignage d'un rabbin ; témoignage souvent infirmé par un oon&raire.

Nous ajouter/»*» , pour finir ce tablera , que les traditions judaïques 'sont plus que sus-

SAINT MATTHIEU. 4l|

pectes de nouveauté. Un j uif allemand nommé Pétachïas, qui vivoit au douzième siècle, entreprit de voyager en orient pour connoitre l'état de ses frères dans cette partie du monde. Il trouva , dans la Tartarie , des juifs qui ob* servoîent religieusement le sabbat,, et qui ne connoissoient d'autres prières que celles qui sont contenues dans les psaumes de David. Pétachïas , qui étoit attaché à la loi orale 9 les qualifie hérétiques parce qu'ils ne suivoient pas la tradition des Pères. Leur ayant de~ mandé pourquoi ils ne la suivoient pas, ils répondirent qu'ils n'en avoient aucune connoissance , et que leurs pères ne leur avoient jamais parlé des sages ni de leurs préceptes.

Les. Juifs n'ont eu dés établissements dans les pays étrangers que depuis la captivité de Babylone; ils ne connoissoient donc point alors les prétendues traditions des Pères.

Après avoir donné une idée du Talmud , , répondons à la difficulté qu'on nous propose.

Jésus entre dans une synagogue où il se trouve un homme qui avoit la main desséchée 5 sur quoi on demande à Jésus , dans le dessein de l'accuser, s'il étoit permis de faire des guérisons le jour du sabbat. Jésus leur ( répondit : « Y a-t-il quelqu'un parmi vous, » qui, ayant une brebis1, ne la prit et ne

4l3 RÉPONSES CRITIQUES.

» la retirât d'une fosse où elle seroit tombée » un jour de sabbat? De combien l'homme » est-il au-dessus de la brebis? Il est donc » permis de faire du bien les jours du sab- » bat. Alors il dit à cet homme': Etendez » votre main. Il retendit, et elle redevint » aussi saine que l'autre. Les pharisiens étant » sortis, firent une délibération contre lui » sur les moyens de le perdre. »

Si Jésus avoit dit une fausseté lorsqu'il assura qu'il n'y avoit personne parmi les Juifs qui , le jour du sabbat , ne retirât sa brebis tombée dans une fosse , les pharisiens , acharnés à le condamner et à le perdre , ne lui eussent-ils pas dit qu'il mentoit impudemment, que personne ne prenoit cette licence , et ne l'auraient -ils pas confondu par là? Y a-t-il un lecteur qui , se mettant à la place des pharisiens, ne lui eût pas ainsi répondu? Tout au contraire, ces implacables ennemis du Sauveur ne contestent point l'usage qu'il allègue pour sa défense -, ils ne répliquent rien, ils se taisent -, silence qui est un aveu forcé de la vérité dç, ce qu'a dit Jésus-Çhrist*

Nous trouvons encore une preuve invincible de la vérité -des paroles du Sauveur dans les livres des Juifs. Le Talmud, comme nous l'avons dit, est composé de la Misnah et de la Gémarre. La première fut écrite sur la fin du second siècle de l'ère chrétienne , et

renferme toutes les traditions qui jusqu'alors avoient eu cours parmi les Juifs. Or on n'y lit point la défense de retirer le jour du sabbat sa brebis tombée dans une Fosse ; donc , du temps de Jésus-Christ , cela étoit permis , et ce divin Sauveur n'a rien avancé que de vrai. Si cette défense se trouve dans la Gfc marre , écrite plus de trois cents ans après la Misnah, c'est une de ces additions que les rabbins postérieurs se sont donné la liberté de faire , de laquelle on ne peut rien conclure pour le siècle où vivoit Jésus-Christ.

On s'étonnera peut-être de nous entendre dire que cette défense est une addition de rabbins. Quoi ! s'écriera-t-oi>, les Juifs , qui croient tenir leurs traditions de Dieu même, auroîent-ils eu la témérité d'y ajouter quelque chose ? Oui \ outre que le cas présent le démontre ; on en trouvera mille preuves dans la Gémarre, qui, pour une grande partie , n'est qu'un recueil des extensions que les rabbins ont faites des ordonnances de la Misnah. Ce n'est pas seulement par des additions , mais encore par des retranchements qu'ils ont altéré leurs prétendues traditions divines. On lit à toutes les pages de l'Evangile qu'il n'est pas permis de rendre la santé aux malades le jour du sabbat. Les Juifs font des crimes à Jésus-Christ des guérisons qu'il opère en ce jour, et le trai-

4l4 RÉPONSES CRITIQUES.

tent pour cela de prévaricateur de la loi. ' Cette défense est levée à présent; il est au* jourd'hui permis chez les Juifs de guérir les malade? le jour du sabbat , et les médecins ont la liberté de voir leurs malades et de leur appliquer des remèdes : liberté dont ils étoient privés du temps de Jésus-Christ.

Donnons encore nn exemple bien remarquable de variation chez les Juifs.

Il est incontestable que lorsqu'ils étoient dans le désert ils pouvoient aller de leurs tentes au tabernacle le jour du sabbat. Il falloît pour cela que ceux qui étoient aux extrémités du camp fissent quatre lieues pour aller et autant pour revenir \ Dans le Dentétonome Moyse dit que les Israélites , après avoir mangé la Pàque dans le lieu que le Seigneur aura choisi , pourront le lendemain s'en retourner dans leurs maisons. Il ne détermine point la quantité de chemin qu'on pourra faire , à quelle distance leurs maisons devront être pour qu'ils puissent y retourner le lendemain de la Pâque; lendemain qui étoit souvent un jour de sabbat. La Sunamite voulant aller trouver Elisée pour le prier de ressusciter son fils, son mari, à qui elle n'avoit pas communiqué la fin de son voyage, lui dît : D'où vient que «vous tulles trouver* ? ce n'est point aujourdhui le pre-

•Chap. 16, v.7,— 'IVftais, c.4,v. aï. ^

SAINT MATTHIEU, 45i

mier jour du mais ni un jour du sabbat. On. voit par là que cette femme avoit coutume d'aller chez le prophète les jours du sabbat* De Sunam au mont Garmel , où demeurait Elisée , il y a environ sept lieues.

Les prétendues traditions ont été aux Juifs la liberté que la loi de Dieu leur avoit laissée au sujet des voyages le jour du sabbat. Elles ne leur en permettent qu'un de deux mille pas.

Exorcistes juifs \

L'auteur du Dictionnaire philosophique % après avoir dit que Jésus-Christ envoya ses apôtres pour chasser les démons , ajoute :

« Les Juifs avoient aussi de son temps le » don de les chasser ; car lorsque Jésus eut » délivré des possédés et eut envoyé les dia- » blés dans les corps d'un troupeau de coy> chons et qu'il eut opéré d'autres guérisons » pareilles , les pharisiens dirent : Il chasse » les démons par la puissance de Béelzébuth. » Si c'est par Béelzébuth que je les' chasse, » répondit Jésus , par qui vos fils les chas- » sent-ils ? Il est incontestable que les Juifs » se vantoient de ce pouvoir 5 ils avoient des » exorcistes et des exorcismçs. On invoquoit

1 Saint Matthieu, c. ra , v. 27. — - f Art. Christianisme, pag. ii^3.

» le nom du Dieu de Jacob et d'Abraham. » On mettoit des herbes consacrées dans le » nez des démoniaques ( Josèphe rapporte » une partie de ces cérémonies). »

L'auteur du Dictionnaire nous renvoyant à Josèphe, il est à propos de rapporter ici les paroles de cet historien.

« Pour te bien de l'humanité* Dieu fit faire

» à Salomon l'admirable découverte de quel-

» ques airs de musique propres à soulager

» certains malades, et surtout d'un secret

» merveilleux pour chasser les démons. Il

» laissa pour cela des formules d'exorcisme»

» qui tiennent des démons , de manière qu'ils

' » ne peuvent revenir quand on les a une fois

» chassés. Ce précieux secret subsiste encore

d> aujourd'hui parmi nous : car je sais qu'un

» nommé Eléazar, de notre nation , délivroit

» ceux qui en étoient possédés , et qu'il le

» faisoit en présence del'empereur Vespasien,

» de ses fils , de ses officiers et de ses soldats.

» Voici ce qu'il pratiquoit : il approchoit des

» narines du possédé un anneau dans lequel

» étoit enchâssée une des racines que Salo-

» mon avoit indiquées 5 son odeur attiroit le

» démon , et le faisoit sortir par les narines.

» Le possédé tomboit à terre : alors Eléazar

m conjuroit le démon de ne plus retourner en

1 Antiquités judaïques, 1. 8, c. a.

SAINT MATTHIEU. 4l7

» faisant mémoire de Salomon, et en réci- » tant sur le malade les oraisons que ce prince » a composées. Pour persuader et convaincre » l'assemblée qu'il avoit ce pouvoir , Eléazar » mettoit devant ceux qui étoient présents » un petit vase d eau ou une cuvette à laver » les pieds, et il commandoit au démon de » renverser ce vase en sortant du corps du » malade , afin de faire voir qu'il Vavoit » quitté, comme cela arrivoit toujours in- » failliblement. C'étoit une preuve certaine » de l'extrême sagesse et de la science pro- » fonde de Salomon. J'ai cru devoir rapporter » ce fait afin de' faire connoître combien ce » prince étoit chéri de Dieu , et afin qu'au- » cun homme vivant sous le soleil n'ignore » le degré éminent de supériorité auquel il » possédoit toutes les vertus. »

Nous croyons que Josèphe s'est laissé tromper sur ce qu'il raconte en cet endroit. Voici les raisons qui nous engagent à penser ainsi.

i* Selon cet historien , les Juifs sont en possession d'un pouvoir certain et absolu sur les démons. Ce pouvoir est aceordé non à quelques-uns d entre eux, non à quelque ordre de personnes dans la nation , mais sans distinction à tous ceux qui se serviront des formules laissées par Salomon. Il est accordé non pour un temps, mais pour* toujours, puisque depuis le règne de ce prince jusqu'à

4l8 RÉPONSES CRITIQUES.

Josèphe ces èxorcismes ont toujours été employés avec efficace. Nous ne voyons point dans l'église juive ni dans la chrétienne de don miraculeux comparable à celui-ci ; et cependant on n'en voit aucune trace dans les livres de l'ancien Testament , même dans les paraphrases chaldaïques. Les Juifs, qui ont rempli leur Talinud de tant de prodiges fabuleux, ont oublié celui-ci. Il n'en est point parlé dans les Midrascim ou commentaires des anciens rabbins. Un silence si profond et si universel montre évidemment que ce prodige a été incotanu à tous ces' auteurs , et par conséquent qu'il est fabuleux.

2° Saint Matthieu raconte1 qu'on présenta à Jésus un homme muet possédé du démon; que, le démon ayant été chassé, le muet paria; que le peuple en fut dans l'admiration, et qu'il disoit :On n'a jamais rien vu. de semblable en Israël. Et au chap. 12 ,~ il dit qu'on présenta à Jésus un possédé aveugle et muet, qu'il le guérit; en sorte qu'il parfait et qu'il voyoit; que tout le peuple en fut rempli d'admiration et qu'il disoit : N'est-ce point là le fils de David ? On voit que le pouvoir que Jésus-Christ exerçoit sur les démons étoit inconnu avant lui dans Israël. Il n'y avoh donc point parmi les Juifs de formules infaillibles pour les chasser.

" Gh. 9, ¥.32,33.

3* Les fils de Scéva auraient- ils tenté de délivrer un possédé par le nom de Jésus sans savoir Vils néussiroien^dans cette entreprise , puisqu'ils n'étoient pas ses disciples f s'ik avoient eu dans des exorcismes laissés par Salomon un moyen su* de .chasser les déminons?

4* Jçsus-Christ j après avoir prouvé aux pharisiens qu'il ne chassoit pas les démons par la vertu de Béelzébuth z, ajoute : Que si je chasse les démons par l'esprit de 'Dieu*, le royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous. Le Sauveur prouve que le royaume op. le règne du Mesbie est venu par l'empire qu'il exerce sur les démons. Ce raisonnement leroit sans force <si les Juifs depuis Salojnon avoient eu le pouvoir de les chasser.

Mais que dire donc de la délivrance de cep possédés que Josèphe assure avoir été procurée par les formules de Salomon en présence dç Vespasien, de ses fils, dç ses officiers et de ses soldats? Qu'en dire? ce qu'en dit lç P. Gillet : que si ce fait est véritable, ce ne peut être qu'un tour de gobelet*.

L'endroit que nous venons d'examiner n est pas le seul où nous puissions reprocher à Josèphç sa facilité à recevoir les contes qu'on

* Saint Matthieu , c. 14, t. 26. — " Traduction de Je* aèphe , tom. a ', pag. £9.

lui faispil ; car sans parler du roman de la jeunesse de Moyse qu'il a inséré dans son ouvrage , on ne peut4ire ce qu'il a écrit du fleuve Sabbatique et de la racine Baaras1 sans être étonné de sa crédulité.

Mais, dira-t-on, ce n'est pas seulement cet historien qui atteste qu'il y avoit parmi les Juifs des exorcistes quichassoient les démons; Jésus-Christ lui-même suppose ce fait comme certain , puisque , repoussant la calomnie des pharisiens , qui l'accusoietot de chasser les dé* mous par la vertu de Béelzébuth, il leur dit ; Par qui vos enfanta les chassent-ils?

Nous répondons qu'il ne toit pas nécessaire que cet exemple fût véritable pour que le Sauveur pût remployer pour sa défense ; il suffisoit qu'il fût cru tel par les pharisiens , comme il l'étoit en effet. C'est ici un de ces arguments qu'on appelle dans l'école ad ho* minent, ou l'on tire du sentiment de son adversaire^ quoiqu'on ne l'adopte pas,* une preuve contre lui. Jésus-Christ sûrement ne croyoit pas qu'il y eût eu long-temps avant lui parmi les Juifs des personnes qui eussent des formules infaillibles pour chasser les démons , puisqu'il donnoit l'empire qu'il exerçoit sut ces malins esprits comme un signe que le règne du Messie étoit venu.

' Guerre des Juif*, 1. 7 , c. x3 et a&.

Il est indifférent au christianisme qu'il y ait eu ou qu'il n'y ait pas eu du temps de Jésus-Christ , des Juifs qui chassoient les démons, puisque la synagogue n'étoit pas encore réprouvée. Ainsi ce n'est point par intérêt de religion , mais uniquement par amour du vrai que nous nous sommes-déterminé pour la négative.

Parabole du semeur.

Jésus proposa cette parabole :

« Un semeur s'en alla semer1, et comme il » semoit , une partie du grain tomba le long » du chemin, et les oiseaux du ciel vinrent qui )"> le mangèrent. Une autre partie tomba sur » des endroits pierreux , où le grain avoit peu » de terre , et il leva d'abord , parce que la » terre n'y étoit pas profonde \ mais quand le » soleil eut paru , le haie brûla l'herbe , erelle » sécha faute de racine. Une autre partie y> toinba en des épines ; les épines crurent et » l'étouflFèrent : une autre partie tomba dans » de bonne terre , et les grains rapportèrent » l'un cent, l'autre soixante, l'autre trente. »

' Jamais laboureur n'a jeté son grain le long d'un chtemin , oîi sur des endroits pierreux > ou en des épines , à moins qu'il n'ait été in-

1 Saint Matthieu , c. 1 3 , v. 3 et soir.

4aa réponses critiques.

tensé. Comment une action folle peet-elle 4&re employée i une instruction? Telle est l'objection dan incrédule.

Avant d'y répondre il est à propos de rapporter l'explication que Jétus-Christ donne lui-même de cette parabole.

« Tout homme qui entend la parole du » royaume1 et ne s'y applique pas , le malin » esprit vient et emporte ce qui a été semé ' » dans son cœur. Voilà celui qui a reçu la se- » mence le long du chemin; celui qui Fa re- » çue dans des endroits pierreux, c'est celui » qui entend la parole et qui la reçoit d'abord » avec joie ; mais il n'a point eu lui de fond , » et il dure peu 5 et dès qu'il vient une afflic- » tion et une persécution à cause de la pa~ » rôle , cela le fait tomber aussitôt. Celui qui » a reçu la semence parmi les épines, c'est » celui qui entend "la parole*, mais l'empres- » sèment pour les choses du siècle et la trom- » perie des richesses étouffent la parole, en » sorte "qu elle devient stérile. Celui au cçw- » traire qui a reçu la semence en de bonne v terre, c'est celui qui écoute la parole et » qui s'y applique , qui rapporte et qui rend » pour un grain quelquefois cent, quelque- » fois soixante, quelquefois trente- »

On voit par là que l'action du semeur n'est

* V. 19 et soiy.

itizedby GoOgk

SâINT MATTHIEU. 4*3

point le corps de la parabole, ou le sujet de comparaison , mais que ce sont les diverses qualités du sol fcù tombe la semence $ car, quand le blé auroit été jeté sur ces différentes terres par un coup de vent et non par la main du laboureur, la parabole seroit égale* ment juste $ ce n'est donc point d une action folle que le Sauveur tire un sujet d'instruction, comme le veut dire cet incrédule. .

Parabole de livraie.

v. 24. Le royaume des cieux, dit Jésus- Christ1, est semblable à un homme qui avoit semé de bon grain dans son champ;

n5. Mais pendant le temps du sommeil son ennemi vint et sema de l'ivraie parmi le froment , et se retira.

26. Quand Fherbe fut grande, et qu'elle eut jeté des épis, alors l'ivraie parut aussi.

27. Sur quoi les serviteurs du père de famille lui vinrent dire : ^eigneur, n'avez-vous pas semé de bon grain dans votre champ? D'où vient donc qu'il s*y trouve de l'ivraie ?

28. C'est, répondit-il, un ennemi qui a fait cela. Ses serviteurs reprirent : Voulez-vous que nous allions la cueillir?

sg. Non , dît^fl , de peur qu'en cueillant

< * Enf*kitlfa«âdMh4k.i3.

l'ivraie vous n'arrachiez en même temps le froment.

3o. Laissez croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l'ivraie, et liez -la en petites gerbes pour brûler 5 mais amassez le froment dans mon grenier.

a4« Simile faction est regnum cœlorum homini qui seminavit bonum semen in agro suo.

25. Cùm autem dormirent homines, <venit inimicus ejus ,• et superseminavit zizania , in medio iritici, et abiit.

26. Chm autem crevisset hçrba, et fiuctumfecisset, tune apparuerunt et zizania.

27. Accedentes autem servi patris familial dixerunt ei : Domine , nonne bonum semen seminasti in agro tuo? Unde ergo habet zizania?

28. Et ait illis : Inimicus homo hoc feciu Servi autem dixerunt ei : Vis , imus, et col* ligimus ea?

29. Et ait : Non, ne forte , colligentes zizania , eradicetis simul cum eis et triticum.

30. Sinite utraque crescere usque ad messem 1 et in tempore messis , dicam messoribus : Colligite primàm zizania, et alligate ea infasciculos ad comburendutyi ,• triticum autem congregate in horreum meum.

Jésus-Christ > disent les incrédules , avance une fausseté dans cet' endroit* L'ivraie ne se sème point 5 elle se forme des grains du froment même, qui s'altèrent dans la terre. Ainsi on ûe peut sans erreur supposer qu'on ait semé de Fi vraie sur du froment.

Réponse. Il y a deux espèces d'ivraie : une qui est formée par les grains de froment qui s'altèrent dans la terre et se convertissent en ivraie. Cette ivraie a la tige et les feuilles du froment * , quoiqu'un peu plus rudes •, elle germe et croît en même temps que le bon grain. L'autre espèce . d'ivraie est une graine particulière qui, par sa tige, ses feuilles et son fruit , est bien différente du fromffit* Pline parle de cette espèce au livre 18, cbap. 17 , où il la décrit ainsi : L'ivraie est un grain fort petit qui sort d'une écorce pointue ou piquante. Le pain où il y a de ce grain fait tourner la tête. JErse granum minimum est in cortice aculeato ; cùm est in pane celerrimè vertigines facit. Théophraste fait mention de ces deux espèces d'ivraie * •, car après avoir parlé de l'ivraie qui se forme de la corruption des grains de froment 9 il parle d'une ivraie sauvage qui ne peut être que celle qui vient naturellement d'une graine qui lui est

* Dodoens, Histoire des Bleds.

1 Histoire des plantes , c. 8.

propre. Ces deux espèces portent le nom d'ivraie , parce que le pain de Tune ou de l'autre cause des vertiges de même que l'ivresse» Jésus-Christ, dans sa parabole , parle de la seconde espèce d'ivraie , puisqu'il parle d'une ivraie qui se sème , celle de la première espèce ne se semant point , n étant qu'une corruption du froment semé. C'est ainsi que les déistes, en voulant accuser Jésus-Christ d'ignorance , ne font que montrer la leur.

Le grain de sénevé.

Les grains de pavot , de rue , de sauge , de basilic , sont moins gros que celui de sénevé. Comment donc, disent les incrédules, Jésus* Christ a-t-il pu assurer dans une de ses paraboles que celui-ci étoit la plus petite de toutes les semences ?

Maldonat répond que dans les paroles du Sauveur il faut suppléer le mot une , parce que ce terme est assez souvent sous-entendu dans les livres dé l'ancien et du nouveau Testament. Ainsi le Sauveur n'a pas dit que le grain de moutarde étoit la plus petite, mais uft€»des plus petites de toutes les semences*

Cette explication lève la difficulté. Il seroit à souhaiter que ce savant interprète eut apporté quelque preuve pour en montre!: la

SAINT MATTHIEU. faj

solidité. Nous allons suppléer & ce qu'il a omis.

Genèse , c» 8 5 v* 4* &ur ^s montagnes , selon rhébreu , pour sur une des montagnes.

ac liv. des Rois , c. i, v. a5. Sur vos hauteurs 9 selon l'hébreu 9 pour sur une de vos hauteurs.

Job , c. ai , v. 5a. Il sera conduit a&r $^pulcres , selon l'hébreu , pour à u/i des $epulcres. ë

Esdras , 1. a, c. 6 , v. a. Dans les villages, selon l'hébreu , pour dans un des villages*

Psaume. i , v. 5. Au bord des ruisseaux , selon l'hébreU , pour au bord d'un ruisseau.

Zacharie , c. 9 , v« 9. Sur le petit des ânes» ses y selon l'hébreu , pour sur le petit d'une dnessc.

En saint Matthieu , c. sa, V. 46- Nemo poterat ei respondere verbum • unum est sous-entendu ; ainsi il faut traduire : Personne ne pouyoit lui répondre un seul fhoU

C. a4 * t. 3. Ses disciples lui vinrent dire, pour un de ses disciples , comme on le voit par l'endroit parallèle de saint Marc , ch. 1 3, v» t.

En saint Marc, c* ï5, v. a5. Ils partage» rent ses habits , les jetant au sort , pour voir ce que chacun en auroit , ce qui ne doit s'entendre que d'un de ses habits , savoir sa tu-

nique sans couture , comme on le voit par saint Jean , c. 19 , v. a3 et 24.

En saint Jean , c. 6,t. 45- Dans les prophètes , pour dans un des prophètes; savoir , Isaïe.

Actes, c. i3, y. 4°* Dans les prophètes , pour dans un des prophètes; savoir, Ha* bacuc.

Mort de saint Jean-Baptiste»

L'auteur du livre impie qui a pour titre Dieu et les Hommes s'exprime ainsi :

« Jean-Baptiste se donna pour prophète * , » il administrent l'ancien baptême juif, et se » faisoit suivre par la populace. L'historien » Josèphe dit expressément que c etoit un » homme de bien qui exhortoit le peuple à la » vertu ; mais qu Hérode , craignant une sé- » dition, parce que le peuple s'àttroupoit » autour de Jean , le fit enfermer dans la for- » teresse de Mâchera. Observons, surtout ici, » que Josèphe ne dit point qu'on ait fait en- » suite mourir Jean sous le gouvernement » d'Hérode le tétrarque. Personne ne devoit » être mieux instruit de ce fait que Josèphe, » auteur contemporain , auteur accrédité , » de la race des Âsmonéens , et revêtu d'em- » plois publics, yr ,

* Ch. 3o.

Réponse. Qui ne croiroit qu'un homme qui fait observer a bien observé lui-même ? Cependant il se tromperoit. Voici le texte de Josèphe entier , fidèlement traduit sur l'original.

« Plusieurs Juifs ' ont cru que Dieu avoit

» permis qu'Hérode perdît cette bataille pour

» le punir d'avoir fait mourir Jean, surnommé

» Baptiste. Ce toit un homme de bien , qui

» portoit les Juifs à la vertu , à la justice les

» uns envers les autres , à la piété, envers

» Dieu , et à recevoir le baptême, non pour

» effacer quelques péchés , mais pour con-

» server le corps pur, l'àme s'étant purifiée

» par les actes de justice. Comme une grande

» multitude de peuple sempressoit de le

» suivre et de l'écouter, Hérode craignit

» qu'il ne profitât du crédit que lui don-

i» noit le goût qu'on prenoit à sa doctrine

» pour porter à la révolte des hommes si bien

» disposés à faire tout ce qu'il leur ordonne-

» roit. Il crut donc devoir se défaire de lui

» avant qu'il donnât occasion à quelque nou-

» veauté dangereuse dont il eût lui-même ,

» dans la suite , à se repentir de n'avoir pas

» assez tôt prévenu le mal. Sur ces défiances ,

» il le fit mettre aux fers et conduire a Ma-

» cheronte, dont je viens de parler , ou il le

- ' Andiqtiitét Judaïques, 1. iS, c. 7.

» fit mourir. Toute la nation regarda la dé- » faite de son armée comme un juste juge- » ment de Dieu qui le punissoit d'avoir fait » ôter la vie à cet homme de bien. »

On voit par là de quel poids sont les citations des nouveaux philosophes.

On demandera quel iutérêt ont les déistes de décharger Hérode du meurtre de saint Jean ? Quel intérêt ? Celui de contredire nos évangélistes , qui l'en accusent justement. Mais c'est bien dans ce cas qu'on peut dire que la haine les a aveuglés.

L'auteur que nous réfutons ici , fâché de trouver dans Josèphe un témoignage si avantageux au précurseur de Jésus-Christ , tâche de faire douter de son authenticité en mettant au bas de la page ces paroles : Supposé que ce passage ne soit pas interposé. Il a emprunté ce doute de deux ou trois critiques outrés. Mais si cet auteur a voit lu la neuvième remarque du P. Gillet sur le dix-huitième livre des Antiquités juives de Josèphe , dont il vient de nous donner une nouvelle traduction , nous croyons qu'il n auroit pas osé adopter ce soupçon ; car ce savant religieux fait si bien voir l'extrême foîblesse des raisons sur lesquelles on fonde ce doute , qu'il ne paroît pas, qu'on puisse sensément s'y arrêter. Nous prious le Jecteur de lii* cette re-

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S&1NT MATTHIEU. 45l

Marque, pour juger par lui-même de la vérité de ce que nous lui disons.

Multiplications miraculeuses des pains.

L'incrédule qui a composé l'Histoire critique de Jésus-Christ1 représente ainsi ces prodiges :

« Une multitude de peuple ayant suivi

* Jésus-Christ dans le désert , resta jusqu'au

* soir auprès Vie lui.

» Alors ses disciples lui conseillèrent de » renvoyer le peuple de ce lieu > afin qu'il » allât chercher des vivres dans les villages » d'alentour ,• mais voulant s'amuser de l'em- » barras de ceux qui lui parloient , et qui » pouvoient ignorer les ressources que lui » avoit procurées la quête de ses apôtres, )) il n'est pas nécessaire , dit-il , qu'ils aillent » dans les villages 5 donnez-leur vous-mêmes »à manger. Y pensez -vous? lui dit- on % » irons-nous donc acheter pour deux cents » deniers de pain, afin de leur donner à » manger? Philippe , qui peut-être n'étoit » pas dans la confidence ,iui représenta I'im- » possibilité de trouver assez de pain pour » nourrir cette multitude. Alors le Christ » demanda à ses disciples : Combien avez-

•q* ta.

45a RÉPONSES CRITIQUES.

» vous de pains ? André lui dit \ Il y a ici » un petit garçon qui a cinq pains d'orge et » deux poissons. Jésus les fit apporter , et » ordonna que Ton fit ranger la foule par » pelotons de cent cinquante personnes. Cet » arrangement fit connoître qu'il y avoit là » cinq mille hommes , non compris les fem- » mes et les enfants. Quand tout le monde » fut placé sur l'herbe , Jésus bénit 4es pains » et les poissons , les rompit , les distribua » aux apôtres, qui en donnèrent au peuple » tant qu'il voulut ; encore recueillit-on des » débris de ce fameux repas douze grandes » corbeilles pleines. Les convives , remplis » d'admiration , disoient : Celui-ci est vrai- » ment un prophète ,• c'est le prophète qui » doit venir dans le monde,

i> Si Ton fait attention au récit que nous » venons de faire , nous verrons que ce mi- » racle ne présentera rien d'impossible, pour » peu qu'on veuille l'attribuer à la prudence » du Fils de Dieu , qui sentit dans cette oc- » casion qu'il ne pouvoit faire un meilleur » usage des provisions amassées par ses apô- » très que de les distribuer à une multitude » affamée : par là il se voyoit sûr de gagner sa » faveur : il peut se faire que la foule ne fût » pas toqt aussi nombreuse qu'on le dit ; » d'un autre côté nos apôtres, en passant » à l'autre bord, purent avoir jeté quelques

)> coups de filets avec assez de succès pour » fournir du poisson à la troupe assemble1. » Ce repas dut paroitfè miraculeux a de$ » gens .instruits que Jésus n'a voit point de » fortune et vivoit de charité : en consé- » quence nous voyons que le peuple voulut » proclamer roi celui qui l'a voit si bien » régalé. > &

» Ce grand miracle deviendra donc èt&$* » probable en supposant que les apôtres dans » leur quête avoient reçu une grande quan- » tité de pains : ils s'amusèrent, comme on » a dit, à pêcher en traversant le lac, -Jésus » lrur donna le mot : quand le soir fut venu, » les choses . furent disposées san9 que le » peuple s'aperçût de rien*, il fut nourri de* » -provisions amassées par des voies tressa* » turelles. . '" i

» Jésus, quelque temps après , alla darfs » le Décapole-, il s'y fit quelque considéra- » tion par la guérison d'un homme/muet et » sourd en prononçant- le mot Epheta, pfuis )) en lui mettant les doigts dans les oreille» et » de la salive sur la langue. En conséquence » il paroît que notre missionnaire fit une ré- » coite d'aumônes assez abondante : il opéra » de plus un grand nombre de miracles sur » les malades, les boiteux, les estropiés. H » se retira ensuite vers une montagne distante » de trois journées du lieu <tà il avoiffoit ii. 19

* tant de miracles -, le peuple en foule le sui- » vit jusque dans sa retraite , et il paraît que » Ce fut sans manger \ mais pour lors le Christ, » chargé des provisions ou de l'argent que » ses miracles lui avoient procuré , se vit de » nouveau en état démettre la nappe. Comme » s'il n en eut rien su, il demanda à quelqu'un •» de ses apôtres combien ils a voient de pains. ^iSf^vljiV^^ndireUt-ils : alors il com- » mande à la multitude de s'asseoir sur la » terre, il prend les- pains, les bénit ainsi » que quelques petits poissons ; on les dis- » ttihua à quatre mille hommes sans compter » lea femmes et les enfants , qui tous furent » ra«sasié$^.et..des restes du repas 04 emplit » encore sepç corbeilles* Ce prodige paroît »j&&ç un dopblfl emploi d$ celui que nous » avons rapporté ci -devant \ cependant saint p Çhry sqs tome prétend que la différence dû » îptamhçe 4e$ corbeilles prouve invincibleix mçn& qvie l^on ne doit pas les confondre.

.r^Le$ éKangélistes, écbaufles , de l'idée de

* leur, miracle, en oublient un autre qui ne » méritoit pas moins d'être noté. En effet, » quel pcedige de voir quatre mille hommes , » sans compter les femmes et les petits ei*- 9 Sauts , cuivre Jésus pendant trpis jours sans & boire ni maflger! ou.bienjl faudroit crorire ntqm9 prégarés à *oya#e^ ses gens s'e^oient » mu&is dé- provision qui tout d'un coup

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» vinrent à manquer ; enfin dans un désert , » dV>« sont venues les corbeilles «dont on se » servit pour recueillir, les restes du repas ? » Il est a présumer qu'elles tombèrent du i» ciel : maïs " d'un^autre côté , pourquoi n'en » pas faire tomner les pains et les poissons J » Par un nouveau miracle, il fallut sans doute » encore nourrir ce peuple pendant les trois » jours de marche nécessaires pour son re- » tour. Cependant dans toute cette affaire, » il eût été plus court de faire en sorte que » le peuple n'eût eu ni faim , ni besoin. »

Réponse. Il n*y a qu'une haine aveugle contre-le christianisme qui puisse inspirer de confondre deux* miracles rapportés séparément par le même historien, rappelés quelques pages plus bas dans le nième auteur comme distingués, opérés' dans des lieux et des temps divers , revêtus ht accompagnés de circonstances différentes; car telles sont les deux multiplications par lesquelles leSauveur pourvut deux fois aux besoins du peuple qui l'avoit suivi : le seul texte de l'Evangile en fera la preuve. *

v. i3. Jésu9, dit saint Matthieu1, partit dans une barque et se retfra dans un lieu écarté et solitaire. Dès que les peuples le surent ? ils sortirent de leurs villes et le suivirent par terre.

y. i4- En sortant de la barque , il vit un grand monde, il en eut pitié, et il guérit leurs malactes.

v. i5. Sur le soir ses disciples l'abordèrent et lui dirent : Ce lieu-ci n est point habité , et l'heure est déjà passée; congédiez ce peuple, afin qu'ils aillent dans les villages s'acheter de quoi manger.

v. 16. Mais Jésus leur dit : Il n est pas besoin qu'ils y aillent : donnez 4eur vous-même de quoi manger.

y. 17. Ils lui répondirent : Nous n avons ici que cinq pains et deux poissons.

v. 18. Il leur dit : Apportez-les moi ici.

y. 19. Ensuite ayant commandé que tout ce monde s'assît sur l'herbe , il prit les cinq pains avec les deux poissons, et regardant le ciel il les. bénit : puis rompant les pains, il les donna à ses disciples , et ses disciples les distribuèrent au peuple.

v. 20. Tout le monde mangea et fut rassasié , et on remporta douze corbeilles pleines de morceaux qui restèrent.

v. 21. Or le nombre de ceux qui mangèrent montoit à cinq mille personnes, sans y comprendre les femmes et les petits enfants*

Saint Marc, chap. 6, v. 35 et suiv. 5 saint Xuc, chap. 9, y. 12 et suiv.-, saint Jean, chap. 6, v. 5 et suiv. , parlent aussi de cette

• SAINT MATTHIEU. fôj

première multiplication des pain»; voici la seconde.

y. 5a. Jésus, dit saint Matthieu', voyant autour de lui plusieurs troupes de gens , ayant rassemblé ses disciples, leur dit : J'ai pitié' de cemôhde-la, car il y a trois jours qu'ils ne me quittent point : ils n'ont rien à manger, et je ne veux pas les renvoyer qu'ils n'aient mangé, de peur que' lés forces ne leur manquent en chemin.

v. 33. Lès disciples lui dirent': Et d'où aurions-nous dans un désert autant de pains qu'il en faut pour rassasier un si grand nombre de gens? ...

v. 34. Jésus leur dit : CoAibien arvez-vous de pains ? sept, répoftdirent-ils , et quelques petits poissons.

v. 35. Alors il fit atfseqir. tout le monde à terre. .

v. 36. Ensuite prenant les. sept pains avec les poissons, et rendant des actions de grâces, il les rompit et les donna à ses disciples, et ses disciples lefe donnèrent au peuple.

v. 37. Tous mangèrent et furent rassasiés \ et des morceaux qui restèrent on en remporta sept corbeilles pleines. ,

v. 38. Or le nombre de ceux qui mangèrent étoit de quatre mille personnes , sai)& les enfants et les femmes.

1 Ch. x5.

v. 39. Ayant congédié ce peuple , il monta dans une barque, et alla dans la contrée de Magedan.

Saint Marc , chap- 8 , y. i^et sijiiv* „ pade aussi de cette seconde multiplication,

Orç lit encorp dans saint Matthif u , ce qu suit :

v. 5. Les disciples ;de Jésus ayant passé à- l'autre bord du \kc ' , et ; ayant publié de prendre du pain ,

.T. 6. Il leuf ,^it ; Soye* ajKeniifs, *A. donnez-yous de^gaad^ du levais de^ pharisiens et de^saddiicéens* PJ ... ,' , ...<• >?.

v. 7 . Alors il leur vint en pensée , et ils dirent m&ui-mèu&* > flûufc n'ayons point pris glepain, v, . I-.î. \'i,r;v '• \ : ' >.

v. 8. Mais Jésus connoissau* ltw\ pensée, Jeur dit : Gens de pw 4<t .foi , pourquoi ditesvous en vous-mêmes que vous n'avez point de oaûi? ' ; ",: i-

v; 9. ffe, comprenez-vous encore tien, 3t ne yo^is^uvientrjl pas des <iuq p*i*& paçttgés à cinq nulle. personnes >'rôt Combien vous ^i^m|K>rtf^ts,ddp«9iérs^'f. ! .-;.

;v. «o>iBfi âosifieptpain&pftvl^éfr à. quatre mille personnes, et comfeieÈ*dje ctfibeilles vous tin «vos. f emportées ? » .

-.; v. .1 1. Pourquoi ne cQ*tp«enoarVQus point

. • • . 'Cit.

' Ch. 16. • ,

SAINT MATTHTE0. 4^9

que je ne vous parloifc pas de pain, quaûtLjfe' vous ai dit : Donnez^Vous de gardé du levain des pharisiens et des saUducéèûs ? A

Peut- on imaginer quelque chose de plus ridicule que la manière dont on veut faire dfc ces prodiges des événements naturels ? À la première niultiplication il y avoit cinq mille hommes sans les femmes et les enfants; Réduisons les femmes et les enfants à taille : v6ft£ six mille personnes qui ont besoin de ntWrriture; ne donnons à chacune qu'une1 KViré dépâinV on voit que nous ne chef fchdris pas $'r grossir le miracle. Peut-on s'empèéher de' Tire1 lorsqu'on entend l'incrédule supposer à Jésus* Christ une provision de paîn de six mille livres pour le transport dela<Jùellé*il eût fallu, des voitures que ce déiste a oublié de fournir t Peut -on s'empêcher de rire lorsqu'on veut; qu'une si grande quantité de pain n'ait point été connue des apôtres , n'ait- point été vue par six mille personnes qui entouraient Jésus» Christ , de manière qu'elles crurent bonne* ment que les vivres qu'on leur distribuoit tonv boient miraculeusement du ciel ? Car ce peuple fut si persuadé que cet événement étoit un prodige, qu'il s'écria que Jésus étoit un prophète , et qu'il voulut le proclamer toi» Apparemment que le poisson que les apôtres prirent dans le lac étoit cuit •, car on né le mange pas cru : si Fincrédule dit qu'on le fil

çttîfe, nous demandons comment cela put se faire sans qu'on s'en aperçût.

Les évangélistes , dit l'incçédiile, échauffés de Vidée de l#ur miracle, en oublient un ajutre qui ne mérite pas • moins d'être noté. En effet , quel prod ge de voir quatre mille hommes , sans compter les femmes et les enfants , suivre Jésus pendant trois jours sans faîte ni mtinger l

..Qui n'admirera ici la bizarrerie de ce déiste? Ui^fforce d'anéantir les vrais miracles si claijçeioent rapportés daps l'Evangile, et il altère i'J^vaçigile pour faire un faux. Jésus nu dit point que ces gens l'eussent suivi pendant trois jours sans boire ni manger -, il dit : Qu'il jtft déjà trois jours quf Is ne le quittent point, èt/quils n'ont rien pour vivre , ce qui ne veut pas dire' qu'il yî a trois jours qu'ils n'ont ni bu ni mangé; mais qu'après avoir demeuré trois jours avec lui , il ne leur reste plus rien des provisions qu'ils, avoieut apportées : c'est là si évidemment le sens des paroles du Sauveur, que l'incrédule a élé forcé de le reconnoître; car.il ajouteimmédiatement après ce que nous Tenons dé rapporter de lui : Ou bien ilfaudr.oit croire que , préparés à voyager, ces gens s'étoient munis de provisions , qui tout Jtun coup vinrent à manquer.

* Enfin, poursuit cet a Uteui% dans un désert, doit sont venues les corbeilles don' on s'est

SAINT MàTTHIEtT. 44 1

servi pour recueillir tes restes du repas? Il est à présumer qu'elles, tombèrent du ciel; mais dun autfe côté, pourquoi n'en pas faire tomber les pains et les poissons? Par un nouveau miracle, il fallut sans doute encore nourrir ce peuple pendant lés trois jours de marche nécessaires pour son' retour) cepen^ '-dont dans toute cette affaire, il eût été plus vourt défaire en sorte que le peuple ri eût ni faim ni besoin. f ' ' '

Nous répondrons qu'il n'est pas nécessaire de faire tomber les corbeilles du ciel. Elles se trouvèrent dans la troupe qui avôit suivi Jésus. Les Jtrifs portaient communément r lorsqu'ils àlloient en campagne, les provifiîotis dont-ils1 avoïeht besoin *, ils se servoient de corbeilles ou de paniers -, pour que leurs -pain*, qui étaient minces et déliés comme nos ^galettes; ne# se rompissent pas. N'est-il pas çlus* que probable que dans cette multitude <le six mille personnes ,' il y en eut au moins douze qui se fournirent de quelque nourriture, ne fôl*ce que pour le& enfants qui ne peuvent rester long-temps sans manger?

Il ne fût pas- non plus nécessaire de faire -tombei? les poissons dû ciel 5 ils étaient entre lié» tnàîôs d'un petit gatçon au premier miracle, et des apètres au second $ il ne falloit que les multiplier, et c'est cç que fit le Sauveur par sa toute-puissance.

On lit. hien. dans PE vigile qu'il y avait trois, jour» que ces gqos, étoient avec Jésus ^ mai* ^an'ylil; point qu'ils fuâsent.iiçigné? 4? trois joints de marche de leur» habitations j ij est dit jçpderaent. qw quelques-uns d'entre ©ux^étoient ¥<tfiu* de loin \ mais trois ou quatre Imes ne Hiflise.rrt-elle6 pas^pour vérifier cette «pression ?\et si par,rai ces dernier* il s'en taouva qui ne pissent pas faire une si petite traite sans aliments , ils eurent de quoi s'en pourvoir dans les «estes du repas miraculeux dont ils a voient profité. . »

L'auteur de k.vie ftri^que 4e Jé&us-Christ1 dit dans la. préface , iju'U s es» fart une loi de «'employer queles,{^angiW, ç'^jt-à-dwe des matériaux approuves par. l'Egée, Comment t tpra un pareil eiigagemealt, peut-il avances: ©outre les dénombrements précis îdes évaagélistes répétés; deux fois , qu'il se pe*tt faire que la foule de ceuvc< qui eurent part à ces repas , ne fiât pas tdut-à*faât*aussi nombreuse -qriion ie dit? D'ailleurs .que gagnerait rincréjiule à cette, dûninutiqn ? anéantir oit - il les prodiges ?. non $urei»ejBt 5, car. 1» tpute-puis- «ance divine est aussi néces saine pour rassasier deux miHé nctmiaes avec; cinq pains «t deux poissons que» pour «eu .rassasier <âaq «rille. " t •• " ; . >> i ., ;.<t.M :f> > .».

SktNT MATTHIJBIT. 445

Nous ne répondrons rien sur le plan de miracles que l'auteur trace à Jésajs-CKrî&tçlckaJcun en sent la témérité*

Une difficulté qui fut proposée par un d$cier- général dans une compagnie où naos nous trouvâmes , est si semblable à celle que nous venons de résoudre, que noiis Croyons devoir la placer ici. La manne tombée du ciel pour nourrir les Israélites n'est qu'une faille s dît cet officier^ Moyse faisoit venir secrètement des vivres , et faisoit croire à ceux qu'il conduisoit, qui'n'étoient que des gens grossiers et ignorctpts , que ces aliments étoient , tombés du ciel, -><«*,

On ne se séroit pas attendu, lui répondîmes-nous , à cette difficulté de la part d'un . officier qui, comme vous, a fait plusieurs campagnes dans des armées de quatre-vingts et de cent mille hommes. Vous avez vu , Monsieur, la prodigieuse quantité de voitures qu'il faut pour conduire les vivres nécessaires à uije si grande .multitude de gens de guerre. V^us avez vu que lorsque ces caissons défiloient, ils occupoie&t une bu deux lieues de terrain. T)& bonne foi , estril possible qu',un pareil convoi arriv^même. une. seule fois * sans être aperçu? Comment donc seroit-îl possible que. Moyse ait pu. faire venir pendant quarante ans des aliments pour une troupe de deux millions de personnes , sans^u'aucun de ceux qui la <com»

posoient l'eût jamais découvert? On supposera îed Israélites tarit grossiers et tarit ignorants que l'on voudra , il n'étoit point besoin d'esprit en pareil cas ; il ne falloit que des yeux, - et les Israélites en av oient.

Foi comme un grain de Sénevé.

Jésus dit k ses disciples ' : Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé , vous diriez à cette montagne : Transporte-toi d'ici là , et elle s'y transporteront.

Si cela est vrai , disoit un imcrédule , il ne sest encore trouvé personne parmi les chrétiens , sans en excepter les apôtres , qui ait eu de la foi comme un grain de sénevé , puisque jusqu'ici personne n'a transporté de montagne par sa foi.

\ Neuslui répondîmes qu'il se trompoît dans le fait, et que nous avions des exemples ducontrarè. *

Un prêtre idolâtre a qui saint Grégoire, évêque de Néocésarée , explïquoit la doc rine cnrélienne*, témoigna être chpqué'de ce qu'il lui disoit dé l'incarnation du VçrT>e , jugeant indigne de Dieu de parbître avec un corps

* * Saint Matthieu , c. 1 7 , v. 19. . • '" •

'* '* Vie de saint Grégoire Thanmaf. , ' tém. 3 , pâg; ' i5o

de» œuvres de saint Grégoire de Nyase. <

parmi les hommes : Ce n'est point, lui dit le saint , par des paroles ou par des raisonne* ments humains que nous établissons cette vérité, mais par les merveilles de la puissance de Dieu. Si cela est , reprit le prêtre idolâtre en lui montrant une pierre d'une grosseur extraordinaire, ek ton eumegeton, commandez à cette pierre qui est sous nos yeux de changer de place. Grégoire le fit , la pierre obéit, et se transporta délie- même à l'endroit que le prêtre idolâtre avoit désigné comme si elle eût été animée. À la vue de ce prodige, ce prêtre se convertit , quitta tout pour suivre .saint Grégoire et se rendre son disciple. - Ce miracle a tous les caractères de certitude que Ton peut désirer. Il est rapporté dans la vie de ce saint , écrite par saint Grégoire de Jïysse, un des plus grands docteurs de l'Eglise, très-versé dans les sciences humaines et dans les saintes lettres. •

Il la composa sur ce qu'il a voit appris de sainte Macrine son aïeule , qui étoit originaire de Néocésarée , qui avoit vu les disciples de eë saint évèque , et qui avoit appris d'eux les merveilles qu'il avoit opérées. Saint Grégoire «LeDïysse n'est pas le seul qui parlede cesprodi- , $ës. Saint Basile, son frèvey qui avoit aussi été élerépkrsainterMacriné, en parle comme lui*. Il a changé, dit-il, le cours des fleuves, en leur .commandant , au nom t oukpuissant de Jésus-

4f6 RÉPONSES CRITIQUES.

Christ* II a séché un étang que deux frères se disputaient; il n'a été en rien inférieur ■aux autres prophètes dans ses prédictions de î avenir. Ce serait une chose infime de rapporter tous ses miracles , car F esprit de Dieu agissoit en lui avec une grâee si abondante, et qui éclatoit par tant de signes1, de miracles et de prodiges y que ies ennemis même de la vérité t appelaient un second Meyse* Il est encore aujourd'hui l objet de la plus grande admiration des hommes de cette can~ trée; sa mémoire est si fraîche, et si forte* ment imprimée dans les églises quelle ne pourra jamais s'effacer. Ainsi parle saint Basile, qui, comme on le voit, attesté nonseulement les miracles de ce grand saint , mais encore la vive conviction oùétoient les églises île ces merveilles. Elle était si forte, cette conviction , qu?o$ donna à notre saint le nom de Thaumaturge, ou faiseur de miracles, titre que l'Eglise n'a donné qu a lui.

Nos plus habiles et plus sévères critiques , Tillemônt , Baille t, le P. Alexandre , Fleary* n'ont point douté dn miracle du transport de la pierre d'une grandeur extraordinaire; et «n des plus savants protestants , je veux dire le docte BuHusv -parlant de. la' révélation est symbole qui fut faite à œ saint y dit qu'elle à*

* L.d«Sai>i<OEspfit .,«>»$. ^ ,♦;

. SAINT BATTHlEtt. /fy/

doit paraître mcfoyable à personne dans «n saisrf dont toute la vie a «été illustrée par les révélation* et par les* miracles , ainsi que l'at* testent1 tons les. écrivains ecclésiastiques qui ont parla de Lui $ et qui est-ce d'entre eux qui n'en a pas. fait mention ? Neque sane incredibile cmquam<uideri débet* , taie (fuippiam k&mmi accuUssei, cigtis totam *véàam recela* tianibur et wtirheutis illustrent fuisse y scriptores eçclesiastici omnes , quotquat ejus me-? minerunt (et quisfrrènon meminit) um ore testantur*

Saint Jérôme, dans la vie de saint Hilarion> nous foamh un second «xempfle de l'etécu- \\qn. de la promesse' de Jéffas-Christ. Voici ses paroles î

Pendant que saint Hilarion étott à Epi* daurey ri y eu. uta tremblement de terre qui fit sortir les mers de leurs Mes , et , comme ai Dieu eût menacé les hommes d'un «ouveau déluge , ou que tpht«6 choses etwaent^oulu rentrer dans l'ancien *haçs y *>u vit les vaisseaux portés et arrêtés sur les hauteurs. Les habitants d'Epidaure* voyant les montagnes d'eau poaasees sur les rivages-, eteraigmas^ qu'elles n'engltaitissent leur viile, <comfa>e cela et oit déjà âiw tïvé, ceurtir^nt: an wmi tieilfat-d et *e tplat^èi^tttcoïmae un^digue surlcfbordde la raei\

Ce saint ayant fait trois croix sur le sable , et étendu ses mains contre la mer, on ne peut expri mer à quelle hauteur là mer s'éleva en s'ar~ irètant devant lui ; frémissant pendant longtemps, ejt comme s'indignantde trouver un obstacle , elle retourna ensuite peu à peu sur ellemême. C'est ce qu'Epi daure et toute cette contrée raconte jusqu'à ce jour, et tes mères enseignent à leurs enfants de le transmettre à lf ur postérité. Il est donc vrai que ce qui a été dit aux apôtres :Sî vous croyez , vous direz à cette montagne : Passez dans la mer, et elle y passera, peut s'accomplira lfc lettre. Car, est-ce un plus grand prodige de faire descendre une montagne dans la mer, que de soutenir suspendues des montagnes d'eau devantes pieds , et de les faire couler doucement d'un autre côté, comme si elles a voient trouvé des rochers qui les aient fait rebrousser ?

. Eu tempestaie, terrœ motu totius orbis, 4jui post Juliani moriem accidit , maria egrèssa sunt terminos suos, et qudsi rurswn Deus diluvium minaretur, vèl in antiquum chaos redirent opinia, naves ad prœrupta de lot ère montiàm pependerunt,, Quôd qUum -vidèrent Epidûuritani, /reniantes, fluctus et uhdarum mîtes, eUmontes. gurgturn lif&rihu& itifetri., v&:re*tès quodjam evcmsse cerr nebani, ne oppidum funditiis subvertere'ur, ingressisunt ad seneni et quasi ad prœlium

SAINT MATTHIEU. 44g

prqficiscentes y posuerunt eum in lit tara. Qui eum tria crucis signa pinxisset in sabulo, manusque ttontra tenderet, incredibile dicta est in quantum altitudinemintumescens mare ante eum steterit : ac diiif remens, et quasi ad ohiceni indignons, paulatim in semetipsum relapsum est. Hoc Epidaurus et omnis Ma regio usque hodiè prœdicat, matresque doeent Uberqs suos ad memoriam in posteros trarismittendam. Vere illud quod ad aposto* làs diction est : Si credideritis , dîcetis huic monti , transi in mare, et fiet? etiam juxtà littetam hnpleri potest, si tamen quis habueritapostolorumfidem, et talem qualem illis habendam Dominus impenavit. Quid enim interest , utrîar^nmns'dètcendat m mare , an tmmensi undarum montes repente obriguerint, et ante senis tantiim pedes saxei, ex alid parte molliter fluxerint*

- Le troisième exemple f est rapporté par le pape saint Grégoire. Nonnose étoit prévôt du monastère de Soracte , qui , étant situé au sommet de cette montagne , n'avoit aucune plaine que l'-on pût cultiver. Il y en avoit seulement une à un dés côtés de la montagne, mais elle étoit couverte par un grand rocher. Le vénérable Nonnose, considérant que .ce terrain seroit propre pour un jardin

- J DitlogMM , Lt,c,6.

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45o RÉPONSES CRITIQUES.

sll netoit pas rempli par ce rocher, reconnut en même temps que cinquante paires de bœufs ne pouvoieni le remuer. Désespérant de pouvoir, à force de travail, enlever ce rocher, il recourut au secours de Dieu, et il passa la nuit en prières dans cet endroit. Les frères étant venus le matin en ce lien , trouvèrent que ce rocher s'étoit retiré fort loin de l'endroit où il étoit , et avoit par sa retraite laissé aux frères un grand espace libre. Saint Grégoire dit qu'il a appris ce miracle de deux anciens religieux qui vivoient en* core, un desquels Fa voit appris d'Anastase, homme de très-sainte vie , qui avoit été voisin et fort étroitement lié avec Nonnose.

Qui+vero Nonnosimenasterùanin summà mantis cacumme situai est, ad quemUbet parvum hortum fratribus excolendum nutta patebai planifies : unus autan brevissimus locus in latere mentis excreverat , quem ingentis saxi naUtraliter egrediens moles occur pabat. Quédam die dùm Nonnosus vir vemerabilis cogitarety quàd saltem ad condimenta olentin nutrienda hocus idem optas potuisset existera, si hune moles saxi Mats mon teneret ; occurit animo , quàd eamdem WÊolem quinquaginta boum paria movere non pessenU Cumque de hrnnano labore facta esset desperatio , ad divinum se solatwm contulit , seque iOic nocturne silen*ioinora-

tionem dédit. Cùmque mane jàcto ad eun» dent locumfratres venirent, irwenenmt rnthlemtanteemagnitudinis abeodem locolongius recessùse y suoque secessu largum fratribu» spatium dédisse*

Nous terminerons ces exemples par ce que le savant Jacques Lefèvre rapporte dans son commentaire sur les paroles de Jésus-Ckrist , qui font le sujet de oet article. J'ai lu , dit-il , da?s une histoire des. Tartares , ces mots : jiuprès de Saldace une montagne a été divinement transportée , à la prière tTun smnt homme , lorsque les Tartares reprochoient aux chrétiens t inexécution de ces paroles de l'Evangile : Si vous aviez de l& foi comme un grain de sénevé ^ yoas diriez & ceéto\motk* tétgne : Trahsporte^toi d'ici là$ et 'elle s'y fransportèroiu • v . -:<

Legi in quâdam historiâ Tartarorum in quâ si&> liabetur : Juxta Ba&dacem mons wrtute divind translatais est oratianecujusetamsancti wrif chm> improperarent Tartari christianis idJEvangeUi ;Si habueritis fidem sicutgra* nwn sinapis, dicetis rnonti liuic , transi hinç et transibit.

Quand les monuments ecclésiastiques «te nous fourniroient point d'exemples de ce miracle , on ne jourroit en conclure qu'il n'a point efé opéré. ToM iy-jt.il(tété écrit ? Saint* Jean nous avertit lui-même qu'il a passé i

silence plusieurs prodiges du Sauveur. Nous n'avons aucune connoîssance des merveilles £iites pat le plus grand nombre des apôtres dans les lieux où ils sont allés prêcher l'Evangile, qu'ils n'ont certainement pu faire recevoir des nations sans le confirmer par ces signes. Les premiers chrétiens ont opéré plusieurs prodiges, de l'aveu des Juifs et des païens , que ces derniers ont ridiculement attribué à la magie (t). îîous a-t on conservé la mémoire de tous ces prodiges ? Il s'en faut bien. Ne nous plaignons-nous pas tous les jours du peu de soin qu'ont eu les écrivains ecclésiastiques de nous les transmettre ? Outre qu'on n a paj tout écrit , on a perdu la plus grande partie^des ouvrages des premiers siècles y perle quî nous prive de plusieurs connoissances , qui sûrement seroient d'un grand prix.

Mais accordons pour un nioment qu<? depuis Jésus-Christ jusqu a nous il ne s est trouvé aucun chrétien qui ait transporté de monta*» gne , en pourra -t-ôn conclure quU ne. s'est jamais trouvé parmi eux quelqu'un qui ait eu ce pouvoir , qu'il ne s'est jamais trouvé parmi eux quelqu'un qui ait eu de la foi comme un

(i) Voyez dans l'Histoire de l'établissement du Christianisme le discours qui suit cette Histoire, et lés notes ao et" 5 f , auitjtttlletf on peut ajouter le nombre 6 dn lira d*Origène contre Celse.

grain de moutarde ? Non sûrement , et nous le démontrons. Les apôtres et plusieurs saints ont ressuscité des morts : la résurrection d'un mort est certainement un plus grand miracle que le transport d'une montagne. Ils avoient donc assez de foi pour transporter des montagnes, puisqu'ils ressuscitoient des morts. Mais, dira-t-on , s'ils avoient ce pouvoir, pourquoi n'en ont-ils jamais usé ? Pourquoi ? Parce qu'ils ne se sont pas trouvés dans l'occasion de s'en servir pour l'utilité de l'Eglise 5 car, comme dit saint Paul , les dons extraornaires ne^sont accordés que pour l'utilité * , ad utilitalem , et non pour en faire parade.

Parabole des ouvriers envoyés à la vigne.

« Le royaume des ci eux* est semblable à » un père de famille qui sortit dès le grand » matin , afin de louer des ouvriers pour tra- » vailler à sa vigne ; et étant convenu avec les » ouvriers d'un denier pour la journée , il les » envoya à sa Vigne. Il sortit encore sur la » troisième heure du jour, et en ayant vu » d'autres qui se tenotent dans la place sans » rien faire , il leur dit : Allez vous-en aussi » vous autres à ma vigne , et je vous donnerai

1 I Cor., c. 1» « ▼. 7.

" En sûat Matthieu , c. 20.

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» œ qui sera raisonnable , et ils s'y en aile* » reaU II sortit encore sur la sixième et sur » la neuvième heure du jour , et fit la même » chose. Enfin , étant sorti sur la onzième » heure , il en trouva d'autres qui étoîent là » sans rien faire , auxquels il dit : Pourquoi » demeurez-vous là tout le long du jour sans » travailler ? Parce > lui dirent-ils , que per*- » sonne ne nous a loués ; et il leur dit : AUae » vous-en aussi vous autres à ma vigne. Le » soir étant venu , le maître* de la vigne dit » à celui qui avoit le soin de ses affaires ; » Appelez les ouvriers et payez-les , en com- » mençant depuis les derniers jusqu'aux pre- » miers. Ceux donc qui n'étoient venus à la » vigne que vers la onzième heure setant » approchés, reçurent chacun un denier.

» Ceux qui avoient été loués les premiers ve- » nant à leur tour , crurent qu'on leur don- » neroit davantage ; mais ils ne reçurent non » plus au'uu denier chacun , et, en. le recensant ils murmuroieut contre le père de fait mille , en disant ? Ces derniers n'ont tra- » vaille qu'une heure, et vous les rendez » égaux à nous , qui avons porté le poids du » jour et de la chaleur^ Mais pour réponse il » dit à l'un d eux : Mon ami , je ne vous fais » point de tort; n'êtes-vous point convenu » avec moi d'un denier poug votre, journée ? » Prenez ce qui vous appartient et vous en

» allez ; pour moi je veux donner h ce dernier » autant qua vous,. Ne m'est-il donc pas per- » mis de faire ce que je veux , et votre œil » est-il mauvais parce que je suis bon ? Ainai » les derniers seront les premiers , et les pre- » mi ers seront les derniers. »

Dans cette parabole , tous les ouvriers sont rendus égaux , quoiqu'ils soient venus à différera temps travailler dans la vigne. Il semble donc qu'on aurait dû la terminer par cette sentence : Ainsi les derniers sont égaux aux premiers, ou les derniers seront comme les premiers, et l'on nous dit au contraire que les derniers seront les premiers , et les prermiçrs seront les derniers; ce. qui y conservant l'inégalité entre eux , change seulement leurs rangs.

Quelques interprètes expliquent cette parabole de l'Eglise , dans laquelle les gentils , désignés par les derniers , entrent avec empressement , tandis que les Juifs , appelés les premiers , refusent opiniâtrement d'y entrer. On indique dans, cette explication ceux que l'on croit être ks premiers et ka derniers $ mus on s'en tient là , et Ton ne montre poini comment il peut y avoir des rangs différents entre; ceux que la parabole nous présente eomroe égaux*

D'autres commentateurs, entendant cette parabole, de TEgna» comme ks premiers,

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diffèrent dans l'application qu'ils en font. Us disent que les gentils et les Juifs convertis tiendront le même rang dans l'Eglise, que les uns ne seront pas plus privilégiés que les autres , qu'ils auront tous également part à ses mystères et à ses promesses.

Ces auteurs ont atteint le but de la parabole en l'expliquant de l'égalité qui doit régner entre les Juifs et les gentils dans l'Eglise chrétienne; mais ces commentateurs ne s'appliquent pas plus que les premiers à faire voir l'accord de cette parabole avec sa conclusion, ce qui fait cependant toute la difficulté de ce texte ; car les Juifs» et les gentils étant égaux dans l'Eglise , pourquoi parle-t-on de premiers et de derniers dans la sentence qui termine cette similitude ?

Nous essaierons de concilier cette contrariété apparente après avoir donné quelque idée du style de notre version Vulgate , parce que cette connoissance est nécessaire pour sentir la vérité de notre solution.

Le cardinal Tollet , dans un sommaire qui est à la tète de son commentaire sur l'évangile de saint Jean , dit que cet apôtre parle moins grec que les autres évangélisles , qu'il est rempli d'hébraïsmes , ou façons de parler propres à la langue hébraïque , et que pour l'entendre il faut savoir l'hébreu aussi bien que le grec. Minus quàm cœteri evangelisiœ

SAINT MATTHIEU, é^rj

grece locutus est, hebraïcia phrasibus abundat : unde fit ut liebràîci sermonis peritia non minus quant grœci ad sensum sententia- ' rum assequendum sit necessaria. ~

Hentenîus, daus la préface qu'il a mise au-devant de sa version des commentaires d'Euthymius sur les. Evangiles, étend à tous les écrivains du nouveau Testament la remarque que Tollet a voit faîte sur saint Jean. Il dit qu'il faut faire attention que les apôtres et les évangélistes, étant nés Hébreux, ont suivi dans leurs écrits le génie de la langue hébraïque, qui met souvent un temps pour un autre, "et qui a plusieurs autres choses qui lui sont propres. Il ajoute que ce n'est pas seulement saint Matthieu , dont l'évangile est écrit en hébreu., qui a imité le style de ses compatriotes, mais aussi les autres évangélistes , quoiqu'ils aient écrit en grec. Animadvertendam est evangeïistas et apostolos ciim génère Hebrœi essent hdc in re sicut in aliis mullis y hebraïcum secutos idioma quo illi frequentissimè pro pressenti, quod proprium non habent y aut pro futuro efferunt prœteritum : utque in unwersum dicam tempus unum pro alio sœpe numerà collocant : quod etiam evangelistœ non rarà fecerunt 9 nec soïus Ma'thœus qu; patridscripsitlinguâ, hoc est hebrœd , sedet cœteri qui grœcè scrip» seront.

il. 20

L auteur de la Vu! gâte , pour représenter ses originaux autant qu'il é toit possible, a retenu dans la version de l'ancien Testament un grand nombre d'hébraïsmes ; et dans celle du nouveau, qui a été écrit presque 'tout en grec, il a conservé av ec les hébraïsmes plusieurs héllénismes ou façons de parler propres à la langue grecque. Tantôt c'est une construction de phrase grecque ou hébraïque-, d'autres fois ce sont des termes employés dans des sens bien différents de ceux qu'ils ont chez les écrivains latins. La particule et, par exemple ,. a dans notre Vulga te au moins vingt significations de plus qu'elle n'en a «dans ces auteurs. Ainsi il faut souvent aller chercher Tordre du discours dans le tour de phrase grecque ou hébraïque , et le- sens d'une expression dans le terme original qui y jépond.

Venons à présent à la difficulté que nous •entreprenons de résoudre. Cette phrase : jiinsi les derniers seront les premiers , et les premiers seront les derniers, est un hébraïsme. On y sous-entend l'adverbe comme; ce qiii n'est pas rare dans la langue sainte. Il faut donc lire ou entendre cette conclusion en ce sens : jiinsi les derniers seront comme les premiers , et les premiers seront comme les derniers. Les Juifs , qui dès leur origine ont adore le vrai Dieu , n'auront dans l'Eglise de

saint Matthieu. 45g

lésu^-Christ aucun avantage sur les Gentils, qui l'ont oublié pendant tant de siècles. Plus de distinction ; le mur de séparation est abattu : il n'y a plus en Jésus-Christ ni Juif» ni Gentils.

Par cette explication , tout s'accorde, tout est lié dans la similitude. Le corps de la parabole conduit à la conclusion : la conclusion naît du corps de la parabole ; elle en est une suite nécessaire.

H faut faire voir à présent par plusieurs exemples pris de l'ancien et du nouveau Testament que la particule comme est souvent sous-entendue dans la langue hébraïque.

Genèse, chap. 49' Catulus leonis Juda^ Issacharasinusfortis^NephUiali cervus emissus y Benjamin lupus rapax. Juda est comme un jeune lion; Issachar çst comme un âne vigoureux ; Nephthali est comme un cerf échappé; Benjamin est comme un loup ravissant.

Exode,, chap. 19, v. 4- Kos ipsi vidistis quœfecerim Mgyptiisi quomodo portaverim vos supçr alas aquilarum. Vous ayez vu ce que j'ai fait aux Egyptiens; vous savea de quelle manière je vous ai portés cçmme #px les ailes des aigles.

Psaume n )w. 7. Elaquia Dcmini9 ehquia caste; argentoim igné examinatum. Les pa~

46o RÉPONSES CRITIQUES.

rôles du Seigneur sont des paroles chastes et pures*, c'est comme un argent éprouvé au feu.

Ps. 119, v. 3 et 4« Quid detur tibi aut quid apponatur tibi ad linguam dolosam?

Sagittœ potentis acutœ , cum carbonibus desolaloriis. Que recevrez- vous , et quel fruit vous reviendra-tilde votre langue trompeuse? elle est comme des flèches très-pointues poussées- par une main puissante avec des charbons dévorants.

Proverbes, chap/i 3, v. 12. Lignum <vitœ] desiderium veniens : Le désîr accompli est comme l'arbre de vie.

Prov., chap. i4, v. 24. Coronasapientium^ dwitiœ eorum : Les richesses des sages leur sont comme une couronne.

Prov., chap. 16, v. 24. Favus mellis, compositaverba: Le discours composé est comme un rayon de miel. L'hébreu porte : Des paroles douces sont uu rayon de miel, c'està-dire comme un rayon de miel.

Prov. , chap. 18 , v. 11. Substantia divitis, urbs roboris ejus : Les richesses du riche sont comme sa forteresse.

Prov., chap. 19, v. i3. Tectajugiterperstillantia , litigiosa mulier : La femme querelleuse est comme un toit d'où l'eau dégoutte toujours.

Prov. , chap. 25 b\ v. 14. Nubes et ventus etpluviœ non sequenles, vir gloriosus etpro-

SAINT MATTHIEU. 46l

missa non complens : Celui qui se vante et qui ne tient point ses promesses est comme le vent et les nuées qui ne sont point suivis de la pluie.

Nahum, chap. 3, v. i3. Ecce populus tuus mulieres : Tous vos citoyens sont comme des femmes. *

Jean, chap. 5, v. 17. Pater meus usque modo operatur, et ego operor : Comme mon père jusqu'à présent ne cesse d'agir, j'agis aussi.

Jean , chap. i4> v. 1. Creditis in Deum, et in me crédite : Comme vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.

Jacq.', chap. 5 , v. 5. Epulati estis super terram, et in luxuriis enustristis cordatvestra in die occisionis : Vous avez vécu sur la terre dans la bonne chère et dans le luxe ; vous vous êtes engraissés comme des victimes préparées pour le jour du sacrifice.

Cet hébraïsmé est si familier à saint Paul , que dans les canons donnés par Cornélius à Lapide pour l'intelligence des épîtres de cet apôtre celui-ci est le vingt-deuxième. Per hebraïsmum sœpe omittit notas similitudinis* Par une façon de parler propre à. la langue lébraïque, il omet souvent les adverbes de comparaison.

Il né toit pas tellement propre aux Hébreux de sous-entendre les marques de comparaison ,

qu'on ne trouve le même usage chez les Grecs et les Romains. Eustache, dans son commentaire sur Homère , observe que ce poète les omet souvent. On voit la même chose dans Horace.

Qoa? si cnm sociis stultas co|idosqae bîbisset , San domina meretrice faisset tarpis et excors Vbdaset eanis immandas Tel arnica loto sus.

Si Ulysse eût été aussi insensé et aussi esclave de ses passions que ses compagnons, et qu'il eût bu dans la coupe de Circé, on l'eût tu, comme ces bêtes qui n'aiment que la fange et l'ordure, traîner une vie honteuse sous l'empire d'une infâme prostituée.

M. Dumarsais, dans son Traité des Tropes, fait l'observation suivante :

Il y a une sorte de comparaison ou quelque rapport équivalent entre le mot auquel on donne un sens métaphorique et l'objet à quoi On veut l'appliquer; par exemple quand on dit d'un homme en colère c'est un Uon9 lion est pris alors dans un sens métaphorique ; on compare l'homme en colère au lion*

On voit par ces paroles que même dans notre langue , dont la clarté fait le partage , -on sous-entend souvent la marque de comparaison y car nous avons un grand nombre de façons de parler semblables à celles que ,M. Dumarsais indique.

On connoîtra que la particule de comparaison est sous-entendue*lorsquele discours ne présente qu'un sens faux ou absurde si Ton ne l'ajoute pas, et qu'en l'ajoutant il en offre un vrai et raisonnable. On lit que Juda est un jeune lion , qu'Issachar est un âne vigoureux : ces propositions prises précisément en ellesmêmes sont révoltantes : qu'on y place l'adverbe comme et qu'on les entende ainsi ; Juda est comme un jeune lion , Issachar est comme un âne vigoureux , elles forment des images vives et frappantes, Tune du courage de Juda, l'autre de la force d'Issachar.

Appliquez cette règle au texte que nous examinons : si # Ton ne place pas l'adverbe comme dans la. sentence de la parabole, le Sauveur se contredit} car après avoir établi une parfaite égalité entre les ouvriers , il y met de l'inégalité , puisqu'il y met des premiers et des derniers. Si au contraire on insère cet adverbe , rien de si lié que la parabole et la conclusion qu'on en tire; rien de si juste que cette similitude , par le but que Jésus-Christ se propose , qui est de faire connoître que les Gentils , appelés les derniers à la connoissance du vrai Dieu , seront dans son Eglise au même rang que les Juifs qui l'ont toujours adoré.

464 BÉPONSES CRITIQUES.

Prédiction de la résurrection de Jésus- Christ.

Un incrédule tâche (i) de répandre des doutes sur la prédiction que Jésus-Christ a faite plusieurs fois de sa résurrection. On va voir sur quoi il appuie ses soupçons.

« Quoique Jésus , suivant quelques évan- » gélistes , eût annoncé de la façon la plus » positive qu'il devoit ressusciter (saint Mat- » thieu,chdp. 26, v. 32$ saint Marc,chap. i4> » v. 28), saint Jean ne fait aucune mention » de cette prédiction , ou du moins il déclare » formellement que les disciples de Jésus ne » say oient pas qu'il devoit ressusciter c? entre » les morts (saint Jean , chap. 20 , v. 9.) : ce » qui démontre en eux une- ignorance totale » de ce grand événement, qu'on dit pourtant » annoncé par leur maître, ce qui pourroit » faire soupçonner que ces prédictions du » Christ ont été pieusement inventées après » coup , et insérées, paa la suite des temps , » dans le texte de saint Matthieu , de saint » Marc et de saint Luc. Cependant rien de » plus positif que la façon dont saint Matthieu » parle de cette prédiction : il la suppose si » connue du public, qu'il assure que les prè- » très et les pharisiens allèrent trouver Pi-

(1) Y ie critique de Jésus-Christ, page a 35.

d late , et lui dirent : Nous nous souvenons » que cet imposteur a dit, lorsqu'il étoit en- » core en vie , qu'après trois jours il ressus- » citer oit. Saint Matthieu , chap. 27 , v.63. » Cependant on ne trouve dans ancun des » évangélistes un passage où cette résurrection » soit prédite d'une façon si publique et si dé- » cidée. Saint Matthieu lui-même ne rap- » porte que la réponse de Jésus à ceux qui » lui demandoient un signe : elle consiste » à les renvoyer à Jonas , qui fut trois jours » et trois nuits dans le ventre de la baleine, » de même le fils de l'homme sera trois jours » et trois nuits dans le sein de la terre. Saint 3> Matthieu , chap. 12, v. 4<>. Or, Jésus étant » mort le vendredi à neuf heures ou à midi , » et ressuscité le surlendemain de grand ma- » tin, ne fut pas trois jours et trois nuits » dans le sein de la terre. D'ailleurs la ma* » nière dont Jésus s'énonce dans cette préten- » due prédiction rapportée par saint Matthieu » n'est point assez claire pour que les prêtres » et les pharisiens pussent conclure de ce » propos obscur que Jésus dût mourir et » ressusciter , et pour en être si alarmés , à » moins que l'on ne prétende que , dans » cette occasion , ces ennemis du Christ re- » curent , par une révélation particulière , » le sens de cette prédiction mystérieuse. » Réponse. Saint Jean ne dit pas que les

ao#

aptares ne ml voient point que Jésus -Christ ressusciterait ; mais qu'ils ne savaient pas encore , ce qui est dans I Ecriture , quil fallait qu il ressuscitât d f entre les morts j c'està-dire qu'ils ne comprenoient pas encore le sens des passages de l'ancien Testament où la résurrection de Jésus-Christ est prédite, ce qui est très-diflerent de ce que l'auteur de l'Histoire critique lui fait dire, ainsi qu'on s'en convaincra par la suite.

Comment en effet les apôtres auroient-ils pu ignore r une prédiction que le Sauveur leur avoit si souvent répétée ? Jésus, dit saint

Matthieu1, commença à découvrir à ses dis-

ciples qu'il falloit qu'il allât à Jérusalem ; qu'il y souffrit beaucoup de la part des sénateurs , des scribes et des princes des prêtres ; qu'il y fut mis à mort , et qu'il ressuscitât le troisième jour. Au chapitre suivant*, Jésus- Christ, descendant de la montagne où ils'étoit transfiguré, recommande à Pierre,Jacques et Jean, qui à voient été témoins de ce miracle, de ne parler à personne de ce qu'ils ont Vu jusqu'à ce que le /ils de l'homme soit ressuscité des morts ; e/t quelques versets plus bas , parlant à tous f jes disciples , il leur dit : Le fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes -, et ils le feront mourir,

* Owp. î« , y. at. — .• Vertet 9.

et il ressuscitera le troisième jour* . Allant à Jérusalem , où il devoit bientôt consommer son sacrifice , Jésus prit a part ses douze disciples , et leur dit : Nous allons à Jérusalem* et le fils de l'homme sera livré aux prince des prêtres et aux scribes , qui le condamr neront à mort.... et il ressuscitera le troisième jour. Il leur repète encore cette pré* diction dans le dernier repas qu'il prit avec eux , en leur disant : Après que je serai res+ suscité , j'irai devant vous en Galilée*. Enfin , la prédiction qu il avoit faite de sa résurrection étoit si publique , que les princes des prêtres et les pharisiens vinren t, après que Jésus fut mis dans le tombeau , trouver Pilate , et lui dirent : Seigneur , nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit*, lorsqu'il étoit encore envie : Je ressusciterai trois jours après ma mort. Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour , de peur que ses disciples ne viennent dérober son corps , et ne disent an peuple : Il est ressuscité d'entre les morts y et ainsi la demi re erreur seroit pire que Ut première.

On trouve la même prédiction dans sainC Marc, cbap. 8 , v. 3i -, chap. 9 , v. 8 , 9, 3o;

* Ch. 20, v. xS. — • Gh. ai6, y. 3a. — * Ch. 37 ; v. 63# 64*

chap. io, v. 33$ chap. i4 , v.28 -, dans saint Luc , chap. g, v. 22 ; chap. i3 , v. 53 ; cbap* a4 » X* 7 > a^> 4^ ; dans saint Jean, chap. 2 , y. 19, 20, 21 , 22.

Insinuer , comme l'auteur de l'histoire critique le fait , que ce grand nombre de témoignages , qui se trouvent dans tous les exemplaires des quatre Evangiles, sont autant d'interpolations, c'est avouer tacitement qu'on ne peut rien répondre de raisonnable pour en éluder le peuple.

Mais si les apôtres n'ont pu ignorer une prédiction réitérée tant de fois , comment ont-ils pu être si difficiles à se laisser persuader de son accomplissement? Pourquoi ne pouvoient-ils croire ceux qui les assuroient qu'ils avoient vu Jésus-Christ ressuscité ?

Nous répondons que c'est parce que les apôtres avoient pris les paroles de leur maître dans un sens figuré et métaphorique -, ils croyoient qu'il leur avoit parlé de quelque résurrection impropre ; par exemple , de quelque changement accidentel qui arriveroit à son corps pendant qu'il vivroit , changement qui , le dépouillant de l'état d'abjection dans lequel il paroissoit, lui donneroit une majesté et un éclata peu près semblables à la gloire dont il fut revêtu à sa transfiguration.

Mais encore , pourquoi les apôtres ne pre-

noient -ils les paroles de Jésus -Christ dans leur sens propre et naturel ? Saint Jean nous en donne la raison dans le passage qui a été rapporté plus haut , et qui a été si mal rendu par Fauteur de l'histoire critique ; les apôtres ne savoient pas encore ce qui est 'dans l'Ecriture, qu'il falloit qu il ressuscitât et entre les morts. Ils ne comprenoient pas que cetoit du Messie que David avoit dit que D'eu ne le laisseroit pas dans le tombeau , et qu'il ne permettrait point que son saint fût sujet à la corruption. L'ignorance du sens de ce texte , de même que de plusieurs autres où la résurrection corporelle du Messie est si bien marquée , fut toujours la cause de leur erreur sur le sens de la prédiction de Jésus-Christ. Aussi lorsque ce divin Sauveur apparut après sa résurrection à deux de ses disciples qui alloient à Emmaùs, et qui commençoient à perdre l'espérance qu'ils avoient conçue de lui , il leur dit ; O insensés ! dont lé cœur est tardif à croire tout ce que les prophètes ont dit', ne falloit - il pas que le Christ souffrît toutes ces choses , et qu'il entrât dans sa gloire ? En commençant par Moyse et ensuite par tous les prophètes , il leur expliquoit dans toutes les Ecritures ce qui y avoit été dit de lui. S'étant ensuite

montré à ses onze apôtres , il leur dit de même : Ce que tous voyez est l'accomplissement de ce que je yous avois dit1 lors* que j etois encore avec vous , qull étoit nécessaire que tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moyse , dans les prophètes et dans les psaumes , fut accompli. En même temps ïl leur ouvrit l'esprit , afin qu'ils attendissent les Ecritures , et il leur dit : C'est ainsi qu'il est écrit , et c'est ainsi qu'il falloit que le Christ souffrît , et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour.

Mais, dira-t-on, l'adversaire que vou6 combattez paroit convenir que Jésus-Christ avoit annoncé sa résurrection à ses -apôtres -, il insiste seulement sur ce qu'il ne Fa voit pas déclaré publiquement d'une manière assez claire pour que les princes des prêtres en fussent s aussi instruits que saint Matthieu nous les représente. Nous répondons que cette difficulté n'est pas fondée. Le Sauveur avoit dit aux pharisiens , qui lui demandoient un miracle , qu'il leur donnerait celui de Jonas } que comme ce prophète, après avoir demeuré trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine , en étoit sorti vivant , de même lui , après avoir resté trois jours et trois nuits dans le sein de la terre, il en sortiroit plein de vie»

«Ch. *4,v. 44,45, 4«.

Voilà une déclaration publique : elle est claire ; car que peuvent signifier ces mots , rester trois jours et trois nuits dans le sein de la terre , sinon être enterré ? Qu'est-ce que c'est que sortir plein de vie du sein de la terre , où Ton a demeuré trois jours et trois nuits , sinon ressusciter après trois jours de mort? *

Les princes des prêtres ont encore eu un autre moyen de savoir ce que Jésus-Christ avoit dit de sa résurrection à ses apôtres; ils . ont pu en ôtre instruits par le traître Judas. Je veux que ce scélérat n'ait pas mieux compris le sens des paroles de son maître que ses confrères ; les princes des prêtres , à qui il les aura rendues , plus éclairés et plus "pénétrants que les apôtres , en auront découvert le signification , et auront cru devoir se pré* cautionner contre l'enlèvement du corps de Jésus.

L'objection prise de ce que Jésus-Christ n'est pas resté trois jours entiers dans le tombeau , que l'incrédule touche ici en passant , a été résolue & l'article : Jésus ressuscitera après trois jours.

Jésus envoie prendre un dnon à Bethphagé.

On s'empara par tordre de Jésus dune ânesse et de son petit, dit l'auteur de Mis-

toire critique de Jésus-Christ. Cet écrivain copie ici un autre déiste , qui dit que Jésus] Christ enleva enr cette occasion le bien d autrui , et donna l'exemple à ses disciples de le ravir.

Réponse. Jésus étoit tout près de Béthanie. Il n'a voit qua envoyer à la maison de Lazare chercher un âne. Ces animaux, qui étoient la monture ordinaire du pays, n'ymanquoient sûrement pas. Lazare et ses sœurs, qui népargnoient aucune dépense pour faire honneur au Sauveur, lui en. eussent non-seulement prêté un , mais le lui eussent donné avec joie s'il l'eût voulu. Or celui qui pourra se procurer ce dont il a besoin sans blesser aucune loi se choisira pas de l'acquérir par un crime, ce qui est encore bien plus certain *i cet homme se donne pour envoyé de Dieu , pour fils de Dieu. Il n'est donc point croyable que Jésus, en se faisant amener un âne de Bethphagé, ait commis un vol, ainsi que les incrédules l'en accusent.

Mais pourquoi recourir à des vraisemblances et à des probabilités pour justifier notre divin maître /lorsque nous avons Févidence même pour nous ?

Pendant que les deux disciples détachoient lanon pour l'amener à Jésus , les maîtres de cette bête leur dirent ; Pourquoi la détachezvous ? Les disciples leur répondirent : C'est

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que le Seigneur en a affaire , et ils leur laissèrent emmener Fanon. Les incrédules ont une morale particulière. Depuis quand qualifie-t-on de rapine l'usage que Ton fait d'une chose avec le consentement du maître ?

Jésus étoit communément appelé seigneur et maître par ses disciples, par ses amis et par ceux qui le regardoient comme un envoyé de Dieu , comme fils de Dieu. Lorsqu'il apparut à ses disciples sur le bord de la mer de Tibériade, saint Jean , l'ayant reconnu , dit à saint Pierre : Cest le Seigneur. Marthe dit à Jésus : Seigneur , si vous eussiez été ici9 mon frère ne seroit pas mort. La même , parlant à sa sœur , lui dit : Le maître est venu, et il vous demande. Jésus ayant «nvoyé deux de ses disciples demander une chambre où ils fissent les préparatifs de la Pâque , leur dit : Allez dans la ville , à un tel , et dites* lui : Le maître vous envoie dire : Mon temps est proche ; je fais la Pâque chez vous.

Jésus étoit respecté et connu sous ces deux noms à Bethphagé ; c'est pourquoi , lorsque les deux disciples détachèrent Tânon et dirent au maître de cette bête que le Seigneur en avoit affaire , ils la laissèrent emmener sans résistance.

Parabole du festin des noces.

Le royaume du ciel est semblable à un rot qui , mariant son fils * , envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui étoient invités; mais ils n'y voulurent pas venir- Il leur envoya de nouveau d'autres serviteurs pour leur dire : J'ai fait apprêter mon dîner, Pon a tué les veaux et ce que j'avois fait engraisser ; tout est prêt , venez aux noces ; mais ne s'en mettant point en peine , ils s'en allèrent , un dans sa terre, , un autre à son commercé. Les autres se saisirent de ses serviteurs, et, après les. avoir traités injurieusement, ils les tuèrent. Le roi, en ayant appris la nouvelle , s'en mit en grande colère ; et envoyant ses armées , il extermina ces homicides et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : Le festin des noces est prêt , mais ceux qui y étoient invités n'ont pas été dignes d'en être ; allez vous -en donc dans les carrefours , et conviez aux noces tous ceux que vous rencontreifez. Ses serviteurs, étant allés dans les grands chemins , assemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent , bons et mauvais , et toutes les places du festin furent remplies. Alors le roi entra dans la salle pour considé-

1 Saint Matthieu , c. 32.

rer ceux qui étaient k table ; et voyant un nomme qui n'a voit pas de robe nuptiale, mon ami, lui dit-il , comment êtes-vous entré ici , n'ayant pas de robe nuptiale ? Mais il ne put rien répondre. Le roi donc dit à ses serviteurs : Qu'on lui lie les pieds et les mains, et qu'on le jette dehors dans les ténèbres 5 là il y aura des pleurs et des grincements de dents , car il y a beaucoup d'appelés , mais peu d'élus.

On lit la même parabole dans saint Luc , cnap. i4«

Un homme fît un grand souper, et y convia plusieurs personnes. Â l'heure du souper, il envoya son serviteur pour dire à ceux qui étoient conviés qu'ils vinssent, parce que tout étoit prêt ; mais tous généralement s'excusèrent. Le premier lui dit : J'ai acheté cinq paires de bœufs , et je m'en vais en faire l'épreuve ; je vous prie de in'excuser. L'autre lui dît : Je me suis marié , c'est ce qui m'empêche d'aller chez vous. Le serviteur , s'en étant retourné , rapporta toutes ces cho&es à son maître. Alors le père de famille, se fâchant , dit à son serviteur : Allez promptement dans les places et dans les rues de la ville , et faîtes venir ici les pauvres , les estropiés , les aveugles et les boiteux. Le serviteur étant de retour lui dit : Seigneur, j'ai fait tout ce que vous m'avez commandé, mais il

y a encore de la place. Alors le maître dit au serviteur : Allez dans les chemins et le long des haies , et pressez ceux que vous trouverez d'entrer, afin que ma maison soit remplie; car je vous déclare qu'aucun de ces hommes qui ont été conviés n'aura part à mon souper»

La conclusion qui se lit dans saint Matthieu n'ayant point de liaison avec le corps de la parabole , y paroissant même opposée , on a proposé divers moyens de les concilier.

Origène a cru que la plupart de ceux qui avoient été appelés au festin par la seconde invitation avoient refusé d'y venir, et qu'il n'y en avoit qu'un petit nombre qui s'y fût ren3u. Voici ses paroles : Pour nous faire 'connoître que plusieurs ont été appelés , et que tous ceux qui ont été appelés ne sont pas venus au festin , mais seulement peu d'entre eux 9 il ajoute : Car il y a beaucoup d'appelés , mais peu d'élus. Ut multos vocatos esse, non on me s autem , sed paucos ex ipsis venisse doceat , toti demhm parabolœ id subjungùur : Multi enim sunt v&cati, pauciverb elec L

Mais on ne lit pas dans saint Matthieu qu'aucun de ceux auxquels celte seconde invitation fut faite l'ait méprisée; et on lit dans saint Luc que, la salle du festin n'étant pas remplie par ceux que le serviteur avoit trouvés d'abord , il retourna une seconde fois , et

contraignit tous ceux qu'il rencontra de venir au festin. D'ailleurs il paroît qu'on oppose ici la conduite de ceux qui furent invités la seconde fois à celle de ceux qui l'a voient été la première. Il faut donc , pour soutenir cette opposition , que comme aucun de ceux qui avoient été d'abord invités n'étoit venu au festin , aucun de ceux qui avoient été invités ensuite n'ait refusé de s'y rendre.

Saint Jean-Chrysotôme ne parle point de ce passage- en expliquant le chapitre 22 de saint Matthieu ; il n'en parle que sur le 20*, où , après avoir expliqué la parabole de la vigne, il ajoute : Et erunt novissimi primi, e£ primi novissimi , et multi enim sunt vocati, pauci verà electi : Ne soyez pas surpris, continue-t-il , en entendant ces dernières paroles, car le Sauveur ne dit pas cela comme quelque chose qui suit de la parabole , mais comme une sentence isolée, dont le sens est que , de même qu'il est arrivé que I«\s premiers sont devenus les derniers, de même il arrivera qu'il y aura beaucoup d'appelés , maïs peu d'élus : ne mireris : non enim hoc quasi ex parabole colligens dicit, sed hoc signifia cat sicut hoc contigit, sic et illud contingeU

On ne peut recevoir cetteexplica lion , parce que la conjonction causa tive car marque une liaison entre la sentence et la parabole qui la précède.

Saint Jérôme , dans son commentaire sur saint Matthieu , ne touche point à la difficulté qui nous arrête ; il se contente de dire que par ces paroles, car ily a beaucoup d appelés, mais peu à! élus, le Sauveur renferme toutes les paraboles du travail dans la vigne , de la construction d'une maison et du festin nuptial dans cette courte sentence, à savoir que ce ne sont pas les commencements, mais la fin que Dieu demande de nous : Muïti enim sunt vocati, pauci vero èlecti : omnes parabolas brevi sententià comprehendi quod et in opère *»neœ et in œdificatione domûs et in convivio nupliali non initia sed finis quœratur.

Quelques modernes tachent de concilier cette sentence avec la parabole qui la précède, en disant que les premiers conviés furent en plus grand nombre que les seconds; et que par cette raison , et parce qu'il y faut joindre celui qui fut jeté hors de la salle du festin, on a pu dire d'eux qu'il y avoit beaucoup d'appelés : et de ceux qui étoient venus au festin et qui y étoient restés , qu'il y avoit peu d'élus.

On suppose faussement que le nombre des premiers conviés ait été plus grand que celui des seconds fl&ar on lit dans la parabole que la salle du festin fut entièrement remplie par ceux qui avoient été invités la seconde fois; d'où» il suit qu'ils égaloient en nombre ceux

quî avoient été invités la première. Cela étant ainsi , on voit assez que l'addition d'une personne au nombre qui est égal à un autre ne peut pas lui donner assez de supériorité pour qu'on puisse dire de ce nombre (en comparaison de celui qui lui étoit égal) qu'il renferme beaucoup de personnes, tandis que 1 autre n'en renferme que peu.

Toutes ces solutions paroissent insuffisantes ; c'est pourquoi nous allons présenter un autre dénouement de celle difficulté.

Tous les interprètes conviennent que Jésus- Christ, en cette parabole, veut représenter ce -qui arrivera dans la formation de son Eglise. Les premiers conviés sont les Juifs , qui ont refusé d'y entrer ; les seconds conviés sont les Gentils, qui, ayant reçu l'Evangile, entreront dans l'Eglise par le saint baptême, qui leur conférera la grâce sanctifiante, qui est la robe nuptiale dont il est ici parlé. Celui qui fut jeté hors de la salle du festin, désigne quelques mauvais chrétiens qui (ne recevant le baptême que pour feinte ) ne recevront pas la grâce sanctifiante ; et qui , ayant découvert dans la suite les mauvaises dispositions de leur cœur, par des crimes publics et scandaleux , seront jetés hors de l'Eglise par l'excommunication. Jésus-Christ ajoute à la fin de cette parabole : Multi enim sunt vocatif

48o RÉPONSES CRITIQUES.

pauci verà electi; car il y a beaucoup (f appelés et peu d'élus.

La particule grecque gar> que la Yulgate rend par enim, et que Ton rend en français par car, signifie aussi porro, qui en français signifie au reste ; et c est ainsi qu'il faut la traduire en cet endroit ; voici donc le sens de ces paroles de Jésus -Christ : au reste, quoique tous ceux qui sont venus dans la salle du festin y soient restés à l'exception de celui qui, n'ayant pas la robe nuptiale, en a été chassé, il y a beaucoup d'appelés et peu d élus , parce que, parmi ceux qui sont entrés dans la salle du festin avec la robe nuptiale. , et qui y sont restés , la plupart ne conserveront pas sans tache la robe nuptiale jusqu'à la fin, c'est-àdire que , quoiqu'ils restent dans l'Eglise sans perdre la foi , et sans commettre de crimes scandaleux qui les en fassent chasser, ils ne vivront pas d'une manière conforme à l'Evangile et ne persévéreront pas dans la grâce.

Comme, dans la parabole, il n'y en a qu'un qui soit chassé de la salle du festin , et que tpus les autres y restent , on auroit pu croire que tous ceux qui y étoient restés étoient élus, et que par conséquent presque tous ceux qui rester oient dans l'Eglise étoient prédestinés ; c'est pour prévenir cette erreur que Jésus- Christ a ajouté : au reste il y a beaucoup d'appelés et peu délus. Ainsi ces paroles ne

SAINT MATTHIEU. fôl

sont pas la conclusion de la parabole, comme on le croit communément ; elles sont au contraire le préservatif du mauvais sens qu'on pourroit lui donner.

Raisonnements de Jésus - Christ1 censurés comme manquant de justesse,

"Un incrédule* prétend que plusieurs des raisonnements de Jésus-Christ sont sans justesse et sans force; et le premier exemple qu'il en rapporte , c'est la preuve qu'il donna de sa divinité, prise du psaume no, selon les Hébreux, 109 selon la* Vulgate. Voici les paroles de ce censeur.

(( Le Messie ayant demandé aux pharisiens3 » si le Christ devoit être le fils de David 9 et )> ceux-ci ayant répondu que oui , il ajouta : » David cependant parle ainsi dans ses psau- » mes : Le Seigneur a dit à mon Seigneur , » asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie » mis vos ennemis sous vos pieds. Pourquoi )> David l'appelle-t-il mon Seigneur, s'il n'est » que son fils, comme vous le prétendez ? À » cela , disent les évangélistes , les pharisiens » restèrent sans réplique et confus au point » qu'ils n'osoient plus faire de questions au

1 Saint Matthieu, ch. aa. — * Doutes sur l'Evangile, manuscrit. — ' Matthieu, ch. la , v. 41 ; Marc , ch. ia$ Luc,ch..ax.

n 11. ai

48* RÉPOSSES CRITIQUES.

ii Messie du reste de la journée. Les enfants » des juifs et des chrétiens en savent .plus au- » jourd'hui que ces docteurs de l'Evangile : » un pareil argument ne les auroit point em- » barrasses. Comment , auroient-ils dit , igno- » rez-vous que le psaume dont vous parlez a » été fait à l'occasion de Salomon lorsque » David l'installa, de son vivant, dans le trône » de la Judée, au préjudice d'Âdonias et de » ses autres frères. L'auteur de ce psaume, » qui étoit sujet de David et de Salomon , » pouvoit-il s'expliquer autrement en parlant » de ses rois ? D'ailleurs David et Salomon d sont également traités de Seigneurs dans » les paroles que vous citez ; la puissance » même y est principalement attribuée à » David , puisque cert lui qui doit sou- » mettre les ennemis de son fils; que préten- » dez-v#us donc conclure de là en faveur du » Christ ? »

L'argument de Jésus-Christ est véritablement convaincant ; il veut prouver aux pharisiens fju'e le Messie ne doit pas seulement être un homme , mais encore- le .propre fils 'de Dieu. Pour cela il leur demande : Que pensez-vous du Christ ? de qui estril fils ? De David, lui dirent-ils. D'où vient donc, leur répliqua-t-il , que David étant ix^piré l'appelle son Seigneur, disant : LeSeigneçr a dit à mon Seigneur, asseyez-vous à ma droite jus-

qu'à ce que de tos ennnemis je vous fasse un marche-pied ? Si donc David l'appelle son Seigneur, comment est-il fils de David? et personne ne pouvoit lui répondre un mot.

Comme si Jésus-Christ avoit dit : un père ne traite pas son fils de son Seigneur ; il faut donc que puisque le Messie est le Seigneur de David , il ait une qualité supérieure à celle d'être fils de David , une qualité par laquelle il soit le Seigneur de celui dont il descend ; et quelle peut être cette qualité , sinon la Divinité même ? Ce raisonnement est décisif.

Point du tout, reprend l'incrédule , Jésus- Christ suppose sans fondement que Dieu adresse ici la parole au Messie*, et les évangélistes supposent faussement que les pharisiens pensoient de même que Jésus-Christ sur ce point , ce qui fit qu'ils restèrent sans réplique.

Nous répondons que c'est avec raison que le Sauveur entend ce psaume du Messie , que c'est avec vérité que les évangélistes indiquent que les pharisiens étoient du même sentiment , puisque la tradition unanime 3es Juifs, qui s'est conservée dans leurs anciens auteurs, l'attribuoit au Messie.

Les Juifs lisent dans leurs synagogues des commentaires sur l'Ecriture qu'ils appellent en hébreu Misdracim : ces explications sont d'une grande antiquité. Dans le Midras Te-

hilim , ou commentaire sur les psaumes, on dit sur le second psaume que les mystères du roi Messie sont annoncés dans la loi , dans les prophètes , dans les nagiographes ; et pour prouver cette dernière partie , on cite ce verset du psaume 1 10 selçn les Hébreux , et 109 selon nous. Dixit Dominus Domino meo :

sede ad dexteram meam. Le Seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite.

Le rabbin Joden, au nom du rabbin Chia, dit : le Dieu saint fera asseoir le roi Messie à sa droite, comme il est dit au psaume 110, Dieu dit à mon Seigneur , asseyez-vous à ma droite.

Les anciens rabbins , Jizhac Âranie, Moyse Hadarsan, Barachias, Levi, Obadiah , SaadiaGaon, font pareillement l'application de ce psaume au Messie.

En un mot f tous les anciens Hébreux ont entendu ce psaume du Messie au rapport du rabbin Isaac Benarama, qui souscrit à leur explication. Ce n'est que depuis rétablissement du christianisme que quelques rabbins, chagrins de 1 avantage que nous en tirons , s'en sont écartés ; les uns ont fait l'application de ce psaume à Abraham , d'autres à David, d'autres à Salomon , d'autres à Ezéchias , d'autres à Zorobabel. Le partage de ces rabbins montre que leurs explications sont de

leur invention ; tandis que l'unanimité des anciens atteste la tradition nationale.

Outre cettfe preuve qui renverse toutes les explications opposées à la nôtre, nous en avons une particulière tirée du texte du psaume pour détruire l'interprétation de Fincrédule que nous combattons.

* Saloxnon monta sur le trône de son père sans effusion de sang ; son règne fut pacifique, et si sur la fin de sa vie il fut troublé par quelques hostilités de la part des Syriens et' des Iduméens , elles n'aboutirent qu'à des brigandages qui ne furent suivis d'aucun combat : où sont 'donc ces rois que Dieu a brisés en faveur de ce prince dont il est parlé dans ce psaume ? où sont donc ces campagnes couvertes des cadavres de ses ennemis ? Quelle est cette tête ou ce monarque d'un grand pays (1) dont la puissance est détruite? C'est ce que l'incrédule ne pourra jamais nous montrer dans son système.

Le second raisonnement de Jésus- Christ *, que l'incrédule prétend n'être pas concluant, est l'argument que le Sauveur tira de ces paroles de l'Exode : Je suis le Dieu <£Abra~ ham> d'Isaac et de Jacob , pour confondre

(i) Le texte hébreu , y. 7 , porte : Le Seigneur a rempli de cadavres; il brisera la tête d'an grand pays. 1 Doutes sur FETangUe.

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les saducéens qui nioient la résurrection des morts. Ecoulons l'incrédule.

« Lorsque dans l'Ecriture l'on trouve que » Dieu y est nommé le Dieu d'Abraham, m d'Isaac et de Jacob x la première et l'unique » pensée qui vienne dans l'esprit , c'est que » ces paroles signifient que Dieu est le Dieu '» qu'ont servi et adoré autrefois les patriar- » ches. Jésus-Christ a pourtant fait entendre » dans une occasion que ce n'est pas là le vrai » sens de ces paroles , et il confondit les sa- » ducéens ' , dit-on , par la force de son rai- » sonnement. Ceux-ci voulant tenter le Mes- « sie* , lui dirent un jour : maître , il est » mort 3 parmi nous sept frères qui avoient » épousé la même femme l'un après l'autre, » ainsi que Moyse l'a ordonné : or nous vou- » drions savoir lequel des sept cette femme » aura pour mari au jour de la résurrection. » Le Messie leur répondit d'abord que les » hommes après la résurrection ne se marie- » roient point, et qu'ils seroient comme les » anges de Dieu : il devoit s'en tenir là 5 mais . » il ajoute : vous êtes dans Terreur de ne pas » croire que les morts doivent ressusciter, » car enfin l'Ecriture nous le dit clairement : » ne voyez-vous pas que Dieu y est appelé le

* Matthieu, caa,v. 3a. — • Marc , c. xa. — • Luc * c. ao.

» Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob? Or » Dieu, comme vous savez, est le Dieu des » vivants , il n'est donc pas le Dieu des morts; » ainsi vous avez tort de ne pas croire la ré^ insurrection. Il ne faut pas être un logicien » bien subtile pour sentir -le faux de cet ar- » gument \ cependant les saducéens n'eurent » rien à répliquer. Un docteur de la i qui » étoit présent ne put même s'empêcher d'ap- » plaudir au Messie en ces termes : Vous » ayez parlé fort juste ; et tout le peuple , » dit l'Evangile f admira la profondeur de sa » doctrine, »

Le raisonnement de Jésus-Christ est trèsconcluant j il ne faut que le développer pour en faire sentir la justesse.

Dieu dit qu'il est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob * or il ne peut se dire' le Dieu du néant 5 il ne peut donc être le Dieu d'Abraham , d'Isaac et de Jacob , si ces pa- * triarches ont été anéantis parla mort ; il faut donc qu'ils subsistent- encore, qu'ils vivent encore } ils ne vivçnt plus selon, le corps ; qui est réduit en poudre , il faut donc .qu'ils vivent selon quelque partie d'eux-mêmes.

Quelle peut être cette partie, sinon leur âme ?

Cet argument, dira-t-on, prpuve seulement l'immortalité de l'âme. Nous répondons qu'il prouve aussi la résurrection des corps, qui en e?t uni conséquence nécessaire ; car si

l'âme est immortelle , la justice exige qu'elle soit récompensée ou punie selon ses œuvres. Si l'âme doit être récompensée ou punie , la même équité demande que le corps qui a été le compagnon et l'instrument de ses mérites et de ses fautes , soit aussi participant de son bonheur et de son châtiment; il faut donc qu'un jour ce corps soit réuni à 1 'âme qui lui a donné la vie. Cette preuve , très-bonne en elle-même, avoit une force particulière contre les saducéens , qui ne rejetaient la résurrection des corps que parce qu'ils nioient l'existence des esprits , l'existence des âmes séparées des corps.

On peut encore développer l'argument de Jésus-Christ d'une autre manière aussi efficace et plus directe. ,

L'homïne est composé de corps et d'âme-, . ainsi , pour que Dieu puisse s'appeler le Dieu de l'homme, il faut que ces deux parties existent ensemble $ ou si elles sont séparées pour quelque temps , il faut qu'elles doivent se réunir un jour. Pour se réunir , il faut que le corps qui est dissous soit formé de nouveau , et qu'il soit rendu1 propre à recevoir l'âme de nouveau , et que de fait il la reçoive 5 voilà la résurrection.

Cet argument dé Jésus-Christ , dit l'incrédule, ne prouve ni l'immortalité de l'âme, ni la résurrection des morts , parce qu'il est

appuyé sur une fausse interprétation du passage de l'Exode. Lorsque Dieu dit qu'il est le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, ces paroles ne signifient rien autre chose, sinon qu'il est le Dieu qu'ont servi et adoré ces patriarches pendant leur vie 5 d'où l'on ne peut point conclure qu'après leur mort il existe encore quelque partie d'eux-mêmes.

Mais noua demandons si un homme dout le domestique est mort diroit et pourroit dire qu'il est le maître de ce serviteur. Non sûrement; et pourquoi? parce que ce serviteur n'est plus rien pour lui, et s'il en parle, il doit dire : J'ai été ou j'étois le maître de ce serviteur. Voilà précisément le cas dont il s'agit ici : si les saints patriarches ont été anéantis par leur mort , Dieu ne peut pas dire qu'il est leur Dieu , mais qu'il a été ou qu'il étoit leur Dieu^

Ajoutons une remarque que les Hébreux ont faite, et qui est bien digne d'attention : ils ont observé que Dieu ne se dit jamais dans l'Ecriture le Dieu de quelqu'un > tandis qu'il vit sur la terre. Si Dieu ne se nommoit Dieu de quelqu'un qu'à raison du culte qu'il eu reçoit, comme le veut l'incrédule, il seroit bien étonnant qu'il ne le fît que lorsque celui qui le lui rendoit , anéanti par la mort, ne lui en rend plus. - • *

Un savant rabbin a pensé sur le raisonne-

ment de Jésus-Christ d'une manière bien opposée à celle de l'incrédule ; il s'en est fait honneur en l'insérant dans un de ses ouvrages (i). Ce rabbin est le fameux Menasseh, ben Israël, dont voici les paroles traduites de l'espagnol :

« Dans la première vision de Moyse , au » troisième chapitre de l'Exode , le Seigneur » Jui dit : Je-suis le Dieu de tes pères, le Dieu » d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de » Jacob. Dieu n'est pas le Dieu des morts qui » n'ont plus l'être ni la vie ,imais des vivants » qui existent encore : d'où il suit que ces » patriarches vivoient encore quant à leur » âme. )>

Le troisième raisonnement de Jésus-Christ censuré par l'incrédule est le discours qu'il tint aux pharisiens au sujet de la femme adultère.

« Les pharisiens (2) ayant amené à Jésus- * Christ une femme qui venoit d'être sur- » prise en adultère, et qui par conséquent »• méritait d'êfcre lapidée , il leur dit : Que 9 celui d'entre vous " qui est sans péché lui » jette la première pierre. A ces paroles ils *» s'en allèrent tous les uns après les autres, » et la femme étant restée seule,, il la ren-

(1) De la résurrection des morts, ch. 10 , pag. 6. (a) Doutes sur l'Evangile.

* Saint Jean , c. S , t. 3,

» voya ea lui commandant (Jje ne plu» pécher y èFavenir, N*es|-ee pas introduire le déspwJrQ » dans les sociétés que de mettre Igs jqges >) hors d'état de pouvoir condamner les cri- » minels, par la raison qu'ils sput pécheurs » aussi bien qu'eux ? $omme $i les péchés qui> )) rendent les hommes coupables aux yeux de » Dieu étoient de la même espèce que ceux » qui les rendent criminels envers les ?p- » ciétés. »

Nous convenons qu'un juge est obligé de punir les crimes $ nous convenons que Ja partie publique doit en poursuivre la vengeance : ce sont des deyoirs de leurs charges qui sont indépendants de leur conduite per* sonnelle j ce sont des devoirs que , vertueux ou vicieux, ils sont tenus de remplir. Un particulier sans caractère peut dénoncer un criminel à la partie publique ; mais il faudroit qu'il eût perdu toute pudeur pour formepr cette accusation s'il étoit lui-même coupable du désordre dont il demande la punition. Voilà cependant précisément la conduite de ces pharisiens qui amenèrent la femme adultère à Jésus-Christ -, ilsétoient adultères comme elle, et ils osoient solliciter le châtiment de cette malheureuse ; ils osoient, en qualité de dénonciateurs , s'offrir à l'exécuter •

Lç Sauveur, pour arrêter leur poursuite, dévoile leurs désordre*. Que celui d'entre

4ga réponses critiques.

tous , dit-il , qui n'est point coupable du ïnéme péché que cette femme lui jette la première pierre. Convaincus par leur conscience de la vérité de ce reproche , ils se retirèrent couverts de confusion. C'est ainsi que Jésus-Christ (par un trait admirable de sagesse ) arrache cette femme non au juge, non à la partie publique, mais à des hommes pervers qui vouloient faire punif dans elle ce qu'ils se permettaient à eux-mêmes.

Nous avons inséré dans les paroles du Sauveur le terme de même, non pour en altérer le sens , mais pour le développer.

Une des significations du mot péché dans lé nouveau Testament est celle à'impudicité.

La femme qui vint répandre un vase plein d'une liqueur odoriférante sur le Sauveur tandis qu'il manj^oit chez Simon le pharisien , est qualifiée peccatrix , pécheresse. Tout le monde a toujours entendu par ce terme une femme de mauvaise vie , une prostituée. Jésus-Christ, dans la parabole de l'enfant prodigue ,' le donne pour la figure du pécheur qui retourne à Dieu : de quel crime le fait-il coupable ? d'avoir consumé son patrimoine avec des courtisanes. Ceux qui , dans saint Matthieu , chap. 9 , v. 1 1 , et chap. 11, v. 19 , sont indiqués par les termes de publicains et de pécheurs , se, trouvent désignés par le même évangéliste, chap. 21 , v. 3r

SÀII^T MATTHIEU. 495 .

et 3a , par ceux de publicains et de prostituées.

On voit dans Procope que les Grecs appe- . loient les prostituées amartades y c'est-à-dire pécheresses.

L'endroit de l'Evangile dontil est ici question nous fournit encore deux exemples de cette acception du mot de péché* Jésus-Christ en renvoyant la femme adultère lui dit : Allez et ne péchez plus. Il est évident qu'il lui commande de ne plus tomber dans la même faute. Il désigne donc aussi l'adultère par le mot de péché , lorsqu'il dit aux pharisiens : Que celui de vous qui^est sans péché lui jette la première. pierre ; car il n'est pas vraisemblable que dans une si courte narration , Je Sauveur ait employé le terme de péché en deux sens différents.

. D'ailleurs , le dessein du Sauveur ne permet pas de douter qu'on ne doive donner ici cette signification au mot de péché ; pour obliger les pharisiens à se désister de leurs poursuites, il falloit leur en faire honte. Or rien n'étoit plus propre à les faire rougir de leur procédé, que de leur reprocher un crime semblable à celui dont ils demandoient la punition. Jésus - Christ , par le mot de péché , doit donc entendre ici l'adultère,

Oai, diront les . incrédules , ce reproche étoit terrassant ; mais é toit -il fondé ? On n'en

494 RÉPCmSES CRITIQUES.

peut douter , puisqu'ils «'en trouvent eonfon^ dus , et que , sans songer à s^en excuser., Us se retirèrent sur-le-champ.

Nous trouvons dans les livres saints , çt dans d'autres monuments , que l'adultère étoit commun chez les Juifs* Lepsalmîsteet Malachie* le leur reprochent. Jéramie dit que chacun d'eux court avec fureur* à la femme de son prochain. Saint Paul3, dans l'Epi tre aux Romains 9 écrit que les Juifs qui ensei* gnent qu'il ne faut point commettre d adultère , en commettent4. Josèphe , dans la ha» rangue qu'il fait aux Juifs dans Jérusalem , met les adultères au nombre de leurs péchés ordinaires. On voit dans le Talmud que plu~ sieurs rabbins , même des plus fameux , ont été coupables de ce crime.

Reproche fait aux scribes et aux pharisiens*

Vfe'vobis9scrïbœ*et pharisœi hypocritœ, qui œdificaiis sepulchra prophetarum et ornatis monùmentajustorum.

Et dicitis *: si fui s s émus in diebus patrurn noslrorum, nonessemus socii eorum in sanguine prophetarum.

*P8.49,t. i8.^*c. 3jt.*.— * c.5; ▼.*.—♦<:.*;

▼.«a.-^1 En saint Matthieu ,«. a 3, v, irç>. — * V. 5o.

AINT MATTHIEU. 4g5

Itaque testimoniô* estis vobismet ipsis , quia filii estis eorum qui prophetas occiderunt.

Et vos impiété* mensuram patrum ves* trorum.

Serpentes* geniminaviperarum, quomodo fugietis à judicio gehennœ ?

v. 29. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites 9 qui bâtissez des tombeaux aux prophètes , et ornez les monuments des justes.

v. 3o. Et qui dites : Si nous eussions été du temps de nos pères , nous n'eussions pas été leurs compagnons à répandre le sang des prophètes.

v. 3i. Ainsi vous vous rendez témoignage à vous-même, que vous êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes.

v. 3a. Achevez donc aussi de combler la mesure de vos pères.

t. 33. Serpents, races de vipères , comment pouvez- vous éviter d'ètrte condamnés au feu de l'enfer ?

Jésus-Christ , selon les incrédules , fait ici aux scribes et aux pharisiens un reproche très-mal fondé. Il les blâme de ce qu ils bârissoient des tombeaux aux prophètes > et de ce qu'ils ornoient les monuments des

justes , et qu'ils disoient que s'ils eussent été du temps de leurs pères , ils n'eussent pas concouru avec eux à répandre le sang de ces saints hommes. Y a-t-il quelque chose de -répréhensible dans cette conduite ? Ne mç~ rite-t-elle pas au contraire des éloges ? Il leur dit qu'en agissant et parlant ainsi, ils se rendent témoignages à eux-mêmes , qu'ils sont les enfants de ceux qui ont tué les prophètes. Mais est-ce un crime de naître d'un père coupable? Ne falloit-il pas ajouter qu'en honorant les tombeaux des prophètes , et en condamnant la cruauté de leurs ancêtres , qui les a voient mis à mort , ils rendoient aussi par-là témoignage à tout le peuple qu'ils n'étoient pas dans le sentiment de ceux dont ils tiroient leur origine. Il finit par ces expressions : Achevez de combler la mesure de vos pères. Comment~peut-on dire à des gens qui , par leurs actions et leurs paroles, paroissënt détester la barbarie de leurs parents,continuez d'agir comme eux? nedevoiton pas leur tenir un propos tout contraire ? Il n'y a donc dans le discours de Jésus- Christ qu'injustice et qu'inconséquence.

Les interprètes répondent que les scribes et les pharisiens n'élevoient des tombeaux aux prophètes que pour faire croire au peuple que Jésus-Christ et ses disciples étoient des séducteurs, puisqu'ils les* pérsécutoierit , eux qui

honoraient si fort les vrais prophètes. Ces auteurs ajoutent que c'est pour cela que Jésus- Christ, qui connoissoit le fond de leurs cœurs, leur fait un crime de ce qui paroissoit audehors un acte de vertu -, que par la même raison que ce divin Sauveur, qui voyoit la disposition où ils étoient de le mettre à mort ainsi que ses disciples, sans avoir égard au désaveu qu'ils faisoient des meurtres commis par leui» ancêtres , leur dit d'achever de combler la mesure de leurs pères.

. Mais , répliquent les incrédules , pourquoi attribuer des intentions sinistres aux scribes et aux pharisiens, tandis que leurs paroles et leurs actions non-seulement ne montrent rien de semblable, mais font voir, le contraire? Jésus-Christ, dit-on , voyoit le secret des cœurs ; nous l'accordons pour un moment, mais lé peuple qui l'écoutoit n'avoit pas cette connoissance , et ne croyoit pas que Jésus- Christ l'eût. Dès lors , que devoit-il penser lorsqu'il entendoit blâmer des actions bonnes , et dévouer aux vengeances divines des. hommes qui condamnoient hautement les excès de leurs ancêtres ?

Pour résoudre par une seule réponse toutes les difficultés que ce passage fait naître :

On observera premièrement que la particule grecque kai , dans le texte original du nouveau Testament ,. et la particule latine

4g8 REPONSES CRITIQUES.

et, qui la représente dans la Vulgate , a un grand nombre de significations. Elle est assez souvent une particule adversative qui se rend par cependant , toutefois , néanmoins-, mais*

Luc ' , Multœ viduœ erant in diebus Eliœ in Israël*... et ad nullam illarum ndssus est EKas; il y avoit au temps d'Elie plusieurs veuves en Israël ; cependant Elie ne fut envoyé à aucune d elles. x

Eritis odio * omnibus propter nomeivmeum, et capillus de capite vestro non peribit ,• tout le monde vous haïfti à cause de mon nom ; toutefois il ne se perdra pas un cheveu de votre tête.

Matth. At illa dixit * , etiam Domine : nom et oateUi edunt de micis , quœ codant de mensd dominorum suorum; la Chananëenne repartit , il est- vrai ; cependant les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.

Jean , in mundo erat * , et mundus per ipsum factus esty et mundus eum non cognoyit ; il étoit dans le monde , et le monde a été fait par lui 5 toutefois le monde ne la point connu.

Nonne Moyses deditvobis legem P et nemo ex vobisfacit legem * 5 Moyse ne vous a-t-il

1 C. 4, ▼.26.— .*C. ai, t. 18. — 'C. i5,r. «7. — •Ci, v. iS.— • C. 7 , v. 19.

pas donné la loi ? Nul de vous, cependant ne l'observe.

Exiit ergo sermo iste interfratres ' quia discipulus Me non moritur , et non dixit ei Jésus non moritur $ sed sic eum volo manere donec veniam : quid ad te? Ce bruit se répandit donc parmi les frères, que ce disciple ne mourroit point : Jésus n'avoit pas dit cependant à Pierre , il ne mourra point ; mais je veux qu'il demeure comme il est jusqu'à ce que je vienne : que cela vous fait-il?

La particule et a quelquefois le même sens dans notre languç. Un père dira à un enfant indocile : Je vous ai défendu cela , et vous le faites. C'est comme s'il lui disoit : Je vous ai défendu cela, cependant vous le faites.

Elle a aussi la même signification en latin , comme on le peut 'voir dans ces vers de Virgile :

Malo me Galatea petit lasciva pnella, Et fugit ad salices et te cupit ante videri.

La jeune et folâtre Galathée me jette Une pomme , et court se cacher parmi les saules , mais auparavant elle veut être aperçue.

On observera en second lieu qu'il y a trois leçons dans le grec du terme qui est. rendu .. dans la Vulgate par impiété , au v. 32. La

1 C. ai, t. a3.

ÔOO REPONSES CRITIQUES.

première est plerosate, qu'on a traduit iwtplete, achevez de combler , à J'impératif , parce que le premier aoriste se met souvent , surtout dans le nouveau Testament , pour désigner le tqmps présent. La seconde est eplerosate , qu'on a rendu par impletis , vous achevez de combler > à l'indicatif. La troisième plerosete , qui doit se traduire par implebitis 9 vous achèverez de combler. Les deux dernières leçons se lient parfaitement avec ce qui précède et ce qui suit , surtout la troisième, parce que Jésus -Christ se sert du futur en marquant les différents genres de supplices et de mort qu'on fera souffrir à ses disciples. Nous la préférons par cette raison , et prenant la particule et pour cependant , toutes les difficultés sont levées. Le discours du Sauveur est parfaitement lié ; le reproche qu'il fait est très-juste , ainsi qu'on s'en convaincra par la lecture de tout ce passage.

- v. 29. Malheur à vous , scribes et pharisiens hypocrites , qui bâtissez des tombeaux aux prophètes , et ornez les monuments des justes.

v. 3o. Et qui dites : Si nous eussions été du temps de nos pères % nous n'eussions pas été leurs compagnons à répandre le sang des prophètes.

v. 3i. Ainsi vous vous rendez témoignage

SAINT MATTHIEU. 5oi

à vous-mêmes que vous, êtes les enfants de ceux qui ont tué les prophètes.

v. 32. Cependant (après avoir avoué et condamné les crimes de vos pères) vous achevez , ou vous achèverez d'en combler la mesure (en me persécutant moi et mes disciples).

v. 33. Serpents, races de vipères, comment pouri*ez-vous éviter d'être condamnés au feu de 1 enfer ?

v. 34. C'est pourquoi je m'en vais vous envoyer des prophètes , des sages et des scribes 5 et vous tuerez les uns , vous crucifierez les autres , vous en fouetterez d'autres dans vos synagogues , et vous les persécuterez de ville en ville.

Jésus-Christ, à ne le considérer que comme un homme ordinaire, ne pou voit ignorer qu'ils avoient conspiré sa mort et qu'ils persécucutoient ses disciples. Déjà deux fois les Juifs avoient pris des pierres pour le lapider ; ils avoient solennellement délibéré de le faire périr -, ils avoient résolu de chasser de la synagogue ceux qui le reconnoîtroient pour Messie. Tous ces faits étoient publics et connus ; j ainsi ceux qui les lui entendoient reprocher aux pharisiens ne le pouvoient désapprouver.

Sang JCAbel.

Afin que tout ce qu il y a eu de sang innocent ' répandu sur la terre retombe sur vous, depuis le sang du juste Abel jusqu'au sang de Yacharie , fils de Barachie , . que vous avez tué entré le temple et l'autel > je vous assure que tout cela retombera sur le peuple d'aujourd'hui.

On ne lit point ces paroles sans 'surprise. Avec quelle justice Dieu peut-il faire tomber sur la tète des Juifs qui vivoient du temps de Jésus-Christ , la peine du sang d'Abel qui a été répandu 4<>oo ans avant qu'ils fussent au monde ?

Voyons comment les interprètes justifient la conduite de Dieu en cette occasion.

Origène 9 le plus ancien de tous , dit que la génération qui a été punie par les armes des Romains , ne l'a point été pour le crime de Caïn, ou pour ceux de ses pères qui ont tué les prophètes , parce qu'on ne peut pas porter la peine des péchés d'un autre \ mais que cette génération a été châtiée pour avoir crucifié Jésus-Christ, et mis à mort les sages que ce divin Sauveur lui avoit envoyés pour annoncer sa doctrine.

Parler ainsi , ce n'est pas lever la difficulté \ c'est la faire sentir davantage* 1 Saint Matthieu , c. a 3 , t. 35.

SAINT MATTHIEU. 5o5

^ Saint Jérôme observe que l'Ecriture sainte parle de deux races*, Tune de boas, qui par leur vertu ont été semblables aux saints; l'autre de méchants, qui de siècle en siècle ont commis les mêmes crimes. Les Juifs , qui ont persécuté les apôtres, sont une même race avec Caïn et Joas, parce qu'ils ont imité la cruauté de ces meurtriers; d'où il conclut qu'on est en droit de leur redemander le sang d' Abel et de Zacharie , comme s'ils ïavoient répandu eux-mêmes.

Selon saint Jérôme, la filiation morale » ou la ressemblance des mœurs > forme une même race,. dont tous les individus sont solidairement sujets aux châtiments que méritent les crimes commis par quelqu'un d eux. Ce saint docteur, en suivant son principe , doit aussi soutenir que tous les bons ont droit à toutes . les récompenses que chacun d'eux a méritées. Il n'a pas développé cette seconde conséquence ^mais elle suit naturellement de la maxime qu'il a établie.

Il ne paroît pas que cette maxime de saint Jérôme puisse s'accorder avec ces paroles du Seigneur : L'âme qui a péché mourra elle" A même1, le fils ne portera point V iniquité du *' père ,etle père ne portera point F iniquité du fils. La justice du juste sera sur lui , et limpiété de t impie sera sur lui* „

* Ecéchiel, c. 18, v. 20.

5o4 REPONSES CRITIQUES.

On Yoit dans ces paroles que personne ne sera puni que pour les péchés qu'il aura commis lui-même, ni récompensé que pour les vertus qu'il aura pratiquées. Point de société, point de part aux châtiments des crimes auxquels on n'aura pas concouru.

Saint Hilaire ne nous fournit aucune lumière pour expliquer ce passage. Il dit seulement que si les Juifs, qui vi voient du temps de Jésus-Christ, avoient été dociles à la prédication des apôtres, ils eussent obtenu le pardon de leurs propres fautes ; mais que les ayant mis à mort , ils ont été punis non-seulement pour ce crime, mais encore pour ceux de leurs aïeux.

Saint Chrysostôme dit que cette génération sera punie plus sévèrement que celles qui l'ont précédée , non qu'elle doive porter la peine de leurs péchés , mais parce qu'elle est plus coupable. Et en quoi est-elle plus coupable ?

C'est que n'ayant pas profité des exemples de la vengeance que Dieu a tirée de celles qui l'ont précédée, elle a commis les mêmes crimes.

Ce saint docteur, en assurant que la génération présente ne sera pas châtiée pour les fautes de celles qui l'ont devancée, paroît contredire expressément la menace du Sauveur;

L'auteur de l'ouvrage imparfait sur saint Matthieu, que l'on a faussement attribué à

SAINT MATTHIEU. 5o5

saint Jean Chrysostôme, mais qui, aux er- . reurs près dont il est rempli , est bien digne de ce Père, à cause de l'érudition et du bon sens qui s'y montrent presque partout ; cet auteur, dis-je, propose deux explications du passage que nous examinons; voici ses paroles :

a Si Ton envisage la grandeur du châtiment » dont Dieu a puni les Juifs qui ont crucifié » Jésus-Christ, et persécuté ses disciples, je » ne dirai pas qu'ils ont porté la peine de tous » les impics qui les ont précédés, mais que » les crimes de tous les impies n' ont pas mé- » rite une punition pareille à celle qu'ils ont » soufferte par les armes des Romains; puni- » tWii qui durera jusqu'à la fin du monde, » puisque leur postérité est rejetée de Dieu, » et qu'ils sont le jouet de tous les peuples de » la terre. »

Cette explication , loin de résoudre la difficulté, ne la touche pas; car, que le crime des Juifs qui ont crucifié Jésus-Christ ait été plus grand que les péchés (Je tous les impies qui ont vécu avant ce temps ; que cet attentat ait été plus sévèrement puni que tous ceux qui l'ont précédé, peut-on dire pour cela que ces Juifs aient souffert le châtiment du meurtre d* Abel et des prophètes qui avoient vécu avant eux ? Non sans doute. C'étoit cependant ce qu'il eût fallu démontrer.

5o6 RÉPONSES CRITIQUES.

H propose la seconde solution en ces termes : (c Dieu ne punit pas toutes les villes et » tous les peuples aussitôt après leurs péchés; » mais il suspend ses fléaux pendant plusieurs » générations; tantôt il avertit, tantôt il me- » nace , tantôt il fait sentir quelques coups , » afin que plus sa patience aura été longue, » plus ils soient dignes de châtiments , plus » sa vengeance soit juste. Mais quand il lui » plait d'exterminer cette ville , ou cette na- » tion , il semble la punir des crimes des gé- » nérations précédentes, parce quelle seule » souffre les maux que toutes ces générations » avoient mérités.

» Quoi donc! Dieu est injuste puisqu'il ». fait tomber la peine due aux péchés des au- » très sur ceux-ci ? A Dieu ne plaise que nous » pensions ainsi. On dit que ces derniers ont » été punis pour les crimes des autres, parce » que seuls ils ont soufferts des châtiments » que ceux qui les avoient précédés avoient » mérités comme eux. Nous parlons ainsi » communément dans le cours ordinaire de » la vie. Vos serviteurs font quelque faute, y> vous en dépouillez un , vous lui pardonnez » ensuite, en lui disant, si vous faites telle » chose, vous subirez telle peine; vous vous » comportez de même envers un second : si » ces domestiques ne se corrigent pas, et » qu'un d'entre eux sqit surpris 4&ns la même

SAINT MA1THIEU. Soy

» faute, il est puni comme il le mérite, et il » semble alors qu'il est lui seul châtié pour » tous, parce qu'on lui fait souffrir la peine » dont il avoit menacé les autres ; il n'a cepen- » dant point été puni pour leurs fautes, mais » pour la sienne, puisqu'il n'a subi que la » peine qu'il méritoit; car celui-là seul est » châtié pour les autres , qui l'est sans l'avoir » mérité lui-même , lorsque ceux qui étoient » coupables sont épargnés ; mais quand celui » qui par sa faute a mérité le châtiment est » puni , ce nfast point pour le péché des au- » très qu'il souffre, mais c'est pour les siens. » C'est ainsi que cette génération des Juifs » dont nous parlons , paroît avoir été châtiée » pour ses pères et ses aïeux , parce que c'est » à ceux ci qu'on a fait des menaces , et que » c'est sur celle-là qu'elles on^eu leur effet, w Mais c'est vraiment pour elle et non pour » les autres qu'elle a souffert. »

Cet auteur observe avec raison que ceux qui sont punis pour une faute commune avec d'autres qui ont été épargnés, croient être châtiés pour tous les coupables $ mais il ne fait pas voir que d'autres personnes puisse s'exprimer selon le jugement que ces infortunés porten de leur peine, quoique ce jugement ne soit pas conforme à la vérité , ce qui est cependant l'unique point de la question présente.

5o8 RÉPONSES CRITEQUBS.

Nous ne citons point les interprètes modernes, parce qu'ils n'ont point fourni de nouvelle rue pour éclairer ce passage : les uns se sont contentés de copier saint Jérôme ; d'autres saint Chrysostôme , ou l'auteur de l'ouvrage imparfait sur saint Matthieu.

Nous allons proposer une explication qui nous a paru plus satisfaisante que celles que nous avons rapportées; nous souhaitons que le lecteur en juge de même.

Lorsqu'on voit punir une faute qui ne Favoit point été dans ceux qui l'aipient commise auparavant , il semble que celui qui est châtié le soit pour tous les coupables ; mais c'est principalement ceux qui souffrent la peine , qui en jugent ainsi. Us se voient dans la douleur pour des péchés qu'on a dissimulés dans d'autres : cette compafaison les remplit d'amertume, et leur fait aisément penser qu'ils sont punis pour tous. Ils se confirment dans ce sentiment quand leurs maux sont extrêmes > ils croient alors que leurs supplices sont audessus de leurs fautes , et que par conséquent on fait retomber sur eux seuls les châtiments qu'on a épargnés à ceux qui les ont précédés.

C est sous ces deux points de vue que les Juifs, du temps des apôtiçs, envisagèrent leur dernière désolation. Leurs pères ayant été coupables > et le bras de Dieu ne s étant point appesanti sur eux , ils se virent acca-

SAINT MATTHIEU. 5o^

blés d'un déluge de calamités qu'ils jugèrent être bien au - dessus de leurs fautes. Ils éprouvèrent une désolation telle, que Ton n'en avoit encore point vu de semblable chez aucune nation. lisse regardèrent comme les victimes du genre humain , edmme chargés, de toutes les iniquités de l'univers , comme des hommes à qui Dieu demandoil compte de tous les atten tats commis depuis la création.

Nous ne prêtons pas gratuitement ces pensées aux Juifs dont nous parlons. Il est si naturel à ceux qui souffrent de croire que leurs maux excèdent leurs fautes , que nous voyons ce sentiment dans tous les malheureux chez qui la religion n'étouffe pas les plaintes. La désolation de la Judée par Nabuchodonosor fut bien moins funeste à la nation juive , et d'une durée bien moindre que celle qu'elle éprouva de la part des Romains. Cependant les Juifs esclaves de Babylone se plaignoient qu'ils étoient punis pour les péchés. de ceux qui les avoient précédés.

Nos pères, disoient-ils, ont mangéla grappe verte , et nos dents ont été agacées. Nous payons ce que nous n'ayons pas pris. C'est donc avec raison que nous attribuons aux , Juifs , qui ont vu la dernière ruine de Jérusalem, des sentiments pareils. Us les con-

5lO . RÉPONSES CRITIQUES.

servent encore aujourd'hui -, et un rabbin , interrogé quelle pou voit être la cause de l'état déplorable dans lequel ils étoient réduits , répondit qu'ils étoient ainsi traités, parce que leurs pères avoient massacré les prophètes.

Montrons à présent que Jésus-Christ a pu dire que la dernière désolation de la Judée seroit le châtiment de tout le sang innocent répandu dès le commencement du monde , puisque les Juifs , sur qui ces fléaux tomberaient , dévoient en porter ce jugement*

Isaïe décrit ainsi la ruine de Babylone :

«Voici le jour du Seigneur ' qui va venir, » ce jour cruel , plein d'indignation, de co- » 1ère et de fureur pour dépeupler la terre , » et pour réduire en poudre tous les méchants. » Les étoiles du ciel les plus éclatantes » ne répandront plus leur lumière , le soleil » à son lever se couvrira de ténèbres , et la

» lune n éclairera plus J'ébranlerai

» le ciel même , et la terre sortira de sa » place , à cause de l'indignation du Sei- » gneur des armées , et du jour de sa colère a et de sa fureur, m

Jérémie n'emploie pas des traits moins forts pour peindre la désolation de Jérusalem et de la Judée par Nabuchodonosor.

« Mes entrailles sont émues9, mes entraille s

fCi3.— aC.4.

Goc

SAINT MATTHIEU. 5ll

» sont percées de douleur, mon cœur est » saisi de trouble au-dedans de moi ; je ne » puis demeurer dans le silence , parce )i que j'ai entendu le bruit des trompettes , » le cri de la mêlée. On a vu venir malheur » sur malheur 5 toute la terre a été détruite , » mes tentesî'ont été abattues tout d'un coup, » et mes pavillons ont été renverses. Jusques » à quand verrai-je des hommes qui fuient ? » jusques à quand entendrai -je le bruit des

y> trompettes? J'ai regardé la terre, et je

» n'y ai trouvé qu'un vide et qu'un néant ; » j'ai considéré les cieux , et ils étoient sans » lumière •, j'ai vu les montagnes > et elles » trembloient; j'ai vu les collines , et elles » étoient toutes ébranlées -, j'ai jeté les yeux » de toutes parts , et je n'ai point trouvé » d'homme , et tous les oiseaux mêmes du » ciel s' étoient retirés ; j'ai vu les campa- » gnes les plus fertiles changées en un dé- » sert , et toutes les villes détruites devant » la face du Seigneur , et par le souffle de y> sa colère 5 car voici ce que dit le Seigneur : » Toute la terre sera déserte, et néanmoins » je ne la perdrai pas entièrement. La terre » fondra en larmes, et les cieux se couvriront » de deuil , à cause de la parole que j'ai pro- » noncée. Tai formé mon dessein , et je nô » m'en suis point repenti, et je ne le rétrac- » terai point. »

5l2 RÉPONSES CRITIQUES.

Et au chap. i5 , v. 9 , parlant de la même désolation , il dit :

<i La femme qui avoit tant d'enfants , a v cessé tout d'un coup d'en avoir 5 son âme » est tombée dans la défaillance , le soleil » s'est couché pour elle , lorsqu'il étoit en- » core jour. »

Dans la plainte lugubre que Dieu ordonne à Ezéchiel de faire sur Pharaon roi d'Egypte, on lit :

«Voici ce que dit le Seigneur : Je vous » jetterai sur la terre, et je vous laisserai au » milieu des champs •, je ferai descendre sur » vous les oiseaux du ciel , et j'abandonne- » rai votre corps pour être la pâture des bêtes » de toute la terre ) je répandrai votre chair » sur les montagnes , et je remplirai les col.- » lines de vos membres ensanglantés ; j'arro - » serai la terre de votre sang noir et pourri » le long des montagnes , et les vallées se- » ront remplies de ce qui sera sorti de vous. » J'obscurcirai le ciel à votre mort , et je » ferai noircir les étoiles*, je couvrirai le so- » leil d'une nuée , et la lune ne- répandra » plus sa lumière ) je ferai pleurer votre perte » à toutes les étoiles du ciel , et je répandrai » les ténèbres sur votre terre , dit le Seigneur y Dieu. »

Amos annonce la captivité d'Israël en ces termes : « En ce jour-là, dit . le Seigneur

SAINT MATTHIEU. 5l3

» notre Dieu , le soleil se couchera en plein » midi , et je couvrirai la terre de ténèbres » lorsqu'elle devroit être pleine de lumière* »

Cette manière de peindre les événements fâcheux n'a pas été particulière aux prophètes •, on la trouve aussi dans les autres auteurs.

Eustache, sur ces paroles du vingtième livre de l'Odyssée , le soleil a perdu sa lumière , s'explique ainsi : a Quelques-uns ne » pensent pas que par ces paroles il faille » entendre une éclipse de cet astre-, mais ils » croient que pour les personnes de l'espèce » de celles dont parle Homère le soleil est » déjà éteint comme si elles étoient mortes. »

Platon dit que ceux qui sont plongés dans la tristesse vivent comme s'ils étoient ensevelis dans les ténèbres.

Atticus, écrivant à Cicéron dans un temps malheureux, lui marque qu'il lui semble qu'il n'y a plus de soleil au monde : Sol mihi è mundo excidisse videtur.

Saint Jean Chrysostôme représente éloquemment , dans sa première homélie sur la sédition d'Antioche , la consternation des citoyens de cette grande ville , dans l'attente r des châtiments qu'ils avoient mérités.

« Ce n'est pas seulement la terre , mais » aussi la nature de l'air et le soleil même qui î> me paroît pleurer à présent , et dont 1 éclat'

5l4 RÉPO.X8ES CRITIQUES.

» me semble obscurci , non que les éléments » aient changé de nature , mais parce que » nos yeux , devenus troubles par le nuage » de la tristesse qui les couvre , ne peuvent » plus recevoir la lumière pure et éclatante » des rayons de cet astre. »

Saint Jérôme , sur le verset neuvième du chapitre cinquième d'Amos , dit : « Ce jour- » là désigne le jour de la captivité, auquel » les Israélites seront accablés d'une si ex* » trême tristesseque le soleil se couchera pour » eux en plein midi , et qu'ils seront enve- » loppés de ténèbres, tandis que tous les » autres hommes jouiront de la plus pure lu- » mière. »

Théodore, sur le v. 9 du c. i5 de Jérémie , s'exprime ainsi : a La lumière même est » appelée ténèbres par ceux qui sont dans la » douleur. »

Maimonide observe que les Arabes , pour exprimer quelque grand changement, disent que le ciel tombe sur le pays où il arrive.

La Fontaine, parlant <Ju surintendant Fouquel , renfermé dans une étroite prison., dit :

. Pour lui les plus beaux 'jours sont de secondes nuiu.

Certainement le soleil ne s'obscurcit point, la lune ej; les étoiles ne perdirent point leur éclat, Je ciel ne tomba point, la terre ne

SAINT MATTHIEU. 5l5

changea point de place, elle ne fut point couverte de ténèbres dans les divers événements dont nous venons de parler. Que signifient donc ces effrayantes peintures ? Elles marquent seulement que toute la nature parut bouleversée à ces peuples malheureux dans les horribles catastrophes dont ils furent les témoins et les victimes.

Ces expressions n'ont point trompé ces infortunés $ elles étoient des images fidèles des jugements qu'ils portèrent dans le temps de leurs désastres. Encore aujourd'hui ce langage ne trompe personne. Aucun de ceux qui ont lu la belle élégie de La Fontaine n'a cru qu'il ne fût plus réellement de jours pour le surintendant après sa disgrâce. Personne n'a vu dans le vers que nous avons cité, que ce ministre accablé de tristesse.

On peut donc , sans blesser la vérité , exprimer les choses d'une manière opposée à ce qu'elles sont réellement , dès que ce qu'on en dit est conforme aux sentiments de ceux à qui on parle ou dont on parle. Ainsi , quoique la dernière désolation des Juifs ne fût point lé châtiment du meurtre d'Abel et de tous ceux qui avoient suivi celui de ce juste, Jésus-Christ a pu dire qu'elle l'étoit , parce que ceux qui la soufftoiént le pensoient» ainsi*.

Ce n'est pas seulement dans les événements terriiles, mafé encore dans les cas ordinaires

5l6 RÉPONSES CRITIQUES.

et communs, que Ton peut exprimer une chose selon le jugement qu'en porte celui qu elle regarde 9. quoique ce jugement ne soit pas conforme à, la vérité. C'est ainsi que saint Matthieu ' a écrit qu'Hérode, se voyant joué par les mages , envoya massacrer les enfants de Bethléem. Sûrement les mages ne pensèrent point à se moquer de ce prince \ ils songèrent seulement , en s en retournant par un autre chemin , à se mettre à couvert de ses violences et de sa fureur.

Jésus-Christ , pour répondre au reproche que les pharisiens lui faisoient de ce qu'il mangeoit avec des publicains et des gens de mauvaise vie, leur dit : Ce ne sont pas les sains ? mais les malades, qui ont besoin de

médecins \ Je ne suis pas venu appeler

les justes , mais les pécheurs. Il est évident que le Sauveur parle ici selon l'idée des pharisiens , qui se croy oient faussement justes, quoiqu'ils fussent remplis d'iniquités, comme il paroi t par le chap, a3de saint Matthieu. . S'il n écoute pas l'Eglise ' ,'cp'il vous soit comme un païen et un publicain. Jésus-Christ ne parle pas ici selon son sentiment ; puisqu'il mangeoit avec les publicains sans répugnance, mais selon les idées des Jtufs. Tel est donc le sens de ces paroles : Si quelqu'un de mes dis-

* Mattîi., c. a,--* Mâttty,*.^ — * Umb.f> •#.

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SAINT MATTHIEU. Sl'J

ci pies! n'écoute pas l'Eglise , ayez pour lui le même éloignement que les Juifs ont très-injustement pour les publicains.

Voici un reproche que Jésus-Christ fait aux pharisiens : Malheur à vous > scribes et pharisiens, hypocrites, qui payez la dîme de la nienthe , de l'aneth et du cumin , et qui lais- ^ sez là ce qu'il y a de plus important dans la loi , la justice , la miséricorde et la foi : il falloit observer ces choses-ci , et ne pas omettre celles-là. Le Sauveur ne commande pas la dîme de la menthe et du cumin , puisque la loi ne l'ordonnoit pas. Ainsi , quand il dit qu'il ne faut pas l'omettre , il parle suivant l'opinion des pharisiens.

. Saint Paul, dans l'épître aux Galates, c. 2,. v. 1 5, dit : Nos naturâ Judœi et non ex gentibus peçcatores ,• nous sommes Juifs par notre naissance , et non du nombre des gentils qui spnt des pécheurs.

Les^Juifs , pïar un ancien orgueil , dit saint Augustin sur ce passage, se croyoient les seuls justes , et appeloient pécheurs ceux qui n'ér toient pas de leur religion. Peccatorum nomen gentihus. imposuerant Judœi jam vetustd quâdam superbid , tanquam ipsi justi eiï&ent. ; - "

-'Sàkit Augustin appelle avec raison cet or- •

5l8 RÉPONSES CRITIQUES.

gueil ancien. Le cœur des Juifs en étoit déjà rempli- du temps des Machabées; car nous lisons dans le second des livres qui portent leur nom que Rasias aima mieux se donner la mort que de se voir assujetti aux pécheurs. U esfrquestion en cet endroit des Gentils.

Jésus-Christ s'est conformé à cet usage des Juifs 5 lorsqu'il a dit en saint Matthieu , chapitre 26 , verset 45 : Filius hominis tradetur in manus peccatorum: le fils de l'homme sera livré entre les mains des pécheurs , c està-dire des Gentils. Voyez Maldonat sur ce passage.

L'usage de s'exprimer conformément aux sentiments de ceux à qui l'on parle , quoiqu'on ne pense pas de même , est assez commun parmi nous. Un homme m aura nommé tel et tel pour ses amis -, je ne blesserai point la vérité en leur donnant ce titre dans le cours de la conversation , quoique je sache que ce ne sont pas de vrais amis , parce que je parle alors selon son opinion et non selon la mienne.

Zacharie , fih de Barachie.

Jésus-Christ ' après avoir Fait plusieurs reproches ai*x sçribjes'et aux pharisiens » termine son discours par ces paroles :

1 Saint Matthieu, c. 23.

SATNT MATTHIEU. 5l9

« Achevez donc aussi de combler la mesure de vos pères (i). Serpents , races de vipères y comment pourrez-vous éviter d'être condamnés au feu de l'enfer ? C'est pourquoi je m'en vais vous envoyer des prophètes, des sages et des scribes , et vous tuerez les uns et crucifierez les autres, vous en fouetterez d'autres dans vos synagogues et vous les persécuterez de ville en ville, afin que tout le sang innocent qui a été répandu sur la terre* retombe sur vous, depuis le sang d'Àbel le juste , jusqu'au sang de Zacharie , fils de Barachie , que vous avez tué entre le temple et l'autel. »

Les uns veulent que ce soit Zacharie (2) , l'onzième des douze petits prophètes (3) dont le père s'appeloit Barachie; mais nous ne lisons nulle part dans les livres sacrés que ce saint homme ait souffert une mort violente, et qu'il l'ait soufferte dans le parvis des prêtres 9 entre le temple et l'autel.

D'autres pensent que c'est Zacharie , fils de Barachie , qu'Isaïe prit par Tordre de Dieu (4) pour être un des deux témoins de la

(1) En saint Matthieu , c. 23 , v. 32 et sniv.

(2) Sanct. ad Zachy 1 , v. 12 , 9.

(3) Natàlis Alex, hic in et dissert. y 6 , œtat. 6 , V. T. Ssrabus hic.

(4) Le P. Martianay , notes sur cet endroit de saint Matthieu.

prophétie qu'il écrivit, dans laquelle Dieu promet toit la naissance d'un fils qui de voit être le gage et le symbole de la délivrance du royaume de Juda. Il en est de ce Zacharie comme de celui dont on vient de parler ; on n'a aucune preuve qu'il ait été tué entre le temple et l'autel.

Quelques-uns des pères (i) ont écrit que Zacharie, fils de Barachie, dont il est ici question, étoit le père de saint Jean-Baptiste , qui fut mis à mort par les Juifs pour avoir annoncé la venue du Messie dans son cantique , et pour avoir soustrait le petit saint Jean au massacre qu'Hérode fit faire des enfants de Bethléem.

D'autres , comme Origène (2) , l'auteur d'une homélie attribuée jusqu'ici à saint Basyle; Euthymius, Théophylacte ont allégué une raison différente du meurtre de Zacharie : ils ont dit qu'il fut massacré par les Juifs pour avoir placé dans le temple , parmi les vierges , Marie , mère de Jésus-Christ ; comme n'ayant point perdu sa virginité en l'enfantant. Enfin saint Epiphane dit qu'il

(1) S. Çyrillus , Alexand. , Cant. Autropomorphitas , Petras Alexand. in Regul. Ecoles, can. 3°.

(a) Orig. in Match, sanct. Easilius hom. de humanâ- Christi generatione.

Saint mat.thi tu. 52 1

fut mis à mort par Hérodé , entre le temple et l'autel (i).

Comme toutes ces histoires ne sont appuyées que sur une tradition populaire, dont ceux mêmes qui la citent ne font pas grand cas , et sur le protévangile de saint Jacques , que l'Eglise a constamment mis au nombre des apocryphes, elles ne méritent aucune créance. D'ailleurs, ni dans cette prétendue tradition , ni dans ce faux Evangile , on ne trouve le nom de l'aïeul de saint Jean-Baptiste.

« Plusieurs nouveaux, dit dom Calmet (2), » soutiennent que ce dernier juste , que Jé- » sus-Christ reproche aux Juifs d'avoir tué, » est Zacharie , fils de Baruch , dont parle » Josèphe , et qui fut mis à mort assez longtemps après la résurrection du Sauveur , » un peu ayant la prise de Jérusalem parles » Romains. Le fils de Dieu parle ici en pro- » phète : il met le passé pour le futur , il » prédit la mort de cet homme , qui étoit, » dit Josèphe, un des plus illustres de la » ville et qui faisoit profession de haïr le » vice et d'aimer la liberté de sa patrie. Sa » droiture et ses richesses l'a voient rendu

. (1) IÂb. de vitâ et obitu prophetarwn.

(2) Grotius, Hamond. l'emper. Louis de Dieu, sur saint Matthieu. M. de Tillemont, titre i des emper., art. 54. Voyez aussi Jansen sur cet endroit-ci.

» odieux aux zélés. Ils cherchèrent un pré- » texte de le dépouiller et de le faire mourir » en l'accusant devant une assemblée de » soixante-dix juges , qu'ils avoient eux- » mêmes ramassés de la lie du peuple (i) , » d'avoir voulu livrer la ville aux Romains. » Zacharie n'eut pas de peine à renverser » cette calomnie, et voyant qu'ils en voui» loient à sa vie et que sa perte étoit résolue y » il leur parla sans ménagement , et leur re- » procha avec liberté toutes leurs injustices et » leurs violences. Les zélés voulant jusqu'à » la fin conserver contre lui quelque espèce » de forme de jugement, ordonnèrent aux » juges de prononcer. Ils prononcèrent et » déclarèrent Zacharie innocent 5 mais ces » furieux se saisirent de Zacharie et le maj- » sacrèrent au milieu du temple.

» Il y a une circonstance qui donne un » grand poids à ce sentiment : c'est que le Ris » de Dieu , menaçant les Juifs de leur entière » ruine , leur dit qu'il leur enverra des sages , » des prophètes et des savants , et qu'ils les » maltraiteront, les outrageront et les feront » mourir ; en sorte que tout le sang innocent » répandu depuis le sang d'Abel jusqu'au )) temps de Zacharie , fils de Barachie , vienne

(1) Il failoit traduire , choisis parmi les plus considérables du peuple.

SAINT MATTHIEU. 5a 5

» sur eux. Il faut donc , suivant l'idée du Sau- » veur, renfermer ici tous les justes qui ont j) été mis à mort depuis le commencement du » monde , non-seulement jusqua sa mort et » sa passion, mais aussi jusqua celle de ses » apôtres et de ses disciples. Or quelque autre » système que l'on suive , et que l'on entende » par Zacharie le fils de Joiada, ou le onzième » des petits prophètes, ou le père de.Jean- » Baptiste , ou Zacharie qu'Isaïe prit pour té- » moins du temps d'Àchaz jil restera toujours » beaucoup d'espace, qui ne sera pas compris » dans la menace de Jésus -Christ , au lieu j> qu'en prenant ce dernier Zacharie, nous y » trouvons tous les caractères propres à véri- » fier la prophétie. i°Le nom de Zacharie ^ fils 3> de Baruch ou Barachias , car c'est le même » nom y les Hébreux ayant accoutumé de met- » tre le nom de Dieu ( IAH ) à la fin des noms » propres $ a° le lieu *: au milieu de temple \ » 3° le temps : un moment avant la destruc- » tion du temple et la dispersion des Juifs , » qui est la fin de la menace que le Fils de » Dieu leur fait ici. Il est vrai que ni Josèphe » ni les écrivains ecclésiastiques ne nous ap- » prennent pas que ce Zacharie, fils de Ba- » ruch, ait été ni chrétien, ni baptisé, et » qu'alors il n'y avoit plus de vraie justice » dans la synagogue incrédule. Mais puisque » cet homme étoit ennemi de toute injustice

524 KÉPOKSES CRITIQUES.

» et de tout mal , et zélé pour la liberté de sa » patrie, comme le marque Josèphe1, c'est une » forte présomption qu'il étoit aussi chrétien; » le Saint-Esprit s étant retiré de la synago- » gue depuis la mort de notre Sauveur. Jo- » sèphe ne distinguait point les chrétiens » judaïsans des autres Juifs : il parle de saint » Jacques le Mineur comme d'un simple Juif, » juste et homme de bien. Il en est de même » apparemment de Zacharie , fils de Barjuch. v>

On voit bien que dom Calmet penche pour ce système , et dans son Dictionnaire de la Bible qu'il a composé après son Commentaire, il déclare qu'il le croit le plus probable, et il tâche de répondre aux raisons par lesquelles on le combat. L'auteur impie du Dictionnaire philosophique, ne prenant de cette explication que ce qu'il pouvoit tourner contre la religion , s'exprime ainsi :

« Les savants* trouvent encore quelques » difficultés dans l'histoire des Evangiles ; ils

(i) Voici ses paroles : Les zélateurs résolurent de faire mourir Zacharie, fils de Barnch, qui étoit un des plus illustres de Jérusalem. Ils étoient irrités contre lui, parce qu'il haïssoit souverainement les méchants et qu'il aimoit la liberté de sa patrie. Ils prirent donc le parti de s'en défaire, tant pour s'emparer de ses grands biens que pour se délivrer d'un homme qui avoit assez de pouvoir dans la ville pour les détruire.

1 Article Christianisme,

saint MvrrmEu. 5s5

»' remarquent que dans saint Matthieu , Jésus- » Christ dit aux scribes et aux pharisiens que » tout le sang innocent qui a été répandu sur » la terre doit retomber sur eux depuis le sang » d'Abel le juste jusqua Zacharie , fils de Ba- » rach , qu'ils ont tué entre le temple et l'auj) tel. Il n'y a point, disent-ils , dans l'histoire » des Hébreux , de Zacharie tué dans le temple » avant la venue du Messie , ni de son temps ; » mais on trouve dans l'histoire du siège de » Jérusalem, par Josèphe, un Zacharie, fils » de Barach (il falloit dire Baruch), tué au » milieu du temple par la faction des Zéloles. » C'est au chap. 19 du livre 4 • de là ils soup- » çonnent que l'Evangile selon saint Matthieu » a été écrit après la prise de Jérusalem par » Titus. »

En montrant , comme nous allons lé faire, que Zacharie, dont parle Jésus-Christ, n'est point le fils de Baruch massacré par les zélateurs , nous détruirons pleinement les soupçons impies qu<§ cette explication a innocemment fait naître,

i° Jésus -Christ distingue ici les péchés commis de ceux qui doivent se commettre. Il les désigne les uns et les autres par 1rs temps qui leur conviennent. En parlant des premiers , il dit : Le sang que vous avez répandu,* Zacharie que vous avez tué. En parlant des sè-< conds, il dit : Les sages que vous tuerez, que

5a6 iiÉPONSES CRITIQUES.

vous crucifierez. Il seroit sans doute ridicule de mettre parmi ces sages que Jésus-Christ dit que Ton crucifiera , quelques saints personnages qui auroient été crucifiés ayant lui. H Test donc pareillement de mettre au nombre de ceux dont le sang a été répandu , qui ont été tués , quelqu'un qui doit être mis à mort, environ quarante ans après ce discours du Sauveur.

2° Jésus-Christ fixe les deux termes du sang innocent qui a été répandu. Le premier est le sang d'Abel : le dernier est celui de Zacharie. C'est ce que signifient ces paroles : Depuis le sang dAbel le juste jusqu'au sang de Zacharie. Les deux termes d'un nombre sont certainement renfermés dans ce nombre*, ainsi le sang de Zacharie est compris dans le sang répandu , de même que le sang d'Abel -, et que par conséquent Zacharie , dont parle le Sauveur, avoit déjà été mis à mort lorsqu'il faisoit ces reproches aux Juifs.

Mais , dit- on , Jésus-Chrirt parle ici en prophète ; il met , comme ces saints hommes , le passé pour le futur. On convient que les prophètes mettent quelquefois le passé pour le futur ; mais ce qui précède et ce qui suit dans leurs discours nous fait aisément connoître cette transposition de temps \ il n'en est pas de même de ces paroles de Jésus-Christ. Nous ne voyons ri en. dans la con texture du discours

qui doive nous engager à prendre au futur ce qu'il a dit au passé -, au contraire , il est impossible de prendre au futur les termes donjt il s'est servi} car je demande le sang qui a été répandu, signifie-t-il le sang qui se répandra ? Il faudra donc dire alors que le sajag d'Abel se répandra } dira-t-on que le sang qui a été répandu , signifie tout à la fois le sang qui a été répandu et qui se répandra ? Mais il est absurde de donner à un même temps deux significations opposées. On est doue forcé de dire que ces paroles : le sang qui a été répandu, doivent s'entendre du passé. Or nous venons de faire voir que le sang de Zacharie fait partie de ce sang qui a été répandu.

3° Un Juif, vivant quarante ans après la mort de Jésus-Christ , a-t-iljm être canonisé et appelé juste par la bouche de ce divin Sauveur?

Pour se tirer de cette difficulté qui est insoluble , on a fait un chrétien de ce Zacharie, fils de Baruch *, mais de quel poids peut être une assertion dénuée de témoignages, dépourvue de preuves^ et faite uniquement par besoin de système? car i° ni Josèphç, qui parle si au long de Zacharie, fils de Baruch, ni aucun des auteurs ecclésiastiques 4 n'a écrit qu'il eût été chrétien. On répond à cela qu'ils n'ont pas aussi écrit le contraire^; étoit-il donc

5a8 RÉPONSES CRITIQUES.

besoin que Josèphe , en rapportant la mort de cet homme , observât qu'il n'étoit pas chrétien ? Lorsqu'il y a une religion dominante dans un état , tous ceux qui le composent sont censés la professer; et il n'est pas nécessaire que l'historien de la nation avertisse que celui dont il raconte les actions ne s'écartoit pas des sentiments communs. Josèphe , repliquet-on, parle de saint Jacques le Mineur, mis à mort par Ananus , comme d'un juif. On regardoit alors les chrétiens comme une secte de Juifs; la citation n'est pas heureuse : voici le texte de Josèphe1. (J^a mort de Festus, et le temps qu'il falloit à Albinos pour arriver, parurent à Anatus une circonstance favorable pour assembler un conseil devant lequel il cita Jacques , frère de Jésus , qu'on appelle Christ, et quelques autres; il les fit Condamner à être lapidés , comme coupables d'avoir violé et transgressé la loi.) On n'envisagcoit donc pas les chrétiens comme une secte de Juifs , mais comme des apostats de la religion de leurs pères-, 20 Zacharie, fils de Baruch, étoit un homme extrêmement distingué par une naissance illustre, par d'immenses richesses et par la grande autorité qu'il avoit dans la ville. Il n'est guère croyable qu'il se soit trouvé dans une société de gens pauvres

Ant. Jàd., lib. ao, cap. 9.

et persécutés. Un homme si opulent , et iTttftf si grand crédit ! Je sais que du rivant même* de Jésus-Christ, il y a eu des chrétiens qù£ avoient de grands biens', et des emplois Considérables, comme Joseph d'Àrimàthie, Nfco-> dème , Gamaliel; mais les saints personnages^ que lW rient <de nommer étoient bien- aun dessous de ce point de grandeur où l'on noiis1 représente Zàcliariç $ S0 les chrétiens de Jérusalem , dociles aux ordres de leur divin Maître'/ avoient quitte ceMje ville y et s'étoient reti*^1 à Pella , ville d'Arabie , l'an 66 de l'ère vulgaire ) Zacharie n'étoit donc pas de leur nombre , puisqu'il fut massacré l'année suivante-' dans le temple*, 4° les zélateurs qui imputèrent de faux crimes à Zacharie en auroient»* ils oublié un qui eût paru véritable aux yeux de toute la nation ; auroient-ils manqué dfe l'accuser d'être un déserteur de la loi ? .On voit donc que rien n'appuie , qu'au contrairetout combat le prétendu christianisme de ce juif infortuné, qui a été la victime d'une troupe de scélérats qui en commettant les pla4 horribles forfaits, osoient se parer du nom de zélateurs*

5° Le Zacharie dont parle Jésus-Christ a été tué entre le temple et l'autel , et par conséquent dans le parvis des prêtres : c'est par cette circonstance de sa mort qu'il doit être reconnu et distingué de tous ceux qui ont ii. a5

55o RâH>ws»;aiiTfQUi:s.

jpftA pe nosfc-quafcdil s'en «trouveroit parmi eqx qui aureient^fé injustement massacrés. Zacharie r fil* dqBurucfc , fut tué dans cette partie du temple où Ton avoit assemblé un conseil de *pi*a*ife <et dix .notables du peuple pour Jk jugeF-j Cette partie du temple n'étoit pas le parvis de* préteGs.dajis lequel les laïques ne po;Uvqie4tie»irer quie pour conduire leurs . victimes, jtisqû'aSL pfaà'ffc lautel , et duquel ils étoienU obligés de sortir sur-lechamp. C'est doqc <Jans leparvû d'Israël que Zachari* fut màsrfi ïttQitf • et par conséquent il ne#t pa& celui qui est iudiqué îpar Jésus- Christ. ., r;,

. Nous ^non* da^ke que la marque à laquelle w recpo^Qilrjfiêfo Zaebarie dont parle ^és^^Ckrisl étoit Ja circonstance du lieu de sa, mort. On liidanslg second livre des ParalipOmèn^s , cl%ap. \%^.y que 1 esprit de Dieu aydntrempU ieprêtreZachariè, fils de Joaada, il dit.au peuple ,: <t Voici ce que <fit le Sei- » .$weur Dieu : Potw^uol violea-vons lèpre- » cepte du Seigneur ? Cela ne vous sera pas -» avantagea** Et pourquoi avecr-vous aban- » donné le Seigneur pour le porter aussi à si vesus abandonner ? Ces' gens s'unirent en- ». semble contre Itti, et le lapidèrent dans le » parvis du tenaple^seJou Jpidue «qu'ils eu » avoieut reçu du roi, » Voilà: un juste du nom de Zacharie iBassacpé dans le parvis,

sûrement celui des prêtres , qui étoit l'endroit où il devoit se trouver lorsqu'il étoift dans le temple. C'est donc le Zaçharie de l'Evangile. Ajoutez que dans les écritures canoniques des Juifs il n'est fait mention d'aucun Zaçharie mis à mort injustement que du fils de Joïada.

D'ailleurs on voit assez par ces paroles du Sauveur, depuis le sang dt A bel jusqu'à celui de Zaçharie, qu'il veut renfermer tous cei*x que les livres saints reçus par les Juifs nous apprennent avoir été massacrés injustement* Abel est le premier dont ils racontent la mort violente , et Zaçharie , fils de Joïada , est le dernier \ c'est donc celui-ci que Jésus-Christ a en vue.

Il est vrai que Mânassé répandit beaucoup de sang innocent depuis le meurtre de Zaçharie ; mais l'Ecriture ne parle qu'en général de ceux que ce prince impie fit massacrer j au contraire , elle nomme Zaçharie ; elle détaille les circonstances de la mort qu'il souffrit, circonstances qui aggra voient l'atrocité de ce meurtre, et le rendoient plus célèbre. C'étoit le fils d'un grand-prêtre, le fijs d'un homme à qui son meurtrier devoit sa vie et sa couronne-, c'étoit un prêtre massacré dans l'exercice de ses fonctions , entre le temple et l'autel. Voilà pourquoi , dans -la vue du* Sauveur , il a dû terminer par Zaçharie la

liste des saints injustement mis à mort plutôt que par ceux dont Manassé avoit répandu le sang.

Enfin nous ajoutons pour dernière preuve de notre sentiment que ce prêtre , étant sur le point d expirer, dit : Que Dieu voie le traitement que vous me faites , et qu'il redemande mon sang : Videat Dominus et requirat. Paroles auxquelles Jésus-Christ fait une allusion manifeste lorsqu'il dit dans saint Luc : « Afin qu'on redemande à cette géné- » ration* le sang de tous les prophètes qui » a été répandu dès le commencement du » monde depuis le sang d'Abel jusqu'au sang » de Zacharie, qui a été tué entre le temple » et l'autel. Oui ! je vous déclare qu'on le » redemandera à cette génération. » Vt inqwratur sanguis omnium prophetarum qui effusus est à constitutione mundi à igeneratione istây à sanguine Abel usque ad san-

guinem Zachariœ, qui periit inter altare et œdem. Ita dico vobis7 requiretur ab hâe générations

- La première difficulté que Ton propose contre cette explication se tire de ce que dans les Paralipomènes le père de Zacharie se .nomme Joïada , et dans l'Evangile Barachie; d'où l'on conclut que ce n'est pas le même Zacharie dont il est fait mention dans ces deux endroits.

On répond comïnunément qu'il n'étoit pas rare , chez les Hébreux , qu'une personne. eût deux noms , et que le père de Zacharie s'appelât Barachie et Joïada.

Pour prouver la première partie de cette réponse, les interprètes apportent deux ou trois exemples ; nous en allons indiquer un plus grand nombre , afin qu'on ne puisse pas douter de sa vérité. Un des juges du peuple de Dieu est appelé Gédéon et Jérobaal.

Le grand- prêtre Achimelech est appelé Achias, I des Rois, cbap. i4> v. 3, et Abiathar : car dans les Paralipomènes les* deux grands-prêtres du temps de David sont appelés tantôt Sadoc et Abiathar, tantôt Sadec et Achimelech, liv. I, ch. i5,v. n,etch. 18, v. 16. Arcuna, II des Rois, ch. 24, v.' 18, est appelé Oman , I des Paralipomènes , c. 12, v. 18 5 Salomon est aussi nommé Jedidiah, II des Rois, chap. 12, v. 24 et 25 5 Esaûest nommé Edom, Genèse , ch. 25, v. 3o ; Jacob et Israël sont deux noms du même homme, Genèse,. c. 35, v. 10; Odia, I des Paralipomènes, c. 9, v. 7, est le même que Juda dans Néhémie, c. n, v. 9-, Esthèr, dans le livre . qui porte son nom , c. 1 1 , v. 7 , est aussi appelée Edissa ; Joachim , fils de Josias , roi de Juda , est aussi nommé Eliakim , IV, des Rois, chap. 23 , v. 24.

Ceux qui désireront un plus grand nombre

d'exemples peuvent lire les dix premiers chapitres du premier livre des Paralipomènes , dans lesquels on donne aux hommes et aux femmes des noms différents de ceux qu'ils portent dans la Genèse , dans les livres de Josué et dans ceux des juges et des Rois.

Ces deux noms étoient bien plus communs lorsque le second qu'on imposoit avoit une signification semblable ou approchante du premier. Le père de Bethsabée est appelé Eliam , II des Rois , c. 1 1, v. 3 , et Ammiel , I des Paralipomènes , ch. 3, v. 5, de ham, peuple ?i est un affixe qui signifie mon; el, dieu : Mon peuple est à Dieu : Eliam n'est que la transposition d'Ammiel. Un des fils de David est nommé Eliada, I des Paralipomènes , chap. 3 , v. 8 , et Baaliada , I des paralipomènes, p.'i 4 , v. 5. El) Dieu; iadahhh, science ; Dieu de la science : Bahhhal, Seigneur; Bakhhal iadahhh , Seigneur de la science. Azarias , roi de Juda , est nommé Ozias, II des Paralipomènes, ch. 26. Hhhaaar, secours; Iah9 Dieu; hhhoz, force ; Iah , Dieu : Azarias ; secours de Dieu , Ozias, force . de Dieu. Jonadab, II des Rois, c. i3, v. 3, est le même que Jonathan, II des Rois , c. ai, v. ai, Jo de Jao, Dieu;nadab, libéral; nathan, donnant. Le grand-prêtre qui est appelé Eliakim dans le livre de Judith ; c. 4? ▼« €t et 8 , est nommé Joakim dans le même

;d by«VJ<

livre, châp. i5, v* 8.' La sigmftcatkm de^ôs deux noms ;est absolument là même i Jo de «fteo, Diewr ei> Dièup afrirm, préparation», Joahim Etiàknq , préparation < de Die». Jfcù quatrième livre des* ftoia, c.jbï, Pharaon', roi d'Egypte j change aussi le nom dit roi EUackn en celui de JWérêm '•

Cet usage dlatposeri un second «ira n'a point cessé chez les Juifs tant qu'ils ont fait 4Siii/ corps de nation y il a/inème encore subsiste parmi eux après la rmas de le*p éiat. Dans la version des Septante on nomme Àzarias Zacharie, fils . de Joïâda » et son père Idcbo. Le paraphraste chaldéeià de iérémie, qui n'a écrit que depuis 1* destruction de Jérusalem par Tite , : nomme «air lé second chahpitre des Lamentations le père de Zacbarje Àddo, et Josèphe, Kvre XI des Antiquités judaïques , chap. 9, le nomme Jfoados.

On voit le même usage d* donner deux noms à la même personne choi* les peuples voisins des Hébreux; car» le î beau* père de Moyse, qui étoit Madionite, esfr appelé Ragnefe; Exode, c. a,.vL 18, &t Jehtro dans le mènpe livre, c. 3, vl:i* ■ •*>) 1 : ■• * o r< >

Les interprètes > après) avoir montré pair deux ou trois exemples qujil y avoit chez Ifs •Hébreux des» personne* <pii pqrtcnent deux: noms/ ttVppertetttJuueune preuve pour faite voir que le père de 1 Sacha rie ét©it-de oe 1

536 RÉPOKSBS CRITIQUES.

<bre. Ecrivant pour des chrétiens, ils se sont «avec justice . repbsés sur l'autorité de Jésus- .Christ; mais nous qui disputons avec des incrédules, nous ne pouvons profiter du même avantage, et nous ne devons envisager Jésus* ! Christ dans cette controverse que comme s'il n'avoit été qu'un pur homme, si nous voulons les désarmer. Ne considérant donc le Sauveur que sous ce rapport, je prétends que -ivon tire de ses > paroles* un argument invin- .cible pour assurer que Joïada étoit aussi appelé Barachie.

Lorsqu'on parle d'un événement ignoré de ceux qui sont présents, on le rapporte ; au -Contraire s'il en est connu, on se contente de linéique?. Un homme qui est en quelque réputation de savoir et de doctrine , qui parle à un grand nombre de personnes d'un fait qui leur est connu , ne le revêtira point de quelque circonstance fausse, et ne s'exposera pas ainsi à perdre leur estime et à passer pour ignorant. Or tel étoit précisément le cas ou ;Se trouvoit Jésus-Christ ; il ne fait qu'indiquer le meurtre dé Zacharie. Ce meurtre étoit donc connu de ceux qui lecoutoient; il étoit en réputation' de savoir et de doctrine ?parmi le peuple , qui inontroit toujours le -plus vif empressentent à lenfcendre 5 ses discours n'étoieat pas ignorés des serines et des -pharisiens , qui étoien£les savants de la na-

tion, qui étoient ses ennemis déclarés, qui observoient avec soin toutes ses actions et ses paroles pour trouver quelque prétexte de le décréditer dans l'esprit du peuple , et même de le perdre.

Or je demande si dans de semblables circonstances un homme sensé (tel que sûrement nos adversaires voudront bien supposer Jésus- Christ) pouvoit, par ignorance ou par envie de tromper, s'exposer à dire une fausseté qui seroit reconnue sur-le-champ , qui feroit le triomphe de ses ennemis -, et qui auroit pour lui les plus fâcheuses suites. Ajoutez que Jésus-Christ veut faire reconnoître les personnes dont il parle ; or en donnant au père de Zacharie un nom qu'il n'eût pas porté il eût rendu ce Zacharie méconnoissablc à ceux à qui il en vouloit rappeler le souvenir, et seroit ainsi allé contre son dessein. Concluons donc que toutes ces circonstances montrent évidemment que Jésus-Christ n'a pu rien dire et n'a rien dit de faux ; et que par conséquent le père de Zacharie portoit le nom de Barachie comme celui de Joïada, noms qui avoient un sens semblable, et qui étoient pour ainst dire synonymes (1) ; car Joïada signifie aimé de Dieu , et Barachiah béni de

* ( 0 Voyez le Trésor de là I angpe sainte , de Pagnin , an mot Jadad, et le Dictionnaire hébraïque du chevalier Leigh an mot Jedid,

Dieu : jo de Jaa,. Dieu) jadad, a aimé / Jahy Dieu, Barach, a béni. On a fait voir plus haut avec quelle facilité les Hébreux ajoutaient un nom synonyme à celui que l'on, avoit déjà.

Mais si Jésus-Christ parloit de Zacharie, fils de Joïada , comment pouvoit-il djre aux Juifs qui étolent présents qu'ils l'ont lue ? La réponse à cette objection est facile. Un peuple est censé le même pendant tout le temps qu'il subsiste. Ainsi Jésus-Christ a pu dire que les Juifs qui vivoient alors avoient tué Zacharie. L'Ecriture et les auteurs profanes sont remplis de cette façon de parler. Voyez saint Marc , 10 , v. 3 $ saint Jean, 6, v. 3a, et 7, v. 19,22.

Oracle de Jésus- Christ accusé de fausseté.

Jésus-Christ dit ' que tous ceux qui se serviront de l'çpée périront par l'épée. La mort naturelle d'un grand nombre d'homicides dément cet oracle.

Réponse-. Pour censurer un auteur avec équité il faut en bien connoître le langage. Ne se moqueroit-on pas avec raison d'un homnie qui , n'ayant qu'une légère teinture du latin , s'avisent de critiquer Horace ,

* Saint Matthieu , c. 26, v. 5a.

.saint màtthim.* 53g

parée qu'il y trôUYcrbitriertaines expression*, certains tours de phrase qui sont particuliers Àtfe grand pDëte? Tel cet cependant le procédé des ennemis dé Ja religion. Ignorait l'hébreu, ne connoissant point les manières de parler qui sont propres ftioette langue , ils voient dans nos, écrivains sacrés des difficultés qui disparoîtroient à leurs yeux s'ils étaient un peu instruits. du style de ces saints auteurs*

Les verbes actifs, chez les Juifs , ne désignent pas toujours l'acte 9 mais quelquefois seulement le devoir ," l'obligation <fe faire quelque chose.

Psaume 3i , v, io, Instruam te in via héc qud gradieris , je vous enseignerai ,1a yoie par laquelle Vous maircher.es,, .ç'estH*-çl*r« tqus deVres marcher.

Ezéchieï9rchap» 34» v« %>iVctpa$torihuS Israël 9 qui paçcunl $$&>., selon l'hébreu, malheur aux pasteurs d'Israël qui tes paissent , c'est'i-d^re qui doivent les. paître»

Malachie i c. i y\: S. Filiu$ h<mwat pa- . trçm , e fils honore sou père > c'e$t4»dire doit l'honorer, ... i - ' ;.' - ;

Chap. 3 ,, v« 7 . Labùi sac#r4oti* çu&ixUew seienticm, les;fêvr«s du prè|ce «erortt 1^3 dépositaires de la sriene*, ^Wstràwlire doivent être les. d^psit^ire$d»kfCΫQe* ,

En saint W,; e. }.,-*< faléfa^Quàit ,

i 54o RÉPONSES CRITIQUES.

ttyant dit à Simon le pharisien qu'un créancier aroitremisà un de ses débiteurs la somme de:cin<J cents pièces d'argent et à un, autre celle (fc cinquante, lui demande ensuite : - QuiseumpUis diligit? Lequel des deux aime davantage ce créancier compatissant , c'està-dire lequel des deux doit l'aimer davantage?

En saint Jean, c. ioy v. n. Bonus pastor animant suam dat pro ovibw suis, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, c est-àdire doit la donner.

Aux Hébreux, c. 5, v. 4- Nec quisquam sumit sibi honorent , nul ne s'attribue à soi- -même cet honneur, c'est-à-dire ne doit s'at- ; tribuer cet honneur.

Ghap. i3, v. 17 ■. Ipsi pervigilant quasi

rationent pro animabus vestris <reddituri > ce

sont eux, qui veillent comme ayant à rendre

» compte de vos âmes , c'est-à-dire qui doivent

veiller* l »

De même que les verbes actifs ne signifient -quelquefois que l'obligàticftiou le devoir de ïaire quelque chose, ainsi les verbes neutres ne désignent souvent que la dette qu'on a contractée de subir quelque £>eine« 4 ' • Genèse, fehaj>V sl, V. 17. 'Dieu dit à Adaih : In quoeumqué die -ôimedërw êX eo , morte morieris, amittéme temps que vous niangerez . du fruit de l'arbre de la Scienfce' du bien et du

SAINT MATTHIEU. 54t

mal vous mourrez très-certainement, c'est-àdire que vous mériterez de mourir, vous serez sujet à là mort*

Exode, c. ia, y. i5. Quicumque comederit fermentation , peribit anima Ma de Israël, quiconque mangera du pain levé périra du milieu d'Israël, c'est-à-dire méritera la mort.

Ainsi le Sauveur ne veut pas dire que tous ceux qui se serviront de l'épée périront de mort violente. Il n'y a £oint d'homme qui ne sache que souvent cela n'arrive pas ; mais il assure seulement qu'ils méritent tous de périr dé cette manière.

. Jérémie pour Zacharie \

« Alors Judas , qui l'avoit livré , voyant » qu'il étoit condamné , fut touché de repen- » tir, et reporta les trente pièces d'argent » aux princes des prêtres et aux anciens > et '» il dit : J'ai péché livrant le sang de l'homme » innocent*, mais ils lui dirent : Que nous "» importe , cela vous regarde ; après quoi il « jeta l'argent dans le temple , d'où étant » sorti il alla se pendre. Mais les princes des » prêtres, prenant l'argent, dirent : Il ne » nous est pas permis de le mettre au trésor ,

* Saint Matthieu, c 17. >

&4a RPONSESt CRITIQUES.

•» parce que c'est; le prix du sang; «t9 après » avoir délibéré là-dessus , ils en achetèrent le » champ du Potier pour y enterrer les étrant- » gers. C'est pour 'cela que œ champ a été » appelé jusqu'à présent ffaceldatna , c'est- » à-dire champ de sang. Alors fut accomplie » cette parole du prophète Jérémie l : Ils ont » pris les trente pièces d'argent qui étoient » le prix qu'a été estimé celui que lés Israé- » lites ont mis à prix 9 et ils les ont données » pour avoir le champ du Potier, comme le » Seigneur me l'a ordonné. »

On demande pourquoi ce passage > qui est de Zacharie, est ici cité sous le nom de Jérémie! Les interprètes donnent plusieurs solutions de cette difficulté. Voici celte qui nous paroît la plus plausible.

Saint Matthieu n'avoit mis que le mot de prophète} quelque copiste écrivit à la marge de son exemplaire Jérémie , croyant que c étoit de lui que l'évangéliste avoit tiré ces paroles ; de la marge cette addition s'est glissée dansletçxté*

On appuie cette conjecture sur le témoignage de saint Augustin (i), qui dit qu'il y avoit des exemplaires latins dans lesquels on ne lisait point le nom, de Jérémie , mais seu-

z Saint Matthieu, c. 27.

(1) Livre 3, du çonsentemem^» évtagéttitti » «b* ?»

lement de prophète , et sur celui de M. Mill, qui assure qu'il y a beaucoup d'exemplaires grecs, latins, syriaques, arabes et persans» où le nom de Jérémie ne se trouve point.

Cette preuve est très-solide* Nous allons ajouter des remarques et des observations qui lui donneront une nouvelle force.'

i° Saint Augustin , dans l'endroit cité plus haut , insinué qu'il y avoit aussi des exemplaires grecs où le nom de Jérémie ne se lisoit pas , puisqu'il dit que ceux qui ont consulté les exemplaires grecs de saint Matthieu .ont trouvé le nom de Jérémie dans les plus anciens, ce qui fait connoltre qu'il n'étoit pas dans tous.

2° IL faut que les manuscrits syriaques et persans dont parle M. Mill soient tous , ou du moins le plus grand nombre, uniformes sur l'omission de Jérémie , puisque les versions syriaque et persane les ont^suivis.

3° On ne lit point le nom de Jérémie dans un manuscrit fort ancien de l'abbaye de Sain t- Germain~des-Prés.

4° Juvencus, qui vivoit dans le quatrième siècle, sous l'empire de Constantin, a écrit un poëme de la vie de Jésus-Christ dans lequel il rend presque mot pour mot le texte des évangélistes. Cet auteur , en rapportant l'emploi que l'on fit de l'argent que Judas rendit aux princes des prêtres , et la prtfdic-

tion qui avok été faite de cet événement , ne met point le nom de Jérémie , mais seulement le prophète. i

5° Rupert, qui vivoit au douzième siècle , ne lisoit point le nom de Jérémie dans ses exemplaires.

6° De Lyra, qui vivoit au quatorzième siècle , assure que le nom de Jérémie ne se trou voit point dans quelques exemplaires latins.

7° Corneille de La Pierre , sur l'onzième chapitre de Zacharie , dit tju'il a vu à Rome , dans la bibliothèque des ermites de Saint* Augustin , un ancien manuscrit où le nom de Jérémie n'étoit pas.

8° Jansénius (i) observe que de son temps il y avoit encore des manuscrits , tant à Rome que dans les Pays-Bas , où le nom de Jérémie ne se lisoit point.

9° Luc de Bruges cite un ancien manuscrit du collège des jésuites de Louvain où le nom de Jérémie ne se trou voit pas.

io° Le rabbin Isaac ne lisoit point le nom de Jérémie , mais* seulement le prophète , dans son exemplaire : Munimen fidei , page 4^2.

ii° Saint Matthieu a cité treize fois les prophètes dans son évangile, u n'a ajouté le nom

(i.) Jansénius d'Ypres » sur les Evangiles.

ogk

SAIPCT MATTHIEU, 545

du prophète que quatre fois , par où Ton voit qu'il lui étoit plus ordinaire de l'omettre que de l'indiquer ; et ce qui 'est remarquable, c'est que dans le chapitre 27 , dont il est ici question y il cite quelques lignes plus bas un autre prophète sans y ajouter son nom.

12° On a plusieurs exemples de mots qui ont ainsi passé de la marge dans le texte de nos livres saints.

. En saint Matthieu , c. 5, v. 1 , Jésus , qu'on a voit mis à la marge dans quelques exemplaires pour plus grande clarté , a été dans la suite ajouté au texte , car il ne se lit point dans le grec , ni même dans la plupart des anciens manuscrits latins.

C. 9, v. 1 3 . Ad pœnitentiam. Ces mots , qui se trouvent dans quelques exemplaires, sont pris de saint Luc, et, après avoir été placés à la marge par quelqu'un qui aura jugé qu'ils étoient nécessaires pour l'intelligence des paroles qui précédoient , ils auront ensuite été insérés dans le texte.

Chap. : 1 3 , v. 47 • Ex omni génère piscium vongrefgati. Le mot piscium n'est point dans l'original grec ni dans la syriaque; il n'est pas non plus dans le texte latin du fameux manuscrit dé Cambridge, ni dans un très-ancien manuscrit de l'abbaye de Saint-Germain-des- Prés. '

Saint Augustin a aussi une fois cité ce pas~

sage sans le mot depiscmm, dans son traité a i , saint Jean*

Chap. 17 9 v. a. F'estimemta. autans ejus fmcta ëuht albasietttnrx. Il y a dans l'original grec et dans la version, syriaque , sicut tuoc* On lit aussi lux dans un ancien manuscrit de saint Gatien. Quelque copiste ayant lu dans saint Marc sicut Hi,r,-aura cru qu'il y avoiticiune faute, et aura mis mjc pour luaxz cette prétendue correction ayant été sifivie , est restée dans notre Vulgate.

Chap* 37 , v. 8. Propter hoc wocatus est ager ille £faceldama9koc est agersânguini** À peine peut-on douter , dit Luc de Bruges , que ces trois mots haceldama koa est n'aient étéajoutésàcet Evangile du chap. 1 des actes, v. 19 , parée qu'ils, ne se trouvent ni dans l'original grec , ni dans la version syriaque ; ils ne .sont pas non plus dans la version ara» bique , éthiopique et persane*

En saint Marc , cbap^i^v» a : In IsaM propheta. Saint Jérôme, sur le 3'ehap» de saint Matthieu, s'expKqw ainsi.»:..* Nous » croyons que le naEnd'Isaïeaété âjoiftté dans » le chap* 1 de saint Marc , par Vérreur des ». copistes y ce que (nous; pouvons prouver » avoir été pareillement fait dans d'autres en- » droits ; )i Nor autem nomen Isàïà puêamus additum scriptorum vitio, quodet in aHis heisprvbarepbs&iarmsvIijneffeA t saint Iréhée

ayant cité une fois ce verset avec ces mots , in Isaïâ prophète, le cite deux fois avec ces mots , in prophetis. La plupart des exemplaires grecs lisent aujourd'hui , in prophetis. Les versions arabique et éthiopique lisent de même. Theopbilacte et Euthymius ont ainsi lu.

Chap. i4> v. 61. Tu es ChristusjfiliusDei benedicti. Le mot Dei a été ajouté ; il ne se trouve ni dans l'original grec , ni dans Tan* tienne version Vulgate , ni dans les versions syriaque , arabique , éthiopique et persane. Saint Hilaire , sixième livre de la Trinité, col. ga3 , lit de même P tu es Chris tus JUius Benedicti. Quelque copiste , ignorant que les Hébreux désignent souvent Dieu par ces mots, le Bénit , aura cru que le. terme Dei avoit été omis dans l'exemplaire qu'il transcrivoit,l'aura mis à la marge de sa copie , d'où il aura passé dans le texte.

Nous avons réservé pour dernier exemple une addition entièrement semblable à celle dont il est question (i). «J'ai lu t dit saint Jé- » rôme , quelques exemplaires de saint MaVi> thieu qui , dans l'endroit de cet évangélistç )> où la Vulgate et ma version mettant ut » impleretur quod dictum est perprophetom

(i) Commentaire sur le verset 35 dn chapitre x3 ds saint Matthieu.

» dicentem , portaient : Per Isaîam pro- » phetam dicentem» Je crois que ce terme » a été dans la suite retranché par des gens » sages , parce que les paroles citées par » saint Matthieu ne se trouvoient pas dans » Isaïe. Comme Asaph est Fauteur du psaume » 77 d'où ce passage est pris, il me semble , » continue ce père , que l'évangéliste a voit » d'abord écrit : Quod dictant est per Asaph » prophetam dicentem ; mais que le premier » copiste , ne sachant qui étoit Asaph , et » croyant que c'était une faute de l'écrivain » dont saint Matthieu s'était servi , y avoit * substitué le nom d'Isaïe , beaucoup plus » connu. Il faut donc savoir que dans les p psaumes , les hymnes et les cantiques, non- » seulement David , mais tous ceux dont les » noms sont à la tète de ces ouvrages , comme » Asaph, Idith un, etc. , doivent être appelés » prophètes. »

La conjecture de saint Jérôme n'est pas fondée.

i° Dans plusieurs endroits du nouveau Testament , on cite des passages pris des psaumes ; mais jamais on n'y joint le mot d' Asaph dldithun , ni d'aucun des autres prophètes tqui sont les auteurs de ces sacrés cantiques avec David. Ce prince est le seul qui soit nommé dans deux ou trois de ces citations.

a» Si saint Matthieu avoit mis Âsaph dans son Evangile , on auroit trouvé ce nom dans les exemplaires où le nom à'Jsaîe nauroit pas été substitué. Or il ne s'y trouvoit pas , puisque saint Jérôme , qui s'en servoit pour sa traduction , ne l'a point mis dans sa version. D'ailleurs ce père , qui avoit consulté tant d'exemplaires de nos saints livres , n'a pu en citer un seul où le nom $ Asaph se soit lu , ce qu'il n'auroit pas manqué de faire pour appuyer sa conjecture. Disons la même chose de l'auteur de l'ancienne Vulgate, qui vivoit du temps des apôtres , ou peu après. Il faut que les exemplaires dont il s'est servi n'aient, point eu le nom à! Asaph , puisqu'il ne se Ht point dans sa version.

Ilparoît donc certain que l'évangéliste n'avoit écrit que le mot de prophète , et qu'un copiste ayant mis à la marge de son exemplaire le nom d'Isaïe , d'autres plus téméraires le placèrent dans le texte.

Je finis ces observations par une remarque bien pressante. Si saint Matthieu avoit mis dans son texte le nom de Jérémie , on ne peut indiquer aucune raison pourquoi un copiste auroit pu supprimer un nomsi connu, tandis qu'il s'en présente une très-simple pour l'ajouter. On lira une citation sous le terme générique de prophète ; on est curieux de le connoître en particulier, on croit voir quel-

55o RÉPONSES CRITIQUES.

que ressemblance entre l'achat que Jérémie fit d'un champ pour une somme d'argent et l'achat qui fut fait d'un champ par les princes des piètres avec l'argent que Judas leur avoit rendu. Sur cela on écrit Jérémie à la marge de son exemplaire. Ce procédé est si naturel qu'il s'observe tous les jours parmi nous. Dans les nouveaux Testaments imprimés , on voit h la marge les noms des auteurs sacrés dont on a cité quelques paroles dans le texte, sans les désigner personnellement. C'est ainsi qu'au chapitre 2 de saint Matthieu on lit à la marge le nom de Michée et celui d'Osée à côté des prophéties qui sont tirées de ces prophètes.

Le concours de tant de preuves forme dans l'esprit une conviction qui approche de celle que l'évidence y produit. Si pour s'apaiser entièrement on désiroit un plus grand nombre d'exemples de semblables additions , on n'auroit qu a parcourir le6 variantes de Luc de Bruges et de M. Mill.

LAu reste, les fidèles ne doivent point s'a- . larmer de ces altérations auxquelles nos livres saints ont été sujets. La Providence divine qui a permis ce mai nous a^aurvus du remède. i° Aucune de ces additions n'intéresse la foi ; a° il est toujours resté un nombre suffisant de monuments et d'exemplaires dans lesquels ces fautes n'ont point pénétré , par le secours

saint matthibc. 55 1

desquels on a pu corriger ceux où -elles se trouvaient.

Centurion présent à la mort de Jésus- Christ.

Le centurion * Voyant les prodiges qui s'opèrent à la mort de Jésus-Christ , confesse . hautement dans saint Matthieu et dans saint Màrfc qu'il étoit véritablement le fils de Dieu 5 et dans saint Luc* il le reconnoît seulement pour un homihe juste : cet homme, dit-il, étoit juste.

Gretîus , pour concilier les textes , croît que le centurion fit deux confessions différentes , Fune lorsque les miracles commençoïent , l'autre après qu'ils fotent tous opérés. Mais cette explication est contraire au récit des évangélrstes, qui ne parlent que d'une confession de cet officier , et qui la placent après tous les prodiges arrivés à la mort du Sauveur.

Selon saint Âmgusrôn, Ton peut avancer qrje le centurion a dit que Jésus étoit juste et qu'il étoit le fils de Dieu , et sain t Luc a rapporté le premier de ces aveux 5 saint Matthieu et saint Marc le second. Mais est-Il croyable que saint Luc auroit omis le titre le plus glorieux pour ne rapporter que le moin-

• Saint Matthicn , c. 27 , ▼. 54. — * C. a3, t. 47-

dre, qui d'ailleurs se trouve renfermé d'une manière bien éminente dans le premier ?

Cette difficulté disparaîtra si Ton fait voir que les termes de Fils de Dieu et de Juste sont ici synonymes. Or c'est ce que nous allons montrer par des passages formels du nouveau Testament , dans lesquels les disciples de Jésus-Christ , qui l'ont si souvent appelé Fils de Dieu , le désignent simplement par le nom du Juste*

Saint Pierre', dans un discours qu'il fait aux Juifs , leur dit : Vous avez renoncé le Saint et le Juste : Vos autem Sanctum et Justum negastis.

Saint Etienne* reproche aux Juifs que leurs pères ont tué ceux qui prédisoient ïary énement du Juste : Occiderunt eos qui prœnuntiabant de adveatu JustL

Ananie dit à saint Paul3 : Dieu vous a choisi pour que vous vissiez le Juste : Deus prœordinavit te ut videres Justum.

On dira peut-être que pour que Fils de Dieu et Juste fussent synonymes , il faudroit qu'il y eût dans le grec un article devant juste , parce qu'alors on ne traduiroit pas <:et homme étoit juste , mais cet homme étoit le Juste , c'est-à-dire le juste par excellence,

1 Act. , c. 3, t. i5. — * Àct. , c, 7, v. 5a. — • Act. aa , v. x4.

le Fils de Dieu , le Messie. A cela nous répondons que l'article grec se place ou s'omet indifféremment devant un nom, même lorsqu'il désigne quelqu'un en particulier. Nous en avons la preuve sous la main. Dans, les deux derniers passages que nous venons de citer ? l'article est placé devant le mot juste f dans le premier il est omis. Toutefois il est évident que le terme juste signifie la même chose dans ces trois endroits.

Appartion de Jésus- Christ aux apôtres.

v. 16. Undecim autern discipuli * abierunt in Galileam, in montem , ubi constituerai - Mis Jésus*

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